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[Fanfic] Le cauchemar de pierre


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#1
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« Je demande à ce que chacun d’entre vous pense à ceux que nous avons perdus. Ils ont été l’alarme qui nous a poussés à l’action, et je sais que la Pierre les accueillera. Ils sont les fondations de notre survie, et ils ne seront pas oubliés. »


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Khregor, comme à chaque matin, était sorti sur la coursive, après avoir enfilé sa cotte de mailles et ajusté son marteau à son dos. Il regardait, hypnotisé, les lignes de lave se mêler au fond du puits de Kal Sharok. Ainsi piégée, la roche en fusion semblait se débattre avec elle-même, chaque courant cherchant à prendre le dessus sur le précédent, avant de s’engouffrer à son tour sous l’assaut des suivants. Des dessins se formaient ainsi, nés du tumulte et de la colère de la Pierre, en arabesques rayonnantes de rage et de désespoir. La lave avait toujours suscité émerveillement et curiosité chez Khregor. Elle était extrême, elle était violence, elle était mort. Mais elle était aussi lumière, elle était aussi chaleur, elle était tout ce qui permettait la vie dans les souterrains. Ainsi, les Nains se révélaient dépendants de ce qui pouvait à tout moment reprendre son droit en ces lieux. Ces réflexions avaient mené Khregor à devenir pieux. La Pierre commandait la lave, entre autres choses. Elle pouvait décider de l’illumination, ou de l’extermination. Seule une vie au service de la Pierre pouvait préserver les Nains d’un sort horrible. Mais pour l’heure, les Nains jouissaient d’une extraordinaire prospérité. Il avait entendu parler des barbares de la surface, qui vénéraient d’autres formes divines, il n’avait pas vraiment compris lesquelles. Leurs dieux ne semblaient pas les avoir favorisés autant que les Nains…

Il s’étira une dernière fois, comme pour arracher son regard au puits, et prit la direction de la maison Seuss. Il était fier de servir une telle famille. Elle avait toujours su faire montre de noblesse d’âme autant que de titre, et elle donnait naissance à de fins stratèges et de fins guerriers. Elle ne dirigeait pas Kal Sharok, pourtant. Le pouvoir ne l’intéressait pas. Seuls l’honneur et la bravoure guidaient les choix des Seuss, tout comme l’avait enseigné le parangon fondateur de la maison. Les Poignepierre les avaient servi depuis d’innombrables générations, l’ancêtre de Khregor était le lieutenant du parangon Seuss. La famille de Khregor n’a jamais failli à ses devoirs envers les Seuss, et il continuait à maintenir cette tradition, pour la gloire de Kal Sharok.
 

Khregor entra dans la demeure du seigneur. Celui-ci l’attendait. Ses fils l’entouraient. Il semblait préoccupé.

« Ah, bonjour, mon ami ! lança le seigneur Seuss.
- Bonjour, seigneur. Je me présente à vous afin de prendre mes ordres. Vous m’avez fait demander.
- En effet. J’ai décidé de rassembler les hommes en qui j’avais le plus confiance. Je vais avoir une mission assez spéciale pour toi. Mais avant d’en dire plus, nous devons encore attendre les autres. Je peux t’offrir une bière ?
- Vous savez, seigneur, que je ne refuse jamais une offre aussi honnête, répondit Khregor avec un large sourire.
- Ha, j'aime quand tu bois, Khregor, tu en deviens presque savant. On pourrait t'appeler "prof" ! conclut Seuss en rigolant. »

Joral Seuss et Khregor Poignepierre devisèrent quelques minutes. Ils furent interrompus par un groupe de guerriers, en armes, qui se présentait. Khregor reconnut Brumi Fièrehache et son frère Polgrim, la belle Gulla Ecrasetête, Fortir Lamacier, Kurgain Mailleforte et sa petite sœur Kuima, tout juste adulte. Ils étaient tous, comme lui, de la caste des guerriers. Et ils étaient tous de grande valeur aux yeux de tous les Nains de Kal Sharok. Les fils de Seuss prirent congé après un signe de ce dernier.

« Bonjour à tous. Je vois que nous sommes à présent au complet, commença le seigneur Seuss. Je vous ai convoqués aujourd’hui pour une affaire d’une haute importance. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis quelques années, quelques voyageurs et marchands ont disparu dans les Tréfonds. Le roi Troispierre d’Orzammar a ordonné que des patrouilles soient mises en place pour régler le problème. La plupart du temps, les patrouilles n’ont eu à noter que quelques rampants et araignées. Mais hier soir, on m’a signalé une nouvelle disparition. Cette fois-ci, c’est toute une patrouille qui n’est pas rentrée. »

Seuss attendit quelques instants que son annonce fasse son effet. A en croire les regards étonnés des guerriers, il avait plutôt bien réussi son entrée en matière, se dit-il. Il poursuivit donc.

« Le roi m’a demandé personnellement de mener l’enquête. Douze guerriers en armes ne peuvent disparaître ainsi, une embuscade de brigands n’aurait certainement pas réussi à avoir raison d’eux. Le roi pense que c’est l’œuvre d’une escouade de guerriers nains.
- C’est impossible, répondit aussi sec Fortir. Un guerrier nain n’aurait jamais attaqué un autre guerrier dans les Tréfonds. Il y a l’arène pour régler les différends, et les différends ne se règlent jamais à douze contre vingt !
- J’aimerais pouvoir dire que tu as raison, Fortir, appuya Seuss. Mais le roi craint qu’une maison de nobles n’ait fomenté l’attaque. Les disparitions dans les Tréfonds sont l’événement le plus notable de son règne, et il craint qu’une maison n’en profite pour le discréditer auprès de l’Assemblée. Voilà pourquoi j’ai fait appel à vous. Je sais que chacun d’entre vous est une perle de loyauté. J’ai besoin que vous partiez pour les Tréfonds afin de mener une enquête, la plus discrète possible, afin de déterminer ce qu’il s’est passé. Et si c’est bien là l’œuvre d’une maison noble, ramenez la preuve de sa culpabilité. Le roi saura traiter dûment avec elle. »

Seuss attendit à nouveau, afin que chaque guerrier puisse assimiler l’information et sa portée. Puis il leur indiqua ce qu'il leur était nécessaire de savoir pour démarrer l’enquête. Khregor fut désigné pour la diriger. Enfin chaque guerrier repartit se préparer. Khregor se retourna alors vers Seuss.

« Seigneur, vous êtes sérieux ? Une maison noble aurait pu commanditer une attaque contre toute une patrouille dans les Tréfonds ?
- Khregor, tu sais à quel point je t’estime, ainsi que ta famille. Mais tu ne sembles pas comprendre la politique. Depuis que la capitale a été transférée à Orzammar, les ambitions se sont exacerbées. Tu sais déjà que les Nains n’ont aucun remords à sortir les armes les uns contre les autres. Mais la quête du pouvoir peut mener à bien des excès.
- Je comprends, mais généralement les règlements de compte se font à la lumière, afin que tous puissent voir qui les ancêtres favorisent.
- La politique n’est pas science des règlements de compte. Il s’agit ici de trahison et de course au pouvoir et au trône.
- Je comprends… Mais ils ne valent pas mieux que les sans caste ! Soyez sûr que j’écraserai le crâne du premier traître qui me passe sous la main à grands coups de marteaux !
- Pour ça, je te fais confiance ! rit Seuss. »

Khregor s’apprêtait à prendre congé à son tour. Mais il ne put s’empêcher d’apercevoir encore de l’inquiétude dans le regard de son seigneur.

« Seigneur, quelque chose ne va pas ?
- Si, fit Seuss, surpris. Tout va bien, ne t’en fais pas, mon ami.
- Vous savez que vous pouvez tout me dire.
- Oui, Khregor, je le sais. Tu t’es toujours montré très digne de ma confiance.
- Merci, seigneur.
- Ecoute, sois prudent dans les Tréfonds.
- Bah ! Ce ne sont pas quelques traîtres qui vont me faire peur. Je les écorcherai vifs s’il le faut, et je me couvrirai de leur peau !
- Oui, oui… fit un Seuss préoccupé. Mais, tu sais…
- Oui ?
- Ce n’est sans doute rien, et il s’agit au mieux de simples rumeurs, mais certains voyageurs racontent avoir entendu des cris étranges dans les Tréfonds, par moment. Ce n’étaient pas des cris d’animaux. Je ne sais pas vraiment ce que vous trouverez là-bas…
- Je serai prudent, je vous le promets. Soyez sans crainte.
- Bien, ne le dis pas aux autres. Ils n’ont pas besoin de connaître ces rumeurs.
- Oui, seigneur. »

Puis Khregor rentra chez lui pour se préparer. La perspective d’abattre son marteau sur des crânes le réjouissait, et il ne prêtait alors guère d’attention aux recommandations de Seuss.

Dans les Tréfonds, enfouies profondément, des épées et des armures se forgeaient. L’air nauséabond racontait l’histoire d’une guerre à venir…

Сообщение изменено: Durmir, 15 Апрель 2010 - 07:23 .


#2
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Fortir pénétra chez lui.

« Tu rentres déjà ? lança sa femme qui nourrissait leur enfant.
- Oui, Brunne, répondit le nain en repoussant une mèche de cheveux roux qui tombait désespérément sur son front. Il s’agissait d’un rapide briefing.
- Oh… Alors tu vas partir en mission ?
- Oui.
- Ca n’a pas l’air de t’enchanter. Tu as l’air inquiet…
- Je ne suis pas sûr de pouvoir t’en parler. Quoi qu’il en soit, je vais sans doute devoir passer plusieurs jours dans les Tréfonds.
- Encore ? Mais tu reviens tout juste d’une patrouille de trois jours !
- Eh bien j’y passerai quelques jours de plus, et voilà tout.
- Tu pars quand ?
- Tout de suite, je passe prendre quelques affaires, et vous dire au revoir.
- Heureusement que notre enfant est une fille, dit sentencieusement Brunne. Au moins, elle n’aura pas à partir des jours durant, sans prévenir, tenter de se faire tuer !
- Tu m’agaces avec ça, Brunne. Au final, notre fille ira servir des rafraîchissements à ceux qui feront tout pour garantir la paix et la sérénité de la cité. Alors tais-toi. De toute façon, tu sais que je n’ai pas le choix. »

Brunne préféra ne pas relever. Elle posa sa fille dans un petit lit à baldaquins, et lança son casque à Fortir. Ce dernier le reçu presque négligemment, comme s’il avait l’habitude. Il commença à préparer un grand sac avec de la nourriture, du matériel de camping et de combat habituel, qu’il tenait toujours prêt dans un coin.
Il s’approcha du lit de sa fille et la contempla quelques instants. Elle était un peu plus pâle et calme que d'habitude. Il l’aimait. Plus que tout. Il l’embrassa de sa grosse barbe rousse, puis se retourna vers sa femme. Sans dire un mot, il l’embrassa à son tour, puis se retourna et quitta la maison.
La vie des Nains était difficile, et plus particulièrement celle de la caste des guerriers. Il le savait. Mais la conscience de servir une cause, de permettre la paix, et de défendre ce qui lui était cher, valait tous les sacrifices. Il reviendrait embrasser sa fille à nouveau, il le savait. Ce n’étaient pas quelques traîtres qui pouvaient le décontenancer. Les ancêtres le favoriseraient. Et puis au pire, il avait toujours sa hache et son bouclier pour forcer un peu le destin.
Il prit la direction de l’entrée ouest pour les Tréfonds d’un pas assuré.



