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[fan-fiction] Souvenirs d'une Shepard pragmatique.


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9 réponses à ce sujet

#1
Miaou04

Miaou04
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Salut,

Ceci est une ébauche de récit centré sur l'histoire de Shepard dans Mass Effect. J'ai choisit ici de faire des aller -retour entre la période disons de "résurrection" de Shepard, au début de Mass Effect 2, et des fragments de son passé (de l'enfance à la fin de Mass Effect 1, pour ce que je prévois). En espérant que ça ne rende pas trop mal. :blush:

Ma Shepard est issue d'une de mes parties : modèle physique tiré du standard (à 2-3 détails mineurs près) ; une franc-tireuse pragmatique à 100% (avec un peu de conciliation quand même), terrienne et rescapée.


Tout commentaire constructif est le bienvenu, même si c'est pour me descendre, du moment que c'est argumenté ! ;)

Bonne lecture !

#2
Miaou04

Miaou04
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            Rien. Le néant. aucune sensation. Aucune pensée. Le vide. Elle flotte sans conscience, sans souffrance. Pas la moindre notion de temps ici : une seconde, un siècle, une année, une heure ? Depuis une éternité, pour elle. Soudain, une pensée, une question : "qui suis-je ?". Pas de réponse. Elle cherche en vain. Puis un éclair, une révélation : Jane. Shepard. Jane Shepard.

 

22 ans plus tôt

- Ton nom c'est Jane Shepard, si j'comprends bien ? Ben écoute, Jane, ici les règles sont simples : un tiers de ce que tu choppes va au groupe pour l'abri, un tiers à moi pour la protection, le dernier c'est pour ta pomme ! Y'a des corvées d'bouffe et d'nettoyage, tout le monde s'y colle à tour de rôle.

            Il s'interrompt pour lui laisser le temps d'assimiler ce qu'il vient d'énoncer et en profite pour l'examiner. Plutôt maigre, mais d'une taille ordinaire pour son âge, qu'il estime à 9 ans. Un teint pâle habituel pour ceux qui vivent dans cette partie de la ville, surnommée avec un mélange d'ironie et de désillusion Poor's Paradise.  Des cheveux roux, coupés courts. Seule particularité, des yeux vairons, l'un bleu clair, l'autre vert. Elle lui retourne calmement son regard ; étonnant de la part d'une gamine, face à un grand Sud-Américain qui frôle les deux mètres et la centaine de kilos, sans graisse superflue (sans oublier quelques autres membres du gang qui traînent dans les parages). Il esquisse un sourire : une bonne recrue, celle-là, visiblement.

- Comme tu peux le voir, c'est pas compliqué à suivre. Autre chose : j'veux pas de merde dans le groupe : si y'a un truc qui va pas, ça passe par moi et j'règle ça illico.

            Il s'accroupit, la regarde droit dans les yeux et lui adresse le sourire carnassier qui lui a valu son surnom très original, El Lobo.

- Et dernière chose à savoir : personne ne m'arnaque ou n'essaye de m'gruger sans en payer le prix fort. Personne !

            Ce coup-ci, elle ne peut pas retenir un tressaillement. Le message est passé. Il hoche la tête, se relève et ouvre la porte de métal située derrière lui, permettant d'accéder aux locaux des Tenth Street Reds. Il lui fait signe de la franchir, puis l'y suit, non sans avoir ordonné à deux de ses sbires de garder l'entrée à sa place. La gamine est déjà en train d'observer les lieux. Une vieille construction du siècle dernier, en béton, sur 4 niveaux.

- Au rez-de-chaussée, la salle commune, avec les chiottes. Premier étage, le dortoir pour les troufions. Deuxième étage, les piaules des membres importants. Troisième étage, la mienne, plus l'entrepôt. Interdiction absolue d'y foutre les pieds.

            Il la mène ensuite vers le dortoir et lui indique une couchette.

- Voilà, tu pionces là. T'as quartier libre pour le reste d'la journée. Demain, tu commenceras à apprendre les bases du taff. Repose-toi, t'en auras besoin.

            El Lobo fait mine de partir, puis se retourne soudain et s'exclame :

- Bienvenue à la maison, niña !

            Maison. Jane sourit malgré elle. En dépit du ton bourru, du côté brutal de l'homme, de la propreté toute relative de l'endroit, et de l'incertitude de son futur, ce simple mot lui réchauffe le cœur.

 

Retour au présent.

            EL Lobo. Des fragments de sa mémoire commencent à lui revenir. Amusement au souvenir de cet étrange personnage. Un dur capable d'actions d'une rare violence, mais sans la moindre cruauté gratuite. Un maître exigeant, prompt à la critique et aux coups pour faire rentrer une leçon, mais aux compliments chaleureux malgré leur rareté. Un langage et une attitude vulgaires pour masquer des pensées plus profondes. Puis un autre souvenir émerge du néant. Les émotions liées la frappe de plein fouet. Rage. Tristesse. Douleur. Première mort sur sa conscience.

Modifié par Miaou04, 03 novembre 2011 - 11:14 .


#3
Miaou04

Miaou04
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 14 ans plus tôt.

-Choppez-la, bande d'abrutis ! Si vous la laissez s'échapper, je vous ferais bouffer vos propres tripes après les avoir fait rôtir!

            Jane jette un coup d'œil rapide par dessus son épaule. Une demi-douzaine de brutes lui courent après. Elle remue les épaules, histoire de s'assurer que son sac à dos est bien ajusté, puis augmente l'allure en se concentrant au maximum. En plein après-midi, les rues sont encore bien encombrées, piétons et véhicules constituant des obstacles non négligeables pour une course, les second étant en plus potentiellement dangereux. Elle remonte à toute vitesse l'avenue, puis s'engage brusquement dans une ruelle sur sa droite. Un choc sourd suivit d'un grognement retentit quand l'un des butors percute le mur. Plus que cinq. Elle décroche une gourde de sa ceinture, l'ouvre et répand son contenu sur le sol. De l'huile de moteur. Deux de ses poursuivants dérapent et se rentrent dedans. Elle raccroche le récipient à sa ceinture. Les trois qui restent à ses trousses poussent des jurons et accélèrent.  Elle bifurque à gauche, puis à droite ; toujours des ruelles quasiment désertes.

            Une minute s'écoule sans qu'elle ne parvienne à les semer, ni eux à la rattraper. Soudain, alors qu'elle s'engage dans une nouvelle allée, l'un des truands sort une arme. Un flingue ! Alors qu'il la vise, elle se jette sur le côté, la rafale de tirs la ratant de peu. Elle se relève souplement, mais l'écart à fondu pendant ce bref laps de temps. Elle analyse rapidement la situation, puis se rue vers l'immeuble le plus proche. La porte à moitié pourrie cède heureusement sous son poids. Une roulade histoire de repartir sans perdre de temps, et elle fonce vers les escaliers, ses poursuivants sur ses talons. Elle grimpe tous les étages, se retrouve sur le toit, recule jusqu'au bord donnant sur la ruelle. Ils atteignent à leur tour le toit et la repèrent aussitôt. Un sourire lubrique se dessine sur leurs lèvres.

-Allez, ma jolie, donne-nous le truc que t'as chouré au boss et on t'fera pas de mal ! D'toute façon, t'es coincée comme un rat!

- Ouais, sois gentille et on t'laissera la vie sauve ! Pis on s'est déjà occupé de tes p'****** copains, le seul truc qu'il veut c'est s'que t'as choppé !

            Ces mots la heurtent au plus profond de son être. Ce qu'elle est venu à considérer comme sa famille, attaquée. Anéantie. Soudain, des paroles prononcées il y a longtemps reviennent brusquement à sa conscience : "La souffrance, la douleur, les sentiments, tout ça c'est de la mierda quand t'as un boulot à faire. Tu fais tout ce qu'il faut, tu donnes tout ce que t'as pour l'achever. Et là tu peut pleurnicher, écouter ta **** de conscience ou te soucier des autres. Pas avant." Les leçons d'El Lobo s'imposent immédiatement à son esprit. Elle sourie à ses trois adversaires, puis se met à sprinter de toutes ses forces. Pas vers la porte, à leur grande surprise. Mais vers le bord opposé du toit. Cinq mètres la sépare de l'autre rangée de bâtiments. Avec une dizaine de mètres d'élan. Elle saute malgré tout. Et percute violemment la corniche du toit. In extremis, elle parvient à se raccrocher à une prise. Aussitôt, elle monte sur le toit sous le regard éberlué des trois hommes, puis détale sur les toits. Le temps qu'ils redescendent du toit, elle est largement hors de vue.

            En temps normal, il lui aurait fallu trente minutes pour rejoindre le repaire du gang. Poussée par le sentiment d'urgence et l'angoisse qui lui serre le ventre, Jane met quinze minutes à faire le trajet. Prudente, elle choisit de s'approcher par les toits plutôt que par le sol. La vision qui l'accueille lui glace le sang : des corps étendus par terre, devant l'entrée, gisant dans des flaques de sang. Cinq au total. Oubliant tout prudence, elle redescend à vive allure et s'approche d'eux. Ouf. Ils sont vivants. En sale état, sûrement plusieurs fractures, mais vivants. Elle s'accroupit à côté de celui qui est visiblement le moins amoché, et le secoue doucement jusqu'à qu'il reprenne connaissance. Un sourire, qui se transforme rapidement en grimace de douleur, lorsqu'il la reconnaît.

- Qu'est-ce qui s'est passé, Jack, bordel ?

-  Les Black Viper's Fangs ... une vingtaine ... avec des armes et des masses ... on a rien pu faire.

- Où sont les autres ? Où sont les jeunes ?

- Sais pas ... El Lobo les a planqué quand ils se sont ramenés.

