Deux heures plus ******. Le serveur capte le geste de la jeune femme adossée au comptoir. S'approchant, il lui jette un regard désapprobateur, puis remplit d'alcool fort le verre qu'elle lui tend, pour la quatrième fois. Celle-ci arbore aussitôt un sourire amer. Qu'il aille se faire foutre, lui, comme tous les autres ! Rien à cirer de ce qu'ils pensent d'elle ! Elle reprend une gorgée, savoure la brûlure de l'alcool et la sensation de chaleur qui lui succède. "C'est ça, bourre-toi la gueule ! Essaye donc d'oublier que tu es vide. Tu n'as rien pour donner un sens à ta vie. Rien.
Rien. Rien."
- Ta gueule !
Elle a presque hurlé. Un bruit de verre brisé retentit lorsque le barman surpris lâche la bouteille qu'il tient dans la main. Jane entend à peine le bruit, plongée dans son monologue interne. Elle ignore de la même manière les regards qui commencent à converger vers elle. "J'ai raison, tu le sais. Tu refuses de continuer à vivre ? Autant te tirer une balle dans la tête. Ça accélérera juste les choses." Elle s'efforce de la réduire au silence. Vidant son verre, elle tente en vain de se détendre à l'aide de l'alcool. Un bref soulagement s'empare d'elle quand la voix s'estompe. Vite dissipé par un nouvel intervenant. "T'es décevante, niña. C'est vivre, le plus important. Pas ce que t'as fait avant. J'appelle pas ça vivre, là." Non ! Pas ces souvenirs-là ! Hors de question qu'ils remontent à la surface ! Stop ! Elle serre si fort son verre qu'il éclate en morceaux. Elle ressent à peine la douleur de ses doigts entaillés. Sa main s'ouvre et se referme dans le vide, de manière spasmodique.
- Vous ne devriez pas boire le ventre vide, Shepard. Et sûrement pas autant !
Relevant la tête, elle reconnaît Hugues. Et merde. Pas le bon moment. Encore vulnérable. Le dissimuler, à tout prix.
- J'ai déjà mangé, chef. Et sauf vot'respect, zètes pas mon père.
Restant impassible, il répond d'un ton posée.
- Non, en effet. je suis votre commandant d'unité, et en tant que tel je dois m'assurer que tous les hommes sous mes ordres sont en état.
Il tire une chaise et s'installe en face d'elle.
- Enfin, en théorie, c'est ce que je devrais dire. Shepard, j'ai confiance en vous. Je sais que vous valez mieux que ce que vous-même et la plupart des gens croyez.
Marquant une brève pause, il la regarde avec un air compréhensif.
- Je ne sais pas pourquoi vous vous coupez des autres. Pourquoi vous vous infligez ça. Mais je sais que ce n'est pas une manière de vivre. Enfin bref, je sens que je vous fatigue. La confiance mutuelle est indispensable dans une unité. Tâchez de ne pas l'oublier, ok ?
Elle détourne les yeux. Impossible de supporter sa fichue compréhension. Elle n'en a pas besoin. Qu'il la garde pour ceux que ça amuse. "Vraiment ?" "Ferme-là !" Elle se lève avec précaution, manque de s'étaler et rétablit son équilibre in extremis. S'adressant d'une voix pâteuse au lieutenant, elle prend congé.
- Merci du conseil, chef. Ça s'ra tout ?
Il lâche un soupir.
- Soyez en forme pour demain. On part en déploiement.
Elle se détourne de la table et s'éloigne sous le regard pensif de Hugues.
Un jour plus ****** Une explosion fait vibrer le sol à quelques mètres d'elle. Instinctivement, elle se roule en boule pour se protéger de la pluie de gravats qui s'ensuit, puis progresse en rampant jusqu'à l'angle du bâtiment. Elle se penche avec précaution et scrute la zone à travers son viseur. Rien à première vue. Un éclair de lumière, au troisième étage d'un immeuble. Jane bloque sa respiration, stabilise son arme et fait feu. Coup au but. Elle agite son bras en direction du groupe. Jiaan et P'****** prennent position de chaque côté de la rue, puis Caleb et Ku-Fei la rejoignent.
- Tu l'as eu ?
- Je pense, ouais. Troisième étage, dans cet immeuble.
Tout en étudiant le bâtiment, Ku-Fei commence à organiser le groupe.
- Caleb et P'******, avec moi. On va voir si celui-là a des informations sur la position du brouilleur électronique. Jiaan et Jane, vous vous planquez et vous surveillez le carrefour. Couvrez nos arrières.
