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Antécédents de Jaeghar Trevelyan (fic)


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11 réponses à ce sujet

#1
The dead fish

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Notes : J'ai une soudaine envie d'écrire, j'sais pas d'où ça me vient, c'est comme ça ! xD Breeeef ! 
 
Je prévois d'écrire dans un futur proche ( si je trouve le courage et l'inspiration ) l'histoire de mon inquisiteur, Jaeghar Trevelyan, et en cela j'ai voulu d'abord réfléchir sur ses origines, les antécédents de sa vie et son background noble avant inquisition.  Quelque chose d'assez court à travers plusieurs petits posts, mais qui en dirait assez long tout de même pour se faire une idée de qui est le messager d'Andrasté une fois que j'aurais débuté le récit qui relate les faits du jeu retranscrits à ma façon et prenant en compte sa personnalité. Personnalité qui, bien sûr, le ferait prendre tout sa place dans la narration avec Cassandra, Varric, Solas et compagnie ! So be it, let's begin the story !
 
Rapide profil du Messager d'Andrasté, nouvel Inquisiteur, héros et figure de pouvoir dans tout Thedas. 
 
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Origines : Il est dit que la fondation du clan Trevelyan remonterait à très longtemps, à des siècles et des siècles. Une magister de Tevinter en étant la source, d'une branche noble plus que mineure et provenant d'une famille particulièrement méprisée pour la faiblesse de ses talents et l'insuffisance de sa magie dans ses veines. Un jugement aussi bien impitoyable de la part de ses pairs - de proche cousins y compris -, que jugé insupportable, et qui aurait été à l'origine de la décision de la mage; jeune femme fière que certains clamaient encore dans l'âge de l'innocence de s'exiler de sa patrie et de ses proches, totalement soumis au regard des autres. Ce qu'elle honnissait par dessus tout. Fuir clandestinement ce tas de fumier que fut son existence en ces terres décadentes pour s'établir dans les Marches libres, véritable région d'opportunités. Y vivre en paix surtout, et y refonder sa fortune perdue. Y acquérir aussi la gloire parmi des êtres qu'elle considérait - et ce malgré elle - inférieurs aux magisters, désir inaltérable devenue ambition démesurée. Comme une revanche à prendre sur le passé, afin de pouvoir renaître réellement, loin de tout ce qui fut, avant que n'advienne son choix décisif de recommencer sa vie ailleurs. De là s'expliquait sans doute ce don et cette malédiction en lien avec l'immatériel qui avait à de multiple reprises en diverses périodes été transmis à quelques enfants Trevelyan, pour la plupart inéluctablement envoyés au cercle dès que se manifestait leur talents, sans que leur parents n'aient jamais eux-mêmes été touchés par l'essence de la magie. 
 
De cette femme aux dons magiques considérés assez faibles dans son pays natal mais fertile à souhait en ce qui concernait le don de la vie et qui s'unirait à bien des mâles succombant à sa beauté, choisissant ses conjoints avec soin comme on le faisait à Tevinter, débuterait ainsi la puissante et féconde lignée noble Trevelyan, de sang plus qu'antique, pourvue d'une riche descendance qui viendrait à s'étendre à travers les siècles, jusque dans plusieurs pays des Marches libres ainsi qu'à Antiva, y compris le Nevarra. La Magister exilée en éleva les premières fondations. 
 