- J'vais voir ça. Bouge pas surtout, j'reviens dès que possible.

            Jane jette un coup d'œil en direction de la porte. Défoncée, elle gît hors de ses gonds. Elle se relève et se dirige vers l'intérieur du bâtiment, tout les sens en éveil. La salle commune est complètement dévastée, le mobilier en miettes. Même chose au premier étage pour les dortoirs. Elle sent la tension monter au fur et à mesure de sa progression, s'efforçant de juguler la montée du stress et de l'angoisse. Pas le moment. Rester concentrée jusqu'à ce que tout danger soit écarté. Elle atteint le deuxième étage. Pas le moindre bruit, le moindre signe de présence humaine. Elle se dirige vers l'escalier. Soudain, elle entend une plainte. Le troisième étage. Elle se met aussitôt à courir dans cette direction. Le spectacle qui l'attend lui soulève le cœur. El Lobo gît au sol, lynché. Une quantité de sang impressionnante macule les murs. Jane fonce à ses côtés et s'accroupit pour prendre son pouls. Faible. Tous les membres de son corps ont été brisés, sûrement à coup de barres de fer. Elle soulève doucement sa tête et la repose sur ses genoux. Il reprend alors conscience, la regarde et sourit péniblement.

- Content d'voir que tu t'en es tirée, niña. J'savais bien que j'aurais pas du leur chercher des noises. Les p'****** sont dans l'entrepôt, j'ai pu la fermer avant qu'ils déboulent ici.

- C'était qui ces types, **** de merde ? Comment ils ont su pour le job que tu m'avais donné ?

-  L'un des nôtres nous a balancé. Le Rat. La sale raclure. Si j'lui met la main dessus ...

            Il s'interrompt pour cracher du sang. La gravité de ses blessures revient brutalement à l'esprit de Jane.

- Bouge pas, j'reviens tout de suite avec de quoi te rafistoler.

            Un regard désabusé accueille ses paroles qui manquent visiblement d'assurance. Il n'en croit pas un mot. Et elle non plus. Il a visiblement une hémorragie interne. Pas de médigel en stock, et pas le temps d'aller s'en procurer. Ses chances de survie sont nulles.

- Ecoute, gamine, ne va surtout pas t'fourrer dans l'crâne des idées débiles. C'est ma faute, pas la tienne. Tu n'me dois rien : je t'ai pas recueilli par charité, c'était donnant-donnant. Alors ne t'met pas en tête l'idée de me venger. J'te l'ai déjà dit, les sentiments faut savoir les mettre à la poubelle pour survivre. Fous le camp. Maintenant qu'on les a rencardé sur toi, qu'ils savent que c'est toi qui a ce qu'ils veulent, ils vont pas t'lâcher
le cul.

- Arrête tes conneries, tu vas t'en tirer ! Tu peux pas nous ... me laisser tomber comme ça !

            Il sourit faiblement en entendant ces paroles.

- Le code ... pour ma piaule. 061944. T'en auras besoin.

             Il ferme les yeux sur ces mots. Elle se met à chercher frénétiquement son pouls. Qui faiblit de secondes en secondes, avant de s'arrêter. Elle reste figée, tétanisée. Il est mort. El Lobo n'est plus. Ses pensées repassent en boucle dans son crâne. Plusieurs minutes s'écoulent sans qu'elle ne fasse le moindre geste. Des larmes commencent à perler dans les coins de ses yeux. Dès qu'elle en prend conscience, elle se reprend. Les essuie d'un seul mouvement rageur. Pas le temps de pleurer. Il faut agir d'abord. Une rage brûlante commence à se répandre en elle, balayant les conseils du mort. Se planquer, oui. Mais pas sans les avoir fait payer. Elle se relève.

            D'abord, s'équiper. Elle va à la porte de l'antre d'El Lobo, entre le code qu'il vient de lui donner. Elle s'ouvre en grinçant. La pièce fait à la fois office de chambre et de bureau, le tout dans un état de fouillis indescriptible. Jane passe quinze minutes à la remuer de fond en comble, rassemblant tout l'équipement utile. Une pièce d'armure légère pour le torse et des gantelets adhérents, que quelques réglages suffisent à ajuster à son gabarit. Un Omnitech. Heureusement qu'El Lobo a insisté pour la former à son utilisation. Elle aurait peut-être du suivre ses leçons avec plus d'application, d'ailleurs. Trop ****** pour le regretter. Elle marque un temps d'arrêt devant le pistolet. Malgré une instruction au maniement des armes à feu, elle n'a jamais eu à s'en servir. Sera-t-elle capable de tirer sur une cible vivante ? Ses doigts se mettent à trembler. Puis la vision du corps de son mentor lui revient à l'esprit. Elle saisit l'arme d'un geste vif et l'accroche à sa ceinture, à côté de son couteau de chasse.

             Elle sort de la pièce et ouvre la porte de l'entrepôt. Une trentaine de personne y sont encore réfugiées. Des enfants ou adolescents, pour l'essentiel, excepté deux ou trois adultes. L'un d'eux se lève et se dirige vers elle dès qu'il l'aperçoit. La trentaine, un Européen d'une corpulence un peu supérieure à la moyenne, des cheveux noirs noués en queue de cheval, avec des balafres sur les deux joues. La tension monte aussitôt dans la pièce. Comme pour deux chats tentant de s'intimider en hérissant le poil. Il s'arrête à moins d'un mètre d'elle.

- Jane. Si toi t'es là, j'pense qu'ils se sont barrés. Vrai ?

- Mark. Ravie d'te voir en vie, moi aussi.

- Bordel, c'est pas l'moment d'me faire chier! Où est El Lobo ?

            Jane lui indique avec son bras l'emplacement du corps, puis le laisse passer. Sans lui tourner le dos. Entre eux deux, les relations ont toujours été pour le moins tendues. Le lieutenant du boss, face au meilleur élément du gang. Seul le chef savait calmer le jeu, à sa manière parfois brutale, mais efficace. Et maintenant qu'il est mort ... Elle le rejoint devant le cadavre. Il essaye en vain de lui prendre le pouls, et se retourne à moitié lorsqu'elle approche. Il secoue la tête avec colère.

- Et merde ! T'as toujours le truc qu'ils voulaient ?

- Ne m'dis pas que tu vas leur donner ça ? T'as bien vu ce qu'ils ont fait ! Ils l'ont massacré !

             Il se relève et se retourne complètement. Il est visiblement exaspéré, au minimum. Sinon furieux. Le ton commence à monter.

- Il est mort, nom de Dieu ! Mon boulot, c'est de veiller sur le gang ! Sur les vivants !

- Pratique comme excuse pour s'planquer !

- Ouvre grand tes esgourdes, foutue tête de mule ! La vengeance, ça n'sert à rien pour survivre ! Faut d'abord penser au groupe ! A ceux qui sont sous notre responsabilité ! Il le savait, lui ! Maintenant, passe moi ce que j'te demande !

             Il tend le bras pour l'agripper. Elle l'intercepte avant et, d'un seul mouvement, luit tord le bras et le met à
genoux.

- Ecoute-moi bien. Te mets pas en travers de mon chemin. J'hésiterais pas une seconde à t'faire la peau. Moi, j'peux pas oublier ce qu'ils ont fait. Ni m'aplatir devant eux.

            Elle le relâche puis s'éloigne à grands pas. Il relève la tête en grimaçant et l'appelle :

- Jane !!

            Elle marque une pause sans se retourner.

- Si tu fais ça, tu s'ras éjectée du gang. J'te laisserai pas nous foutre tous dans la merde !

            Elle hésite. Toutes les années passées au sein du gang lui reviennent brutalement à l'esprit. Les épreuves, les moments durs, les petits instants de joie. Puis tout est balayé par le corps d'El Lobo gisant sur le sol. Ils doivent payer pour ça. Quel qu'en soit le prix pour elle ou les autres. Elle descend l'escalier sans un seul regard en arrière? D'abord, retrouver le Rat. Elle sait déjà où elle peut mettre la main dessus à coup sûr.

Modifié par Miaou04, 03 novembre 2011 - 11:29 .


#4
Miaou04

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Une heure plus ******

            Le Rat est assis au comptoir de son bar habituel, en train de boire une boisson fortement alcoolisée. Du whisky, d'après l'étiquette de la bouteille sur l'étagère. Encore un héritage du XXIe siècle. Il lève son verre en direction du barman pour lui demander de le resservir. Mais celui-ci lui tourne le dos. Soupir. Il en a rudement besoin. Pour oublier ce qu'il a fait et vu. Soudain, une lame s'appuie contre sa carotide. Une voix féminine glaçante résonne à côté de son oreille.

- A ta place, je bougerais pas. Ca ne m'ferais rien de te tuer là, tout de suite. Mais j'ai deux-trois questions d'abord.

- Jane ...

- Bravo. Maintenant tu te lèves doucement, sans geste brusques. On va causer dehors, toi et moi.

            Rendu apathique par un mélange d'alcool et de culpabilité, il obéit. Une fois dehors, elle le plaque violemment contre le mur.

- Espèce de fumier, pourquoi t'as fait ça ? Tu nous a vendu !

- Ils m'avaient dit qu'il y aurait pas de morts !

            Cette réponse, loin de calmer Jane, accroit sa fureur. Elle le plaque à nouveau contre le mur, plus fort. Sans grand effort d'ailleurs. Plus petit qu'elle, le Rat dépasse à peine le mètre soixante et les cinquante-cinq kilos. Elle le fixe droit dans les yeux. D'habitude, ceux-ci n'arrêtent pas de bouger dans toutes les directions. Combiné à quelques tics faciaux incontrôlables, ils lui ont valu son surnom. Mais là, ils restent immobiles. Chargés de culpabilité. Ce qui ne fait qu'augmenter sa haine pour lui. Saisissant son couteau, elle lui cloue la main contre le mur. Il pousse un cri de douleur, qu'elle étouffe en le bâillonnant d'une main. Dès qu'il se calme, elle libère sa bouche et rétorque d'une voix cinglante :

- Et tu croyais quoi ? Qu'ils allaient se pointer gentiment ? Venir prendre le thé et des p'****** gâteaux ?

