Il ne faisait pas chaud, mais pourtant la sueur s’accumulait tellement au bout du fin nez de Morvan qu’une goutte s’y échappa, se dispersant lors de son arrivée au sol aussi rapidement qu’elle s’était formée. La transpiration se répandait abondamment sur l’ensemble de son corps, mais il n’en avait cure. Un problème bien plus important accaparait son attention, la température n’ayant eu aucune influence sur son état, ce dernier résultant de ses propres récentes actions. Bien sûr, le fait que le jeune templier portait la plus lourde de ses armures devait également jouer sur la réaction de son corps, mais un observateur averti s’empresserait d’analyser le contexte à la vue du combattant pour assembler les pièces du puzzle. Et voici ce qu’il aurait vu : un templier novice, presqu’entièrement maculé de sang dont seuls les cheveux noirs de jais semblaient encore vierge la sève animale. A ses pieds gisaient deux corps.
L’un des deux avait appartenu à un humain d’un âge plus avancé, arborant la même tunique que Morvan. Nul ne pouvait distinguer les traits de cet individu chauve, l’élixir de vie rouge coulant dans nos veines noyant entièrement sa figure. Seuls deux petits cercles livides transparaissaient à travers le voile pourpre, conservant un peu d’éclat malgré que toute vivacité se soit enfuie. Quel que furent les gloires accumulés par ce fier guerrier, il n’avait put échapper au trépas.
Un spectacle bien macabre que ce guerrier brisé et inerte, et pourtant un témoin contemplant la scène à cet instant précis fixerait en premier lieu son regard sur une partie de tableau plus remarquable : l’autre corps. Bien plus imposant, ce dernier se permettait également d’être plus terrible à contempler : il ressemblait à un amas grotesque de chair de différentes bêtes sauvages, comme si un artiste dément avait entrepris d’assembler en un seul et unique être cauchemardesque à la forme vaguement humanoïde des morceaux de chaque créature peuplant Thedas. Là où la peau de ses jambes semblaient avoir été brulé, on retrouverait sur son torse une épaisse fourrure sombre ayant crû de manière anarchique, envahissant ce qui simulait l’aspect d’un pectoral, et délaissant l’autre. Sans oublier la caricature de ce qui servait de mains à la créature, munies de griffes de la taille de dagues, et recouvertes d’écorces de couleur ébène luisantes…
Mais la terreur qu’inspiraient ces attributs n’atteignait pas l’horreur induite par le crâne de ce monstre : l’on discernait encore certains traits humains sur cette face, témoignage de l’apparence humaine qu’avait arboré cette chose, même si distinguer de tels vestiges demandait une grande attention. En effet, là où il aurait fallu dans l’ordre naturel des choses s’attendre à trouver deux yeux, un nez et une bouche, l’on tombait face une myriade de globes oculaires opaques répartis sur le front de la créature. L’on remarquait un trou béant juste en dessous de cet amas, gouffre dont les parois étaient parsemées de canines de taille allant de celle d’un auriculaire à celle d’une main d’adulte. Deux cornes s’élevaient du haut du crâne, plus constituées de chair que d’ivoire, et achevaient ainsi de compléter cette vision infernale. Il s’agissait à n’en point douter une abomination, une de ces créatures résultant de la faiblesse de ces maudits mages, lorsqu’ils se laissent séduire par les démons qui s’emparent alors de leur enveloppe corporelle. Dès leur « naissance », ces créatures impies ne se lassent jamais de semer le chaos et de tenter de conquérir le monde matériel, utilisant pour ce faire les plus perverses des magies. Chose que l’infâme suppôt démoniaque étendu au sol ne pourrait plus faire, comme en témoignait sa cage thoracique enfoncée, ainsi que les nombreux organes internes de la bête éparpillées tout autour de Morvan.
Un témoin qui arriverait à ce moment précis pourrait se réjouir ainsi : les champions de la Chantrie ont encore vaincu une menace infernale qui nous aurait décimés. Mais aucun témoin de ce genre ne se trouvait là. Et pourtant Morvan sentit un mouvement furtif derrière lui. Une autre personne que lui avait survécu à la bataille qui avait couté la vie aux deux êtres à ses pieds, et il savait de qui il s’agissait. Lydia. La belle Lydia. Rien que le fait de se remémorer ce nom suffit à le sortir de la morbide contemplation des deux enveloppes charnelles mutilées devant lui.