Les nobliaux sans importance, mais fortement soudés les uns aux autres prospérèrent petit à petit. Les Trevelyans, famille d'abord longtemps modeste et sans renom durable qui aura pu marquer les esprits, furent cependant toujours promptes à l'audace et au sacrifice face à l'appel du devoir dans la défense de leur cité, contre bandits et raids de pirates notamment, pour autant qu'on s'en souvienne. Et ce bien avant le quatrième enclin, élément déterminant pour leur élévation et qui leur fit entreprendre enfin la première marche solide de l'ascension vers un plus grand pouvoir dont ils aspiraient comme toute maison insignifiante à en contrôler la plus grande partie au côté des plus puissantes familles et ainsi en bénéficier comme jamais il ne leur fut permis jadis. Le quatrième enclin où les nobles du clan Trevelyan rejoignirent en effet avec un courage avéré et sincère, dénué de la moindre ambition, la grande Alliance marchéenne d'Ostburg - aussi humbles furent-ils - pour ensuite verser sans le moindre doute ni la moindre hésitation durant tous les mois qui suivirent le sang des leurs pour une juste cause et contre les ténèbres dans un monde aussi bien ravagé par la souillure qu'en proie au chaos et menacé par une lutte sans fin. Et de manière irrévocable ce même enclin d'où découlerait d'énormes répercutions, aussi bien pour les Trevelyans que pour les gens du commun et autres familles nobles, modifia profondément la géopolitique de Thedas dans cette partie sud du continent.
 
La paix retrouvée, la victoire arrachée, les Trevelyans virent leur réputation et leur étoile grandir en éclat aussi soudainement que promptement - comme tant d'autres - suite à cet événement sanglant marqueur de son temps, à l'opposé de nombreuses grandes maisons ainsi brusquement éteintes ou ruinées après qu'elles virent nombreux de leur filles et fils, héritiers et lords ayant abandonnés leur terres pour mourir dans les champs de bataille face aux engeances au sein des armées unies des Marches libres et derrière le fier étendard griffon de la Garde des ombres et du légendaire elfe Garahel, porteur de tant d'espérances.
 
Forte de nouveaux titres et d'une renommée chèrement et récemment acquise, la Dame Trevelyan de l'époque, veuve de son mari décédé au combat à Ayesleigh où se déroula bataille finale contre l'archi-démon Andoral et ses armées, aussi rusée que pragmatique n'hésita pas en extorquer vigoureusement tout l'avantage qui en résulta dès les premiers instants, parfaitement consciente que la popularité ne durait jamais qu'un temps et que cet effet extraordinaire nul autre qu'éphémère ne deviendrait plus que chimère après quelques mois passées. Elle lança en effet immédiatement moult et moult propositions d'alliances et d'unions.
 
Les quelques maisons d'une grandeur respectable ou de riches marchands qui naguère les considéraient comme des insectes enquiquineurs et leur dénièrent même la politesse de répondre à leur requêtes de mariage acceptèrent finalement d'unir leur filles et leur fils à sa maison. Et ainsi poussa fortement la petite famille Trevelyan, de nouvelles branches cadettes naquirent, ses racines à présent devenues fortes, vigoureusement ancrées dans leur nouvelle patrie, les ramifications de ses tiges vers la puissance et l'influence sur les hautes sphères bien plus allongées, bien plus proches désormais. Leur dévotion nouvelle à la chantrie bien des années après leur ouvrirait de nouvelles portes et les propulseraient vers des hauteurs jamais atteintes auparavant, en tant que maison d'une importance naguère insignifiante. 

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#2
The dead fish

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Lord Patrek Trevelyan et Lord Randyll Trevelyan, - fils cadet du premier -, respectivement aïeul et père du messager d'Andrasté contribuèrent pour beaucoup à l'affermissement du pouvoir de leur clan à Ostwick, l'une des multiples branches cadettes de leur maison étendue dans diverses patries et considérée comme la septième plus puissante famille des Marches Libres. Un parcours de longue haleine réussi, le résultat de nombreux efforts et sacrifices imposés qui leur avait permis d'atteindre une telle position si éloignée de leur ancrage initial. Et tout prédisait à un meilleur futur avec l'épopée de l' inquisiteur Jaeghar, en la quarante et unième année de la neuvième ère du dragon.  
 
Le Bann Patrek n'ayant jamais vraiment été épris de la vanité des conflits comme ses ancêtres et pères avant lui, mais possédé d'une ambition presque obsessionnelle pour sa famille et d'une vivacité d'esprit peu commune contribua pourtant à travers de nombreuses rivalités avec d'autres Banns, à renfort d'intrigues, de coups de force politiques et de violentes résolutions, à renforcer l'ascendance de la maison Trevelyan, gagner l'estime de ses pairs et de ses bannerets, s'octroyer toujours un peu plus d'autorité et de respectabilité à Ostwick et dans les Marches libres.
 