Brumi et Polgrim habitaient encore la même maison. Leurs parents étaient morts depuis longtemps, en défendant Kal Sharok contre une attaque d’araignées géantes, il y avait des années. Ils n’avaient jamais pu se résoudre à quitter le foyer familial ensuite. Mais la fierté que leurs parents avaient été de ceux à se sacrifier pour Kal Sharok avait catalysé en eux la volonté de devenir à leur tour de grands guerriers. Ils s’entrainaient toujours ensemble, ils étaient inséparables. Et bien malin celui qui pouvait dire lequel des deux pouvait avoir l’ascendant sur l’autre, tant ils se valaient en force et en courage. Aucun d’eux n’avait encore trouvé de femme, bien que Polgrim charriait souvent Brumi au sujet d’une douce servante qui passait devant chez eux tous les matins.
Les deux frères se ressemblaient en tout point, jusqu’à leur physique. Tous les deux avaient de longues mèches blondes qui partaient du front, et une grande queue de cheval grasse à l’arrière. Leur barbe était aussi fournie que sale, rendue poisseuse par la bière et les années. Et leurs regards avaient à tous deux cet aspect étrange, perçant et menaçant, mais qui reflétaient aussi une certaine idée de l'honneur et de l'intelligence militaire.

Ils n’avaient pas été envoyés en mission depuis plusieurs mois, et ils mirent du temps à rassembler les affaires éparpillées chez eux, comme le marteau de forge pour réparer leurs armes et armures, les dagues de leurs parents (qu’ils ne quittaient jamais lorsqu’ils partaient en mission, l’une et l’autre étaient courtes mais effilées, tranchantes comme la mort, et se distinguaient par l’ornement émeraude pour l’une, rubis pour l’autre ; elles étaient les cadeaux de mariage que leurs parents s’étaient faits l’un à l’autre), du matériel de cuisine, de la nourriture non périssable, des mailles de rechange, plusieurs carquois de carreaux (Brumi avait une préférence pour les arbalètes, et y excellait en tout point), des couvertures et de quoi faire du feu. Polgrim ajusta à nouveau son épée longue à sa taille, et son bouclier dans son dos.
Ensuite, ils repartirent comme ils étaient venus, en riant, et heureux de se savoir enfin utiles.



Gulla n’avait pas vraiment de maison à proprement parler. Elle avait toujours été sauvage, et petite, ses parents pouvaient passer des heures à la chercher dans la cité, voire dans les galeries proches de Kal Sharok. Elle avait gardé cette habitude de se donner perpétuellement l’impression d’être à l’aventure, et préférait bien souvent la couchette d’une taverne, ou un bivouac dans les Tréfonds, au confort d’une demeure. Mais elle possédait tout de même une sorte de propriété. Il s’agissait en fait d’un cellier, où elle gardait rangés ses armes et son matériel. Dans le coin, elle gardait secret une petite fontaine d’eau claire et un miroir, ainsi qu’un petit coffre renfermant différents cosmétiques, venus de la surface. En cachette, quand tout le monde dormait, elle aimait à se laver et à prendre soin d’elle. Ce qui la ravissait plus que tout étaient les remarques des Nains de Kal Sharok, toujours ébahis de voir une guerrière à l’allure et à la vie si sauvage, toujours belle et propre, comme si rien ne pouvait altérer sa féminité et sa grâce. Son côté sauvage s’ajoutait alors pour lui donner un charme immense, et tous les Nains de Kal Sharok auraient donné cher pour la possibilité de l’apprivoiser. Elle nourrissait ainsi de nombreux fantasmes, et cela lui plaisait énormément. Lorsque des regards s'attardaient sur elle, elle tournait rapidement ses grands yeux verts et avait un battement de cils, comme pour montrer un agacement, et plus loin elle affichait un petit sourire mesquin de ses lèvres pulpeuses, alors que ses paumettes dessinaient joliment des courbes impertinentes. Il y avait quelques années, un rampant l'avait attaquée par surprise et avait dessiné de ses griffes des cicatrices qui marqueraient le visage de Gulla toute sa vie. Mais cela ne confortait que davantage encore son charme aux yeux des Nains de la cité.

Avant de partir, elle prit ainsi un peu de temps pour se laver rapidement le visage, les mains et son décolleté opulent (qui représentaient toutes les parties visibles de son corps lorsqu’elle était harnachée de sa cuirasse). Elle se maquilla légèrement (elle se maquillait toujours légèrement, il ne fallait pas que les hommes sachent qu’elle était coquette), recoiffa ses longs cheveux châtains et fit son sac. Elle avait pris l’habitude de voyager léger. Pendant ses nombreuses heures d’errance dans les Tréfonds, elle cachait avec beaucoup de soin du matériel un peu partout, de sorte qu’elle se sente chez elle où qu’elle soit, avec de quoi faire un camp pour la nuit, ou plus. Ainsi elle se sentait encore plus libre.
Une fois son sac terminé, elle empoigna son arc et ses flèches, ainsi que ses dagues, et se dirigea vers la taverne pour acheter des vivres, avant d’aller au rendez-vous.



Kurgain et Kuima étaient issus d’une famille de guerriers depuis toujours. C’était une sorte de tradition familiale, que le garçon ou la fille épouse un autre guerrier. De cette façon, les Mailleforte se sont forgés avec le temps la réputation de fournir à Kal Sharok les guerriers les plus puissants de tout l’empire nain. Ils étaient entraînés très tôt, par leurs propres parents, qui leur transmettaient des mouvements et des bottes secrètes, connus uniquement par les membres de la famille. Fidèles à la tradition, Kurgain se battait avec une hache dans chaque main, comme tous les hommes de la famille, et Kuima se battait avec une hache à deux mains, comme toutes les femmes de la famille. Celle de Kuima lui avait transmise par sa grand-mère.
Cette hache avait été un héritage depuis de nombreuses générations, et c’était l’honneur le plus formidable pour une Mailleforte que de la porter au combat. Le temps n’avait rien altéré de son tranchant, et elle avait peu souvent besoin d’être aiguisée. Elle était équilibrée à la perfection, et son manche affichait ostensiblement des rampants s’entre-dévorant, leurs yeux incrustés de saphirs. La hache brillait étrangement à la lueur de la lave, différemment qu’à celle du feu. Et au combat, elle semblait animée d’une volonté propre, dont le seul but était l’annihilation des ennemis. Tout le monde à Kal Sharok connaissait la hache à deux mains Fendeuse de Pierre, et nombreux sont ceux à avoir tenté de la dérober, sans succès. Elle devait son nom à la première Mailleforte qui la porta. La légende dit qu’un forgeron dont l’art extraordinaire fut perdu par la suite, l’avait faite à partir de lave mélangée à de l’argent, au fond du puits éternel de la cité. Fiona Mailleforte avait mis le forgeron au défi de créer une arme plus forte que la Pierre elle-même. Et elle chercha ainsi à éprouver la hache contre la roche. Un seul coup de hache suffit à fendre l'autel dédié à la Pierre, de part en part, alors que la lame de l'arme était toujours intacte. En souvenir, l'autel ne fut jamais réparé, et Fendeuse de Pierre a laissé sa marque indélébile en souvenir du grand forgeron.

Kurgain et Kuima habitaient des maisons voisines. Kurgain était fiancé à une guerrière du nom de Pelta. Ils s'accordaient même physiquement, l'un étant légèrement pâle et aux cheveux noirs cendre, et l'autre au teint hâlé et aux cheveux blonds comme le feu. Mais cette dernière était partie en mission la veille. Et Kurgain ne voulut ainsi pas s’attarder chez lui, trop pressé à l’idée qu’il allait peut-être croiser sa douce dans les Tréfonds. Kuima ne fut pas plus longue, elle connaissait trop bien son frère, et s’attendait à le voir déjà partir pour les Tréfonds avant même que le groupe ne soit prêt. Elle n'avait pas la coquetterie de Gulla, elle n'en avait pas besoin pour l'heure, sa jeunesse valait tous les maquillages du monde et son teint doucement pâle faisait encore ressortir ses yeux d'un bleu très clair et ses cheveux d'un noir ébène qui retombaient sur son visage et cachaient parfois son oeil droit. Mais elle s'accorda tout de même de se rincer rapidement le visage et les mains avant de partir elle aussi.



Le petit groupe finit enfin par se rassembler devant l’entrée ouest de la cité, après qu’ils aient attendu Gulla qui prétexta avoir eu du mal à retrouver son matériel. Khregor expliqua à nouveau brièvement la mission puis il guida le pas vers l’extérieur. Brunne observait de loin le petit groupe de guerriers, et ne put s’empêcher de pester. Tout cela lui semblait trop soudain, trop gros. Elle craignait pour son mari. Un frisson lui parcourut l’échine, puis elle décida de retourner chez elle occuper son esprit à autre chose.



Pendant ce temps, dans les Tréfonds, un autre marchand venait de disparaître, sa marchandise laissée intacte. Un peu plus loin, un rat s’approchait de sa tête, trainée au sol avec son corps par une silhouette cachée dans l’ombre, et tentait de grignoter son œil. Un râle sonore fut émis, ainsi qu’un coup violent de botte. Et le rat ne fut plus qu’un tas de chair informe sur la pierre.

Сообщение изменено: Durmir, 06 Апрель 2010 - 12:45 .


#3
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Cela faisait maintenant trois jours que la petite troupe arpentait les Tréfonds. Ils avaient parcouru tout l’itinéraire auquel était assignée la patrouille disparue. Malheureusement, ils n’avaient rien trouvé, pas même le moindre indice ou la moindre marque de combat ou de sang. Khregor avait alors proposé de rentrer à Kal Sharok, soumettre leur rapport. Il n’y avait rien d’autre à faire, et la Pierre n’avait rien révélé.

Khregor proposa néanmoins, à tout hasard, de rentrer par un autre chemin, afin de ratisser un peu plus large et surtout de se donner bonne conscience dans ce qu’il considérait déjà comme un échec.

Comme à leur habitude, les Tréfonds n’offraient rien d’autre aux voyageurs solitaires que de longs couloirs de pierre, où l’écho était étouffé par les murs de facture naine, et où le sentiment d’oppression permanent pouvait rendre claustrophobe n’importe qui d’autre qu’un nain. Sur les côtés, les statues de parangons permettaient de se rappeler que même ici, les ancêtres veillaient sur les voyageurs, sans doute aussi pour donner une atmosphère plus rassurante. Sur les côtés de la route, la lave suivait interminablement son cours, prodiguant lumière et chaleur. Khregor pensait que cette lave pouvait être un excellent moyen de dissoudre des corps, et se dit qu’il devrait sans doute en parler dans son futur rapport.

