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Le goûts des cendres (Fanfic)


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#1
Lost-brain

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Prologue

Il ne faisait pas chaud, mais pourtant la sueur s’accumulait tellement au bout du fin nez de Morvan qu’une goutte s’y échappa, se dispersant lors de son arrivée au sol aussi rapidement qu’elle s’était formée. La transpiration se répandait abondamment sur l’ensemble de son corps, mais il n’en avait cure. Un problème bien plus important accaparait son attention, la température n’ayant eu aucune influence sur son état, ce dernier résultant de ses propres récentes actions. Bien sûr, le fait que le jeune templier portait la plus lourde de ses armures devait également jouer sur la réaction de son corps, mais un observateur averti s’empresserait d’analyser le contexte à la vue du combattant pour assembler les pièces du puzzle. Et voici ce qu’il aurait vu : un templier novice, presqu’entièrement maculé de sang dont seuls les cheveux noirs de jais semblaient encore vierge la sève animale. A ses pieds gisaient deux corps.

L’un des deux avait appartenu à un humain d’un âge plus avancé, arborant la même tunique que Morvan. Nul ne pouvait distinguer les traits de cet individu chauve, l’élixir de vie rouge coulant dans nos veines noyant entièrement sa figure. Seuls deux petits cercles livides transparaissaient à travers le voile pourpre, conservant un peu d’éclat malgré que toute vivacité se soit enfuie. Quel que furent les gloires accumulés par ce fier guerrier, il n’avait put échapper au trépas.

Un spectacle bien macabre que ce guerrier brisé et inerte, et pourtant un témoin contemplant la scène à cet instant précis fixerait en premier lieu son regard sur une partie de tableau plus remarquable : l’autre corps. Bien plus imposant, ce dernier se permettait également d’être plus terrible à contempler : il ressemblait à un amas grotesque  de chair de différentes bêtes sauvages, comme si un artiste dément avait entrepris  d’assembler en un seul et unique être cauchemardesque à la forme vaguement humanoïde des morceaux de chaque créature peuplant Thedas. Là où la peau de ses jambes semblaient avoir été brulé, on retrouverait sur son torse une épaisse fourrure sombre ayant crû de manière anarchique, envahissant ce qui simulait l’aspect d’un pectoral, et délaissant l’autre. Sans oublier la caricature de ce qui servait de mains à la créature, munies de griffes de la taille de dagues, et recouvertes d’écorces de couleur ébène luisantes…

Mais la terreur qu’inspiraient ces attributs n’atteignait pas l’horreur induite par le crâne de ce monstre : l’on discernait encore certains traits humains sur cette face, témoignage de l’apparence humaine qu’avait arboré cette chose, même si distinguer de tels vestiges demandait une grande attention. En effet, là où il aurait fallu dans l’ordre naturel des choses s’attendre à trouver deux yeux, un nez et une bouche, l’on tombait face une myriade de globes oculaires opaques répartis sur le front de la créature. L’on remarquait un trou béant juste en dessous de cet amas, gouffre dont les parois étaient parsemées de canines de taille allant de celle d’un auriculaire à celle d’une main d’adulte. Deux cornes s’élevaient du haut du crâne, plus constituées de chair que d’ivoire, et achevaient ainsi de compléter cette vision infernale. Il s’agissait à n’en point douter une abomination, une de ces créatures résultant de la faiblesse de ces maudits mages, lorsqu’ils se laissent séduire par les démons qui s’emparent alors de leur enveloppe corporelle. Dès leur « naissance », ces créatures impies ne se lassent jamais de semer le chaos et de tenter de conquérir le monde matériel, utilisant pour ce faire les plus perverses des magies. Chose que l’infâme suppôt démoniaque étendu au sol ne pourrait plus faire, comme en témoignait sa cage thoracique enfoncée, ainsi que les nombreux organes internes de la bête éparpillées tout autour de Morvan.