Elle commence à s'éloigner, suivie des deux hommes, puis se retourne et lance d'un ton sévère.
- Et oubliez pas, si possible vivants ! Ok, Jane ?
Celle-ci se braque aussitôt et répond en maugréant :
- À cette distance, j'avais pas le choix ... Une hésitation et c'est moi qui y restait ...
Elle se détourne et concentre son attention sur Jiaan. Toujours aussi peu bavard, celui-ci désigne du doigt les restes d'un hôtel.
- D'acc, Jiaan. J'vais me placer en face.
Elle parcourt les façades du regard et jette son dévolu sur une maison à quatre niveaux. Les combles seront parfaites. Le pistolet à la main, elle monte les marches, tous les sens aux aguets. Pas un chat. S'installant à la fenêtre, elle scrute les environs. Quelques minutes s'écoulent sans la moindre alerte. Un mouvement, là ! Une escouade de Butariens. Armés, sur leurs gardes, en formation. Pas des civils, donc. Six en tout, un sous-officier et quatre trouffions, précédés d'un éclaireur. Machinalement, elle essaye d'activer son micro. Des parasites, rien d'autre.
- Brouilleur de m...
Pas moyen de prévenir les autres. L'éclaireur met un genoux à terre et inspecte le sol. Puis il se relève et désigne la direction prise par Ku-Fei.
- Bon ben on dirait bien qu'on a pas le choix ...
Jane pose doucement son doigt sur la gâchette et vise soigneusement l'éclaireur. Pourvu que Jiaan les ait vu ! Faisant le vide dans son esprit, elle tire. Dans le mille ! Sa victime est encore en train de s'effondrer qu'elle pivote et aligne un des soldats. Et de deux. Cependant, les Butariens ne restent pas inactifs et se dispersent déjà. Une rafale de fusil d'assaut en provenance de l'hôtel en fauche un alors qu'il se dirige vers un couvert. Alors qu'elle recharge frénétiquement, des ordres en butarien retentissent. les deux soldats restant commencent à se diriger vers sa position tout en mitraillant celle de Jiaan. Jane lâche une bordée de jurons et vise le chef. "Si possible vivants ! Ok, Jane ?" Elle hésite un instant. Puis aperçoit le lance-roquettes.
-Oh, ça sent pas bon ...
Elle s'écarte de la fenêtre et plonge loin du mur. Pas assez pour échapper au souffle de l'explosion. Son corps heurte violemment le mur opposée, lui arrachant un grognement de douleur. Elle se relève aussitôt et saisit son pistolet. La façade de l'édifice présente désormais une brèche trop importante. Des débris du toit commençant à tomber, elle s'accroupit et entreprend de regagner les étages inférieurs. Les tirs se rapprochent de sa position. Arrivée au premier étage, elle s'immobilise soudainement. Des bruits de pas, dans l'escalier. Deux, d'après son estimation. Pas le temps de trouver une cachette. Elle entreprend de s'éloigner doucement, à reculons. Dès que le premier adversaire surgit dans l'escalier, elle l'abat de quelques tirs. Un genou au sol, elle attend quelques secondes. Son cœur s'affole dans sa poitrine tandis qu'elle réfléchit à toute vitesse. Où est le deuxième ? Son estimation était-elle mauvaise ? Est-ce un piège ? Brusquement, une main jaillit de la cage d'escalier et projette un petit objet dans sa direction. Un instant plus ******, un flash lumineux envahit le couloir. Complètement aveuglée, elle roule vers la gauche, sa main plaquée sur ses yeux. Encore sous le choc, elle pointe son arme dans la direction approximative de l'ennemi et tire à l'aveugle. Un seul tir touche, dévié par un bouclier. Le Butarien, en revanche, ne la rate pas. La première décharge de fusil à pompe est absorbée par le bouclier de Jane. Pas la deuxième. Partiellement atténuée par les dernières réserves d'énergie, elle atteint Jane à l'épaule droite, l'obligeant à lâcher son arme.
Alors qu'elle essaye de se redresser, elle se prend un coup de pied en pleine figure. Sa vision revenant à la normale, elle distingue le sous-officier qui la surplombe. Elle lâche un cri de douleur lorsqu'il pose son pied sur son épaule blessée.
- Tu aurais dû me flinguer quand tu le pouvais, humaine. Un dernier mot ?
- Vas te faire ...
Il se retourne brusquement. Trop lent. Il s'écrase brutalement au plafond, plaqué par une force invisible.
- Alors l'affreux, on essaye de tuer un Marine ? T'as du cran pour un Butarien ! Lâche ton arme !