             Elle le secoue encore, puis retire le couteau.

- Pourquoi ça, p**** ? POURQUOI ?

- J'avais besoin d'argent ...

            Le couteau fonce vers son œil, puis s'arrête in extremis. Il peut voir la rage contenue à grand peine dans les yeux de son bourreau. Elle lui crache à la figure.

- De l'argent ! T'as juste fais ça pour du fric ? Ordure !

- Ma fille .. J'voulais pas qu'elle finisse comme moi. A pourrir toute sa vie dans ce milieu. C'est tout ce que j'ai au monde.

- Faux ! Tu nous avait, bordel ! On était là pour t'filer un coup de main ! El Lobo te faisait confiance ! Et tu l'as poignardé dans le dos !

            Il baisse les yeux, écrasé par sa culpabilité. Jane sent alors sa fureur et sa haine diminuer, malgré tout ses efforts pour les retenir. Elle ne peut plus le tuer. Pas comme ça, de sang-froid. Le Rat relève la tête et la regarde. Il peut sentir le changement qui vient de s'opérer en elle. Inconsciemment, sa vessie se relâche. Une odeur déplaisante envahit la ruelle.

- A qui t'as donné l'info ? C'est qui leur boss ?

- Tu l'connais déjà, non ?

            Elle lui assène de toutes ses forces un coup de poing dans l'estomac. Il se plie en
deux, pris de nausées. Elle le relève aussitôt, violemment. Agite son couteau devant sa figure.

- Te fous pas d'ma gueule ! Le vrai boss se planque, j'ai croisé que le lieutenant ! Alors dis-moi qui c'est et où j'peux lui mettre la main dessus avant que j'me mette en rogne !

- Tu ne me tueras pas. On le sait tout les deux. Lui, oui !

            Son sourire lui fait froid dans le dos.

- Non ... mais je peut te faire méchamment mal !

            Et elle approche à nouveau son couteau de l'œil gauche du Rat. Qui comprend aussitôt
qu'elle est  vraiment sérieuse, et qu'elle ne s'arrêtera pas au dernier moment, cette fois.

- Si j'te donne ça, on s'ra quitte ?

- On sera jamais quitte, enfoiré. Disons que si tu m'aides ... tu repartiras sans plus de bobos.

            Il ne lui fais pas vraiment confiance. Mais ce n'est pas comme si il avait réellement le choix. Il sort alors un datapad, en douceur, pour ne pas qu'elle se méprenne sur son geste. Jane s'en empare brutalement, vérifie son contenu. Elle hésite quelques secondes. Puis éloigne sa lame du visage du Rat. Il soupire de soulagement.

- On a conclu un marché. Mais franchement, ça m'tente vraiment de t'laisser un souvenir. Si on se croise à nouveau ... j'hésiterai pas !

            Puis elle s'éloigne. La nuit commence à tomber.

 

Trois heures plus ******

            Deux gardes sur le toit. Deux par étage de l'immeuble, soit six en tout. Trois au rez-de-chaussée. Bien protégé, pour un chef de gang. Sauf si on tient compte du fait que les Black Viper's Fangs sont en plein essor. Bien sûr qu'El Lobo n'aurait pas du s'en prendre à eux. Qu'il a pris trop de risques. Qu'il s'est mis tout seul en danger. Jane balaye ses pensées d'un haussement d'épaules. Peu importe. Tout ce qui compte, là, maintenant, c'est de s'introduire dans l'appartement et de tuer son propriétaire. Elle prend une inspiration profonde, puis expire doucement. C'est parti.

            Elle se trouve dans l'immeuble voisin, dans un appartement inoccupé. Elle est au niveau du troisième étage. Soit un étage trop bas. Une chance que ce soit un vieux quartier, avec des bâtiments en pierre et en béton, à l'ancienne. Les prises ne sont ni trop rares ni trop difficiles, et l'ascension est facilitée par ses gantelets adhérents et l'absence de pluie. Elle se stabilise à une hauteur intermédiaire entre le quatrième étage et la corniche du toit. Puis elle entreprend de se déplacer latéralement. Une phase beaucoup plus difficile. D'autant plus qu'elle doit se déplacer le plus discrètement possible, à cause des deux gardes sur le toit. Ses muscles commencent à fatiguer. Ne pas regarder en bas. Ne SURTOUT pas regarder en bas ! Elle atteint enfin la fenêtre qu'elle visait. Elle prend une minute pour reposer ses membres, assise dans l'encadrement.

            Jane se met à pianoter sur son Omnitech pour vérifier les mesures de sécurité. Une simple alarme. Elle déchante rapidement en comprenant le niveau de complexité du code de l'alarme. Trop élevé pour ses maigres compétences en décryptage. Elle fait une grimace. Il va falloir utiliser le peu d'omnigel qu'elle a en stock. Ceci fait, l'alarme se désactive sans la moindre difficulté. Elle colle son oreille à la fenêtre. Pas de bruit. Il doit dormir. Elle ouvre son sac à dos et en sort un découpeur laser et une ventouse avec poignée, qu'elle colle sur la vitre. Elle agrippe la poignée d'une main, et de l'autre entreprend de découper un cercle autour de la ventouse. Ceci fait, elle retire délicatement le disque obtenu. Le matériel retourne illico dans son sac. Elle passe alors le bras par le trou et connecte son Omnitech au système d'ouverture de la fenêtre, qui s'ouvre dans un chuintement à peine audible.

            La voilà dans la chambre. Richement décorée, non sans goût. Jane n'est pas là pour des considérations esthétiques. Tout en examinant la pièce, elle prend prudemment le pistolet accroché à sa ceinture. Elle repère rapidement le lit et la silhouette endormie. Hésitation. Au couteau ou au pistolet ? Le couteau, décide-t-elle. Plus discret. Mais elle garde l'autre arme en main au cas où. Elle fait un pas en direction du lit. C'est alors que tout se précipite. Son pied déclenche un faisceau laser qu'elle n'a pas vu. L'alarme se réactive aussitôt. Le dormeur se réveille en un instant, en brandissant un flingue. Des bruits de course retentissent dans le couloir à côté. Jane voit l'arme brandie dans sa direction. Les réflexes inculqués par El Lobo entrent en action. En un geste fluide, elle vise la tête et tire à deux reprises. La cible s'effondre, la double détonation retentissant dans l'air.

- J'crois que pour la discrétion, c'est râpé !

            Un bruit sourd résonne lorsque les deux gardes de l'étage font irruption dans la pièce en défonçant la porte. Jane se rue vers la fenêtre ouverte et l'enjambe sous les tirs des gardes. Une brûlure dans son flanc gauche. L'une des balles a traversé l'armure. Elle grimace sous la douleur sans arrêter son mouvement. Elle décroche le grappin mécanique à sa ceinture et le lance contre le mur de façade, où il s'accroche. Brève hésitation, le temps d'un battement de cœur. Elle n'a jamais essayé cette manœuvre. Et si le grappin ne supportait pas son poids ? Elle s'élance dans le vide et ferme les yeux face au sol qui se rapproche. A trois mètres du sol, le câble se tend et la retient. Soupir de soulagement. Puis le grappin casse en un craquement sonore. Chute libre jusqu'au sol. Elle se relève en grimaçant. Rien de grave, heureusement. Quelques écorchures tout au plus. Elle s'éloigne rapidement en direction des ruelles. Lorsque les sbires sortent de la maison, ils n'ont plus aucun moyen de repérer la direction qu'elle a prise.

 

Dix minutes plus ******

            Jane commence à ralentir. Elle doit s'être suffisamment éloignée de l'immeuble. Elle commence alors à inspecter les bâtiments alentours. Elle repère un vieil entrepôt et décide de s'arrêter là. Juste le temps de récupérer un peu et de décider pour la suite. Elle palpe sa blessure au flanc. Aïe. Mauvaise idée ! Au moins, la balle est ressortie. Elle se dirige vers le mur opposé à l'entrée et se laisse tomber au sol. Puis est prise de tremblements musculaires comme la poussée d'adrénaline se dissipe. C'était juste.

            Brusquement, tout ce qu'elle s'est efforcée d'écarter de son esprit le temps de sa vengeance ressurgit. El Lobo lui apprenant les bases du boulot, les différentes techniques de vol, de fuite, de dissimulation, de déguisement. La félicitant pour sa première mission réussie.  Les séances de combat à main nues, à armes blanches et au pistolet, dont elle ressortait couverte d'hématomes. Les savons fréquents, après une énième confrontation avec Mark. Le plat typique de sa région natale, lors des grandes occasions. Les images se mettent à défiler de plus en plus vite, jusqu'à former un kaléidoscope dans sa tête. Des larmes commencent à couler librement sur ses joues. Elle prend peu à peu conscience du vide qui s'est créé en elle. De la figure presque paternelle qu'il avait été, pour une gamine paumée qui n'avais jamais connu le sien.