Un témoin qui arriverait à ce moment précis pourrait se réjouir ainsi : les champions de la Chantrie ont encore vaincu une menace infernale qui nous aurait décimés. Mais aucun témoin de ce genre ne se trouvait là. Et pourtant Morvan sentit un mouvement furtif derrière lui. Une autre personne que lui avait survécu à la bataille qui avait couté la vie aux deux êtres à ses pieds, et il savait de qui il s’agissait. Lydia. La belle Lydia. Rien que le fait de se remémorer ce nom suffit à le sortir de la morbide contemplation des deux enveloppes charnelles mutilées devant lui.

Le jeune templier se surprit à sourire : oui… Rien que le fait de se souvenir du sourire de la jeune femme lui permettrait d’échapper, ne serait-ce qu’un instant à la douloureuse et terrible réalité. Mais l’image qui s’afficha dans son esprit était très loin de celle qu’il souhaitait apercevoir : il ne vit pas la jeune sœur toujours souriante, telle qu’il l’avait vue jusqu’à à ce jour, mais telle qu’elle était la dernière fois qu’il avait posé les yeux sur elle, quelques minutes auparavant : les yeux fous cherchant à percer l’obscurité ambiante, la joue gauche balafrée et ses si beaux cheveux blonds à moitié brûlés. Inutile de dire que le confort recherché par Morvan ne lui fut pas accordé par cette vision. Il secoua la tête, il ne fallait pas qu’un cauchemar succède à un autre… Mais avant qu’il puisse réaliser que le cauchemar était loin d’être terminé, la voix de Lydia fut portée jusqu'à lui. Ce n’était qu’un murmure, ou seules la tristesse et la résignation transparaissaient :

« Morvan… Mais qu’est ce que tu as fait… ? »

Qu’avait-il fait… Lui-même s’était bien évidemment posé cette question, et la réponse semblait évidente : il avait fait un choix. Le seul  choix qui s’imposait à lui et à sa foi. Ni plus, ni moins. Lydia devait le comprendre, forcément. Les événements s’étaient déroulés de la même pour elle comme pour lui : ils avaient fait face aux mêmes dangers, aux mêmes horreurs. Morvan savait qu’emprunter la voie qu’il suivait désormais était le seul choix possible, et la jeune sœur finirait également par le comprendre… Mais alors pourquoi, pourquoi, alors que d’ordinaire faire un choix, même un mauvais, libérait l’esprit, Morvan se sentait plus que jamais torturé ? De plus, la foi et la justice l’avait guidé dans ces terribles événements, il n’avait rien à se reprocher… Et pourtant, et pourtant, son esprit le tourmenta, le ramenant à une époque bien antérieure à ces événements… A l’époque où la foi du créateur ne l’avait pas encore trouvé…Empressons de suivre cet esprit et ses réminiscences… Peut être trouverons quelques pistes pour mieux appréhender ce qu’il s’est déroulé dans ces lieux…


A quel moment nous engageons nous dans une série d’événements que nous ne pouvons contrôler ? Quand commettons-nous l’effroyable erreur de nous engager sur une voie ou les seules issues sont le chagrin et la ruine ? Mais le prétendu point de non retour existe-t-il vraiment ? Ne sommes-nous pas en définitive capable d’accepter nos égarements, puis d’essayer d’y remédier ? Morvan ne pensait pas en avoir commis, mais il chercha au plus profond de sa mémoire un instant ou son jugement lui aurait fait défaut. Mais pour ou commencer ? Si fourvoiement il y’avait eu, devait ‘il éplucher son existence entière ? Non, il lui fallait trouver ce qui avait changé en lui… Et il connaissait fort bien la réponse : la foi s’était installée en lui. Bien qu’au grand jamais il n’avouerait en public que sa réelle dévotion fut récente, il ne pouvait se voiler la face. Cela ne faisait que peu de temps que la conscience de l’authenticité du culte de la Chantrie s’était emparée de lui.
Bien que Morvan ne doutait pas un seul instant que sa récente ferveur fut la meilleure chose qui aurait pu arriver au pauvre hère qu’il était à l’époque, rien d’autre n’avait changé dans son existence. Il se résolut à étudier tout ce qui avait croisé son regard depuis ce jour béni, ou le Créateur lui laissa entrevoir sa marque sur l’univers de Morvan. Et se faisant, il ne se laissa emporter plus qu’il ne l’aurait désiré… Car, contrairement à ses intentions, les derniers mois passés ne défilèrent pas sous ses yeux : il les revécut entièrement…


(HS: les commentaires ici : social.bioware.com/forum/3/topic/57/index/2058459/1#2058509 )

Сообщение изменено: Lost-brain, 15 Апрель 2010 - 11:05 .


