Mais où s'arrête l'hommage et où commence le plagiat alors ? Par ce que prendre des références de partout et les mettre à la sauce ME, c'est un peu comme déguiser des éléments d'autres œuvres pour se les approprier non ?
Bonne Question! Ben en fait, c'est vrai que les deux peuvent parfois se ressembler.Mais il y a quelques petites choses à savoir :
Juridiquement le plagiat n'est pas puni. La sacem et les autres organismes de protection des droits d'auteurs protègent les oeuvres produites. Le plagiat n'est pas punissable. Par contre l'utilisation d'une pièce musicale, ou d'images provenant d'une oeuvre protégée peut être faite seulement si les droits d'auteurs ont été payés.
Le plagiat et la contrefaçon : ce sont tous les deux des copies mais elles sont différentes. La contrefaçon est une copie qui veut se faire passer pour l'original (donc punissable par la loi). Le plagiat est l'utilisation d'un élément, on a au final un "à la manière de...". On ne prend pas le plagiat pour l'original. Plagier c'est prendre une source mais ne pas s'en dégager, d'où ce sentiment de "j'ai déjà vu ça dans ...", "c'est copié de..." etc. Plagier c'est rater l'appropriation d'une idée (on l'identifie tout de suite comme étrangère, venant d'une autre oeuvre).
Le post-modernisme considère qu'on ne fait que reproduire les mêmes récits. L'idée c'est que tout a déjà été raconté. Du coup l'utilisation des clichés si elle est consciente, si elle fait partie d'une esthétique, n'est plus une bête copie. Pour le post modernisme, il n'y a pas de progrès dans l'écriture. Par contre le post modernisme va jouer avec des formes déjà existantes, il va parfois s'amuser à déconstruire pour lui donner une autre forrme (pulp fiction), il va tenter de mettre plusieurs références ou type de média ensemble (Kill Bill, film avec une partie film d'animation). Le post modernisme n'invente rien, il donne une nouvelle forme à ce qui existe déjà.
Mais ce qui nous interesse c'est où commence l'hommage où commence le plagiat. Ben en fait c'est au tout début qu'on voit ça, avec les intentions de l'auteur :
-rendre hommage, c'est faire des références visibles par ceux qui connaissent les sources. (lorsque dans Mass Effect 2, Joker demande à IDA si elle ne veut pas qu'il l'appelle HAL, c'est bien évidemment en référence à 2001, l'Odyssée de l'espace avec cette intelligence artificielle autonome qui développe une conscience au point de développer un instinct de survie et de vouloir tuer les astronautes qu'il voit comme une menace. Cette réplique de Joker, ou plutôt la référence n'apporte rien mais c'est simplement le jeu de référence qui fait qu'il ont écrit cette phrase et le joueur voyant l'allusion s'amuse)
-plagier, c'est prendre une idée mais ne pas arriver à s'en détacher. C'est-à-dire qu'on peut essayer de cacher la source (ou si on s'en fout comme pour les dérivés de robocop, terminator ou predator après le succès des films par exemple) mais le manque de cohérence de l'ensemble fait qu'on voit d'où ça vient et on n'arrive pas à croire en ce nouveau contexte. On n'arrive pas à se dire autre chose que "ça vient de ça". Il n'y a pas de jeu de références.
Mass Effect utilise abondamment des références venant de toute la science fiction. Les développeurs n'ont pas peur de citer leur sources. Dans une interview casey Hudson dit sans problème que le Normandy est inspiré du Concorde, l'architecture de Thessia est inspirée de ce que fait Santiago Calatrava ; Dans the art of Mass Effect 3, on nous dit qu'IDA est une version moderne de Maria la célèbre androide du film de Fritz Lang Metropolis. Et lorsqu'on joue, ces références sont décontextualisées, donc oui, d'une certaine manière il se les ont appropriés mais ils sont suffisamment visibles pour qu'on puisse décrypter la source référence mais pour qu'on puisse jouer dans ce nouveau contexte et elles sont suffisamment nombreuses pour qu'il y ait un jeu intellectuel.
Un joueur commençant Mass Effect ne sera pas dépaysé, d'où le fait que le plaisir est immédiat. La perception consciente ou inconsciente des élèments déjà existant venant d'autres oeuvres de SF fait que très rapidement Mass Effect devient familier.