Le jeune templier se surprit à sourire : oui… Rien que le fait de se souvenir du sourire de la jeune femme lui permettrait d’échapper, ne serait-ce qu’un instant à la douloureuse et terrible réalité. Mais l’image qui s’afficha dans son esprit était très loin de celle qu’il souhaitait apercevoir : il ne vit pas la jeune sœur toujours souriante, telle qu’il l’avait vue jusqu’à à ce jour, mais telle qu’elle était la dernière fois qu’il avait posé les yeux sur elle, quelques minutes auparavant : les yeux fous cherchant à percer l’obscurité ambiante, la joue gauche balafrée et ses si beaux cheveux blonds à moitié brûlés. Inutile de dire que le confort recherché par Morvan ne lui fut pas accordé par cette vision. Il secoua la tête, il ne fallait pas qu’un cauchemar succède à un autre… Mais avant qu’il puisse réaliser que le cauchemar était loin d’être terminé, la voix de Lydia fut portée jusqu'à lui. Ce n’était qu’un murmure, ou seules la tristesse et la résignation transparaissaient :
« Morvan… Mais qu’est ce que tu as fait… ? »
Qu’avait-il fait… Lui-même s’était bien évidemment posé cette question, et la réponse semblait évidente : il avait fait un choix. Le seul choix qui s’imposait à lui et à sa foi. Ni plus, ni moins. Lydia devait le comprendre, forcément. Les événements s’étaient déroulés de la même pour elle comme pour lui : ils avaient fait face aux mêmes dangers, aux mêmes horreurs. Morvan savait qu’emprunter la voie qu’il suivait désormais était le seul choix possible, et la jeune sœur finirait également par le comprendre… Mais alors pourquoi, pourquoi, alors que d’ordinaire faire un choix, même un mauvais, libérait l’esprit, Morvan se sentait plus que jamais torturé ? De plus, la foi et la justice l’avait guidé dans ces terribles événements, il n’avait rien à se reprocher… Et pourtant, et pourtant, son esprit le tourmenta, le ramenant à une époque bien antérieure à ces événements… A l’époque où la foi du créateur ne l’avait pas encore trouvé…Empressons de suivre cet esprit et ses réminiscences… Peut être trouverons quelques pistes pour mieux appréhender ce qu’il s’est déroulé dans ces lieux…
A quel moment nous engageons nous dans une série d’événements que nous ne pouvons contrôler ? Quand commettons-nous l’effroyable erreur de nous engager sur une voie ou les seules issues sont le chagrin et la ruine ? Mais le prétendu point de non retour existe-t-il vraiment ? Ne sommes-nous pas en définitive capable d’accepter nos égarements, puis d’essayer d’y remédier ? Morvan ne pensait pas en avoir commis, mais il chercha au plus profond de sa mémoire un instant ou son jugement lui aurait fait défaut. Mais pour ou commencer ? Si fourvoiement il y’avait eu, devait ‘il éplucher son existence entière ? Non, il lui fallait trouver ce qui avait changé en lui… Et il connaissait fort bien la réponse : la foi s’était installée en lui. Bien qu’au grand jamais il n’avouerait en public que sa réelle dévotion fut récente, il ne pouvait se voiler la face. Cela ne faisait que peu de temps que la conscience de l’authenticité du culte de la Chantrie s’était emparée de lui.
Bien que Morvan ne doutait pas un seul instant que sa récente ferveur fut la meilleure chose qui aurait pu arriver au pauvre hère qu’il était à l’époque, rien d’autre n’avait changé dans son existence. Il se résolut à étudier tout ce qui avait croisé son regard depuis ce jour béni, ou le Créateur lui laissa entrevoir sa marque sur l’univers de Morvan. Et se faisant, il ne se laissa emporter plus qu’il ne l’aurait désiré… Car, contrairement à ses intentions, les derniers mois passés ne défilèrent pas sous ses yeux : il les revécut entièrement…
(HS: les commentaires ici : social.bioware.com/forum/3/topic/57/index/2058459/1#2058509 )
Сообщение изменено: Lost-brain, 15 Апрель 2010 - 11:05 .





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