Ku-Fei. Un poing levé en direction du plafond. Elle fixe sa victime d'un air amusé. Visiblement furieux, son adversaire pointe son arme vers la frêle asiatique.
- Crève !
- Mauvaise réponse !
Sur ces mots, il s'aplatit sur le sol, puis contre les murs. Le générateur de son bouclier hors service, il finit par lâcher son fusil. Profitant du répit qui lui est laissé, Jane pianote sur son Omnitech, grimaçant devant les piques de douleur dans son bras droit. Rapidement, la douleur s'estompe sous l'effet du Médigel. Remuant son épaule avec précaution, elle entreprend de se relever. Sans quitter le Butarien des yeux, Ku-Fei lui donne un ordre.
- Vas chercher le reste de l'équipe pendant que j'interroge monsieur. Faudra qu'on décampe dès qu'on aura la position du brouilleur.
Jane se redresse et se dirige vers l'escalier. Elle marque une brève pause et bredouille d'un ton presque timide :
- Au fait ... merci.
- Pas de quoi. Allez, exécution !
Vingt minutes plus ****** P'****** examine attentivement la zone, puis s'adresse d'un ton méfiant à son chef.
- Zètes sûr que le brouilleur est bien là, chef ? Parce que ça sent le piège à plein nez ...
Celle-ci regarde en arrière vers le reste du groupe. Le Butarien hoche la tête frénétiquement.
- M'étonnerais qu'il bluffe. Mais je suis d'accord, ça pue vraiment.
Un bunker à découvert. Au moins cent mètres sans aucun couvert. Pas la moindre sentinelle. Pas le plus petit signe d'activité ennemie. Quelque chose cloche. Mais quoi ? Elle fait signe à ses subordonnées de la rejoindre. D'une brusque détente du bras, elle assomme le Butarien.
- Notre mission, c'est de trouver ce brouilleur. Donc on va rentrer là-dedans, le chopper, et ressortir fissa ! Prudents, mais rapides ! Jiaan, avec moi, par la droite. P'******, avec Caleb, par la gauche.
Puis elle se tourne vers Jane.
- Trouves-toi une bonne planque. Tu as deux choses à faire. Primo, garde le prisonnier. Deuxio, dès que les communications sont rétablies, contacte le reste du groupe pour qu'ils nous évacuent. Espérons que le lieutenant n'est pas loin.
Elle marque une pause, puis achève.
- Et, important : tu tires pas, sauf si tu es en danger direct ! Tu seras isolée. S'ils te repèrent, t'es foutue. Compris ?
Jane hoche la tête. Une bouffée d'appréhension l'envahit à l'idée d'être responsable de leur évacuation.
- Allez, tout le monde, en position. On démarre dans trois minutes !
Jane hisse le Butarien sur son épaule, et s'empresse de monter à un emplacement convenable. Coup de chance, l'ascenseur fonctionne encore. Arrivée au dernier étage, elle dépose son colis contre un mur, le ligote et le bâillonne. Son fusil de précision en main, elle s'installe confortablement. En bas, l'attaque est déjà entamée. Les deux groupes atteignent le bunker et s'y engouffrent. Les minutes s'écoulent, lentement. Trop lentement. Soudain, elle aperçoit une silhouette dans son viseur. Un Butarien. Puis deux. Puis cinq. Bientôt, une vingtaine de soldats commencent à converger vers l'édifice.
- Allez, magnez-vous de d'désactiver c'te merde !
À ce moment, son micro se met à crachoter, signe de communications rétablies. Elle l'active aussitôt et lance, fébrile :
- Shepard à chef de section, vous me recevez ?
- Ici Hugues, on vous reçoit cinq sur cinq. Félicitations pour la désactivation du brouilleur !
Elle soupire de soulagement. L'urgence de la situation lui sautant à la figure, elle enchaine :
-Chef, il faut nous extraire de là ! On a une vingtaine de Butariens sur le dos, ça sent l'roussi !
- Accrochez-vous, on arrive avec le blindé. temps estimé, cinq minutes. Terminé.
En contrebas, la situation se complique. L'un des trouffions tente d'entrer dans le bunker, récoltant une décharge de fusil à pompe pour la peine. Les autres s'écartent prudemment de la porte, tandis que deux d'entre eux, des ingénieurs à leur équipement, s'affairent autour. le sang de Jane se glace quand elle reconnaît des explosifs. Et pas du léger en plus. Suffisamment pour détruire un bon quart du bunker. Elle jette un coup d'œil à son Omnitech. Encore quatre minutes. Il ne sera jamais là à temps. Son instinct de survie, le simple bon sens, les consignes, tout converge vers la même conclusion. Ne pas tirer.