Lors d'un sanglant conflit mineur entre nobles, notamment avec un autre Bann à quelque lieux d'Ostwick, autour de carrières emplies de richesses inestimables en minéraux, et où reposaient encore les ossements brisés d'un dragon ayant jadis élu domicile dans le coin, Lord Patrek avec l'aide de son jeune fils cadet Randyll, de ses soldats et de mercenaires grassement payés provoqua volontairement plusieurs batailles à petites échelles dans la faune. Embuscades, assauts, et contre-embuscades s'enchaînèrent à répétition jusqu'à l'épuisement dû aux défaites successives et le dénuement de ses ressources pour l'un d'entre eux. Et ce fut son adversaire démuni aussi bien enragé qu'impuissant à rivaliser avec le contradicteur de ses prétentions, qui abandonna la partie le premier après le sang versé et la clameur de l'acier contre l'acier. 
 
Après avoir été victorieux face aux hommes de son rival devenu ennemi mortel, brûlé une partie de ses terres, puis menacé de s'en prendre directement aux biens de son domaine, le Bann Patrek Trevelyan réussit enfin ramener dans le giron de sa famille toutes ces précieuses mines découvertes puis les sécuriser à son profit.Toute cette sauvagerie bestiale exprimée sans la moindre concession, non sans d'abord avoir durement chassé un clan Dalatien installé dans le coin bien avant que les deux parties concernées n'entrent en conflit. Le Bann, menaçant, les ayant fait émigrer en les harcelant à distance grâce à la cavalerie de ses mercenaires, avec pour ordre claire de refuser l'engagement toutefois. Les elfes conscients de ce qui leur en coûterait de répondre aux provocations du shemlen par la violence, malgré les grands dégâts qu'ils pourraient provoquer dans leur fierté muée en colère, se résignèrent en se contentant de siffler de rage et se retirèrent pour d'autres contrées plus prometteuses, plus éloignées des shems dans les frontières disputées entre royaumes des Marches libres, là ou aucun d'entre eux ne viendrait les embêter avant longtemps. Plus personne ne s'opposait alors au Bann Trevelyan, à ses ambitions et sa cupidité avec l'obtention si chèrement désirée des carrières à proximité de ses terres.
 
Noyé alors sous un flot de nouveaux trésors acquis grâce aux mines, Lord Patrek muni de grands projets en versa une grande partie à la chantrie en échange de nombreuses positions clés et mineures pour les gens de sa famille parmi les prêtres et les templiers. Il mêlait sans aucun remords, tout autant dévotion à la chantrie que corruption et malversations à des fins politiques et rien ne le motiva jamais à regretter son geste qui aurait pu être considéré comme sacrilège par les plus honnêtes fanatiques. Le Bann était persuadé qu'il faisait là une bonne action qui servirait le créateur tout en menant à l'avancement de son clan. Ce faisant, les Trevelyans acquirent alors très vite une influence inestimable au sein de l'institution religieuse. Un sacré précédent qui ferait que pour les années à venir, il deviendrait simplement naturel de voir défiler et accéder à Ostwick tant de Trevelyan à des positions d'influence en tout domaine de la Foi andrastrienne.
 