Au bout de quelques heures de marche, le groupe vit, au détour d’un virage, une sorte de caravane encadrée par une dizaine de personnes. Il n’y avait plus d’animal de trait, pourtant. Le groupe se résolut à approcher, et aider les marchands si besoin était.
Alors qu’ils s’approchaient, les guerriers remarquèrent les armes portées par les « marchands », ainsi que leurs armures de cuir. Il fut vite décidé de cacher leurs armes et de se faire passer pour de simples voyageurs. Leurs armures pourraient les trahir, mais ils n’avaient plus le temps de s’arrêter pour se changer et le groupe autour de la caravane pourrait les repérer. Ce qu’il ne tarda pas à faire.

Khregor et ses compagnons avançaient le plus naturellement qu’un nain puisse avancer en armure lourde tout en essayant de se faire passer pour un citoyen moyen. Khregor reconnut rapidement du matériel qui ne pouvait appartenir qu’à des voleurs, ou en tout cas à des sans-caste. Intérieurement, il espéra que ce furent les hommes qu’il cherchait. Au moins, il reviendrait victorieux auprès du seigneur Seuss et ne faillirait pas à sa réputation.

En tout cas, les guerriers se regardèrent tous, très surpris, lorsque les voleurs commencèrent à les encercler nonchalamment. Leur surprise était sincère : habituellement, de vrais voleurs auraient fui à la vue des armures lourdes. Ceux-là étaient soit très téméraires, soit très stupides. La suite leur indiqua quelle option était sans doute la plus vraie.

« Tiens, tiens, tiens, qu’avons-nous là ? commença celui qui semblait être le chef, un petit sourire narquois en coin.
- De simples voyageurs, nous ne faisons que… commença Khregor.
- Allez hop, trois jours à marcher pour rien, j’ai bien besoin de me défouler ! coupa Kurgain, grincheux, en sortant ses haches.
- Kurgain ! Et la finesse ? On pourrait en apprendre plus si tu savais te contrôler !
- Bof, la finesse, c’est la dimension de mes haches qui définit leur tranchant, tu vas voir ! »

Les guerriers sortirent tous leurs armes en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, sous le regard ébahi des voleurs qui n’avaient plus rien compris depuis que le petit aux cheveux noirs avait parlé de se défouler. Khregor émit un soupir de résignation, et fit voler la tête du voleur le plus proche comme un bouchon à l’aide d’un coup de marteau bien ajusté. Kuima en abattit un autre avec un coup de Fendeuse de Pierre qui aurait pu le couper en deux de haut en bas s’il n’avait pas tenté à la dernière seconde d’esquiver avec un pas de côté. Polgrim s’était déjà positionné en bouclier humain (il ressemblait plus à une sorte de mur, voire de forteresse, d’ailleurs), prêt à intercepter tout petit malin qui tenterait quelque chose. Fortir n’avait pas encore eu le temps de sortir sa hache que Gulla avait déjà décoché deux flèches mortelles pendant que Brumi chargeait son arbalète. Polgrim, ne sachant quoi faire d’autre alors que les voleurs encore debout semblaient déjà morts, se mit à jouer d’une sorte de flûte qu’il avait acheté à un marchand itinérant la veille.

En moins d’une minute, il ne restait plus que deux voleurs en vie, qui tentaient encore, dans le désespoir et la panique, de sortir leurs armes de leur fourreau. Khregor fit signe d’arrêter la boucherie.

« Et voilà, maintenant il y a du sang partout, et ça va foutre le bordel pour les prochaines enquêtes ! lança-t-il. Bon, vous-deux, vous avez intérêt à avoir des langues plus efficaces que vos armes. Qui êtes-vous ?
- Qu… qu… bégaya le premier qui avait manifestement uriné sur place.
- Qu-qu-quoi ? beugla Fortir. Je te préviens, j'suis d'mauvais poil que les autres m'aient rien laissé, alors si j’étais toi je testerais pas ma patience !
- Heu, ou… oui, mon… monsei… monseigneur…
- Et l’autre, là, il parle pas ? fit Polgrim en désignant du menton son compagnon.
- Si… si…
- Alors t’es qui, toi ?
- Jo… Jo… Jolas, m’sieur.
- Pour des voleurs, vous êtes sacrément des amateurs, dis donc ! Quelle organisation ?
- Les Fewry de l’Ombre, monseigneur, tenta de dire distinctement le premier.
- Ah ben en voilà un qui a fini par recracher sa langue !
- Les Furies de l’Ombre, tu veux dire, mon garçon, reprit Brumi.
- Non, non. Les Fewry...
- Ah… lâcha un Fortir désespéré.
- Et qu’est-ce que vous faites ici ? continua Khregor.
- Ben on était juste partis en reconnaissance, et éventuellement pour voir si on pouvait compter sur… la générosité... des voyageurs…
- Des pillards, ben voyons… En tout cas, j’ai jamais vu des voleurs aussi mauvais, est-ce que vous savez seulement ce que vous faites et comment faire votre métier ?
- Heu… Ben on s’est dits qu’on allait former une guilde, comme les autres.
- Attends, coupa Fortir. T’es en train de nous expliquer que personne voulait de branquignoles comme vous dans les autres guildes, alors du coup vous avez fait la votre ?
- Un truc comme ça… »

La troupe de Khregor éclata alors de rire. Cela expliquait beaucoup de choses. On ne s’improvise pas professionnel en faisant n’importe quoi et en se donnant un air stupide. En tout cas, une chose était sûre : ce n’étaient pas des rigolos comme eux qui avaient pu venir à bout de toute une patrouille de solides guerriers dans les Tréfonds.
En continuant de les interroger, Khregor apprit qu’ils avaient trouvé par hasard cette caravane, sans marchand. La disparition de ce dernier avait d’ailleurs dû être très récente, car la caravane semblait n’avoir été abandonnée qu’il y a quelques jours tout au plus. Les Nains décidèrent que ces brigands étaient à la fois trop stupides et trop incapables pour réussir ne serait-ce qu’à tuer un cochard anorexique et blessé, donc ils leur accordèrent le bénéfice du doute. Mais des brigands étaient des brigands, et aussi profond dans les Tréfonds, ils ne pouvaient pas se permettre de garder des prisonniers. Kurgain se proposa gentiment pour les exécuter, suite à quoi ils se mirent à fouiller méticuleusement les parages. Après tout, s’ils n’avaient pas le fin mot de l’histoire sur la patrouille disparue, au moins ils pourraient peut-être trouver un indice ici, s’ils avaient de la chance et que les agresseurs étaient les mêmes.

Ce qui était étonnant, c’était la caravane, presque intacte. Quel que soit l'attaquant, il n'avait rien pris. Mais le marchand avait disparu. Deux hypothèses s’affichaient alors clairement. Soit le marchand avait pris la fuite, mais alors pourquoi ? Soit il avait été tué, mais alors où se trouvait le corps ? Il était inconcevable qu’un marchand abandonne une caravane dans les Tréfonds s’il n’y était pas contraint. D’ailleurs, beaucoup de marchands nains auraient sans doute préféré mourir avec leur caravane que de la quitter.
La caravane semblait aller dans la direction d’où venaient Khregor et ses hommes. Or cela faisait près d’un jour qu’ils n’avaient pas croisé une autre route. Si le marchand s’était enfui, il ne serait jamais allé aussi loin. La piste de l’assassinat semblait la plus probable. Mais pourquoi tuer un marchand si ensuite on délaisse sa marchandise ? Cela n’avait pas de sens.

En fouillant davantage, Gulla finit par repérer des traces qu’on avait essayé de dissimuler. Ces traces partaient dans une sorte de grotte qui débouchait sur la route. Elle était obscure et semblait naturelle. La seule chose qu’on parvenait à distinguer était un cadavre de ce qui aurait pu être un rat, à quelques mètres. Il ne fut pas longtemps avant que soit décidé d’aller explorer ladite grotte.

Chaque guerrier prépara ainsi deux torches, et deux furent allumées pour commencer. Comme à son habitude, Khregor prit la tête de la colonne en empoignant la première torche allumée.

Ils n’avaient pas fait quelques dizaines de mètres qu’une sorte de hurlement se fit entendre beaucoup plus loin dans la grotte. Il s’agissait d’un hurlement de femme. Mais les circonvolutions de la roche et les petits trous débouchant un peu partout sur la paroi empêchait de savoir si elle se trouvait à quelques kilomètres, ou à plusieurs lieues. La troupe s’arrêta, comme pour entendre mieux. Plusieurs avaient déjà leurs mains sur leurs armes, prêts à dégainer, par réflexe. Khregor finit par ordonner de reprendre la route. Deux minutes plus ******, un autre hurlement, identique, leur parvint, au milieu d’une grotte de ténèbres où les torches dessinaient des ombres inquiétantes. Ils comprirent que la suite de leur périple serait beaucoup moins distrayante.

Сообщение изменено: Durmir, 14 Апрель 2010 - 02:07 .


#4
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Cela faisait deux jours à présent. Deux jours passés au milieu des ombres inquiétantes dessinées par leurs torches. Ces ombres crépitaient, s’allongeaient, formaient des formes étranges et mystiques. Peu à peu, l'atmosphère était devenue lourde, malsaine. Les discussions et les plaisanteries incessantes qui avaient marqué les premiers jours de la mission avait disparu.
La pierre avait semblé leur parler tout ce temps. Une pierre qui leur soufflait les ténèbres, une pierre qui leur soufflait la peur, une pierre qui leur soufflait la solitude, une pierre qui leur soufflait un cauchemar... Jusqu’à ce que la dernière torche s’éteigne...

Il n’existait pas le moindre rai de lumière qui parvenait aussi profondément dans les Tréfonds. Les nains étaient habitués à l’obscurité, mais pas au néant. Lorsque l’ultime torche avait failli, Khregor avait ordonné qu’ils s’encordent, puis ils avaient continué, longeant les murs de leurs mains. La pierre était sèche et râpeuse, et les sept nains avaient l'impression de caresser une blanche neige particulièrement froide. Parfois une bête invisible troublait le tâtonnement, et la répulsion avait fini par laisser sa place à la résignation, une sorte de douce folie qui les isolait de la raison.

Khregor avait refusé de revenir en arrière, d’aller chercher des renforts et du matériel. Ils ne rentreraient pas comme des lâches. Au fond de lui, il savait. Il savait que ce n’étaient pas de simples brigands à qui ils avaient à faire. On lui avait raconté l’histoire des cris dans le noir, on lui avait raconté l’histoire du cauchemar de pierre.


Ils avaient marché ainsi de nombreuses heures – d’innombrables heures. Et, enfin, ils virent une lueur. La lave devait couler là-bas, plus loin au fond de ce tunnel. Un éclair d’espoir envahit alors les cœurs. Le calme étouffant qui régnait leur disait qu’ils pourraient profiter de ce havre.

Ils débouchèrent finalement sur une large salle naturelle, à sept entrées, avec un filet de lave qui coulait le long de la roche d’une des parois. Ils se regardèrent, et pour la première fois depuis ce qui leur semblait une éternité, ils se risquèrent à parler.