- J'suis vraiment trop conne !
Elle ralentit sa respiration, et actionne la gâchette à deux reprises. Une balle pour le bouclier, une pour la tête. Disparaissant aussitôt de la fenêtre, elle recharge, attends quelques secondes, puis jette un coup d'œil. L'ingénieur restant accélère la pose des charges, couvert par une demi-douzaine de boucliers butariens. Les autres se dispersent à la recherche du tireur. Elle grimace. Pas moyen d'atteindre cet enfoiré. Une charge, là. Pas encore posée. "Si tu tires, il vont te repérer à coup sûr ... Réfléchis bien ..." Elle émet un petit rire nerveux.
- C'est tout vu.
La charge explose, déchiquetant l'ingénieur et deux de ses gardes, tout en blessant grièvement deux autres. Les survivants convergent à toute vitesse vers sa position. Trop rapides pour elle. Elle lâche aussitôt son fusil, s'empare de son pistolet. Après un instant d'hésitation, elle tire son couteau tout en vérifiant machinalement le tranchant. Ils seront sur elle d'un moment à l'autre.
- Nom de dieux, mais qu'es-ce que tu fous, Jane ? Ils foncent tous sur toi !
Elle sourit en reconnaissant Ku-Fei.
- Désolée, mon doigt a glissé ...
Des échanges de tirs résonnent dans son casque, puis Ku-Fei se met à hurler des ordres.
- P'******, Caleb, avec moi, on va chercher cette andouille ! Jiaan, tu nous couvres ! Jane, il y en a cinq ou six qui nous tirent dessus, les autres doivent monter !
L'ascenseur se remet en mouvement. Elle parcoure la pièce du regard, cherchant un couvert. Elle avise la table et la renverse. Pas terrible, mais ça fera l'affaire. Quelques secondes avant l'arrivée de l'ascenseur, elle projette une grenade contre le mur adjacent. La porte s'ouvre. Elle déclenche l'explosion. Se relevant avec prudence, Jane examine l'ascenseur. Les corps de deux butariens morts sont dedans. Un bruit suspect, dans l'escalier. D'instinct, elle se rue vers la table. Moins d'un battement de cœur plus ******, une grêle de balles s'abat sur sa position. Dès que les tirs s'interrompent, elle se redresse et ouvre le feu. L'un des Butariens s'effondre, touché à la tête. L'autre se met à couvert. Jane active alors son Omnitech, déclenchant son camouflage tactique. Cinq secondes plus ******, elle réapparaît derrière le Butarien, lui tranchant la gorge. Il s'effondre sans un mot.
Alors qu'elle reprend sa respiration, un coup violent s'abat sur son crâne. Lâchant son pistolet sous la douleur, elle roule sur le côté puis se relève d'un bond. En face d'elle, le sous-officier, ses liens défaits, la menace avec son propre pistolet, un sourire aux lèvres. Son cerveau fonctionne à plein régime. État du bouclier ? Tiendra-t-il le coup ? Balayant ses hésitations, elle bondit sur son adversaire surpris. Deux tirs, déviés par le bouclier. Elle poignarde violemment le Butarien à la main, lui faisant lâcher l'arme, puis lui assène un violent coup de poing dans l'estomac. Tombant par terre, il lui fauche les jambes. Jane s'étale à son tour sur le sol. Bondissant sur ses jambes, il s'élance vers l'escalier. Fébrile, Jane met la main sur son pistolet, se redresse sur un genou et le touche à la jambe. Il s'effondre sur un de ses congénères morts.
- Je suis censée t'garder en vie. Mais fais-moi encore un coup comme ça, et j'te refroidis !
Il se lève en ricanant. Dans ses mains, un objet clignote. Une grenade. Amorcée. Seuls ses doigts posés dessus l'empêche d'exploser.
- Ça m'étonnerais... Maintenant, tu vas me laisser partir bien gentiment.
Les mâchoires crispées, elle le regarde s'éloigner en direction des escaliers. Le doigt tendu sur la gâchette, le regard posé sur la grenade. Le Butarien commet alors une erreur. Arrivé à proximité des marches, il jette machinalement un coup d'œil derrière lui pour les repérer. Jane tire aussitôt. Un seul coup. Atteint au ventre, il bascule dans les escaliers. Dans un dernier réflexe, il projette l'explosif à quelques pas de l'humaine. Un clic. Une explosion. Elle se retrouve étendue sur le sol. Des pointes de douleur, partout. Son œil droit ne voit plus. Une fatigue intense s'empare d'elle.