            Puis l'énormité de ce qu'elle vient de faire lui revient en pleine face. Elle a tué un être humain. Pour la première fois, elle a ôté la vie de quelqu'un. Et par pour se défendre, non. Même si ce sont ses réflexes qui ont agi, elle l'a voulu. Elle y est allée dans ce but précis. Elle revoit la scène, son bras qui se lève. Son doigt qui appuie sur la détente. Les balles qui perforent le crâne, dans un bruit écœurant. Son rythme cardiaque s'accélère. Prise de nausées, elle se penche en avant et rend bruyamment son maigre déjeuner. Se calmer. Vite. Elle respire profondément à plusieurs reprises. Les battements de son cœur ralentissent peu à peu. Elle chasse de toutes ses forces les vision du passé et du meurtre de son esprit. Les enferme à double tour quelque part. La survie avant tout. Elle n'a pas beaucoup de temps.

            Jane sait bien qu'il ne lui faut plus compter sur son gang. Mark a été clair. Elle n'en fait plus partie. Et les Black Viper's Fangs ne vont pas traîner. D'ici quelques heures, ils auront lancé tous leurs informateurs sur la piste de celle qui a tué leur boss. Ils ne connaissent pas encore son identité ni son visage, juste sa corpulence. Mais inutile d'espérer que Mark ou le Rat ne la couvre. Ils n'ont plus aucune obligation envers elle. Ils la balanceront sans hésiter pour protéger leurs proches. Inutile aussi d'essayer de se cacher quelque part en attendant que ça se calme ou de quitter la ville. Ils retrouveront sa trace trop facilement.

            Elle ne voit qu'une seule solution pour sauver sa vie. L'Alliance. S'engager dans la flotte, quitter la Terre. Vu la difficulté qu'éprouve l'Alliance pour remplir ses quotas de recrutement, il est de notoriété publique que les bureaux de recrutement ne sont pas très regardants sur la qualité des recrues issues des bas-fonds de la ville. Tant qu'elles savent se battre et se plier à la discipline militaire. Elle grimace. La discipline, c'est vraiment pas son truc. En même temps, entre ça ou l'incinérateur ... Elle se lève. Et se fige aussitôt. Jane prend conscience de tout ce qu'elle va abandonner. Ses amis, ses contacts, sa ville, ses boulots. Tout son univers jusque-là.

-C'est ça, ou y laisser ta peau, abrutie ... Allez on s'bouge.

            A quelques minutes du poste de recrutement, elle passe à côté d'un cours d'eau. Elle s'arrête à ce moment et sort de son sac le paquet volé. Comment une chose d'à peine un kilo a-t-elle pu causer autant de dégâts? Elle est fortement tentée de l'ouvrir. De comprendre ce qui a bien pu susciter autant de convoitise. Puis elle soupire. A quoi bon ? Elle arme le bras et le lance droit dans le fleuve. Il coule aussitôt. Elle se remet en route.

Modifié par Miaou04, 11 novembre 2011 - 10:55 .


#5
Miaou04

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 Retour au présent

            Sa mémoire continue de se reconstituer peu à peu. Toujours aucune notion du temps écoulé. Les souvenirs qu'elle vient de récupérer soulèvent une interrogation. Qu'est-ce qu'elle serait devenu si elle n'avait pas quitté le gang ? Si elle avait écouté El Lobo et Mark ? Trop compliqué. Elle l'ignore. Puis des bruits. Des fragments de voix résonnent. Comme des mouches : agaçantes et bourdonnantes.

- ... combien de temps ... activité cérébrale du sujet ... redémarré ?

- Une semaine ... plus compliqué que prévu ... restauration de la mémoire ... limites du possible.

- ... des résultats .. excuses inutiles ... enregistrements ?

- ... le bureau ... ce que je pense ?

- ... en train de rêver ... injection du somnifère !

- Si tôt ... me parait ... d'accord, d'accord.

            Les voix disparaissent peu à peu, à son grand soulagement. Jane retourne dans le néant, pendant une durée indéterminée. Puis une autre pensée. "J'suis où, là ?" Elle essaye de reprendre le contrôle de ses pensées, de mobiliser ses souvenirs. Sans succès. Elle décide alors de reprendre à partir du dernier fragment qu'elle a réussi à mobiliser. Où en était-elle, déjà ? Ah oui. L'enrôlement dans la flotte. Elle échoue à se rappeler l'instruction qui a suivit. Mais parvient à mettre la main sur sa première affectation.

Modifié par Miaou04, 03 novembre 2011 - 11:49 .


#6
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 Douze ans plus tôt

- Mais où est-ce quelle a bien pu passer ?

             L'instructeur grommelle. Impossible de mettre la main sur Shepard. Et le colonel a été extrêmement clair : l'amener le plus vite possible à son bureau. Il passe en revue les endroits qu'il vient d'inspecter : le dortoir, la salle de détente, les vestiaires, le gymnase, ... Le bar ? Peu probable à cette heure de la journée. Il se décide à aller y jeter un coup d'œil par précaution, quand l'illumination survient. L'armurerie, bien sûr ! Il fait demi-tour et se dirige vers l'ascenseur. Direction le deuxième sous-sol.

            Une fois arrivé dans l'armurerie, il se dirige vers le champ de tir. Bingo ! Elle est là. Allongée, Jane vise une cible mouvante avec son fusil de précision habituel. Concentrée au maximum, elle ne l'a pas vu arriver. Son doigt actionne la détente et la tête de la cible s'orne d'un trou. Elle relâche sa respiration, relève la tête et l'aperçoit à ce moment.

- Un problème ?

- Le colonel veut vous voir, Shepard. Tout de suite.

 

            Pendant ce temps, le colonel est occupé à parcourir le dossier de celle qu'il a demandé, histoire de rafraîchir sa mémoire avant son arrivée. Originaire de la Terre, pas de parents connus. Elle a sans doute fait partie d'un gang, comme beaucoup. Il passe sans lire la partie consacrée à son casier judiciaire. Par habitude, il sait que ce dernier n'est jamais à jour pour les natifs de la Terre provenant des quartiers délaissés, depuis que les forces de police ont renoncé à instaurer le moindre contrôle sur ces zones. Puis accède à ses évaluations de formation. Spécialisation dans le fusil de précision, avec maîtrise des armes de poing. Formation de base au fusil d'assaut et fusil à pompe. Pas de pouvoir biotique développé. Bonne maîtrise de l'Omnitech et des techniques électroniques. Bonnes capacités physiques, sans être exceptionnelles.

            Il s'intéresse alors à l'évaluation psychologique. Et écarquille les yeux. Autant elle dispose d'atouts indéniables, comme une grande vivacité d'esprit, de l'audace et une capacité de concentration développée, autant ça se gâte dès qu'il lit la suite. Esprit de groupe, intégration dans l'unité, discipline, respect des consignes et ordres donnés, ... Dans ces domaines indispensables, selon les critères de l'Alliance, les qualificatifs peu flatteurs abondent : "tête brûlée", "impulsive", "incontrôlable", "électron libre", "solitaire", "peu respectueuse de ses supérieurs (euphémisme)", "doit avoir du sang de Krogan dans les veines". Il comprend mieux pourquoi elle n'a pas été envoyée à la même affectation que son unité.

- Je plains le pauvre gars qui va devoir se la coltiner ...

            Il se rappelle alors le nom du commandant de l'unité en question. Un sourire se forme lentement sur ses lèvres. Lui, il devrait y arriver. A ce moment, une sonnerie interrompt ses réflexions. Une demande d'accès à son bureau. Il actionne 
l'interrupteur et la porte s'ouvre, laissant entrer Jane.

- On m'a dit que vous vouliez me voir, colonel ?

             Elle se met au garde-à-vous. Avec un temps de retard, comme d'habitude, mais suffisamment court pour laisser le doute sur son côté intentionnel. Il la fusille du regard un bref instant, puis se reprend.

- J'ai enfin reçu votre première affectation. Vous partez ce soir, alors faites votre paquetage sans tarder.

            Il lui tend un datapad.

- Voilà toutes les données dont vous avez besoin pour rejoindre votre unité. Votre transport part à vingt heure, tâcher de ne pas le rater.

- Pas fâché de vous débarrasser de moi, colonel ?

            Son impertinence lui fait lever les yeux au ciel, enfin au plafond. Il reprend, sur un ton plus rude.

- Ecoutez, pour une fois, Shepard. Vous êtes douée, je ne le nie pas. Mais avec un comportement pareil, vous allez le regretter amèrement. Et je ne parle pas que d'avancement de carrière ou de promotions. Vous allez mettre en danger l'accomplissement de vos missions, la vie de vos coéquipiers aussi, si vous refusez de vous pliez aux ordres. Cessez d'agir ainsi ou vous le paierez très cher !

            Elle l'écoute avec un visage impassible. Visiblement, elle ne veut rien comprendre. Il soupire à nouveau.

- Ce sera tout. Vous pouvez disposer.

- Merci, colonel.

            Resté seul, le colonel passe quelques secondes à fixer la porte. Puis il se ressaisit, et passe au dossier suivant.

 

Trois heures plus ******.

Jane, assise dans la soute du transport, ressasse encore les paroles du colonel. Sans pour autant leur trouver plus de sens. Obéir à certains ordres, d'accord. Mais obéir aveuglement à tous ? Aussi absurdes, suicidaires ou débiles qu'ils soient ? Non, définitivement non. Absolument hors de question. Quand au problème de l'unité ... Elle étouffe un ricanement. au souvenir de la précédente, celle de sa formation. "Aucune volonté de s'intégrer, c'est ça ! c'est pas comme si on m'avait laissé une chance, hein !" Un groupe essentiellement masculin, rompu à la discipline, d'origine surtout coloniale ou stellaire. Autant dire qu'elle n'a pas vraiment bien été acceptée. Et casser le nez à un abruti aviné trop insistant, un soir au bar, n'a pas arrangé les choses.

- Au moins, il aura retenu que quand une fille dit non, c'est non !