Ser Randyll Trevelyan choisi pour lui succéder au chevet de son lit de mort, fils exemplaire et parfaitement éduqué, bretteur hors pair, chevalier émérite au service de son père ayant vaillamment combattu pour lui toutes ses jeunes années ainsi qu'obéi loyalement à toutes ses directives, le fier guerrier hérita à la place de son aîné des terres, du titre paternel. Ce dernier alors nouveau Seigneur et Maître du domaine, son frère, Lorell, vulgairement abandonné à lui-même comme rejeté par la meute, beau jouvenceau charmeur et talentueux joueur de musique, haïssant les combats et n'ayant jamais été fait pour les responsabilités. Le sympathique godelureau de fragilité émotionnelle, épris de poésie, cabotin et rêveur, il n'en fallut pas plus pour déplaire à son père endurci par toutes les intrigues auxquelles il s'était adonné durant des années, bien qu'en la période de son adolescence, le lord n'avait pas moins été étourdi pareillement par des tas de sujets qui le passionnèrent, tel que les mystères de l'alchimie et la conception des potions. Celui-ci tenta de l'endurcir par tous les moyens possibles, y compris les plus brutaux et les plus crapuleux, mais rien ne put changer son pauvre fils, au contraire, les résultats sur le jeune adulte furent désastreux et le noyèrent dans l'alcool et la débauche, l'insensé finissant par fricoter avec des personnages grotesques de basses fosses, - membres du carta et trafiquants en tout genre compris - et jetant l'argent par les fenêtres, négligeant inconsidérément tout devoir aussi mineur fut-il.
 
Jugé incapable et poivrot fin saoul pour l'éternité, mais surtout hanté par une certaine préférence qui mettait en péril ses garanties d'assurer sa descendance dans le futur, le jeune malheureux extrêmement mal dans sa peau fut écarté sans aménité de la succession garantie par les droits de son aînesse et déshérité par Lord Patrek au profit du cadet mieux à même de sécuriser un avenir pour la branche d'Ostwick. Lorell finirait mort quelques années plus t*rd dans le caniveau au détour d'une gargote, la gorge ouverte et des larmes amères aux yeux après avoir déserté sa famille avec son amant, très probablement égorgé par celui-ci pour une histoire de bourse bien trop garnie aiguisant les appétits. Le coupable ne fut jamais retrouvé malgré les sommes déversées par la famille Trevelyan qui traitait même le plus poivrot des leurs comme l'un des leurs, qui promettait malgré tout punition exemplaire à quiconque s'en prenait à eux. Lorell, ayant vécu une enfance malheureuse, une vie malheureuse, véritable déception pour son père et pour lequel son frère, Ser Randyll, jeune homme dur et jaloux de l'autorité de son nom n'avait jamais éprouvé que mépris, ainsi qu'il l'aurait ressenti pour quiconque eut le tord de moquer ou affaiblir ce même nom dont il était si fier.
 
Ser Randyll devenu Lord Randyll, à l'image de Lord Patrek fut également homme à se soucier farouchement des intérêts de sa famille. Seigneur d'une piété rigoureuse ayant reçu à son jeune âge les meilleurs enseignements par des maîtres qui lui avait libéré l'esprit sur de nombreux sujets, le père de Jaeghar se ferait donc un devoir en retour de veiller aussi bien à la culture et l'éducation de tous ses enfants ainsi qu'à leur instruction religieuse. Enfin muni d'une politique claire dans son esprit, en totale harmonie avec sa deuxième femme, Lady Armanne, aussi ambitieuse qu'intrigante et des plus sournoises, le Bann ferait aussi tout en son pouvoir pour faire avancer la cause de sa maison durant son gouvernement qui continuerait encore pendant les événements qui secouèrent tout le sud de Thedas en 9:41. 

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#3
The dead fish

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An 9:14 - Naissance de l'inquisiteur. (Dès lors 27 ans lorsque serait crée l'inquisition en 9:41)
 
 
En la quatorzième année de la neuvième ère de l'âge du dragon, lors de la saison des pluies au mois de Drakonis, s'imposa la naissance de Jaeghar Trevelyan. Fils du Seigneur et Maître actuel du domaine, Lord Randyll, - héritier de feu Lord Patrek -, et de sa seconde femme antivane, Lady Armanne provenant d'une maison riche marchande de son pays natal, unie joyeusement à lui toute jeune à la surprise de beaucoup. Car aussi rare cela se produisait-il entre nobles, ce fut un mariage d'amour, de communion et de plein bonheur entre eux, soutenu réciproquement par les deux parties respectives. Ainsi Jaeghar, futur inquisiteur fut le dernier né d'une famille riche en rejetons, les Trevelyan, septième famille la plus puissante des Marches Libres. Une place chèrement acquise grâce à leur dévotion et leur influence au sein de la chantrie et des Templiers, mais aussi grâce à leur efforts et sacrifices combinés aux intrigues, au sang versé de leur ennemis et de tous ceux qui se mirent jadis en travers de leur chemin. La politique et les jeux de pouvoirs furent entre leur mains des outils maniés sans vergogne et dans lesquels ils placèrent en toute confiance leur destinée. 
 
