Chapitre 2 : La mission est lancée.
La frégate stellaire lancée comme une flèche folle dans la voûte noire, avait fusé depuis longtemps d'Arcturus, en direction du relais charon, à l'extrême limite du système solaire. Le grand saut serait pour bientôt. Le Normandy avait finalement pris son envol et sillonnait depuis, l'espace et l'inconnu parmi les mystères, les nombreuses interrogations d'un univers quasi-vide, presque irréel tant s'en trouvait son immensité malgré son contenu d'étoiles et de planètes, son lot de flottes galopantes et de batailles spatiales déchirant l'atmosphère et semant tout un fratras d'épaves en perdition jusqu'à l'infini. Et comme toujours la voûte noir resplendissait d'une beauté particulière, froide, secrète, auréolée de mystère. Mais par delà l'obscurité, à des milliers de kilomètres, émergeait toujours la Terre dans ses beaux atours, imposante, et reflétant nombre de lumières scintillantes qui viraient du bleu des mers à l'encre noir, ou au bronze des continents.
Magnifique spectacle auquelle ne put se détacher Johanna, à travers le hublot incurvé du transparacier derrière lequel elle se tenait, raid comme un piquet, éprise soudain d'un moment de rêvasseries. La Planète bleu lui paraissait si belle à cet instant. Elle savourait toujours l' innocence enchanteresse qui émanait de ses courbes, du mélange harmonieux de ses couleurs, gorgée apparaissait-il de promesses et de trésors infinis . A la vue d'une telle merveille, n'importe qui aurait succombé au doux rêve d'un foyer accueillant, paradisiaque, empli de prodigalités infinis. Aucun observateur averti n'aurait pu échapper à cet espèce de sentiment âpre excitant, qui vous hérissait le poil.
Seulement ce n'était qu'une illusion, et nul n'en était plus conscient qu'elle, qui attestait d'un sang terrien pur, avait hérité d'une vision terrienne endurcie et grandi au sein de mégalopoles de ce monde-Eden. Dans les basses fosses. Un monde qui aux yeux de bon nombre n'ayant pas eu de chance comme elle, frappés socialement et géographiquement, pouvait s'assimiler à un tas de fumier qui méritait à peine qu'on lui prête attention. Décrépitude, pollution, pauvreté, surpopulation et criminalité en nombre d'endroits. Ca avait été surtout ça la Terre pour elle, un mélange de boyaux, de zones de non droit et de ramassis de voyous. Une vision rude et sans indulgence. Malgré tout, c'était chez elle, c'était sa Terre, aussi crapuleuse et ingrate celle-ci soit-elle montrée à son égard il fut un temps lointain.
Shepard avait tout connu, tout vécu, tout expérimenté là-bas. Son passé parsemé de déboires, de honte, et surtout de méfaits dont elle n'était pas particulièrement fière, mais ne se reprochait pas pour autant. Elle était venu au monde sans avoir connu ses parents, sans le sou, avec pour seul foyer la rue, pour seule loi la survie, à n'importe quel prix. Tant bien que mal, à la force de ses poings, par le moyen de sa ruse aiguisée, elle avait brutalement fait son chemin, tenté de survivre à la loi du plus fort qui n'avait jamais eu tant de signification que dans l'éternel répétition d'un cycle inépuisable. Être respecté, ne pas se retrouver du côté des morts ou des victimes, du côté des perdants. Tels avaient toujours été les fondamentaux de sa conduite, le résultat de ses agissements impitoyables par le passé, la source de sa réussite. Bastons entre gangs, tabassages, règlements de compte, et volonté d'hégémonie sur un territoire donné. Au diable la paix, ou la sécurité. Une vie très active et très malheureuse depuis sa toute jeunesse.
L'enfant dépenaillée grâce à ça cependant, s'était très vite constituée une carapace qui depuis ne l'avait jamais quitté. L'enfant avait très vite saisi puis développé un instinct affûté et ses talents naturels au combat. Finalement après un cycle d'horreurs et de violence extrême et traumatisant pour elle, l'adolescente avait décidé de fuir, de ne plus jamais se retrouver piéger de ce monde, au risque absolu de mourir, ou se suicider. Elle avait compris qu'elle n'aurait pas d'avenir ainsi. Qu'elle méritait mieux, que cette vie pitoyable ne mènait à rien, et que ses talents pouvaient être beaucoup mieux utilisés au service d'une juste cause, d'une discipline. L'adolescente d'antan avait finalement rejoint l'armée de l'Alliance à ses 18 ans. Ainsi avait débuté sa carrière, ainsi se poursuivait-elle aujourd'hui sur ce vaisseau, la jeune adulte du vingt-troisième siècle plus endurcie que jamais.