« Bien, nous allons rester ici quelques heures, commença Khregor. Voyez s’il n’y a rien dans le coin qui puisse nous servir de torche. Fortir et Polgrim, faites l’inventaire de nos réserves de matériel et de nourriture. Gulla et Brumi, étendez les couchettes, ça fait trop longtemps qu'on n'a pas fermé l’œil.
- On est où, là ? commença à s'inquiéter Kuima.
- Dans les Tréfonds, sœurette, répondit Kurgain. N’en demande pas plus, cela n’en vaut pas la peine.
- C’est quand, la dernière fois qu’on a entendu ce cri ? fit Fortir.
- Je dirais une trentaine d’heures à vue de nez, mais honnêtement, j’ai un peu perdu le fil du temps...
- Bon sang... »


Rapidement, Khregor ordonna le silence. Non pas qu’il y eut un danger quelconque, mais il prenait conscience que peu à peu, chacun extériorisait ses peurs. Il valait mieux ne pas baisser davantage le moral de sa troupe.
Ils avaient encore de la nourriture pour plusieurs jours, de ce côté-là tout allait bien. Ils avaient bien fait de se ravitailler dans la charrette abandonnée avant de continuer. Mais ils n’avaient presque plus d’eau. L’eau est trop difficile à transporter, même en se ravitaillant, si on ne croise pas une source, elle vient vite à manquer.

A l’aide de quelques cadavres de bêtes (des rats essentiellement), ils réussirent à confectionner une unique torche supplémentaire. Ils ne l’utiliseraient qu’en cas de réel besoin.

Après un maigre repas (personne n’avait faim), ils définirent les tours de garde et tentèrent de se reposer un peu.


Il ne fallut pas deux heures pour que des bruits rauques, comme des rugissements de bêtes, se firent entendre en provenance d’un couloir. Fortir montait alors la garde. Il alla réveiller d’abord Khregor. Ce dernier décida de réveiller tout de suite les autres.

Les râles inquiétants venaient à présent de presque tous les couloirs, même de celui d’où ils étaient arrivés, et ils se rapprochaient. Les nains ramassèrent leurs armes et tentèrent de remettre leur armure à la va-vite. Ils empaquetèrent de nouveau leurs affaires, ce qui fut vite fait. Puis ils attendirent, les armes au clair, tandis que la présence se faisait de plus en plus oppressante. Chacun sentait en lui une angoisse terrifiante, comme si le souffle de la peur leur chuchotait leur fin.
Puis une créature, hideuse, apparut d’un couloir. Elle avait la peau sombre, dénuée de poils, des crocs énormes et l’œil mauvais. En armure et une gigantesque épée à la main, elle repéra presque instantanément les nains et fonça dessus. Gulla répondit par une flèche qui se ficha en travers de sa gorge. Mais d’autres créatures apparaissaient de plusieurs couloirs à présent. Fortir, Polgrim, Khregor et Kurgain s’étaient chacun postés devant un couloir.

Polgrim prit pour lui le couloir le plus large. Il avait la réputation d'être inébranlable. Rien ne semblait pouvoir le déstabiliser, et son bouclier ressemblait plus à un mur qu'à un écu d'acier. Les années avaient marqué sur ce bouclier des cicatrices indélébiles, témoignages des assauts répétés qu'il avait repoussés. Plus qu'un guerrier, Polgrim était le maçon capable de donner vie à un tel mur, qui allait et venait pour intercepter la moindre attaque, assommer le moindre assaillant et faire échouer sur lui chaque ennemi comme une vague se brisant sur une digue. Lorsqu'un ennemi était pris dans son tourbillon, une lame apparaissait soudain et chargeait comme un espadon dans un coeur, une gorge ou un foie. Puis elle disparaissait à nouveau derrière la forteresse d'acier.
A lui seul, Polgrim semblait pouvoir tenir une armée entière, et son expression toujours stoïque le rendait aussi impénétrable que la Pierre, de corps et d'esprit.

Kuima, quant à elle, faisait virevolter Fendeuse de Pierre d’un ennemi à l’autre pour libérer un peu de pression venant des autres couloirs. Elle arrachait les membres ennemis avec une précision malsaine, coupant net les os et dessinant la terreur sur le visage des monstres. Les reflets de la lave rendait la hache étrange, et elle semblait luire d'un éclat de rubis sombre chaque fois qu'elle s'abattait à nouveau. 
Pendant ce temps, Gulla et Brumi tentaient d’abattre les plus téméraires, ceux qui tentaient tant bien que mal d'échapper au piège mortel que représentaient désormais les nains. Certains arrivaient même à passer, parfois. C'est alors qu'une flèche ou qu'un carreau les transperçait, impitoyable.

Mais alors qu’ils donnaient de coupe et de taille, les nains, fatigués, sentirent rapidement leur force les abandonner, tandis que la foule des monstres se faisait toujours plus compacte, toujours plus pressante. Leur courage en fer de lance, ils ne le montraient pas, mais encore une heure ainsi et ils s'effondreraient.

Soudain, un rugissement plus puissant encore se fit entendre, derrière eux. Et d’une cinquième entrée surgit un autre monstre, de plus de trois mètres, terrifiant.
Il ramassa un rocher et le lança vers Fortir. Celui-ci n’eut pas le temps de l’esquiver. Il tenta de parer l’énorme projectile avec son bouclier dérisoire, mais fut projeté à terre, plus d'un mètre plus loin. Kuima se posa alors devant lui pour le protéger du couloir qu’il gardait et où se précipitaient toujours plus de monstres.
Kurgain avait finalement tué le dernier ennemi de son côté, et, impétueux, fonça vers la bête gigantesque. Gulla et Brumi le couvrirent comme ils le pouvaient avec leurs flèches et leurs carreaux, et sous la pression, Kurgain enfonça finalement ses haches dans la chair de ce qu’il appellerait ensuite un ogre. Ce dernier, surpris, le frappa d’un revers de sa gigantesque main, et le nain s’étala de tout son long à mois d’un mètre de la coulée de lave.
Khregor vint ensuite à la rescousse, son marteau fendant l’air dans un bruit d'orage, comme pour prévenir du tonnerre qui allait gronder.
A nouveau, Gulla et Brumi le couvrirent comme ils le purent. Fortir, qui reprenait ses esprits, fonça en même temps. L’ogre eut le temps de saisir Fortir et le lança contre un mur, en bas duquel il s’écrasa lourdement, inerte.
Pendant ce temps, Khregor, de toute sa force, abattit son marteau dans la jambe gauche du monstre. Celui-ci s’écroula alors de douleur, et Kregor en profita pour lui asséner un coup fatal sur le crâne, tel la foudre sur un arbre. Tandis que l’ogre s’effondrait lourdement, les autres ennemis prirent la fuite.


« Vite, ils vont sans doute revenir, lança Khregor. Ramassez tout, il faut qu’on s’en aille !
- Et Fortir ? trembla une voix proche du corps inerte de leur compagnon »


Khregor s’approcha du guerrier aux longues tresses flamboyantes. Il respirait encore. Mais il ne fallut pas plus longtemps pour qu’ils entendent à nouveau des rugissements, venant cette fois-ci de cinq directions. Il ne restait que deux issues, et les deux leur étaient inconnues. Khregor indiqua une direction au hasard, et ils portèrent le corps de Fortir avec eux.

Cependant ce fardeau était trop lourd. Fortir reprenait connaissance, et son regard était celui de la mort.


« Fortir, mon ami, on va te sortir d’ici ! fit Khregor.
- Non... Non... Trop... ******... Ces sortes d'engeances... ces engeances de la pierre m’ont eu...
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Il en faut plus pour faire tomber un valeureux guerrier comme toi !
- Je... meurs...
- Et ta femme ? Et ta fille ? T'as pensé à elles ? Allez, cramponne-toi, on va s'occuper de toi !
- Non... Laissez... moi... De toute... toute façon... Je ne... pouvais... pas survivre... J’avais... une... tare...
- Comment ça ?
- Khregor... regarde... moi ! Je... Je suis... roux... »


Khregor comprit que son ami était gravement touché à la tête et que l’angoisse de ces derniers temps avait finalement laissé la place à la folie. Ses propos devenaient incohérents et il tremblait de tout son corps. Il savait que son heure était venue... Fortir éternua une dernière fois, et ce fut du sang qui s'échappa de sa bouche.

Les cris devenaient plus proches, les ennemis devaient être à quelques dizaines de mètres tout au plus, il fallait fuir. A contrecœur, les nains abandonnèrent leur compagnon mortellement blessé et partirent aussi vite qu’ils le purent, sous les intimations de Gulla. L’instinct de survie avait pris le dessus sur l’amitié.


Deux minutes plus ******, ils entendirent un cri atroce. C’était celui de Fortir, son dernier. Puis plus rien.

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Ils ne savaient pas pourquoi les engeances, comme les avait appelées Fortir, ne les avaient pas poursuivis. Mais Khregor savait qu’ils étaient surveillés. Ces monstres n’auraient jamais pu venir si vite en si grand nombre leur tendre une embuscade, s’ils n’avaient pas déjà été épiés depuis longtemps. Il n’y avait aucune raison pour qu’ils aient abandonné leurs proies. A lire le visage de ses compagnons à la lueur de leur unique torche, il savait que les autres pensaient la même chose.

Ils étaient épuisés, et s’ils tentaient de se reposer, ils seraient de nouveau attaqués. Ils étaient perdus et poursuivis par une armée de monstres dont ils ignoraient jusqu'à l'existence il y a peu. Ils avaient peur et soif, et seule la mort pouvait à présent les en délivrer.

Mais ils n’avaient plus le choix. Ils devaient tenter de rejoindre la ville la plus proche. Au moins, se dit Khregor, il aurait un rapport assez intéressant à faire en rentrant. Des engeances semblaient désormais peupler les Tréfonds, en grand nombre. Ils étaient armés, organisés, et savaient se battre. Comment avaient-ils pu ne jamais connaître leur existence ?

Khregor comprit rapidement la cause des disparitions de ces derniers temps. Il savait aussi, suivant la même logique, que lui et les cinq nains qui l’accompagnaient encore, seraient harcelés jusqu’à en mourir, avant d’avoir pu raconter ce qu’ils ont vu. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : ces engeances préparaient une grande invasion. Peut-être même toute la civilisation naine était-elle en danger. A présent, son retour sain et sauf était sa mission. De lui dépendaient trop de choses à présent, il n’avait pas le droit d’échouer.

Et puis on l’attendait chez lui. Il pensa alors à la chaleur de son foyer, à la douceur de sa femme, à la paix de Kal Sharok. Il se jura qu’il retrouverait tout cela avant de mourir. Il pensa aussi à ses joyaux sombres, merveilles trouvées par les surfaciens, ses précieux. Il s’était toujours comparé à un de ces joyaux noirs comme l’ébène, il n’avait jamais vraiment su pourquoi.