Lord Randyll, tout jeune homme s'était déjà marié une fois toutefois, avait déjà engendré à plusieurs reprises, possédé naguère une première famille. Lady Sollys, tel était le nom de sa première épouse. Délicate fleur pour qui il n'avait jamais éprouvé la moindre affection au cours de leur rencontres, mais qui plût de toute évidence à son propre père, seigneur et maître à qui il devait totale obéissance, et qui souhaitait l'unir à cette charmante jeune femme ainsi pour sûr qu'à la maison derrière elle qui s'en portait garante et soutenait pareillement ce mariage. Maison d'ascendance noble, en réalité la véritable cible de la démarche paternelle intéressée. Mais le jeune Randyll indépendamment de ce qu'il ressentait au fond de lui et en dépit de l'initiative imposée, accomplit son devoir avec inflexibilité, s'unissant sans guère de rancoeur à Lady Sollys. 
 
Un mariage bien malheureux cependant qui ne lui fit aucun bien et qu'il viendrait amèrement à regretter toute sa vie, dans l'affliction et l'interrogation pendant bien longtemps. Car la jeune femme d'une dignité à toute épreuve et de nature réservée, si elle n'avait rien à se reprocher, était de nature bien fragile, et ses hanches bougrement étroites n'auraient pas pu mieux contribuer à rendre l'enfantement lamentablement plus difficile pour elle. Lady Sollys choisie pour devenir son épouse : la seule décision, ô combien essentielle, de son père que Ser Randyll, fortement répugné, considérerait toujours avec une extrême sévérité, les conséquences affreusement mauvaises pour lui. La naissance piteuse de leur premier enfant fut une ignominieuse épreuve pour les jeunes mariés déconcertés, surtout pour la jeune femme qui en ressortit profondément affaiblie. Sa santé était retombée à une inquiétante médiocrité et jamais elle ne se remettrait vraiment de ce premier choc implacable. Hantée à ce point par la douleur qu'elle avait dû supportée la première fois, sa nervosité ne ferait qu'empirer avec les prochaines expériences à venir. La jeune femme, tout comme Lorell Trevelyan, serait victime d'un terrible coups du sort, de la malchance, et de la méchanceté de la vie à son égard. 
 
Le premier enfant venu au monde avec tant de difficultés nommé Farell fut pourtant le plus commode à concevoir. Mais comme rejeté et maudit par le créateur néanmoins, un mal incurable proche de la léprose et contre lequel même la magie ne put rien, vint se nourrir de l'enfant quelques années après, le forçant à vivre caché, dans l'ombre et la honte, le faisant ressortir à demi-fou de la douleur toute périodique et de l'expérience qui le dévoraient petit à petit au fil des années. Personne ne put rien pour le pauvre petit, pas même le Cercle d'Ostwick devant lequel Lord Randyll affligé au plus profond de son âme s'était égosillé en supplications pour son jeune fils et futur héritier de son domaine. Celui-ci condamné ne survivrait alors au monde que jusqu'à ses 14 printemps. Ce n'était que le début d'une longue agonie et d'une impitoyable tourmente pour le couple plongé dans une lassitude infinie mêlée de souffrance et de désespoir. 
 
Le sort s'acharna contre eux. Le second enfant à venir au monde, un monstre tordu, fut mort-né et le troisième également subit le même sort implacable, provoquant dans le même temps la mort de sa mère épuisée, ne restant plus de sa première famille évanouie au jeune Randyll que le gosse au mal incurable. On dit que Le Bann pleura durant des jours entiers et pour la dernière fois après le désastre du troisième enfantement, ses larmes asséchées pour jamais autour de ses yeux, sa sensibilité à la tragédie réduite presque à néant. Et il était vrai que plus jamais personne ne l'avait vu déversé la moindre eau du coin de ses prunelles, quelque événement qui puisse se produire, aussi triste fut-il et combien cela put l'affecter personnellement. La mort de ses proches l' avait par trop frappé. Lord Randyll terriblement tourmenté à cette période de sa vie néanmoins, en proie à une douleur presque insupportable en vint à suspecter que le créateur lui en voulait pour une chose dont il ignorait la cause.
 