Le voyage se poursuivit paisiblement, sans aucune anicroche. Les étoiles se déformaient, comme si l'univers entier se compressait, et tout au long de sa trajectoire calculée, le Normandy bondissait à leur côtés, jusqu'à atteindre finalement sa destination pour franchir la première étape de leur voyage. Il avait parcouru moult et moult kilomètres et il s'en était fallu seulement de quelques heures pour arriver jusqu'au relai d'Arcturus Prime.
Shepard jugea donc alors qu'il était tant de sortir de son isolement et de participer à l'évènement comme tous les autres, là où le Commandant aurait dû se trouver depuis le début. Et le temps pressait d'après l'interphone du vaisseau, le saut serait pour bientôt.
Relais Arcturus Prime en vue, début de la séquence de transmission. Connexion établi, calcul de la mass de transit et de la destination. Faisant passer tout le poids de son corps agile d'une jambe à l'autre, et d'une légèreté pareille à celle d' un félin tant s'en montrait l'aisance, outre qu'elle traduisait un entraînement poussif et régulier, le soldat en uniforme bleu impeccable de l'Alliance, s'ébranla pleinement. Johanna Shepard traversa rapidement la coursive de la cafétaria, monta les escaliers jusqu'aux étages supérieurs, sur le pont.
Relai opérationnel, acquisition du vecteur d'approche. Alors qu'elle franchissait les portes coulissantes, deux soldats postés devant se mirent au garde à vous et pratiquèrent un salut. Hochant respectueusement la tête, elle chemina d'un pas hâtif sans s'arrêter, bousculant presque au passage quelques hommes de son équipage, dont le Caporal Jenkins qui éprouvait pour elle une admiration sans limite.
Le pont du Normandy était extrêmement étroit, ne pas se cogner les uns les autres tout en étant actif et constamment en mouvement relevait d'une véritable prouesse, fruit d'un excercice parfait mille fois répétées. Comme dans une fourmilière, ambiance fébrile, chacun son rôle, chacun sa place, en totale harmonie. Pas toujours aisée, mais ils y arrivaient la plupart du temps. Johanna, ne perdait miette de tout ce qui se passait alentour, faisant attention à chaque détail , observant avec minution son équipage au travail, les expressions intenses de chaque tête qui dépassait des sièges. Tous, l'équipe de calcul de Navigation, celle des systèmes ou encore du pilotage, étaient concentrés sur leur tâche. De vrais professionnels. Le Normandy n'avait pas ramassé au passage des plouks perdus, et le temps d'une seconde, le Commandant en éprouva de la fierté, fierté d'appartenir à une telle équipe. Elle espérait que ses hommes sur le terrain seraient tous aussi efficaces.
Station sécurisée pour transit, on a le feu vert, début de la phase d'approche. poursuivit Joker qui n'avait jamais été aussi sérieux et impliqué depuis leur première rencontre, le visage froncé pendant qu'il pianotait sur sur sa console et qu'elle accédait au poste de pilotage du Normandy. Un contraste véritablement frappant, peut être ne plaisantait-il pas quand il prétendait être le meilleur des meilleurs et de loin. Johanna fut désagréablement surprise d'y trouver aussi Nilhus, il chapotait et surveillait manifestement les opérations en cours. Et pour la première fois depuis qu'il s'était invité ici, il ne la dévisageait plus fixement, de ce regard qui tentait de chercher jusqu'au fond d'elle. Ses yeux plus alertes que jamais, étaient résolument fixés sur la grosse masse de métal au devant du Normandy, d'où émanait une éblouissante lumière bleu. Une sorte de piste d'atterrissage grandeur nature, qui faisait cent fois la taille du vaisseau, et par laquelle, la Frégate allait établir un saut de plusieurs milliers d'années lumière. Elle réagissait directement aux calculs établis et transmis par Joker.