            Elle réalise qu'elle a parlé à voix haute en remarquant les regards interloqués de ses compagnons de voyage. Elle hausse les épaules et se replonge aussitôt dans ses pensées. Après ça, on lui a clairement fait comprendre qu'elle n'était plus à sa place dans l'unité .Puis elle en a été graduellement exclue. Pour se retrouver sans affectation une fois l'entraînement terminé. Enfin bref ! Maintenant, c'est du passé. Il faut se concentrer sur le présent. Cependant, elle peut entendre une petite voix continuer de murmurer en elle.  "En quoi survivre est-il si important pour toi ? Tu n'as rien pour te raccrocher, aucun but, aucun objectif. Tu es déjà ..." "Assez !" Elle se vide la tête et s'installe aussi confortablement que possible. Elle ne tarde pas à s'endormir.

Modifié par Miaou04, 11 novembre 2011 - 11:05 .


#7
Miaou04

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Un jour plus ******.

            Jane actionne l'interrupteur du bureau. Commandant Mac Allister, indique le panneau d'information à côté de la porte.

- Entrez !

            La voix est grave, chargée de confiance et de maîtrise de soi. Elle actionne l'ouverture de la porte en entre. Elle se met au garde-à-vous.

- Première classe Shepard, commandant. On m'a dit de me présenter ici pour mon affectation.

            Il la regarde fixement pendant quelques secondes puis hoche la tête.

- Repos, soldat. Attendez quelques instants, que je remette la main sur votre dossier ...

            Profitant du fait qu'il soit en train de fouiller la pile de datapads qui encombre le bureau, elle l'examine attentivement. Pas très impressionnant à première vue : taille moyenne, pas vraiment porté sur la musculation, des cheveux châtains clairs coupés à ras, des yeux bleus. La pièce, quand à elle, est strictement fonctionnelle : pas de décoration, d'éléments personnels.

- Ah, le voilà !

            Le son de sa voix interrompt son examen. C'est bien le seul élément impressionnant du personnage, mais qui suffit à imposer le respect. Le commandant parcoure des yeux le datapad, puis plante son regard dans le sien. Il déclare alors d'un ton chargé d'humour :

- Sacré dossier que vous avez là ! Franchement, je suis étonné qu'ils ne vous aient pas éjecté de la formation ! Un peu plus, et vous étiez bonne pour le tribunal militaire sans avoir jamais été sur le terrain !

- Si j'avais su, j'aurais fais encore un petit effort ...

            Il émet un petit rire. Puis il reprend, sur un ton beaucoup plus sérieux :

- J'en ai rien à faire de ce que vous avez fait avant. Par contre, à partir du moment où vous entrez dans mon unité, vous êtes sous ma responsabilité. Tout ce que vous faites l'engage. La moindre de vos erreurs, la plus petite boulette, et c'est moi qui prend. On se comprend ?

            Elle hoche la tête. Il enchaîne aussitôt d'un ton brusque :

- Je vais parler franchement : j'en ai rien à battre que vous soyez issue d'un gang, que vous n'aimiez pas obéir aux ordres ou que vous ne puissiez pas me blairer. Par contre, si vous commencez à foutre le bordel dans cette unité, je peux vous garantir que je vous briserai. Parce que si vous faites ça, vous mettez en l'air la cohésion du groupe. Ce qui veut dire le mettre en 
danger, ainsi que la mission.

            Elle reste imperturbable face à sa tirade. Comme il commence à hausser les sourcils, elle lâche une réponse du bout des lèvres.

- Message reçu, commandant.

            Elle récolte en retour un regard profondément sceptique. Il lui fait clairement comprendre qu'il lui laisse le bénéfice du doute, mais qu'elle n'aura pas de deuxième chance.

- Gardez ça en tête et ça se passera bien pour vous. Bienvenue dans le groupe, en tout cas.

            Il pianote sur son Omnitech et s'éclaircit la gorge.

- Lieutenant Hugues, vous pouvez rappliquer à mon bureau pour chercher votre nouveau sous-fifre ?

            Puis il s'adresse à nouveau à Jane :

- Le lieutenant Hugues est votre chef de section, donc ne le foutez pas en rogne. Il vous indiquera comment ça se passe ici, ainsi que vos baraquements. Vous pouvez disposer.

           

 

            Le temps de faire un détour pour récupérer son barda et elle se retrouve à parcourir les couloirs en compagnie de son nouveau chef de section. Pas vraiment le même type que le commandant, pas tant au niveau de l'apparence, assez similaire, que du caractère, ce qu'il montre rapidement.

- Ravi de vous rencontrer enfin, Shepard ! Venez, je vais vous présenter aux autres membres du groupe.

            La surprise de sa nouvelle subordonnée ne lui échappe pas. Il sourit largement et lui fait signe de le suivre. Elle obtempère, avec un regard ahuri.

- Qu'est-ce qui vous surprend, c'est mon côté exubérant ? Ou le contraste avec le commandant ? A moins que ce soit ...

            Elle profite d'une pause dans le flot de paroles pour placer sa réponse.

- Ben un peu les deux, chef.

- Le commandant me laisse un peu de liberté pour mon style de commandement, tant que les résultats suivent sur le terrain. Il est un peu rude au premier abord, mais pas méchant. Enfin, il aboie beaucoup, mais il ne mord pas vraiment.

            Tout en parlant, il lui fait franchir une série de portes puis s'arrête devant un ascenseur. Il sélectionne le premier étage.

- Je dois avouer que je suis moi aussi surpris. Vu le dossier qu'on m'avait transmis, je m'attendais à autre chose, vous concernant.

             Devant le regard interrogatif de Jane, il poursuit avec un large sourire.

- Une sorte de croisement entre une femme et un Krogan, ou quelque chose dans le genre. Mais en fait, vous êtes plutôt ...

            L'ouverture de la porte de l'ascenseur interrompt sa phrase. Ils tournent à gauche et arrivent devant une nouvelle porte, avec une inscription originale indiquant "caserne de la 4e section".

- On y est. Hey, les gars, venez accueillir notre nouveau membre !

            A leur entrée dans la salle, une série de regards curieux convergent sur Jane, venant des différentes parties de la pièce.

- Bon, je vais me charger des présentations. Sur la gauche, les trois feignants qui jouent aux cartes, c'est Ryan, P'****** Mpayipheli et Jiaan, les porte-flingues.

            Ceux-ci hochent la tête chacun à leur tour, à la mention de leur nom, puis se replongent dans leur partie. Ryan, un Européen de corpulence moyenne, plutôt musclé, tripote nerveusement ses cartes. En face de lui, Jiaan,  la peau mate, garde une attitude impassible. Sa musculature plus nerveuse, comme un danseur, accentue le contraste avec son adversaire. Le dernier du trio, P'****** Mpayipheli, fume négligemment en jetant à peine un coup d'œil à son jeu, étalant sa grande carcasse sur son lit.

- Les deux ahuris dans le fond, en train de bidouiller du matos, c'est Marshall et Caleb, nos ingénieurs.

            Marshall lui adresse un timide sourire de bienvenue, puis se remet au travail sur son établi. De petite taille, type européen, on le remarque difficilement. A côté de lui, Caleb, un brin rondouillard, vide une tasse de café tout en les saluant de la main. Une fois ceci fait, il l'ajoute à la pile de ses semblables qui s'élève peu à peu sur la table.

- Et là, plongé dans un bouquin, comme d'habitude, c'est Zeddicus, l'un des biotiques du groupe. Hé, Zedd, tu pourrais au moins réagir !

            L'interpellé ne manifeste pas la moindre réaction. Le lieutenant soupire puis se tourne vers Jane.

- Pas moyen de lui parler quand il lit quelque chose, celui-là ... Au fait, quelqu'un peut-il me dire où sont passés Hawkeye et Ku-Fei ?

            Marshall s'humecte les lèvres et répond d'une voix hésitante.

- Elles sont allées paramétrer la simulation d'entraînement d'aujourd'hui. Enfin c'est ce qu'il me semble ... C'est ça, non ?

             A ce moment, une musique retentit dans la pièce. Années 1960, style rétro à la mode ces derniers temps. Hugues pianote sur son Omnitech puis s'adresse au groupe entier d'une voix forte.

- Quand on parle du loup ... La simulation est prête, on va s'en occuper tout de suite. Allez, tous debout ! Vous aussi, Shepard, vous venez. Ca sera utile de voir comment vous combattez avant une véritable mission.




Hors-sujet


Les noms de tous les membres de l'unité sont tirés de différentes oeuvres (livres ou films) que j'ai apprécié. Je les utilise ici à la fois pour un clin d'oeil volontaire et par difficulté à créer des noms de toute pièce.:whistle:

Modifié par Miaou04, 24 novembre 2011 - 10:59 .


#8
Miaou04

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Trente minutes plus
******.


- Shepard, ici Hugues, vous en êtes où là ?

            Elle ignore son intervention et se concentre sur le décryptage. Les lignes de code défilent à toute vitesse. Elle se met à pianoter frénétiquement sur son Omnitech etentreprend de les modifier de manière imperceptible. Soudain, un voyant decouleur rouge commence à clignoter.

- Et merde, l'alarme !

             Elle accélère aussitôt la cadence. La désactiver, vite ! Avant qu'elle ne rameute tous les troufions du coin !

- Shepard, vous êtes toujours là ?

            Elle neutralise l'alarme in extremis. La porte se déverrouillant aussitôt, elle expire et évacue la tension qui s'est accumulée. Actionnant l'ouverture, elle s'introduit avec précaution dans le bâtiment et referme derrière elle.

- C'est bon, je suis entrée.

            Elle peut percevoir le soulagement dans la voix de son chef.

- Vérifiez l'étage puis mettez-vous en position, de manière à couvrir les voies d'accès Nord et Ouest de l'objectif.