Après mûre réflexion enfin, le Bann finit par se convaincre sans que personne ne puisse le détourner de ces pensées sinistres que c'était parce qu'il avait usurpé sans retenue la place de son frère Lorell en tant qu'héritier dont les droits d'aînesses avaient été rejetés à cause de son incompétence flagrante. Le créateur selon Randyll ne lui avait pas pardonné la complaisance avec laquelle dans ses jeunes années, attentiste et dénué du moindre amour fraternel, il avait observé son frère aîné chuter puis couler dans les méandres de ses échecs et de son infortune. Et en homme déjà pieux depuis fort longtemps, le Bann se plongea profondément, plus qu'il ne l'avait jamais fait dans toute sa vie dans la foi pour apaiser son âme en détresse, y trouver des réponses, et peut être aussi par espoir que celui qui s'était détourné des humains à cause de leur pêchés, à force de supplications et prières silencieuses lui sourit à nouveau. Ce qui advint en effet quelques années plus t*rd, indépendamment ou non des effets de son recueillement des plus ternes et des plus scrupuleux. La vie se montra plus douce avec lui.
 
Lord Randyll rencontra Lady Armanne aux cours de négociations avec une grande maison antivane, et tomba fou amoureux d'elle au premier coups d'oeil. Il épousa la jeune femme avec qui il ferait les quatre cents coups pour le bien de leur maison commune, résultat, aussi rare fut-il - d'un amour réel entre les deux amants, et celle-ci lui donnerait cinq vigoureux gosses. Goûtant un bonheur décent conjugale, le créateur selon lui, avait récompensé le Bann de sa nouvelle dévotion fanatique, et plus jamais il ne s'en départirait jusque la fin de son existence, transmettant son amour pour le créateur à tous ses enfants jusqu'au dernier.
 
/ fin des origines, focus sur Jaeghar à présent

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#4
The dead fish

The dead fish
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9:15 à 9:25, 1/11 ans. 
 
 
Jaeghar, vigoureux nouveau-né brailleur en pleine forme vint ainsi après quatre rejetons avant lui renforcer la petite armée de petits Trevelyan, formée depuis des années déjà pour le plus grand soulagement de son père Lord Randyll qui voyait là une nouvelle preuve que le Créateur avait décidé de conjurer le mauvais sort qui l'avait poursuivi naguère et protégé sa descendance pour sécuriser un futur lourdement menacé auprès de sa première épouse par le passé. Jaeghar fit plus encore le bonheur de sa mère antivane, lady Armanne par ses cris entêtés, l'intrigante, sournoise et dangereuse noble n'ayant jamais été si aimante, si relâchée, si ouverte aux sentiments et soumise à une fragile vulnérabilité qu'en rapport avec ses enfants qu'elle considérait comme les merveilles de sa vie. Merveilles qui à chaque fois l'avait amenée sans retenue à verser de grosses larmes de joie pour la naissance de chacun d'entre eux sorti de son ventre, son sang, la chair de sa chair. Une vision unique et précieuse de cette femme au caractère féroce et toujours munie d'un sourire artificiel aux lèvres réservé à ses rivaux, vision que bien peu au delà de ses proches avaient pu apercevoir un jour. 
 
Un an après, comme ses frères et soeurs avant lui, Jaeghar fut alors fièrement présenté en grande pompe à la chantrie d'Ostwick par les parents, sous le regard bienveillant d'Andrasté, glorieuse et magnifique sous sa forme immobile réincarnée, immense représentation de bronze pailletée d'or, effigie aussi haute qu' éternelle et dominant les humbles mortels près de l'autel où se déroulaient les festivités; au détour d'un grand rassemblement de la famille, de bannerets loyaux et d'alliés pour fêter l'événement d'un nouveau membre du clan ô combien bruyant parmi eux. Ce jour sacré par la Révérende-Mère de la chantrie marquait véritablement le début de la vie pour le dernier des Trevelyan mais pas le moindre. 
 