#2
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Morvan ouvrit les yeux, et constata qu’il se trouvait dans une pièce exiguë. Une espèce de chambre selon lui, l’idée lui venant après un rapide tour d’horizon de l’environnement. Mais désigner cette pièce comme une chambre digne de ce nom serait un affront à la définition de l’hospitalité : le sol ne se composait que terre battue, auquel des murs de pierres branlant peu entretenus s’élevaient pour atteindre la taille d’un adulte humain moyen.

Morvan se rendit ainsi compte qu’il se trouvait dans une masure qui semblait n’attendre que l’émission d’un souffle pour pouvoir enfin s’écrouler et sombrer dans l’oubli. Seules deux ouvertures rompaient l’uniformité sordide des quatre amas de pierres crasseuses l’entourant. L’une d’elle, semblant être la seule voie menant à l’extérieur, s’avérait être une porte en bois vermoulu qui se tenait au centre d’une des parois. Bien qu’en piteux état, le jeune guerrier fut persuadé que ce regroupement de planche servait de pilier central pour empêcher le mur de s’effondrer, s’éloignant ainsi de sa fonction première. Le deuxième accroc dans ces parois uniquement uniforme dans le dégout qu’elles inspiraient était une petite meurtrière, de laquelle filtrait un mince  filet de lumière naturelle, permettant à Morvan de distinguer le contenu de la pièce.

Mais cela ne servait en rien le jeune pour appréhender ce lieu. Car Morvan reconnaissait parfaitement cet endroit. Un lieu qu’il espérait ne plus jamais revoir. Là ou sa fierté avait été bafouée, où ses espoirs s’étaient brisés et où ses hurlements avaient résonnés des heures. Il s’agissait de la chambre des punitions. Une idée de son père, qui de tout temps avait considéré son second fils comme son plus grand fourvoiement. Mais si ce dernier utilisait beaucoup la chambre des punitions pour remettre le cadet de ses enfants  à sa place, d’autres que lui punissaient le jeune garçon. « Les mauvais » comme il les appelait. Jamais Morvan n’avait été abusé, mais être roué de coups et humilié avait déjà fait beaucoup de dégâts.

Morvan avait été cloitré énormément de temps dans cette pièce passés les cinq premières années de vie. Le plus souvent, on l’y battait et l’y enfermait, pour le « corriger », le « rendre meilleur ». Lorsqu’il y restait seul, les différents outils dont se servaient les « mauvais » étaient emportés pour qu’il ne puisse pas s’en servir. Mais le mannequin en bois, ou on lui montrait comment ces instruments allaient le blesser avant de s’en servir sur lui, ne bougeait jamais. Et c’est quelque chose qu’il appréciait plus que tout. Toutes ces années ou les adultes l’enfermaient dans ce réduit, la colère avait cru en lui. Et elle aurait fini par le consumer si cette caricature humanoïde de bois ne le servait pas pour évacuer sa rage : il ne savait pas combien de fois il s’était acharné sur elle, au point d’entailler ses poings en la frappant. On pourrait nommer ceci un défouloir. Un défouloir le préservant de la folie.