Passage du relai dans 3,2,1. Le bond se produisit, Shepard sentit la masse du vaisseau, hors de contrôle se projeter vers l'avant, à l'exemple de ses entrailles. L'éclat bleu devint rouge flamboyant et aveuglés par un flash, ils se sentirent tous durant quelques secondes transportés à travers le vide intersidéral. Quelques secondes plus ******, ils réapparaissaient dans un autre système de l'espace, les règles de la physique reprenant leur droit. Ses entrailles de nouveau en place, Shepard put accueillir avec satisfaction comme les autres, la réussite totale du plan de vol. Tout se déroulait à la perfection et Joker ne manqua pas évidemment l'occasion de le faire savoir, en tentant d'impressionner son beau monde par des paroles suffisantes et à peine subtiles dans l'auto-promotion d'un calcul superbement exécuté, appuyé par une manoeuvre de pilotage quasi-parfaite.
En effet l'équipage du Normandy avait bien travaillé, mais le Spectre, imperturbable, s'en formalisa à peine et repartit vers la salle des transmissions. Sans aucun doute, il était ailleurs, ses pensées tournées vers une chose inaccessible à la compréhension du reste de l'équipe, cachant là des secrets qui captait toute son attention. Encore une fois les suspicions de Joker à propos de sa venue ici reprenait le dessus, et Shepard ne pouvait pas vraiment lui reprocher cette redondance. Les Spectres étaient les meilleurs agents de la galaxie, ils n'étaient jamais employés qu'aux missions dangereuses. Cela n'avait aucun sens, les tours de manèges, ce à quoi s'assimilait la mise en situation d'un vaisseau - même le plus perfectionné - n'étaient définitivement pas pour eux. Il y avait anguille sous roche et quelque chose lui prédisait qu'ils seraient tous concernés. Joker qui avait terminé son rapport, en contact avec le capitaine sur la fréquence du Normandy, la ramena à la réalité.
- Le Capitaine vous demande dans la salle des transmissions, Commandant.
- J'y vais. Johanna fit demi-tour sans ajouter un mot, pendant qu'Alenko et Joker se remettaient à discuter bravement. Ceux là s'entendaient déjà copains comme cochons, même si l'un bavardait définitevement plus que l'autre. Après avoir traversé la coursive de pilotage et des systèmes, près d'atteindre la salle intermédiaire des calculs de Navigation, elle surprit une discussion active entre Prestley et Adams qui communiquaient par la fréquence vidéolurique, assez houleuse pour attirer son attention.
- Mais si je viens de le voir, il avait une démarche comme s'il était en mission. Aussi hâtif et sérieux que s'il s'attendait à combattre d'un instant à l' autre.
- C'est un spectre, ils sont toujours en mission.
- Et on se retrouve embarqué avec lui !
- Du calme Prestley, tu vas finir par te coller un ulcère. Laisse tomber, tu veux. Alors que le Navigateur coupait la transmission de manière rageuse, il aperçut le chef en second se rapprocher. Oh ça non, il n'était pas prêt de laisser tomber. Le front soucieux, comme s'il avait pris brusquement une décision, il tint à interrompre la course du Commandant qu'il venait d'apercevoir, tout en se mettant en garde à vous.
- Félicitation commandant, on dirait que tout s'est bien passé. Vous descendez voir le Capitaine ?
- Je vais le voir, oui. répondit Johanna d'un ton neutre, sachant pertinement que Prestley avait une idée derrière la tête, quelque chose de précis à lui signifier en lisant à travers son attitude. Celui-ci ne cacha pas plus longtemps ce qui l'obsédait, et reprit la parole d'une voix très nerveuse.
- Sauf votre respect chef, il y a quelque chose d'étrange dans cette mission, tout l'équipage le sent.
- Vous pensez que l'état major nous cache quelque chose ? demanda celle-ci, droit au but et peu désireuse de tourner autour du pot. Puis de toute évidence ils partageaient la même inquiétude.
- Si tout ce qu'on a affaire, c'est tester le système furtif. Pourquoi est-ce que le Capitaine Anderson dirige la mission ? Sans parler de Nilhus. Les spectres sont des espions d'élite, qu'est-ce qu'un espion turien viendrait faire dans un vol d'essai, ça ne colle pas. La véhémence de son propos surprit quelque peu le Commandant.