Kuima commença à pleurer. La nervosité avait pris le dessus. Ils étaient emprisonnés dans des tunnels de pierre. Ils étaient épuisés. Ils n’auraient très bientôt plus de lumière, ni d’eau. Un de leurs amis était mort sous leurs yeux quelques heures auparavant. Et des engeances dont ils ne savaient rien les épiaient quelque part, attendant leur heure pour fondre sur eux lorsqu’ils seraient le plus faibles. Tout semblait indiquer qu’ils n’avaient plus qu’à attendre la mort.

Il fallait penser à autre chose. Il fallait occuper les esprits. Khregor ordonna la reprise de la marche, après qu’ils se soient débarrassés de tout le superflu qu’ils transportaient, jusqu’à leurs couchettes. Il donna des ordres précis à chacun de ses compagnons pour les forcer à garder le moral. Gulla dessinerait les plans des tunnels au fur et à mesure qu’ils avançaient, pour retrouver les traces des engeances lorsqu’ils seraient accompagnés de renforts. Brumi et Polgrim chercheraient de quoi confectionner de nouvelles torches le long du chemin, quitte à le faire à tâtons. Enfin, Kurgain et Kuima entretiendraient le matériel de tout le monde et feraient de nouvelles flèches et de nouveaux carreaux avec ce qu’ils pouvaient trouver.
Ils marcheraient certainement beaucoup moins vite, mais au moins l’anxiété ne les rendrait pas fous pendant ce temps.

Plusieurs heures passèrent ainsi, jusqu’à ce qu’ils entendirent un nouveau cri. Cette fois, c’était un cri de femme, et il était tout proche. Mais c’était un cri torturé. La décision fut vite prise d’aller à son secours. La sauver pouvait ne serait-ce que remonter le moral des guerriers, et peut-être avait-elle de l’eau, ou des torches.
La troupe accéléra le pas jusqu’à voir une nouvelle lueur au fond d’un tunnel. Sans hésitation, ils foncèrent, les armes au clair.

Lorsqu’ils pénétrèrent dans la nouvelle salle, un terrifiant tableau s’offrait à eux. Une femme était recroquevillée dans un coin, de dos, devant un tas de corps, et deux engeances semblaient la surveiller. Il ne leur fallut pas longtemps pour tuer les deux ennemis. Kuima s’en chargea avec Fendeuse de Pierre. A la force qu’elle mit dans sa hache, les autres sentirent qu’elle avait besoin d’un exutoire. Alors que les engeances se retournaient, alertées par le bruit de ses pas, un sifflement indiqua que Fendeuse de Pierre avait pris une course que seule la mort de l'un d'eux pourrait arrêter. Kuima n'avait tué son premier ennemi que deux ans plus tôt, et c'était un rampant. Pourtant, elle avait déjà pris goût au massacre et une lueur se fit dans son oeil alors que la première engeance s'écroulait sur le sol, d'abord le morceau supérieur, puis les jambes et la hanche, tranchées net en un battement de cil. Peut-être était-ce une malédiction propre à Fendeuse de Pierre : toutes les Maillefortes étaient réputées pour leur caractère implacable et leur sang-froid. Lorsqu’elle abattit son arme sur le deuxième ennemi, ils comprirent d’où venait le nom de cette dernière : elle resta littéralement fichée d’au moins vingt centimètres dans la pierre à côté du cou tranché du monstre. Pourtant, Kuima la retira avec aisance, laissant un énorme trou dans le mur. Puis elle se retourna, et ses amis voyaient à nouveau sur son visage la jeune femme joviale et simplette qu'ils connaissaient.

Khregor s’approcha de la femme, qui n’avait pas bougé.
« Ne vous inquiétez pas, vous n’avez plus rien à craindre, nous sommes venus vous sauver.
- Trop… ******. Il n’y a plus que manger, il n’y a plus de lumière.
- Quoi ? Qu’est-ce que vous racontez ?
- Ils vont venir pour vous. Vous allez mourir. Un par un. Certains souffriront, d’autres pire. Il n’y a que le noir. Et eux. »

Khregor attrapa l’épaule de la femme, mais alors qu’elle se retournait il eut un violent mouvement de recul. Il reconnut Brunne, la femme de Fortir. Et elle était… changée…

« Brunne ? C’est bien toi ?
- Trop longtemps. Après quatre jours, je suis venue chercher Fortir. Notre fille était morte. Un matin, elle ne s’est pas réveillée. Pâle comme la Mort. Je devais retrouver Fortir. Puis ils m’ont vue. Et ils m’ont attrapée. Ils m’ont emmenée. Et j’ai mangé, oui j’ai mangé. D’abord des hommes, puis des monstres.
- Ca fait combien de temps ? coupa Khregor, de plus en plus angoissé.
- Quatre nouveaux jours. Chacun plus noir. Chacun plus faim.
- Mais c’est impossible ! Nous ne sommes pas partis depuis huit jours !
- Presque neuf. Ils se cachent. Ils vous voient. Ils attendent. Ils vous tueront. Et les femmes. Les femmes mangeront.
- Mais de quoi tu parles ? »

Khregor s’affolait de plus en plus. Alors il vit Brunne arracher de ses dents un morceau de chair d’un des cadavres devant elle. Ce n’est qu’à ce moment qu’il reconnut que ces cadavres étaient ceux d’engeances et de nains. L’effroi s’empara de lui, et il se détourna. Les autres avaient vu également. Gulla vomit.

Ils n’arrivèrent pas à tirer quoi que ce soit d’autre de Brunne, et elle refusait de les accompagner. Elle leur indiqua un passage, sans rien dire. Elle n'était plus qu'une ombre. Khregor crut qu’elle indiquait la sortie et ordonna de quitter cette pièce maudite. Quelque part, il était content que Fortir fût mort, et n’eut pas à supporter la mort de sa fille, et la vision de sa femme dans cet état. Elle était condamnée, par la folie ou les engeances. Mais ils ne pouvaient plus rien pour elle.


Une odeur de plus en plus étrange envahissait le couloir qu’avait indiqué Brunne. Cela devenait irrespirable. C’était l’odeur de la mort en décomposition et du soufre. C'était insoutenable.
Une heure plus ******, ils voyaient se profiler une nouvelle salle éclairée de lave. Alors qu’ils avançaient, ils semblaient voir que le sol n’y était pas de pierre. A quelques mètres de l’entrée, ils reconnurent des squelettes, des os, et des vêtements. Ils recouvraient entièrement le sol. Puis, lorsqu’ils entrèrent, ils virent le pire des cauchemars auxquels ils avaient assisté depuis qu’ils étaient entrés dans les Tréfonds.

Devant eux se tenait une… chose. Gigantesque, comme un énorme tas de graisse doté d’une tête aussi large qu’hideuse. Des sortes de tentacules flottaient dans l’air autour de l’horreur de chair. Elle émettait des sons étouffés, mêlés de souffrance et de haine. A côté, des larves, dans des cocons huileux, parsemaient la salle.

« Mais qu’est-ce que c’est ? éructa avec dégoût Polgrim. On dirait… On dirait que c’est ça qui… non, c’est impossible… »

Brumi ne put soutenir cette vision très longtemps. Il empoigna la torche et la lança sur le sol et les vêtements asséchés, qui prirent feu très rapidement. La monstruosité prit alors conscience de leur présence et poussa un cri qui était au-delà de l’horreur. D’autres cris répondirent, et les nains les reconnurent comme ceux d’engeances. Alors que la salle brûlait, ils fuirent plus vite que leurs jambes ne semblaient pouvoir le faire.

Ils rebroussèrent ainsi le tunnel, pressés par les cris des engeances qui les poursuivaient.
Alors qu’ils traversaient à nouveau, à peine quelques minutes plus ******, la salle où se tenait toujours Brunne, cette dernière se retourna vers eux.

« Maintenant vous savez. Les femmes. Ils leur donnent à manger. Et elles deviennent des mères. Une faim pour toujours. »

Ils ne s’arrêtèrent même pas, et se dirigèrent vers le dernier tunnel possible.

« Arrêtez ! cria Kuima. J’ai une idée !
- Quoi ? répondit Khregor. Nous n’avons pas le temps ! Dépêche-toi !
- Non ! Avec ma hache, je peux faire effondrer la roche, je peux les arrêter en éboulant le couloir !
- Quoi ? répéta Khregor en s’arrêtant. Combien de temps ?
- Laissez-moi deux minutes !
- Ok, les autres, en position, on la couvre ! »

Pendant que Kuima martelait les parois du couloir où arrivaient les engeances, les autres tentaient comme ils le pouvaient de tuer ceux qui s’approchaient, car ils étaient sur eux à présent.

L'unique et étroit couloir offrait un avantage tactique énorme aux nains. Brumi en particulier arrivait à en tirer avantage. Il bandait son arbalète au maximum et plaçait ses carreaux "spéciaux", qu'il avait confectionnés lui-même. Ces carreaux avaient une tête nettement plus longue que les têtes de carreau habituelles, et ils étaient beaucoup plus courts de corps. La tête avait un profil parfaitement fluide, sur une courbe unique et très fine. Ils étaient d'une précision plus que douteuse, et transperçaient rarement une armure. Mais bien ajustés, ils filaient à travers la chair comme s'il s'agissait de beurre et pouvaient creuser leur chemin au-delà de plusieurs corps s'ils ne rencontraient pas d'os. Brumi avait un oeil très fin, et les engeances n'avaient pas eu le temps de mettre une armure. C'était la meilleure opportunité qu'il avait connu pour tirer parti au maximum de ses carreaux spéciaux. A chaque fois qu'il décochait son arbalète, trois, parfois quatre engeances s'écroulaient à la file. Pourtant, comme son frère, son visage ne trahissait aucune émotion. Il faisait son boulot, et c'était tout. Ils étaient des compagnons particulièrement joyeux et timides, et ne souffraient pas de s'amuser entre eux. Mais en mission, c'était différent.

Fendeuse de Pierre arrachait la roche, elle ne se contentait pas de la fendre. Lorsque les premiers gros morceaux tombèrent, Kuima monta dessus pour frapper le haut du passage et causer l’effondrement.
Il fallut en effet moins de deux minutes pour qu’ils voient la roche commencer à se détacher. Kuima leur cria alors de s’éloigner.
« Un dernier coup et… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une engeance l’agrippa et l’attira à elle. Kuima lâcha sa hache. Presque en même temps, Fendeuse de Pierre percutait de son coup fatal la roche, et cette dernière s’écroula sur l’arme. Kuima était du côté des engeances, et un éboulis bloquait désormais le passage.

« Kuima ! Non ! hurla son frère Kurgain. »

Et il fonça dans un couloir.
« Kurgain ! On doit rester ensemble ! Reviens ! ordonna Khregor »
C’était trop ******. Kurgain était parti. Ils décidèrent de le suivre, ils avaient besoin de rester groupés. Ils n’avaient plus de torche, et Kuima avait leurs dernières réserves d’eau. Et de toute façon, ils ne savaient pas où aller.

Brunne se tourna à nouveau vers ses cadavres.
« J’avais dit. Ils vont mourir. Ou pire. Un à un. Ce sera lent. »

Сообщение изменено: Durmir, 14 Апрель 2010 - 02:07 .