Mais cette époque était depuis longtemps révolue. Le regard de l’ancien enfant, devenu un puissant jeune adulte, se fixa sur la partie la plus haute de la sculpture de bois. Le morceau qui lui servait de tête. La rage le parcouru en un instant. Toutes ces années de souffrance, de peine, il savait qu’il ne les devait qu’à une seule personne. Sans celle-ci, jamais son père ne l’aurait considéré comme un déchet.  Jamais ses vassaux n’auraient eu l’ordre de lui mener la vie dure. De cette personne naquit la cause de tous ses maux. Et uniquement car elle était né avant lui. Le visage de cette personne se matérialisait sous les yeux de Morvan lorsqu’il se vengeait sur le pantin inanimé. Le visage de son frère ainé. Bouillonnant de fureur à l’évocation de son parent, le guerrier fondit à une vitesse inhumaine sur l’objet qui lui avait évoqué ce souvenir et…







Une secousse le réveilla. Ouvrant lentement les yeux, son esprit toujours embrumés par le sommeil, Morvan chercha par réflexe à saisir n’importe quoi qui aurait put le maintenir. Mais la main dévolue à cette tâche ne rencontra que du vide. Et malheureusement pour lui, au ballotement précédent succédèrent quelques autres plus violents. Le guerrier, encore désorienté par son réveil abrupt, fut renversé du tronc d’arbre coupé qui lui servait de siège et s’abattit sur le plancher de la charrette qui subissait les assauts d’une route fort peu entretenue. La lourde armure de templier qu’il arborait  depuis son entrée dans l’ordre lui écrasa tout en produisant un effroyable fracas métallique. Malgré la douleur qui lui brûlait la poitrine, son unique pensée à cet instant fut qu’il ferait un piètre espion, en annonçant ainsi sa venue à des lieux à la ronde… Quand bien même un espion ne serait pas en ce moment affecté à la protection d’une caravane de marchandise. Mais si on réfléchissait bien, cette tâche ne devrait en aucun cas incomber également à un templier, les champions de la Chantrie.

Tandis que le jeune homme tentait de reprendre ses esprits, un gloussement à peine étouffé parvint à être capté par son ouïe : Javin bien sûr… Le regard de Morvan, retrouvant spontanément de l’intensité, se posèrent sur l’unique autre individu présent à l’arrière de la carriole subissant toujours autant de turbulences. Il s’agissait assurément d’un autre templier, étant donné que le même symbole apparaissait sur la cuirasse des deux hommes. Mais celui-ci, ayant réussi à résister aux secousses successives sans s’effondrer, semblait plus expérimenté que son jeune compagnon. D’une part, son allure fière et imposante imposait le respect à quiconque posait les yeux sur lui, et d’une autre, la fine cicatrice son œil gauche et sa peau rude, témoignage de campagnes guerrière passées, indiquaient une certaine expérience dans l’art du combat.

Il s’agissait de Javin Tablier, le supérieur hiérarchique de Morvan au sein de l’ordre, mais également son mentor et son ami. Toujours au sol, le jeune templier s’efforça de détailler cet homme qui s’efforçait de contenir son rire tout en faisant mine de ne pas contempler la ridicule situation dans laquelle son apprenti se tenait. Même si le temps et les batailles avaient marqué la peau du capitaine templier, nul n’oserait dire de Javin quoique ce soit pouvant le ramener à son âge. Et pour cause, malgré les cinquante deux passées sur Thedas, sa jovialité et la spontanéité le rajeunissait aux yeux de tous. Et peu importait que des rides commençaient à sillonner son front, ou que des mèches blanches apparaissaient sur sa chevelure brun Ces dernières disparaissant rapidement d’ailleurs… Morvan se persuadait que son maître passait les rares matinées ou il arrivait en retard à couper ses maudites mèches trahissant son âge. Peut être finirait ’il par se débarrasser entièrement de sa chevelure, qui sait…

Javin, finissant par ravaler  entièrement son rire, s’adressa à son jeune disciple :
« Ce n’est pas ainsi que tu feras impression à nos frères d’armes tu sais… »

En effet, Morvan se targuait souvent d’être l’un des meilleur combattant de l’organisation rassemblant ce que l’on appelait des « traqueurs de mages ». Et il ne se vantait pas sans raison : le talent du combat était bien plus présent chez lui que chez bien de ses compagnons plus expérimenté. L’ancien capitaine connaissait bien les fanfaronnades de son élève, et ne les appréciait guère. Il mettait un point d’honneur à lui rappeler que tout génie du combat qu’il fut, il restait avant tout un novice. Mais le jeune homme prenait toujours avec humour ces remarques plus amicales que mesquines. Sauf cette fois-ci. Le templier novice étouffa un grognement, et cracha sur le sol en bois. C’est ainsi que Javin que sut.