-Quel mal y a t-il à la présence du Capitaine à la mise en situation de son vaisseau ?
- Je n'ai aucun problème avec ça, chef. Simplement, je ne comprends pas ce qu'il fait ici. Le Capitaine Anderson est l'un des officiers les plus décorés en service. En fondant toutes ses médailles, il pourrait fabriquer une statue de lui grandeur nature. On envoie pas un soldat comme ça en mission de routine. C'est presque une insulte. En outre, vous l'avez sûrement constaté, il prend ce vol d'essaie trop au sérieux, il n'a pas même pas jugé utile de voir de ses yeux comment travaillait l'équipage, il n'a pas quitté la salle des transmissions depuis le début, en contact constant avec l'Etat-Major ou Nilhus. Il se passe quelque chose d'important. Johanna le sentait aussi, mais s'exciter pour autant ne rimait à rien, il fallait garder son sang-froid. En outre Prestley pouvait peut être la renseigner sur le Normandy, il était important qu'elle sache exactement quels étaient les effets de ses principaux avantages et notamment sur le système furtif qu'il avait mentionné.
- Nous verrons. Parlez moi du système furtif. Prestley se rendant compte qu'il avait légèrement perdu le contrôle devant son officier supérieur, inspira intensément, avant de répondre.
- En gros ça permet de dissimuler notre position aux scanners et aux capteurs, une technologie de pointe. Il nous rend totalement invisible. Le Normandy est le seul vaisseau équipé de ce moteur prototype. Et alors il se fit de nouveau suspicieux, interrogateur et soucieux, têtu à vouloir remettre ça sur le tapis, sans exploser cette fois cependant.
Mais pourquoi un équipage au complet ? Une équipe réduite coûterait moins cher et ça réduirait les risques d'indiscrétions. Et puis il y a Nilhus, un Spectre. Non. Le vol d'essai n'est qu'une couverture, c'est clair. Prestley était un navigateur des plus expérimentés, son analyse était celle d'un vétéran et d'un vrai professionnel qui ne pouvait être ignoré malgré ses dispositions prompte à réagir à tout ce qui sortait un peu de l'ordinaire. S'il pensait qu'il y avait anguille sous roche, il y avait anguille sous roche. Johanna se montra réceptive à ses doutes, jugeant certainement utile d'avoir son opinion là-dessus.
- Pour cacher quoi ?
- J'aimerai bien le savoir commandant, nous sommes ici sous de faux prétextes, je n'aime pas trop être laissé dans le brouillard.
- J'essairai d'obtenir des informations auprès du Capitaine. C'était tout ce qu'elle pouvait promettre. Rien n'obligeait le Capitaine à l'informer même s'ils étaient censé être très liés dans leur travail et leur décisions.
- Bonne chance, Commandant ! Satisfait, Prestley la planta là, dans la coursive à peine éclairée, pressé de retourner parmi son équipe qui poursuivait ses calculs de trajectoire. Prête d'atteindre finalement la salle des transmissions, Shepard tomba sur le Docteur Chakwas et le Caporal Jenkins qui discutaient vivement, immobiles, debout et indifférent à l'activité fièvreuse autour d'eux. Sans objectifs et inutiles pour le moment, ils se contentaient de ne gêner personne, tout en bavassant. Même si elles ne les connaissaient que depuis peu, Johanna avait déjà la certitude qu'il s'était établi entre eux un lien très fort, malgré la différence d'âge. Jenkins tout juste 21 ans avait encore la peau d'un bébé, pas un poils sur le visage, et des grands yeux bleus d'enfants naifs que tout impressionnait. Chakwas gardait une allure altière et une fraîcheur certaine malgré la cinquantaine passée et ses cheveux grisâtres. Sa vision des choses était toujours pleine de sagesse. A son apparition soudaine, le très jeune Caporal, l'un des soldats de la Frégate, se mit au garde à vous, tandis que Chakwas, qui en tant que simple civile n'était pas tenue de la saluer, hocha simplement la tête respectueusement.