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Il faisait noir. Les nains avaient suivi Kurgain sur ce qui leur semblait des kilomètres. Il avait mené la marche très rapidement, mais l’épuisement avait repris le dessus sur l’adrénaline, et la soif leur donnait des vertiges.
Kuima avait fait s'effondrer un couloir qui semblait très proche des campements des engeances. Trop proche. Mais à présent, et après avoir parcouru une telle distance au pas de course, Khregor espérait qu’ils avaient semé leurs ennemis. Bien sûr, Kurgain, lui, voulait au contraire les rapprocher de ses haches. Mais au moins, ils n’avaient pas à craindre d’être attaqués de nouveau avant un certain temps.

Pendant que ces pensées s’instillaient dans son esprit tel le suc nourricier de l’espoir, une nouvelle salle découpait sa lumière au loin. Qu’allaient-ils trouver, cette fois ? Pour l’instant, ça n’avait été que pièges et désillusions.
Mais, alors qu’ils se rapprochaient, la salle semblait de plus en plus inhabitée. Mieux encore, Polgrim finit par y déceler le bruit d’une eau ruisselante. Il se demanda si ce n'était pas le fruit de son imagination. Cela paraissait trop irréel. 

Les cinq nains entrèrent finalement dans la salle. Elle était tout ce à quoi ils avaient rêvé depuis des jours. La seule entrée était celle par laquelle ils étaient arrivés. Sur un mur, une coulée de lave garantissait chaleur et lumière. Sur celui d’en face, un petit ruisseau d’eau parcourait nonchalamment la paroi pour s’engouffrer dans le sol. Il ne manquait d'un cochard bien dodu et la scène aurait été complète.

« Très bien, commença Khregor. Buvez tous, c’est moi qui régale ! Brumi et Polgrim, déployez ce qu’il nous reste de matériel pour le campement. Gulla, trouve de quoi allumer des petits feux tous les dix mètres dans le couloir, il n’est pas question de se laisser surprendre à nouveau. Kurgain, aide-moi, on va remplir les gourdes.
- Je n’aurais jamais cru dire ça, fit Brumi déjà collé à la paroi humide, mais cette eau a plus de saveur que la meilleure des bières naines !
- Ha ! esquissa Polgrim. Ca doit bien faire trois ou quatre jours que j’ai la bouche plus sèche que le vieux Zakari ! »

Khregor regardait chacun s’affairer autour de l’eau et y aller chacun de son mot d’esprit. C’était bon signe. Cette grotte était une bénédiction. En moins d’une heure, le couloir était éclairé sur plus de cent mètres, chacun avait retiré son armure, les gourdes étaient pleines et le moral semblait remonter un peu.
Ils bivouaquèrent, puis définirent des tours de garde. Kurgain n’aimait pas se reposer alors que sa sœur était prisonnière, mais il reconnut qu’ils auraient besoin de forces pour la sauver.

Chacun dormit près de douze heures, et pendant ce temps, aucun signe des engeances ne s’était manifesté. Khregor l’aurait parié. Les engeances ne les auraient pas attaqués ici. Certes, ils étaient pris au piège, dans un cul-de-sac, mais c’était un endroit facile à défendre. Les pertes ennemies auraient été trop lourdes, autant attendre encore un peu.

« On a mangé, déclara Khregor sur le ton du discours. On a bu. On a dormi. On a même aiguisé nos lames. Nos gourdes sont pleines. Nous avons des torches. Nous avons encore de la nourriture pour plusieurs jours. Mes amis, cette fois-ci, c’est nous qui attaquons, et cette fois-ci, par la Pierre, je vous jure qu’on va leur va leur mettre une fessée, façon Khregor Poignepierre, trois étoiles au guide du petit massacre, à la sauce violent !
- Bien dit ! Foutre sainte barbe, on va leur caler quelques morceaux où il faut ! renchérit Kurgain.
- Par Aulë ! cria Polgrim d'ordinaire calme. Je vais redécorer les Tréfonds avec leurs tripes et j’utiliserai leurs crânes comme chopines à Kal Sharok !
- Mille millions de mille sabords ! ajouta son frère. Quand j’en aurai fini avec eux, même les surfaciens me traiteront de barbare ! »

Khregor avait raison : ils étaient à présent reposés, ils avaient bu et mangé, les compteurs étaient remis à zéro. Il prit ensuite Gulla à part. Elle était nettement moins belle qu’à leur départ. Malgré le repos, elle semblait marquée de façon indélébile par l’angoisse qu’elle avait endurée ces derniers temps. Et son maquillage avait bien sûr disparu, mais elle était la seule à savoir qu'elle en portait.

« Gulla, murmura Khregor. C’est toi qui connais le mieux les Tréfonds.
- En effet, mais je connais surtout les routes des Tréfonds. Je ne me suis jamais aventurée aussi loin.
- Pas grave. Tu saurais reconnaître une route si tu tombais dessus ?
- Bien sûr, mais…
- Je veux que tu rentres en ville.
- Quoi ? Mais je ne sais même pas où on est !
- Nous non plus. Il faudra bien qu’on sorte d’ici, pourtant. Essaye de trouver le chemin qui te mènera jusqu’à une route. Ensuite rentre à la ville la plus proche. Dis ce que tu as vu, fais ton rapport, et amène-nous de l’aide.
- Mais… Tu viens de dire qu’on allait…
- Je sais ce que j’ai dit. Mais là, on est partis pour chercher l’affrontement direct. On ne connaît pas notre ennemi, on n’a pas la moindre idée de combien ils sont ni où ils se trouvent. A tout moment on peut tomber dans une embuscade. Tu as vu comme moi : c’est une armée qu’il y a ici. Une armée, ça ne sert pas à effrayer les nains dans des couloirs sombres. Ils préparent une invasion, ou quelque chose qui y ressemble. Tu dois prévenir le Royaume. C’est plus important que tout.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais. C’est un ordre. J’ai confiance en toi, je sais que tu peux y arriver. Maintenant que tu t’es reposée et que tu as mangé et bu, tu pourras te déplacer rapidement, plus rapidement qu’en groupe. Et tu passeras plus facilement inaperçue. Ta mission est plus importante que nous. Nous pouvons mourir, mais le Royaume doit se préparer à une invasion d’un genre qu’il ne connaît pas.
- Bien… Je… Je ferai de mon mieux.
- Et aussi…
- Quoi ?
- Dis… hésita Khregor. Dis à Seuss, si tu le vois… Dis-lui que j’ai essayé. Dis-lui que j’ai fait de mon mieux. Qu’il me pardonne.
- Ne dis pas ça ! Vous êtes les guerriers les plus valeureux que j’ai eu la chance de connaître. On se reverra. Tu verras, on boira à nouveau de la bonne bière de Kal Sharok, dans quelques jours tout au plus.
- Puisses-tu avoir raison… »

C’est ainsi que Gulla partit, dans une direction au hasard, seule, au plus profond de la Pierre. Khregor, Brumi, Polgrim et Kurgain continuèrent seuls, dans l’espoir de retrouver Kuima à temps.

Mais ils étaient perdu, irrémédiablement. Après plusieurs jours, l’eau, pourtant rationnée, se fit rare de nouveau. Les traits des guerriers commençaient à nouveau à se tirer. Ils s’étaient arrêtés plusieurs fois pour se reposer, mais depuis plusieurs heures, depuis qu’une ombre furtive s’était profilée dans un couloir, et que des bruits étranges les entouraient, ils savaient qu’ils vivaient à nouveau le cauchemar de pierre. On les observait. On les pistait. On les évaluait.
Au moins, se dit Khregor, ils avaient connu un moment de paix. Il pensait à Gulla. Avait-elle réussi ?

Puis il y eut un bruit sec, un sifflement, et un impact, sourd. Brumi hurla de douleur.
Un carreau, qui avait transpercé son armure, était fiché dans son bras. L’engeance qui l’avait tiré, d’un couloir sur son côté, était déjà parti. Kurgain tenta, en vain, de le prendre en chasse. Derrière ce couloir, c’était un vrai labyrinthe.

Le carreau fut retiré sans grande difficulté, et la plaie pansée. Brumi avait mal, mais ça ne l’empêchait pas de marcher, ni de brandir son arbalète s’il fallait.
Le carreau n’avait pas pour but d’attaquer la chair de Brumi. Le carreau avait attaqué le moral de tout le groupe. Une engeance, sortie de nulle part, qui tire un trait, et disparaît. Cela ressemblait presque plus à un message. Ils étaient là. Ils étaient tapis dans l’ombre, et ils les observaient. Ils rappelaient aussi aux nains qu’ils étaient faits de chair et d’os. Ils pouvaient être blessés, ils pouvaient tout aussi mourir.
C’était un message qui parlait le langage de la mort. C’était le souffle de l’angoisse qui s’abattait, impassible, encore et encore. Ils avaient eu du répit. C’était terminé. La peur reprenait son règne.

Khregor avait compris le jeu des engeances. Lors de leur première rencontre, les nains avaient bien combattu. Les engeances avaient dû fuir. Elles avaient peur des guerriers. Elles ne cherchaient plus l’affrontement direct. Cette bataille ne se gagnerait pas par les armes. D’abord, il y avait eu Fortir. Puis Kuima. Gulla était partie.
Khregor comprit qu’il avait fait une erreur en envoyant cette dernière. Les séparer, les harceler, les tuer un par un, c’est tout ce que ces monstres avaient en tête. Même Brunne l’avait compris.
Un carreau pour gouverner toutes leurs peurs, un carreau pour les trouver, un carreau pour les harceler tous et dans les ténèbres les tuer.

A présent, ils n’étaient plus que quatre, la peur au ventre, au bord de la folie, dans un endroit inconnu, oppressés par la pierre, harcelés par des monstres. Khregor comprit qu’il ne survivrait pas. Il regarda ses compagnons. Chacun d’eux l’avait suivi fidèlement. Chacun d’eux croyait en lui, avait confiance en lui. Il avait jusque là été leur phare dans le noir. Mais il les avait conduits vers la mort. Pire encore, vers l’oubli. Sa plus grande folie avait été de croire qu’il avait pu trouver la paix pendant quelques heures.

Par réflexe, il vérifia son marteau dans son dos, puis fit une prière à la Pierre, pour qu’elle accueille ses compagnons le moment venu.

Сообщение изменено: Durmir, 14 Апрель 2010 - 03:42 .


#7
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Seule et reposée, Gulla avançait rapidement. Elle courait la plupart du temps, s’accordant quelques pauses pour manger et boire. Elle s’était débarrassée de son armure dès le début, pour aller plus vite et moins se fatiguer. Elle savait que la vitesse était sa meilleure alliée. Voilà plus de trois jours qu’elle avait parcouru les couloirs sombres des Tréfonds, faisant à peine crépiter des toute petites torches qu’elle avait confectionnées pour être moins visible. Elle avait essayé d’avoir le pas le plus léger possible, rien ne devait attirer l’attention sur elle. Elle était une ombre parmi les ténèbres, un souffle parmi les courants d’air nauséabond des Tréfonds.