- Bien reçu.

            Jane porte la main à sa hanche et décroche doucement son pistolet. Elle avance furtivement, le doigt sur la gâchette. D'après le plan fournit, il y a une série de pièces, la dernière servant d'entrepôt. S'il y a des gardes, ce sera sûrement là.  Elle traverse sans encombres le couloir jusqu'à la salle finale. Alors qu'elle est sûr le point de l'atteindre, les fragments d'une conversation parviennent à ses oreilles. Elle s'accroupit près de la porte et jette un rapide coup d'œil. Aïe. Deux gardes, 
groupés. Pas moyen de les séparer. Et faut y aller discrètement, donc exit la grenade. Elle se décide en quelques secondes. Le tout est de bien enchaîner les étapes. Elle actionne l'une des fonctions préprogrammées de son Omnitech, déclenchant une surchauffe de leurs armes. D'intensité légère, elle suffit à détourner leurs attention. Pas longtemps, quelques battements de cœur. Suffisamment pour permettre lui permettre de jaillir de son couvert et de les abattre d'une balle dans la tête.

            Une fois son examen des lieux terminés, elle rengaine son arme, verrouille la porte électroniquement et se saisit de son fusil de précision. S'installant près d'une fenêtre, elle active son micro.

- Franc-tireur en position, chef.

- Bien reçu, Shepard. On y va, couvrez l'accès Ouest. Priorité donnée à l'élimination des tireurs embusqués.

- Reçu cinq sur cinq, chef.

            Elle commence à scruter les différents étages de l'édifice  dans son viseur. Elle a déjà repéré deux ennemis en embuscade quand un autre mouvement attire son attention. Elle identifie aussitôt la silhouette. C'est la cible ! Sans hésiter, elle appuie sur la gâchette. En un éclair, tout s'arrête. Elle est expulsée de la simulation.

- Hé, c'est quoi ce bordel ?

- Laisse tomber, c'est moi qui t'ai éjecté. Hawkeye a pris ta place.

            Jane se retourne vers Ku-Fei. La petite Asiatique lui rend son regard sans ciller. Au contraire, une colère à peine contenue se lit au fond de ses yeux.

- Et j'peux savoir pourquoi ?

            Comme d'habitude, lorsqu'elle s'énerve, elle reprend instinctivement les intonations de son enfance. Elle s'avance vers son interlocutrice.

- Parce que t'as commis trois erreurs monumentales ! Voilà pourquoi !

- Ah ouais ?! Et lesquelles ?

- Primo, tu as ouvert le feu sur la cible en ignorant les priorités données par le chef de section, et ce sans lui en demander l'autorisation.

- Mais je l'avais dans mon ...

            Ku-Fei lève la main pour l'interrompre.

- Deuxio, ce que tu aurais descendu, c'était un leurre. La vraie cible n'était pas là. Sauf qu'en capturant le faux, on aurait pu l'interroger et savoir où était le vrai, dans le cadre d'une mission réelle !

            Elle se rapproche encore de Jane.

- Et tertio ... le pire ... c'est que tu as mis le reste du groupe en danger !

- Hein ?

- Il y avait trois tireurs embusqués dans l'édifice. Ta priorité était de les éliminer afin  de protéger la progression de l'unité !

            Elle marque une pause, respire profondément et lâche d'une voix glaciale sa conclusion.

- En résumé, si on avait été en situation réelle, la mission aurait été un échec complet, et en plus avec des pertes qui auraient pu aller de vingt-cinq à cinquante pourcents ! Par ta faute !

            Jane hausse les épaules et fait mine de s'éloigner tout en rétorquant :

- C'était qu'une simulation, pas de quoi en faire des tonnes ...

            Sentant une main se poser sur son épaule, elle se retourne. Et reçoit une gifle en pleine figure. La violence du coup la fait chanceler, meurtrie moins dans a chair que dans son orgueil.

- Arrête de te comporter comme une gosse ! Je ne sais pas ce que t'essaie de te prouver en jouant les têtes brûlées, mais tu n'as pas le droit de mettre en danger l'unité pour cela !

            Sous l'effet de la tirade autant que de la gifle, le sang de Jane lui monte immédiatement à la tête. Face à la montée de stress causée par les paroles qu'elle vient d'entendre, elle réagit de la seule manière appropriée selon son expérience. Par la violence. Elle a à peine initié son coup de poing qu'elle est propulsée à travers toute la pièce par une violente poussée biotique. Son corps heurte avec violence la paroi opposée. A moitié sonnée par le choc, elle entend à peine les paroles de Ku-Fei.

- T'inquiète pas, ça restera entre nous. Si j'étais toi, j'irais réfléchir à tout ce que je t'ai dit, au calme. D'ailleurs, pas la peine de revenir ici, sinon tu vas prendre une nouvelle leçon de vol plané. Le repas est servi dans trois heures.

            Elle se relève péniblement et gagne la porte. Serrant les dents pour ne pas craquer mentalement, elle l'ouvre et s'éloigne dans le couloir.

Modifié par Miaou04, 24 novembre 2011 - 11:09 .


#9
Miaou04

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Deux heures plus ******.

            Le serveur capte le geste de la jeune femme adossée au comptoir. S'approchant, il lui jette un regard désapprobateur, puis remplit d'alcool fort le verre qu'elle lui tend, pour la quatrième fois. Celle-ci arbore aussitôt un sourire amer. Qu'il aille se faire foutre, lui, comme tous les autres !  Rien à cirer de ce qu'ils pensent d'elle ! Elle reprend une gorgée, savoure la brûlure de l'alcool et la sensation de chaleur qui lui succède. "C'est ça, bourre-toi la gueule ! Essaye donc d'oublier que tu es vide. Tu n'as rien pour donner un sens à ta vie. Rien.
Rien. Rien."

- Ta gueule !

            Elle a presque hurlé. Un bruit de verre brisé retentit lorsque le barman surpris lâche la bouteille qu'il tient dans la main. Jane entend à peine le bruit, plongée dans son monologue interne. Elle ignore de la même manière les regards qui commencent à converger vers elle. "J'ai raison, tu le sais. Tu refuses de continuer à vivre ? Autant te tirer une balle dans la tête. Ça accélérera juste les choses." Elle s'efforce de la réduire au silence. Vidant son verre, elle tente en vain de se détendre à l'aide de l'alcool. Un bref soulagement s'empare d'elle quand la voix s'estompe. Vite dissipé par un nouvel intervenant. "T'es décevante, niña. C'est vivre, le plus important. Pas ce que t'as fait avant. J'appelle pas ça vivre, là." Non ! Pas ces souvenirs-là ! Hors de question qu'ils remontent à la surface ! Stop ! Elle serre si fort son verre qu'il éclate en morceaux. Elle ressent à peine la douleur de ses doigts entaillés. Sa main s'ouvre et se referme dans le vide, de manière spasmodique.

- Vous ne devriez pas boire le ventre vide, Shepard. Et sûrement pas autant !

            Relevant la tête, elle reconnaît Hugues. Et merde. Pas le bon moment. Encore vulnérable. Le dissimuler, à tout prix.

- J'ai déjà mangé, chef. Et sauf vot'respect, zètes pas mon père.

            Restant impassible, il répond d'un ton posée.

- Non, en effet. je suis votre commandant d'unité, et en tant que tel je dois m'assurer que tous les hommes sous mes ordres sont en état.

            Il tire une chaise et s'installe en face d'elle.

- Enfin, en théorie, c'est ce que je devrais dire. Shepard, j'ai confiance en vous. Je sais que vous valez mieux que ce que vous-même et la plupart des gens croyez. 
           
            Marquant une brève pause, il la regarde avec un air compréhensif.

- Je ne sais pas pourquoi vous vous coupez des autres. Pourquoi vous vous infligez ça. Mais je sais que ce n'est pas une manière de vivre. Enfin bref, je sens que je vous fatigue. La confiance mutuelle est indispensable dans une unité. Tâchez de ne pas l'oublier, ok ?

            Elle détourne les yeux. Impossible de supporter sa fichue compréhension. Elle n'en a pas besoin. Qu'il la garde pour ceux que ça amuse. "Vraiment ?" "Ferme-là !" Elle se lève avec précaution, manque de s'étaler et rétablit son équilibre in extremis. S'adressant d'une voix pâteuse au lieutenant, elle prend congé.

- Merci du conseil, chef. Ça s'ra tout ?

            Il lâche un soupir.

- Soyez en forme pour demain. On part en déploiement.

            Elle se détourne de la table et s'éloigne sous le regard pensif de Hugues.

 

Un jour plus ******

            Une explosion fait vibrer le sol à quelques mètres d'elle. Instinctivement, elle se roule en boule pour se protéger de la pluie de gravats qui s'ensuit, puis progresse en rampant jusqu'à l'angle du bâtiment. Elle se penche avec précaution et scrute la zone à travers son viseur. Rien à première vue. Un éclair de lumière, au troisième étage d'un immeuble. Jane bloque sa respiration, stabilise son arme et fait feu. Coup au but. Elle agite son bras en direction du groupe. Jiaan et P'****** prennent position de chaque côté de la rue, puis Caleb et Ku-Fei la rejoignent.

- Tu l'as eu ?

- Je pense, ouais. Troisième étage, dans cet immeuble.

            Tout en étudiant le bâtiment, Ku-Fei commence à organiser le groupe.

- Caleb et P'******, avec moi. On va voir si celui-là a des informations sur la position du brouilleur électronique. Jiaan et Jane, vous vous planquez et vous surveillez le carrefour. Couvrez nos arrières.

            Elle commence à s'éloigner, suivie des deux hommes, puis se retourne et lance d'un ton sévère.

- Et oubliez pas, si possible vivants ! Ok, Jane ?