« Encore ce cauchemar, n’est ce pas ? »

A ce moment, ce fut à Morvan de détourner les yeux. Même s’il se rendait compte que sa réaction le trahissait, son mentor le connaissait décidément beaucoup trop bien pour ne pas connaitre la raison de son tourment. Javin reprit la parole :

« C’est du passé maintenant. Tu ne dois pas laisser de douloureux antécédents te ronger : tu sers une cause supérieure désormais. Et aussi abominable que fut ce que t’a fait subir ta famille, c’est cela qui en fin de compte t’a guidé jusqu’aux templiers. Jusqu'à ta vocation. »

Le disciple du vétéran senti la tension parcourir son corps : rien que le fait d’évoquer ce sujet sensible le crispait déjà. Il arrivait à s’accommoder de ses mauvais rêves le temps passant, mais pouvoir discuter de vive voix de ses tourments était autre chose. Même si cela remontait à loin pour lui, les cicatrices laissées sur son âme ne se refermeraient pas avant de longues années pensait’ il. Comment pouvait’ il en être autrement d’ailleurs ? Car la cause de tous ses problèmes continuait à guider ses pas. Devenir templier n’avait rien eu d’une vocation pour lui : sa famille désirait l'éloigner purement et simplement. Ce qui somme toutes le soulageait énormément, même si oublier ses origines relevait de l’impossible.

Son nom complet était Morvan De Harnois, second fils reconnu du Iarl de Hautemarche.  Bien que noble de rang et de sang, il avait vécu une enfance rude et douloureuse ponctuée de passage à tabac réalisé par sa propre famille. Longtemps il s'était persuadé qu’être né cadet, et d’avoir causé la mort de sa mère en couche, lui avait réservé ce traitement si différent de celui de son grand frère surprotégé. Mais il s’aperçût un jour que le Iarl traitait ses bâtards avec bien plus de considération que le second fils issu de son mariage. La réponse à cette haine finie par trouver Morvan un jour : Il découvrit que l’union de ses parents avait été arrangée, et qu’en réalité ils se détestaient. Mais le Iarl n’aurait pas dut haïr ses deux fils légitimes ? Malheureusement pour le cadet, son aîné avait hérité ses caractéristiques physique et comportementale de son père, tandis que lui-même ressemblait beaucoup plus à la défunte épouse honni par son mari.

Mais autre chose encore remplissait de rancœur le Iarl à son égard : le fait que Morvan surpassait, en dépit de son plus jeune âge, haut la main les compétences de son grand frère. Le Iarl ne supportait l’idée que celui qu’il assimilait au rejeton de celle qu’il haïssait, pouvait se révéler meilleur que son propre descendant. Les deux enfants étaient pourtant frères de sang, mais la brume avait envahi l’esprit du Iarl à ce sujet. Morvan fut donc brimé pendant des années, jusqu’à que le Iarl se rende compte que toutes les tentatives pour le briser avait échouées. Las de supporter ce fils devenu un être rempli de haine, le iarl fini par l’envoyer loin de ses terres, dans une Chantrie isolé, à la foi pour ne plus à avoir à supporter sa présence, et pour sécuriser sa succession par son fils aîné.

Javin savait tout cela, son disciple le lui avait déjà conté… Tout comme il se doutait que le jeune homme ne se sentait pas l’âme d’un templier. Morvan subissait donc les éternels sermons de son supérieur, qui parlait de destin, de place dans le monde trouvée, et d’accomplissement personnel. Morvan se rendait compte que son maître ne voulait que son bien, la Chantrie punissant sévèrement à la fois le doute face à son culte, et la désertion, rêve inavoué du jeune combattant.