- Jane, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Jane, réponds !
Elle essaye en vain d'articuler une réponse. Puis abandonne. Fuir la douleur, c'est tout. Elle se laisse glisser dans l'inconscience.
Deux jours plus ****** L'œil gauche s'ouvre. Un plafond blanc. Tout son corps est engourdi. Aucune sensation. Elle essaye de forcer l'ouverture de son œil droit. Rien. Elle persévère. Il répond enfin. La vision est brouillée, floue. Une sensation bizarre subsiste, comme s'il lui était devenu étranger. Ses efforts lui procurant une migraine, elle renonce et se rendort.
Deuxième réveil. La sensibilité de son corps semble être revenue. Une douleur sourd le parcourt, mais ténue. Elle rouvre les yeux. Le droit va un peu mieux. L'impression d'étrangeté subsiste.
- La marmotte daigne enfin se réveiller ? Je commençais à croire que vous alliez hiberner !
Elle tourne lentement la tête. Hugues, assit sur une chaise, la regarde en souriant. Elle essaye de faire de même, puis renonce
- On est où, là ?
- A l'hôpital. de la base. Vous vous souvenez de quoi ?
Jane entreprend de lui donner sa version des évènements. Arrivée à la grenade, elle porte inconsciemment la main à son visage. Au contact de son œil droit, elle perçoit immédiatement le problème. Une surface rigide. Elle jette un regard interloqué à Hugues. Le visage de celui-ci s'assombrit aussitôt. Il croise ses doigts et reprend d'une voix douce :
- Je n'ai jamais été doué pour annoncer les mauvaises nouvelles ... Bon, voilà, vous avez perdu votre œil droit. On a du le remplacer par un implant. Il va vous falloir un peu de temps pour vous y habituer.
Elle serre les poings pour essayer de contenir la rage qui monte en elle.
- J'étais dans quel état ?
- Critique, pour le moins. Criblée de fragments, un œil crevé. C'est un miracle qu'il n'y ait pas d'autres séquelles.
Des tremblements parcourent son corps lorsqu'elle réalise qu'elle est passée tout près de la mort. La voix tremblante, elle poursuit malgré tout :
- Et la mission ? Quels résultats ?
Il pousse un soupir désapprobateur.
- Vous devriez vous reposer au lieu de vous soucier de ça. Si les médecins me surprennent ...
Elle continue de le fixer dans les yeux. Besoin de savoir. Il abdique.
- Rapidement, alors. Le brouilleur a été récupéré, les scientifiques travaillent dessus. Le sous-officier ... Pas moyen de mettre la main dessus. Pas avec vous à évacuer en plus. La priorité était claire : mes hommes d'abord, la mission ensuite.
Dans son état de faiblesse physique et mental, les larmes lui montent aux yeux. Impossibles à arrêter. Elle tente de le dissimuler derrière son bras. Sans un mot, il se lève et dépose un datapad à côté d'elle, avant de sortir de la chambre. Elle laisse libre cours à ses émotions. Des larmes de rage et de fatigue mêlées coulent librement sur ses joues. "Pourquoi j'ai voulu jouer les héros ? Quelle connerie ! J'ai failli crever, et tout ça pour rien !" Ne jamais dépendre de quelqu'un, ni en être responsable. Ne jamais compter sur les autres. Elle ne sait plus quoi penser de ces principes qui l'ont guidé durant ces dernières années. De là, ses pensées dérivent vers un autre sujet douloureux. Le Butarien. "J'aurais du le tuer quand je l'pouvais ... Le garder vivant, mon cul ! Consignes de merde !" S'arrachant à ses idées moroses, elle tend la main vers le bloc de données et commence à le lire.
Je regrette de ne pas pouvoir être là à ton réveil pour t'en coller une. Tu es suicidaire ou quoi ? Je t'avais dis de ne pas ouvrir le feu ! Désolée, je suis injuste, là. Tu n'aurais pas dû rester seule en couverture. Merci d'avoir sauvé nos miches. Je pensais que t'étais irrécupérable. J'avais tort.On doit repartir en mission. Récupère bien surtout ! De la part de toute la section ! Jane sourit malgré elle en reconnaissant l'auteur. Ce message vient de chasser les pensées qui lui encombraient l'esprit. Rien à cirer de ces questions Elle a été acceptée à nouveau dans un groupe. Elle a de nouveau un foyer. C'est tout ce qui compte. À eux, elle peut leur faire confiance.
Modifié par Miaou04, 09 janvier 2012 - 10:14 .