- A votre avis, Commandant, on va rester longtemps sur Eden Prime ? Moi je veux de l'action, de la vraie ! s'exclama t-il en hurlant presque. L'enthousiasme pour de l'action ne sembla manifestement pas être du goût de Chakwas qui opta pour une réponse ironique, bien qu'elle montrait un visage tout sauf amusé. Une espèce de lueur attristée brilla dans ses yeux un instant. Elle avait eu une vie bien remplie, c'était certain. Des horreurs et des choses affligeantes, en avait-elle certainement vu défiler durant sa carrière. Ses cheveux grisonnants avaient perdu de leur teint chatoyant, de leur vigueur, comme ternis, en reflet peut être à cet éternel regard mélancolique qui voilait son visage.
- J'espère sincèrement que vous plaisantez, Caporal. L'action signifie généralement que je me retrouve à rafistoler des membres de l'équipage à l'infirmerie. Il est inutile de chercher les ennuis. Chakwas parlait en tant que sage personne expérimentée pour réfréner les ardeurs un peu trop débordantes du Caporal, auquelle Johanna agréa. Johanna parlerait en tant que Soldat. La perte de contrôle de l'un de ses potentiels officiers sous ses ordres sur le terrain n'était pas pour lui plaire, la jeunesse n'excusait pas tout. Elle avait donc décidé de le rappeler à l'ordre malgré la bégninité de ses propos.
- Calmez vous, Caporal, et essayez de garder la tête froide, c'est une exigence, même au combat. C'est ça un bon soldat. Jenkins ne sembla pas l'entendre de cette oreille, aussi insouciant et impatient que lui accordait ses 21 ans.
- Pardon Commandant, mais j'en peux plus d'attendre sans rien faire, c'est la première fois que je participe à une mission avec un Spectre ! Un Spectre ! Vous y croyez vous ? C'est pour ça que je suis à bout, j'ai hâte de connaître notre vraie mission ! Apparemment la pensée que la mise en situation du Normandy n'était qu'une couverture était unanimement établie. Pas pour déplaire à Johanna, cela prouvait la vivacité d'esprit de son équipage. Elle ne nia donc pas ce qu'impliquait ces paroles et y répondit naturellement, comme s'il s'agissait d'un fait.
- Rien ne change. Suivez mes ordres, faîtes votre boulot comme d'habitude, Spectre ou pas, et tout ira bien.
- Facile à dire pour vous, vous avez fait vos preuves sur Akuzé, tout le monde sait de quoi vous êtes capable ! Cette mission, c'est la chance de ma vie, c'est l'occasion de prouver ce que je vaux ! répliqua le Caporal entêté, son visage rayonnant d'espoir et d'excitation, qui acheva de rendre plus que glaciale le Commandant. Trop jeune, trop ambitieux, trop excité pour survivre, se dit-elle dans sa tête. Elle ne savait rien de lui, mais elle pouvait sentir l'inexpérience et la fraîcheur de l'ignorance d'expériences délusoires ressortir de ces paroles. Il se trompait d'objectif, et il ne s'en sortirait pas, ne vivrait pas longtemps si elle ne lui ôtait pas ces idioties de la tête.
- Oubliez un peu vos rêves de gloire, Caporal, ceux qui s'y prêtent, sans contrôle sur eux-mêmes, sont les premiers à mourir. Devant cette réponse tranchante qui apparut comme une douche froide, Jenkins parut se figer comme s'il avait reçu une gifle en pleine face. Chakwas silencieuse prononça une moue gênée, même si dans le fond elle n'était pas totalement en désaccord. Indifférente, et voulant être sûre d'être entendu, de ramener ce petit soldat à la raison, Johanna poursuivit implacablement.
On a un boulot à faire, ne faîtes rien de stupide qui pourrait tout gâcher. S'il y a une chose que l'on ne pouvait reprocher à Jenkins, c'était son énergie inépuisable. A peine interloqué par les propos durs de son chef, il répondit d'un ton aussi vibrant que confiant, le sourire aux lèvres.
- Ne vous en faîtes pas chef, je serai à la hauteur ! Je suis prêt et je vous le prouverai ! Johanna n'était pas tout à fait convaincue au vu de la réponse, mais il était temps de mettre fin à cette discussion inopportune. Les actes auraient définitivement plus de poids que les mots.
