Ok, pas de problème, par contre la semaine prochaine je reprends le boulot, je posterai donc moins.
Par contre, au tout début, quelqu'un avait reproché au jeu le Deus ex machina de la fin. Malheureusement, il n'est pas resté, je n'ai donc pas pu lui montrer que c'était plus compliqué que ça.
Tout d'abord, il faut savoir que le Deus ex machina est un procédé de l'antiquité. Cela consiste tout simplement en l'intervention d'un dieu, d'un acte divin afin de résoudre une situation qui est devenue insoluble. En fait, le deus ex machina est apparu dans les tragédies (il est utilisé même chez les plus grands auteurs de l'antiquité). Pourquoi? Tout simplement parce que par définition la tragédie se termine mal. Mais le public aimerait une fin heureuse. Le problème c'est la tragédie établit une logique qui oblige une fin malheureuse. Faire en sorte d'une quelconque divinité sortie de nulle part intervienne et fait disparaitre tous les problèmes, cela détruit la cohérence de l'écriture pour le simple plaisir du public (qui privilégie toujours la plaisir qu'il prend à la cohérence de l'écriture) et pourtant c'est ce que certains dramaturges vont faire en utilisant ce procédé qu'est le Deus ex machina. Après l'antiquité, le deus ex machina s'est prolongé. On le trouve chez Molière, ainsi un personnage sort d'un situation parce qu'un oncle dont on n'a jamais entendu parlé lui lègue sa fortune. L'intérêt de ce procédé est de créer une tension dramatique insoutenable et par le Deus ex machina s'en sortir comme par magie. Aujourd'hui encore les Deus ex machina est extrêmement utilisé notamment dans l'écriture des films et séries américain(e)s puisqu'il faut créer une tension dramatique extrême et trouver un moyen de s'en sortir (par exemple le retour d'un personnage qu'on croyait parti mais qui est revenu pour sauver, comme par hasard, au bon moment le héros etc...). Le Deus ex machina est, au final, une intervention extérieure qui résout la tension dramatique devenue insoluble pour offrir un happy end.
Pour Mass Effect, les joueurs ont pris l'I.A. pour un Deus Ex Machina. Pourquoi? Il n'est pas rare de voir qu'ils l'ont pris pour un nouveau personnage. Or, je l'ai déjà montré, mais dans Mass Effect 1 la piste de ce personnage est évoquée grâce à la description de Klencory, puis elle est confirmée dans Mass Effect 3. Les rêves mettent en scène ce personnage à plusieurs reprises. Ce n'est donc pas un nouveau personnage. C'est seulement le statut du personnage, son identité qui sont nouveaux.
L'I.A. est-elle une intervention extérieure? Si l'I.A. offre l'aspect d'une divinité (ce qui confirmerait le Deus Ex machina, il y a donc un jeu avec la signification originelle) le problème c'est que d'une part ce n'est pas une divinité, d'autre part il ne s'agit pas d'une intervention extérieure. L'I.A. constitue l'alpha et l'oméga de l'univers de Mass Effect. Il est l'origine et la fin de cet univers. Il est, en gros, le point de gravité autour duquel gravitent tous les éléments. Son importance centrale, au coeur de l'histoire même de Mass Effect ne permet pas de dire qu'il s'agisse d'une intervention extérieure. De plus, l'I.A. ne résout pas la situation, elle offre les possibilités à Shepard, c'est finalement lui qui résout la situation et non l'I.A. Généralement le Deus ex machina met en scène un personnage ou un élément qui résout la situation, ce qui n'est pas le cas ici. L'ajout du refus (qui est une très belle fin!) dans l'extended cut montre bien que l'I.A. n'est pas celui qui résout la situation.
Le but du Deus ex machina est d'offrir un happy end. Dans Mass Effect, les fins proposées ne sont ni des happy end ni le contraire. Et le mécontentement général permettrait plutôt de dire qu'on n'a décidément pas de happy end. Du coup la finalité du Deus ex machina (offrir un happy end) n'est pas respectée.
On peut donc dire que si la fin donne l'impression d'un Deus ex machina au premier abord (ce qui permet également d'accentuer le côté divin de la fin, de créer également la surprise à la fin), on s'aperçoit que le procédé fonctionne différemment. Il s'agit plutôt d'un faux Deus ex Machina utilisant l'apparence du deus ex machina mais ne respectant pas du tout son fonctionnement.