Mais pour l’heure, il ne devait pas penser à ce genre de chose. Sa formation de templier achevée, il s’était choisi une nouvelle affectation, privilège de son ancien rang de noble. Et celui qui lui avait tout appris lui avait proposé de se joindre à lui. Plus par crainte que le templier novice ne faute que pour le plaisir de sa compagnie, soupçonnait’ il.

Morvan et Javin avaient donc quitté la précédente Chantrie qui les avait accueillis, prenant la direction d’Allurhin, capitale régionale des Dorsales de givres. Comme les deux hommes s’y était attendu, le voyage se révéla ardu, puis exténuant au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient des montagnes. Aux pieds de ces dernières, la chance fini par leur sourire car leur route croisa celle d’une caravane marchande se rendant à leur destination. Les templiers embarquèrent dans l’une des charrettes, en échange d’une promesse de protection en cas d’agression du convoi. Ce répit fut le bienvenu pour les deux voyageurs, mais le plus jeune d’entre eux commençait à émettre des signes d’impatience. Impatience renforcée par les sombres visions qui l’assaillaient.
Oppressé par la toile qu’il l’empêchait d’admirer le ciel, le noble déchu se releva, puis se dirigea vers l’unique ouverture de la bâche qui recouvrait la charrette. La voix de son mentor le stoppa dans son élan :

« Il ne serait pas très sage de sortir : tu serais vite congelé dans ta cuirasse… »
Morvan haussa les épaules :

« Ça me conviendra déjà mieux que de passer une seule seconde de plus à supporter ce ballotage ! De plus, j’étouffe ici… J’ai l’impression que nous sommes assis ici de puis des semaines entières… »
Le vieux templier ferma les yeux, comme si sa patience commençait à être éprouvée :

« Nous n’avons plus beaucoup de temps à attendre. Notre hôte m’a informé que nous arriverions à Allurhin en fin de matinée, si aucun imprévu ne survenait… »

« Cela fait encore plusieurs heures à attendre ! S’exclama le jeune templier. Je ne tiendrais jamais jusque là… Il faut que je sorte, pour mon propre bien ! »
Pour la première fois depuis bien longtemps, toute jovialité s’évapora du visage de Javin, et un regard froid et sévère se posa sur son apprenti :

« Pour ton propre bien ? C’est le genre de chose que ne devrais plus en aucun cas proférer, ni même penser ! Tu es un templier désormais ! Et si ton devoir t’impose de servir la Chantrie, ton honneur te dicte de défendre ceux qui ne le peuvent pas. Tes désirs ne sont que secondaires face à ces responsabilités. »
Morvan connaissait bien ce discours, mais il ne se doutait pas qu’il serait un jour appliqué à une aussi simple envie que d’aller se dégourdir les jambes ! Un petit sourire se forma sur les lèvres du jeune apprenti, avertissant son mentor que ce dernier ne prenait plus son sermon au sérieux. Il décida donc de rajouter un petit segment qui devrait faire son effet :

« Et le froid sapera tes forces… Tu ne pourras les recouvrer d’ici à ce que nous arrivions. Et tu ne voudrais pas faire mauvaise impression, n’est ce pas ? »

Ce dernier argument fit visiblement mouche, car le novice bougonna mais fini par se rasseoir. Bien que l’effet escompté se produisit, Javin regretta d’avoir usé de cet artifice : il s’était joint au jeune homme uniquement car il craignait de voir celui-ci s’engager sur une pente glissante. Et ce genre de commentaire pouvait au final lui faire croire qu’il l’encourageait à suivre cette voie sans issue.

Mais pour Morvan, s’engager sur le terrain interdit n’était pas un choix, mais une nécessité. Uniquement pour cela, il avait choisi cette affectation aux confins de Férelden. Le cantique de la lumière, la foi en la Chantrie et mêmes ses devoirs de templier, rien de cela ne lui importait. Il ne désirait revoir qu’une seule personne… Et pour cela, il devait se rendre à Allurhin. Sans savoir que les mois qu’il passerait dans cette ville le transformerait à jamais.

Сообщение изменено: Lost-brain, 15 Апрель 2010 - 11:08 .