- Je vous ai entendu discuter vaguement des Spectres. Et cela m'intéresse. Que savez vous d'eux précisément ? Le docteur pris la balle à la volée et sauta sur l'occasion de changer de sujet, répondant volontiers au Commandant.
- Seulement ce que j'en ai entendu dire. Les agents spectres travaillent directement pour le Conseil de la Citadelle. Ils opèrent généralement seuls ou en petit groupe. Mais les Spectres n'ont aucun pouvoir officiel ! C'est surtout une organisation de l'ombre chargée de protéger la stabilité de la galaxie !
- La protéger à TOUT PRIX, c'est ça qui compte ! l'interrompit Jenkins en explosant presque, avec une conviction proche du fanatisme.
Les Spectres sont au-dessus des lois ! Rien de nouveau pour Shepard, ils répétaient ce qu'elle savait déjà. Elle poursuivit cependant.
- Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas d'humains chez les Spectres ? Il m'a toujours semblé que c'était une organisation multi-ethnique. Qu'il n'y ait pas d'humains ne lui donnait pas vraiment envie d'accorder une quelconque importance à ce qu'ils représentaient dans toute la galaxie, au delà d'un intérêt poli pour leur légende et leur compétences. Tout du moins tant qu'ils ne constitueraient pas une menace pour l'Humanité. Chakwas sembla tout aussi confuse qu'elle sur cette issue, haussant les épaules pendant qu'elle répondait avec hésitation.
- Les spectres proviennent généralement des races conciliennes, comme les Turiens. Cela fait des années que nous essayons de faire accepter des humains dans leur rangs, mais sans résultats jusqu'à aujourd'hui. Je ne peux pas vraiment dire pourquoi.
- Peu importe. Nous valons autant qu'eux. se contenta de répondre Johanna sans palabrer plus là-dessus. Jenkins ouvrant grand ses yeux, comme si une pensée soudaine lui avait traversé l'esprit, fit de grands gestes dans sa direction.
- Hey, Commandant, j'y pense, vous seriez pas mal comme Spectre ! La pensée prit Johanna par surprise, arquant un sourcil face au tour que prenait la discussion. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu signifié. Evidemment, l'on avait toujours loué son efficacité et ses talents, mais jusque là nul n'avait été jusqu'à la comparer à un Spectre. Devant sa réaction sceptique, comme si elle le soupçonnait de flagornerie, Jenkins poursuivit avec plus de conviction que jamais, voulant lui ôter cette idée fantaisiste de la tête. Il croyait férocement à ce qu'il disait et personne ne pourrait le convaincre du contraire.
C'est vrai quoi ! Ils sont toujours lâchés dans des merdiers pas possible et ils s'en tirent ! Comme vous sur Akuzé, quoi ! Ca c'est digne d'un Spectre ! Quand je pense que vous êtes la seule à avoir résisté et survé..
Ces derniers mots firent réagir Johanna, son âme et son esprit. Dans la tête de Shepard défilèrent les images du sang inondant le sol traître, les visions de soldats, d'amis morts dévorés ou enfouis dans le sables, cisaillés en deux par des créatures gigantesques de croc dans les sables mouvants. Elle ressentit de nouveau la douleur de l'acide qui s'insinuait en elle, lui mordait la chair , intoxiquait sa respiration et les pores de sa peau. Imperceptible réaction heureusement. Johanna qui n'aimait rien tant que de faire preuve de faiblesse, et être vue dans cet état, interrompit immédiatement le Caporal qui poursuivait.
- J'essaie de ne pas penser à Akuzé dans les détails. Et j'aimerai ne jamais y penser si je peux l'éviter. Pour la première fois, Jenkins sembla se ratatiner. Même si elle ne le montrait pas, il était assez intelligent pour comprendre qu'il avait touché un point sensible et sacrément douloureux pour sa chef, quand bien même ce ne fut pas ses intentions.
- Ouais désolé Commandant, je ne voulais pas vous offenser. Je.. respecte ce que vous avez fait là-bas.. comme tout le monde.
- Il n'y a pas de lézards, Jenkins, soyez simplement au courant de ce fait. le rassura t-elle brièvement. Et sans transition, coupant court à la discussion :
Le Capitaine m'attend.
Editado por Sylvianus, 20 septiembre 2011 - 04:46 .