Depuis qu’elle était partie, elle n’avait pas entendu le moindre bruit. Elle savait qu’elle avait sans doute réussi à les semer, pour autant qu’ils aient essayé de la suivre. Personne ne pouvait aller aussi vite que Gulla dans les Tréfonds. Toute sa jeunesse, elle l’avait passée à arpenter les couloirs, les routes et les recoins autour de Kal Sharok, fuyant les araignées et les rampants. Elle avait appris à fouler la pierre avec agilité et rapidité. Les engeances n'avaient aucune chance, aussi longtemps qu'elle pouvait courir.

Mais, alors que la fatigue l’assaillait inéluctablement, elle dut se résigner à enfin prendre du repos. Cela pouvait signifier mourir dans les Tréfonds, surtout en ces endroits où des engeances pouvaient surgir à tout moment. Mais elle n’en pouvait plus.

Elle finit par entrer dans un couloir un peu plus large que les autres.
Elle sentit l’adrénaline monter en elle.
Ce couloir…
Il y avait un gros rocher sur le côté droit, de la même forme que le bouclier de sa mère. Quand elle était encore adolescente, elle… Elle avait gravé sur un rocher analogue les armes de sa mère. Et ce rocher… Ce rocher était gravé des mêmes armes. Elle se précipita pour regarder derrière. Il y avait une gourde d’eau, une besace et un tapis de sol. Elle avait déposé ces affaires il y avait des années… L’eau était croupie depuis bien trop longtemps, et la besace, censée contenir de la viande séchée, ne contenait que moisi et vers. Mais elle considéra le tapis de sol, qu’elle utilisait pour méditer et prier la Pierre.

« Je suis loin de Kal Sharok. Mais je suis à une journée d’Orzammar... », se dit-elle.
Elle savait exactement où elle se trouvait, quel tournant emprunter, quelle distance parcourir.
Elle espéra.
Pour l’heure, elle devait se reposer, elle ne tiendrait pas une journée de plus. Et cet endroit était sûr, c’était pour cela qu’elle l’avait choisi pour cacher des affaires. Elle trouva aussi deux petites bougies qu’elle fourra dans son sac.
Elle n’avait jamais été aussi contente d’avoir disséminé des cachettes comme celle-là partout dans les Tréfonds. Elle déroula le tapis de sol contre le mur en essayant de s’y cacher au mieux et s’endormit comme une tombe. Quand elle était petite et qu'elle rentrait d'une journée passée à arpenter les Tréfonds, elle s'endormait de la même façon sur son lit, ce qui lui avait valu le surnom de "dormeuse" par ses parents. Mais cette fois-ci, dormir de la sorte était une bénédiction compte tenu des circonstances, autant qu'une folie.

Gulla fut réveillée quelques heures plus ****** par des bruits de combat.
Elle sauta sur ses pieds, comme par réflexe, empoigna son arc et son carquois et chercha l’origine du bruit. Elle avait pris l'habitude de se réveiller en sursaut, aux aguets, prête à combattre le danger si tant est qu'il avait le courage de se montrer. Le combat avait lieu entre elle et la route pour Orzammar, à peine une vingtaine de mètres plus loin. Elle s’approcha en restant cachée et vit des engeances qui se battaient contre des araignées géantes.
« Des araignées géantes ? Mais normalement les patrouilles d’Orzammar les chassent à plus de deux jours de marche de la cité ! »
Elle avait eu de la chance qu’aucune araignée ne l’ait sentie pendant son sommeil. Elles étaient si proches, tout ce temps...
Finalement les araignées chassèrent les engeances. Les monstres n’avaient été que peu nombreux, sans doute une patrouille, ou des éclaireurs. Les engeances allaient loin dans les Tréfonds, c’est étrange que personne n’ait deviné leur présence plus tôt...

A présent, c’était à Gulla de traverser le nid d’araignées géantes pour rejoindre la route d’Orzammar. Elle s’imaginait déjà un bon repas, un lit bien chaud, et surtout… Elle s’imaginait en paix. Sans le souffle putride des engeances résonnant à chaque virage au fond d’un lieu inconnu et noir… Si noir.
Les araignées ne lui posaient pas vraiment de problème. Elle visait admirablement bien avec son arc, elle aimait se croire la meilleure archère de tous les territoires nains. Et elle avait pu remarquer dans ses voyages que les araignées étaient particulièrement sensibles au thorax, entre leur tête et leur dard. C’était un tronc assez fin, mais lorsque les araignées chargeaient, elles baissaient la tête et découvraient cette partie.

Gulla prit une première flèche, l’arma, attendit que les araignées s’éloignent un peu les unes des autres, et décocha. La flèche transperça le thorax avec violence et l’araignée s’écroula aussitôt. Les autres se retournèrent vers la naine, dopée par l’espoir de revoir dès ce soir une ville naine, et chargèrent.
Gulla empoigna une autre flèche, et abattit du premier coup une autre araignée. Puis une troisième, et une quatrième. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter, elle était euphorique, se repaissant de ce massacre comme exutoire de son angoisse de ces derniers jours. Chaque flèche était un message qu'elle s'envoyait, et qu'elle aurait aimé envoyer aux engeances. Chaque flèche emportait avec elle une partie de son angoisse refoulée. Chaque flèche arrachait un peu de rage en elle.
Soudain, alors qu’elle chercha de sa main droite la suivante dans son carquois, elle ne saisit que de l’air. L’euphorie se changea en une demi-seconde en une peur irréfrénée.
« Non, non, ce n’est pas possible ! Pas maintenant, pas si près ! »

L’espoir s’alluma à nouveau lorsqu’elle se souvint de ses dagues. Il n’y avait plus que deux araignées. C’était jouable. Elle jeta son arc, sortit ses dagues et fonça sur les bêtes comme un animal enragé.
Elle ouvrit la première araignée du thorax au dard et arracha à mains nues les organes de la bête. L’autre ne demanda pas son reste et fuit vers une crevasse au plafond.
Gulla éclata de rire, d’un rire sadique, cruel et fou. Cette mission l’avait changée, dans ses yeux ne se trouvaient plus la moindre trace de l’innocence qui faisait son charme avant. Cela n'avait plus la moindre importance. La survie avait pris la place de la futilité et du superficiel.
Pourtant, lorsqu’elle cessa de rire, elle n’eut que le temps de sentir un dard se planter dans son dos.

Elle s’effondra sur le sol, comme une roche, endormie à nouveau. Si près. Et pourtant si loin...

Сообщение изменено: Durmir, 14 Апрель 2010 - 04:28 .


#8
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Ce n’était pas un simple carreau. Et le message était plus explicite encore que ce que Khregor avait cru. Cela faisait presque deux jours, et Brumi avait des hallucinations. Lorsqu’ils tentaient de se reposer, il faisait des cauchemars. 
Pire, depuis ce matin, Brumi avait perdu l’usage de son bras gauche. La plaie laissée par le carreau empoisonné suppurait toujours, et les veines saillaient autour de la blessure telles des coulées de lave noire autour du cratère laissé par le projectile.
Mais le plus inquiétant était qu’il transpirait. Il transpirait de tout son corps, une eau qu’il n’avait pas pu boire depuis près de cinquante heures maintenant. C’était là toute l’ironie du poison : ce n’est pas lui qui le tuerait, mais la déshydratation.

Pourtant, Brumi pouvait encore suivre ses compagnons. Son frère Polgrim l’aidait à marcher lorsqu’il s’affaiblissait de trop ou sentait la soif l’étourdir. Ce dernier essayait de le rassurer. Ils rentreraient à temps, et Brumi serait soigné.
De temps en temps, les nains entendaient encore un bruit de pas ou un grognement qui résonnait. Les engeances n’étaient pas loin. Mais ces bruits venaient de plus loin, et ils semblaient plus confus. Peut-être était-ce l'écho, mais il leur semblait les entendre par milliers, comme une rumeur continue. A moins qu'ils ne devenaient fous.

Depuis que Brumi souffrait ostensiblement, même s’il prétendait le contraire, Kurgain avait cessé de parler de Kuima. Cela faisait trop longtemps maintenant. Il savait au fond de lui qu’il ne la reverrait probablement jamais. Mais il la vengerait. Le reste de sa vie serait dédié à l’extermination de ses tortionnaires. Il espérait au fond de lui qu’elle soit morte. Si elle ne l’était pas, alors ce qu’elle vivait était sans doute bien pire…

Brumi s’écroula sur le sol.
« Tiens bon, mon frère, lui dit Polgrim. On va te sortir de là.
- Non… Je vous retarde. Mes jambes m’abandonnent à leur tour.
- On va te porter, t’inquiète.
- Arrête. Tu sais bien que je ne suis qu’un fardeau. Vous allez tous mourir à cause de moi, et ça, je ne me le pardonnerai jamais. La Pierre elle-même ne m’acceptera pas si je fais ça.
- La Pierre, ce sera moi qu’Elle devra juger. Parce que je ne compte pas te laisser le choix. »


Polgrim se débarrassa de son armure. Khregor intima à Kurgain de faire la même chose. Ils retirèrent également celle de Brumi, mais il refusa de se débarrasser de son arbalète et de ses carreaux. Khregor et Kurgain aidèrent ensuite Polgrim à hisser Brumi sur son dos. Khregor ramassa l’épée et le bouclier de Polgrim, puis ils continuèrent. Finalement, Brumi s’avéra n’être pas plus lourd que tout l’équipement de Polgrim, et les nains continuèrent à avancer à la même vitesse, ce qui rassura le souffrant.

Cela faisait plusieurs heures que Brumi ne transpirait plus. Khregor avait peur pour lui. Les engeances étaient proches, ils pouvaient sentir leur présence à chaque instant. Abandonner leur compagnon signifiait sa mort dans l’heure. Peut-être même de la torture. Mais s’il ne transpirait plus, c'est qu'il allait mourir dans l’heure, et rien ne pouvait plus l'empêcher. Sa peau était sèche comme la roche. Ses yeux brûlaient de n’être pas mouillés. Sa langue ressemblait à un morceau de viande déshydratée. Son regard racontait combien son cerveau souffrait et la folie s’emparait de lui.
Ce qui devait advenir arriva. Moins de deux heures plus ******, Brumi perdit connaissance. Puis il mourut alors qu’il délirait dans son sommeil.
Khregor accorda à Polgrim qu’on l’ensevelisse de pierre et qu’on dise une prière. De toute façon, les engeances pouvaient attaquer à tout moment, prière ou non.

Polgrim ramassa l’arbalète de son frère et ses carreaux. Puis les trois survivants reprirent la route. A un moment, ils entendirent des grognements plus nombreux et précipités, puis des bruits de pas qui couraient tous dans la même direction. Kregor fit signe à Kurgain et Polgrim de se tenir prêts au combat. Ils sortirent leurs armes et attendirent.
Puis les bruits disparurent. La tension montait chez les nains. A cause des échos, ils ne pouvaient dire d’où venaient les bruits ni dans quelle direction les engeances couraient. Ils pouvaient être là la seconde suivante, ou être partis.
Une heure, une terrible heure s’écoula. Les nains sentaient leur cœur battre à chaque pulsation, leur ouïe était décuplée par l'adrénaline, et parfois ils entendaient même le cœur des deux autres battre aussi. Chaque battement instillait la peur un peu plus profondément en eux.
Mais il ne se passa rien.
Finalement, Khregor ordonna de reprendre la route. Et pendant les heures qui suivirent, plus un bruit autre que leurs pas sur la roche ne leur parvenait.