            Celle-ci se braque aussitôt et répond en maugréant :

- À cette distance, j'avais pas le choix ... Une hésitation et c'est moi qui y restait ...

            Elle se détourne et concentre son attention sur Jiaan. Toujours aussi peu bavard, celui-ci désigne du doigt les restes d'un hôtel.

- D'acc, Jiaan. J'vais me placer en face.

            Elle parcourt les façades du regard et jette son dévolu sur une maison à quatre niveaux. Les combles seront parfaites. Le pistolet à la main, elle monte les marches, tous les sens aux aguets. Pas un chat. S'installant à la fenêtre, elle scrute les environs. Quelques minutes s'écoulent sans la moindre alerte. Un mouvement, là ! Une escouade de Butariens. Armés, sur leurs gardes, en formation. Pas des civils, donc. Six en tout, un sous-officier et quatre trouffions, précédés d'un éclaireur. Machinalement, elle essaye d'activer son micro. Des parasites, rien d'autre.

- Brouilleur de m...

            Pas moyen de prévenir les autres. L'éclaireur met un genoux à terre et inspecte le sol. Puis il se relève et désigne la direction prise par Ku-Fei.

- Bon ben on dirait bien qu'on a pas le choix ...

            Jane pose doucement son doigt sur la gâchette et vise soigneusement l'éclaireur. Pourvu que Jiaan les ait vu ! Faisant le vide dans son esprit, elle tire. Dans le mille ! Sa victime est encore en train de s'effondrer qu'elle pivote et aligne un des soldats. Et de deux. Cependant, les Butariens ne restent pas inactifs et se dispersent déjà. Une rafale de fusil d'assaut en provenance de l'hôtel en fauche un alors qu'il se dirige vers un couvert. Alors qu'elle recharge frénétiquement, des ordres en butarien retentissent. les deux soldats restant commencent à se diriger vers sa position tout en mitraillant celle de Jiaan. Jane lâche une bordée de jurons et vise le chef. "Si possible vivants ! Ok, Jane ?" Elle hésite un instant. Puis aperçoit le lance-roquettes.

-Oh, ça sent pas bon ...

            Elle s'écarte de la fenêtre et plonge loin du mur. Pas assez pour échapper au souffle de l'explosion. Son corps heurte violemment le mur opposée, lui arrachant un grognement de douleur. Elle se relève aussitôt et saisit son pistolet. La façade de l'édifice présente désormais une brèche trop importante. Des débris du toit commençant à tomber, elle s'accroupit et entreprend de regagner les étages inférieurs. Les tirs se rapprochent de sa position. Arrivée au premier étage, elle s'immobilise soudainement. Des bruits de pas, dans l'escalier. Deux, d'après son estimation. Pas le temps de trouver une cachette. Elle entreprend de s'éloigner doucement, à reculons. Dès que le premier adversaire surgit dans l'escalier, elle l'abat de quelques tirs. Un genou au sol, elle attend quelques secondes. Son cœur s'affole dans sa poitrine tandis qu'elle réfléchit à toute vitesse. Où est le deuxième ? Son estimation était-elle mauvaise ? Est-ce un piège ? Brusquement, une main jaillit de la cage d'escalier et projette un petit objet dans sa direction. Un instant plus ******, un flash lumineux envahit le couloir. Complètement aveuglée, elle roule vers la gauche, sa main plaquée sur ses yeux. Encore sous le choc, elle pointe son arme dans la direction approximative de l'ennemi et tire à l'aveugle. Un seul tir touche, dévié par un bouclier. Le Butarien, en revanche, ne la rate pas. La première décharge de fusil à pompe est absorbée par le bouclier de Jane. Pas la deuxième. Partiellement atténuée par les dernières réserves d'énergie, elle atteint Jane à l'épaule droite, l'obligeant à lâcher son arme.

            Alors qu'elle essaye de se redresser, elle se prend un coup de pied en pleine figure. Sa vision revenant à la normale, elle distingue le sous-officier qui la surplombe. Elle lâche un cri de douleur lorsqu'il pose son pied sur son épaule blessée.

- Tu aurais dû me flinguer quand tu le pouvais, humaine. Un dernier mot ?

- Vas te faire ...

            Il se retourne brusquement. Trop lent. Il s'écrase brutalement au plafond, plaqué par une force invisible.

- Alors l'affreux, on essaye de tuer un Marine ? T'as du cran pour un Butarien ! Lâche ton arme !

            Ku-Fei. Un poing levé en direction du plafond. Elle fixe sa victime d'un air amusé. Visiblement furieux, son adversaire pointe son arme vers la frêle asiatique.

- Crève !

- Mauvaise réponse !

            Sur ces mots, il s'aplatit sur le sol, puis contre les murs. Le générateur de son bouclier hors service, il finit par lâcher son fusil. Profitant du répit qui lui est laissé, Jane pianote sur son Omnitech, grimaçant devant les piques de douleur dans son bras droit. Rapidement, la douleur s'estompe sous l'effet du Médigel. Remuant son épaule avec précaution, elle entreprend de se relever. Sans quitter le Butarien des yeux, Ku-Fei lui donne un ordre.

- Vas chercher le reste de l'équipe pendant que j'interroge monsieur. Faudra qu'on décampe dès qu'on aura la position du brouilleur.

            Jane se redresse et se dirige vers l'escalier. Elle marque une brève pause et bredouille d'un ton  presque timide :

- Au fait ... merci.

- Pas de quoi. Allez, exécution !

 

Vingt minutes plus ******

            P'****** examine attentivement la zone, puis s'adresse d'un ton méfiant à son chef.

- Zètes sûr que le brouilleur est bien là, chef ? Parce que ça sent le piège à plein nez ...

            Celle-ci regarde en arrière vers le reste du groupe. Le Butarien hoche la tête frénétiquement.

- M'étonnerais qu'il bluffe. Mais je suis d'accord, ça pue vraiment.

            Un bunker à découvert. Au moins cent mètres sans aucun couvert. Pas la moindre sentinelle. Pas le plus petit signe d'activité ennemie. Quelque chose cloche. Mais quoi ? Elle fait signe à ses subordonnées de la rejoindre. D'une brusque détente du bras, elle assomme le Butarien.

- Notre mission, c'est de trouver ce brouilleur. Donc on va rentrer là-dedans, le chopper, et ressortir fissa ! Prudents, mais rapides ! Jiaan, avec moi, par la droite. P'******, avec Caleb, par la gauche.

            Puis elle se tourne vers Jane.

- Trouves-toi une bonne planque. Tu as deux choses à faire. Primo, garde le prisonnier. Deuxio, dès que les communications sont rétablies, contacte le reste du groupe pour qu'ils nous évacuent. Espérons que le lieutenant n'est pas loin.

            Elle marque une pause, puis achève.

- Et, important : tu tires pas, sauf si tu es en danger direct ! Tu seras isolée. S'ils te repèrent, t'es foutue. Compris ?

            Jane hoche la tête. Une bouffée d'appréhension l'envahit à l'idée d'être responsable de leur évacuation.

- Allez, tout le monde, en position. On démarre dans trois minutes !

            Jane hisse le Butarien sur son épaule, et s'empresse de monter à un emplacement convenable. Coup de chance, l'ascenseur fonctionne encore. Arrivée au dernier étage, elle dépose son colis contre un mur, le ligote et le bâillonne. Son fusil de précision en main, elle s'installe confortablement. En bas, l'attaque est déjà entamée. Les deux groupes atteignent le bunker et s'y engouffrent. Les minutes s'écoulent, lentement. Trop lentement. Soudain, elle aperçoit une silhouette dans son viseur. Un Butarien. Puis deux. Puis cinq. Bientôt, une vingtaine de soldats commencent à converger vers l'édifice.

- Allez, magnez-vous de d'désactiver c'te merde !

            À ce moment, son micro se met à crachoter, signe de communications rétablies. Elle l'active aussitôt et lance, fébrile :

- Shepard à chef de  section, vous me recevez ?

- Ici Hugues, on vous reçoit cinq sur cinq. Félicitations pour la désactivation du brouilleur !

            Elle soupire de soulagement. L'urgence de la situation lui sautant à la figure, elle enchaine :

-Chef, il faut nous extraire de là ! On a une vingtaine de Butariens sur le dos, ça sent l'roussi !

- Accrochez-vous, on arrive avec le blindé. temps estimé, cinq minutes. Terminé.

            En contrebas, la situation se complique. L'un des trouffions tente d'entrer dans le bunker, récoltant une décharge de fusil à pompe pour la peine. Les autres s'écartent prudemment de la porte, tandis que deux d'entre eux, des ingénieurs à leur équipement, s'affairent autour. le sang de Jane se glace quand elle reconnaît des explosifs. Et pas du léger en plus. Suffisamment pour détruire un bon quart du bunker. Elle jette un coup d'œil à son Omnitech. Encore quatre minutes. Il ne sera jamais là à  temps. Son instinct de survie, le simple bon sens, les consignes, tout converge vers la même conclusion. Ne pas tirer.

- J'suis vraiment trop conne !

            Elle ralentit sa respiration, et actionne la gâchette à deux reprises. Une balle pour le bouclier, une pour la tête. Disparaissant aussitôt de la fenêtre, elle recharge, attends quelques secondes, puis jette un coup d'œil. L'ingénieur restant accélère la pose des charges, couvert par une demi-douzaine de boucliers butariens. Les autres se dispersent à la recherche du tireur. Elle grimace. Pas moyen d'atteindre cet enfoiré. Une charge, là. Pas encore posée. "Si tu tires, il vont te repérer à coup sûr ... Réfléchis bien ..." Elle émet un petit rire nerveux.

- C'est tout vu.