Khregor n’en pouvait plus. Il voyait sur le visage de ses compagnons qu’ils étaient à bout, eux aussi. Même survivre devenait futile. L’angoisse avait laissé la place à la résignation. Ce n’était sans doute plus qu’une question d’heures.

Puis les trois nains débouchèrent dans une galerie un peu plus large. Polgrim, qui menait la marche, s’arrêta et fit signe aux autres de l’imiter.
« Regardez, dans le coin, ici. Un tapis de sol. Il n’est recouvert que de peu de poussière. Je dirais que quelqu’un a dormi ici il y a moins de trois jours.
- Qui ?
- Un nain, je pense. Le tapis est de fabrication naine.
- Alors ça veut dire que…
- Qu’il y a des nains pas loin…
- La Pierre soit louée… »


Ils se regardèrent. C’était peut-être la fin, en effet. Mais peut-être aussi que cette fin serait plus heureuse qu’ils ne l’avaient cru. A nouveau, l’espoir fit son chemin, subrepticement, dans l’esprit des guerriers. Khregor ne voulut pas trop espérer cependant, il savait ce que cela lui avait coûté la dernière fois. Désillusion, et plus d’angoisse encore.

Ils avancèrent encore plusieurs minutes avant de découvrir plusieurs corps d’araignées géantes. Elles avaient été tuées il y avait moins de trois jours. La plupart avait une flèche plantée dans le thorax. Une araignée en particulier avait été sauvagement mutilée. Ils n'avaient pas la moindre idée de qui l'avait tuée, mais cette personne s’était vraisemblablement défoulée. Les tripes de l'araignée gisaient dans un rayon de presque deux mètres autour du corps.

L’instant d’après, Polgrim souleva soudainement l’arbalète de son frère et décocha vers le plafond. Une araignée en tomba lourdement, blessée sur la poche ventrale. Elle tenta de fuir, mais Khregor, encore étrangement réactif, avait déjà abattu son marteau sur la tête de la bête.

« Il y a quelque chose là-haut, fit Polgrim. On dirait un cocon. Il a la taille et la forme d’un nain. Je crois que je l’ai vu bouger. L’araignée le gardait sans doute au frais pour grignoter plus ******. Aidez-moi. »

Khregor et Kurgain cherchèrent quelques gros rochers qu’ils poussèrent jusqu’en dessous de l’anfractuosité où se trouvait le cocon. Puis ils soulevèrent Polgrim et ce dernier finit par réussir à le détacher. Il était cependant trop lourd pour être porté, mais il fit de son mieux pour amortir la chute.

Une fois à terre, Polgrim ouvrit le cocon avec sa dague incrustée d’une émeraude. Après avoir tenté de dégager comme ils pouvaient le nain qu’il y avait dedans, ils s’aperçurent que c’était en fait une naine. Et ils la connaissaient.

« Gulla ! s’écria Kurgain.
- Hhhhmf… répondit cette dernière.
- T’inquiète, on est là, on va te sortir de cet endroit.
- N… Non…
- Comment ça, non ?
- Emp… Empoisonnée. Peut plus bouger…
- Les guérisseurs de Kal Sharok ont un remède contre ce poison.
- Trop… Trop ******. Trop longtemps.
- Ah non ! Pas toi aussi ! J’ai déjà entendu ça trop souvent ces derniers temps. Toi, on va te sauver !
- Non… Mais vous… Vous pouvez…
- Comment ça ?
- Orzammar… Au fond d’ici, couloir de droite… Tout droit jusqu’à la route… A gauche et suivez… Suivez jusqu’à… Orz… Orzammar… Une journée… c’est tout…
- Si on est si près, raison de plus pour t’emporter. On a semé les engeances, on ne risque plus rien.
- D’acc… D’accord… Mais… Tuez-moi si vous devez m’abandonner…
- Je n’ai certainement pas l’intention de t’abandonner, va !
- Promets-moi… Promets-moi de me tuer… Si vous devez m’abandonner.
- Il n’y a aucune raison qu’on doive t’abandonner, accroche-toi.
- Promets !
- Très bien… Tu as ma parole. Mais cela n’arrivera pas. »


Alors qu’ils essayaient de débarrasser Gulla de la toile qui l’emprisonnait, des hurlements retentirent. C’étaient des hurlements de guerre. Et ils n’étaient pas nains. Les engeances les avaient retrouvés. Il fallait fuir. Les nains se hâtèrent de libérer Gulla et de l’attacher au dos de Khregor, puis prirent la direction qu’elle avait indiquée. Ils devaient se dépêcher. Orzammar n’était plus loin, c’était leur dernier espoir. Jamais Khregor n’avait imaginé qu’ils avaient parcouru tant de distance, pour être si proche d’Orzammar à présent.
Mais, encombrés par Gulla qui n'avait même pas la force de se cramponner comme Brumi le faisait, ils furent rapidement rejoints par des engeances. Ces dernières semblèrent tout d’abord surprises de voir des nains. Apparemment elles s’attendaient sans doute à retrouver les araignées qu’elles avaient fuies deux jours auparavant. Mais elles se reprirent rapidement et chargèrent les quatre guerriers.
Les engeances gagnaient rapidement du terrain.
Lorsque le couloir s’étrécit, Kurgain s’arrêta et se retourna.

« Raaaaahhhh ! hurla-t-il de tout son corps et de toute son âme, comme si un démon s’était emparé de lui. A nous maintenant ! Pour Kuima !
- Kurgain ! cria Khregor. Qu’est-ce que tu fais, viens, dépêche-toi !
- Vous ne pourrez pas fuir assez vite ! Je vais les retenir !
- Non, ne fais pas ça ! Viens ! »


Mais Kurgain avait déjà engagé le combat. Il profitait de l’étrécissement du couloir pour ne pas se laisser encercler. Une hache dans chaque main, il semblait danser. Danser la mort. Les corps d’engeances commençaient déjà à s’entasser devant lui, alors que les trois autres nains le regardaient, médusés. Les haches volaient comme des faux coupant les blés, emportant tantôt une tête, tantôt un membre. Vu ainsi, Kurgain semblait invincible. La rage avait décuplé ses forces, malgré la fatigue et la soif, et l’adrénaline de la vengeance conduisait chacun de ses mouvements.
Puis Kurgain reçut une flèche en pleine poitrine.
Une engeance, qui semblait être le chef, baissa son arc une dizaine de mètres derrière.

« Nooooooooon ! cria Polgrim de désespoir. »
Kurgain se retourna lentement vers eux.
« Fuyez, pauvres fous… »

Les nains coururent de toutes leurs jambes. Ils entendaient encore Kurgain tenter de se battre, de retenir encore un peu les engeances. Puis plus rien.

Polgrim et Khregor coururent encore pendant plusieurs heures, même après qu’ils soient arrivés sur la route, alors que les engeances ne les suivaient apparemment plus.
Kurgain s’était sacrifié. Mais Khregor savait que dans le fond, il avait eu sa vengeance. Et il avait eu la mort qu’il avait toujours rêvée : dans un combat glorieux, qu’il avait choisi, pour sauver des compagnons d’arme. La Pierre l’accueillerait.

Puis les deux nains s’arrêtèrent, à bout de souffle. Khregor posa Gulla à terre. Elle était morte.
Polgrim regarda son capitaine, puis Gulla.
« Trop de morts… Pourquoi ?
- Nous sommes en vie. Nous pleurerons les morts lorsque nous serons en sécurité.
- Oui, d’accord… »


Pourtant, Khregor craqua. Il se mit à sangloter. C’en était trop. Fortir était parti en premier. Puis Kuima avait été tuée, ou bien pire. Brumi était mort dans la souffrance quelques jours plus ******. Kurgain s’était sacrifié pour eux. A présent, Gulla gisait à ses pieds, après avoir passé deux jours dans un cocon, immobilisée, sentant le venin la parcourir.
Finalement, Polgrim pleura avec Khregor sur la dépouille de leur amie, et le temps sembla s’arrêter alors que la peine envahissait irrémédiablement la route des Tréfonds qui joignait Orzammar.

Le deuil fut interrompu par un bruit grandissant. Ce bruit, ils ne le connaissaient pas. Ce n’était pas une patrouille d’engeances. Non, le bruit qu’ils entendaient était celui… celui d’une armée.
A plusieurs centaines de mètres, au bout de la longue ligne droite dessinée par la route, Khregor reconnut une armée d’engeances qui s’avançait au pas dans leur direction.
Les deux nains se levèrent et reprirent leur course vers Orzammar.

Alors c’était bien cela. Les engeances avaient préparé une armée pendant tout ce temps, dans les abysses des Tréfonds, dans le noir et la terreur, attendant leur heure.
Maintenant, ils sortaient. Maintenant, ils allaient attaquer les nains qui n’étaient pas préparés.
Il y a encore trois semaines, Khregor ignorait jusqu’à l’existence même des engeances. Maintenant il s’imaginait déjà le royaume nain s’effondrer. Il ne savait pas que les engeances avaient attaqué il y avait déjà deux semaines, et que le Royaume était au bord de la destruction.

Il y avait un virage à cent mètres environ de là où ils avaient laissé Gulla. Il tournait à droite.
Mais, alors que les nains couraient dans ce virage, ils ne trouvèrent qu’un mur. Sur ce mur était gravé :

                                Ici fut décidé d’isoler Orzammar, pour sa propre survie. Toi, nain qui vient à nos portes,
                                                               pardonne-nous. Tu ne seras pas oublié.


L’inscription était sobrement signée par le roi Troispierre. Les deux nains n'eurent même pas de réaction face à cette trahison. Ils n'en avaient pas le loisir.

Polgrim et Khregor se retournèrent et rebroussèrent chemin jusqu’au virage. L’armée s’était arrêtée devant eux, à une centaine de mètres.

Khregor souleva son marteau et hurla de toutes ses forces :
« Qu'ils approchent ! Il y a encore un nain dans les Tréfonds qui respire ! »
Polgrim vit alors son capitaine charger seul une armée d’engeances. C’était la dernière image qu’il aurait de lui.
Alors que Khregor fut absorbé littéralement par la masse des monstres qui n’avaient pas bougé d’un mètre, Polgrim entendit un sifflement horrible. Derrière les troupes, au loin, il voyait un dragon qui menait les engeances.
Puis il prit à son tour son épée et son bouclier. Il était résolu. Il était prêt. Il en avait marre d'avoir peur, d'attendre de mourir.

Si un nain d'Orzammar avait été présent, il aurait vu un autre nain, sans armure, arborant les armes de Kal Sharok sur son bouclier. Et ce nain chargeait seul l'armée du premier Enclin aux portes de sa cité, qu'il lui avait fermée.
Mais il n'y avait que Polgrim et les engeances.


                                                                    FIN

Сообщение изменено: Durmir, 14 Апрель 2010 - 10:05 .