            La charge explose, déchiquetant l'ingénieur et deux de ses gardes, tout en blessant grièvement deux autres. Les survivants convergent à toute vitesse vers sa position. Trop rapides pour elle. Elle lâche aussitôt son fusil, s'empare de son pistolet. Après un instant d'hésitation, elle tire son couteau tout en vérifiant machinalement le tranchant. Ils seront sur elle d'un moment à l'autre.

- Nom de dieux, mais qu'es-ce que tu fous, Jane ? Ils foncent tous sur toi !

            Elle sourit en reconnaissant Ku-Fei.

- Désolée, mon doigt a glissé ...

            Des échanges de tirs résonnent dans son casque, puis Ku-Fei se met à hurler des ordres.

- P'******, Caleb, avec moi, on va chercher cette andouille ! Jiaan, tu nous couvres ! Jane, il y en a cinq ou six qui nous tirent dessus, les autres doivent monter !

            L'ascenseur se remet en mouvement. Elle parcoure la pièce du regard, cherchant un couvert. Elle avise la table et la renverse. Pas terrible, mais ça fera l'affaire. Quelques secondes avant l'arrivée de l'ascenseur, elle projette une grenade contre le mur adjacent. La porte s'ouvre. Elle déclenche l'explosion. Se relevant avec prudence, Jane examine l'ascenseur. Les corps de deux butariens morts sont dedans. Un bruit suspect, dans l'escalier. D'instinct, elle se rue vers la table. Moins d'un battement de cœur plus ******, une grêle de balles s'abat sur sa position. Dès que les tirs s'interrompent, elle se redresse et ouvre le feu. L'un des Butariens s'effondre, touché à la tête. L'autre se met à couvert. Jane active alors son Omnitech, déclenchant son camouflage tactique. Cinq secondes plus ******, elle réapparaît derrière le Butarien, lui tranchant la gorge. Il s'effondre sans un mot.

            Alors qu'elle reprend sa respiration, un coup violent s'abat sur son crâne. Lâchant son pistolet sous la douleur, elle roule sur le côté puis se relève d'un bond. En face d'elle, le sous-officier, ses liens défaits, la menace avec son propre pistolet, un sourire aux lèvres. Son cerveau fonctionne à plein régime. État du bouclier ? Tiendra-t-il le coup ? Balayant ses hésitations,  elle bondit sur son adversaire surpris. Deux tirs, déviés par le bouclier. Elle poignarde violemment le Butarien à la main, lui faisant lâcher l'arme, puis lui assène un violent coup de poing dans l'estomac. Tombant par terre, il lui fauche les jambes. Jane s'étale à son tour sur le sol. Bondissant sur ses jambes, il s'élance vers l'escalier. Fébrile, Jane met la main sur son pistolet, se redresse sur un genou et le touche à la jambe. Il s'effondre sur un de ses congénères morts.

- Je suis censée t'garder en vie. Mais fais-moi encore un coup comme ça, et j'te refroidis !

            Il se lève en ricanant. Dans ses mains, un objet clignote. Une grenade. Amorcée. Seuls ses doigts posés dessus l'empêche d'exploser.

- Ça m'étonnerais... Maintenant, tu vas me laisser partir bien gentiment.

            Les mâchoires crispées, elle le regarde s'éloigner en direction des escaliers. Le doigt tendu sur la gâchette, le regard posé sur la grenade. Le Butarien commet alors une erreur. Arrivé à proximité des marches, il jette machinalement un coup d'œil derrière lui pour les repérer. Jane tire aussitôt. Un seul coup. Atteint au ventre, il bascule dans les escaliers. Dans un dernier réflexe, il projette l'explosif à quelques pas de l'humaine. Un clic. Une explosion. Elle se retrouve étendue sur le sol. Des pointes de douleur, partout. Son œil droit ne voit plus. Une fatigue intense s'empare d'elle.

- Jane, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Jane, réponds !

            Elle essaye en vain d'articuler une réponse. Puis abandonne. Fuir la douleur, c'est tout. Elle se laisse glisser dans l'inconscience.

 

Deux jours plus ******

            L'œil gauche s'ouvre. Un plafond blanc. Tout son corps est engourdi. Aucune sensation. Elle essaye de forcer l'ouverture de son œil droit. Rien. Elle persévère. Il répond enfin. La vision est brouillée, floue. Une sensation bizarre subsiste, comme s'il lui était devenu étranger. Ses efforts lui procurant une migraine, elle renonce et se rendort.

            Deuxième réveil. La sensibilité de son corps semble être revenue. Une douleur sourd le parcourt, mais ténue. Elle rouvre les yeux. Le droit va un peu mieux. L'impression d'étrangeté subsiste.

- La marmotte daigne enfin se réveiller ? Je commençais à croire que vous alliez hiberner !

            Elle tourne lentement la tête. Hugues, assit sur une chaise, la regarde en souriant. Elle essaye de faire de même, puis renonce

- On est où, là ?

- A l'hôpital. de la base. Vous vous souvenez de quoi ?

            Jane entreprend de lui donner sa version des évènements. Arrivée à la grenade, elle porte inconsciemment la main à son visage. Au contact de son œil droit, elle perçoit immédiatement le problème. Une surface rigide. Elle jette un regard interloqué à Hugues. Le visage de celui-ci s'assombrit aussitôt. Il croise ses doigts et reprend d'une voix douce :

- Je n'ai jamais été doué pour annoncer les mauvaises nouvelles ... Bon, voilà, vous avez perdu votre œil droit. On a du le remplacer par un implant. Il va vous falloir un peu de temps pour vous y habituer.

            Elle serre les poings pour essayer de contenir la rage qui monte en elle.

- J'étais dans quel état ?

- Critique, pour le moins. Criblée de fragments, un œil crevé. C'est un miracle qu'il n'y ait pas d'autres séquelles.

            Des tremblements parcourent son corps lorsqu'elle réalise qu'elle est passée tout près de la mort. La voix tremblante, elle poursuit malgré tout :

- Et la mission ? Quels résultats ?

            Il pousse un soupir désapprobateur.

- Vous devriez vous reposer au lieu de vous soucier de ça. Si les médecins me surprennent ...

            Elle continue de le fixer dans les yeux. Besoin de savoir. Il abdique.

- Rapidement, alors. Le brouilleur a été récupéré, les scientifiques travaillent dessus. Le sous-officier ... Pas moyen de mettre la main dessus. Pas avec vous à évacuer en plus. La priorité était claire : mes hommes d'abord, la mission ensuite.

            Dans son état de faiblesse physique et mental, les larmes lui montent aux yeux. Impossibles à arrêter. Elle tente de le dissimuler derrière son bras. Sans un mot, il se lève et dépose un datapad à côté d'elle, avant de sortir de la chambre.  Elle laisse libre cours à ses émotions. Des larmes de rage et de fatigue mêlées coulent librement sur ses joues. "Pourquoi j'ai voulu jouer les héros ? Quelle connerie ! J'ai failli crever, et tout ça pour rien !" Ne jamais dépendre de quelqu'un, ni en être responsable. Ne jamais compter sur les autres. Elle ne sait plus quoi penser de ces principes qui l'ont guidé durant ces dernières années. De là, ses pensées dérivent vers un autre sujet douloureux. Le Butarien. "J'aurais du le tuer quand je l'pouvais ... Le garder vivant, mon cul ! Consignes de merde !" S'arrachant à ses idées moroses, elle tend la main vers le bloc de données et commence à le lire.

Je regrette de ne pas pouvoir être là à ton réveil pour t'en coller une. Tu es suicidaire ou quoi ? Je t'avais dis de ne pas ouvrir le feu ! Désolée, je suis injuste, là. Tu n'aurais pas dû rester seule en couverture. Merci d'avoir sauvé nos miches. Je pensais que t'étais irrécupérable. J'avais tort.

On doit repartir en mission. Récupère bien surtout ! De la part de toute la section !

            Jane sourit malgré elle en reconnaissant l'auteur. Ce message vient de chasser les pensées qui lui encombraient l'esprit. Rien à cirer de ces questions Elle a été acceptée à nouveau dans un groupe. Elle a de nouveau un foyer. C'est tout ce qui compte. À eux, elle peut leur faire confiance.

 


Modifié par Miaou04, 09 janvier 2012 - 10:14 .


#10
Miaou04

Miaou04
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Elle peut encore ressentir le sentiment de satisfaction qu'elle avait ressenti, à l'époque. Elle avait enfin un but, une direction à suivre. Malgré sa méfiance instinctive envers la hiérarchie, elle sut s'intégrer dans le groupe. Des souvenirs de missions réussies défilent devant ses yeux. L'extraction d'une famille de colon. La destruction d'une base de pirates dans les systèmes Terminus. L'assassinat d'un terroriste butarien en tandem avec Hawkeye. Des échecs, aussi. Elle se revoit essayer de donner une dose de médigel à un soldat déjà mort. Refoulant ces souvenirs pénibles, elle se concentre sur les moments heureux. Les célébrations au bar, la gueule de bois du lendemain. Son accession à des grades supérieurs avec le soutien de Ku-Fei et Hugues. L'attirance jamais clairement avouée entre elle et Hawkeye. Les conseils de Hugues pour le commandement, quand elle tentait de fuir ses responsabilités. L'entraînement anti-biotiques de Zeddicus. La formation de Marshall pour le maniement en combat d'un Omnitech. Soudain, des fragments d'image lui reviennent. Mort. Rage. Échec. Trahison. Un mot lié. Akuzé. Elle échoue à les refouler. Et replonge dans son enfer personnel.



HS : le message au dessus vient également d'être posté (édition d'un double post fait par erreur il y a un mois).

Modifié par Miaou04, 09 janvier 2012 - 10:16 .