Et la vie lui sourit volontiers à ce petit bout. Les premiers pas de l'enfance primaire de Jaeghar furent des plus formidables, qui paraîtrait presque un rêve à tout orphelin n'ayant jamais connu ses géniteurs. En effet le dernier rejeton, protégé de la rudesse du monde extérieur à l'abri des remparts du domaine seigneurial vivait largement des bienfaits de la paix et de l'amour confectionnés par son entourage et son environnement. Aimé, constamment entouré, dorloté, chouchouté, poutouné par sa mère, puis par les chaleureuses servantes éprises du magnifique bébé à croquer et par sa grosse et fidèle nourrice aux larges bras si accueillants et à la poitrine forte qui le faisaient toujours se sentir en sécurité lorsqu'elle l'enserrait tout contre elle, quoi qu'il put ressentir à n'importe quelle moment. Nourrice dont il ne se séparait jamais lorsque sa mère s'absentait et pour qui il éprouva un amour infini. Jaeghar ne manqua donc jamais de rien au niveau matériel ou affectif. Le coquin en redemandait constamment en calins et poutounes auprès de toutes sans exception, demandes qui ne lui furent jamais refusées une seule fois, c'est qu'il savait y faire pour les amadouer. 
 
Elles furent les premières femmes de sa vie, qui compteraient pour toujours à ses yeux, lesquelles il n'oublierait jamais, et qui le préservèrent de juger avec trop de sévérité ou mépris les gens du commun, comme beaucoup d'hommes de son rang se faisaient un devoir de se comporter comme tel. Aussi, les femmes de sa vie contribuèrent fort heureusement dans le même temps à combler le manque d'attention paternelle assez bouleversant pour l'enfant et stabiliser son état émotionnel encore fragile à son âge. Lord Randyll était entièrement pris par les aînés bien qu'il veilla scrupuleusement à ce que Jaeghar soit éduqué comme il se doit, aussi fort qu'on put l'être, tout autant que les autres. Car oui, Lord Randyll ne plaisantait pas avec l'éducation de ses filles et fils. Les Trevelyan n'étaient pas des bouffons ni des poivrots répétait-il à l'envi. L'exemple de son frère Lorell avait déjà bien suffi à ses yeux. Un fier descendant dont il n'aurait aucune honte à céder titres et domaine, voilà ce à quoi aspirait Lord Randyll, et il se montrerait toujours intraitable à l'égard de quiconque, envers et contre tout sur le sujet. 
 
Une enfance somme toute aussi bien confortable et privilégiée que studieuse, assurément. Implacablement studieuse, oh ça oui, presque zélée s'accorderaient à clamer un ou deux des frangins de Jaeghar. En bas âge, le petit seigneur reçut donc les enseignements stricts d'un maître fouettard des études, d'un maître plus souple de la stratégie, et subit la sévère instruction religieuse de soeur Ludivine, à l'origine de la forte influence de la foi andrastienne sur lui, naguère de la chantrie d'Osterburg et aujourd'hui au service personnel du Lord Trevelyan, ayant travaillé du premier jusqu'au dernier à éduquer les cinq rejetons de ce dernier. Lettres, logique, maniement des chiffres et des comptes, bienséance, cours d'histoire, de danse et de cavalerie, tout avait commencé très tôt.
 
Ainsi pourvu d'une astuce et d'une intelligence aussi vive que son grand-père, feu Lord Patrek, Jaeghar excella mieux que quiconque de ses frères et soeurs avant lui au même âge dans le domaine des études, car il avait soif d'apprendre et de briller là où nul ne pourrait le surpasser aux yeux de son père. Efforts inutiles cependant, aussi futile qu'agiter la main à l'adresse d'un mendigot aveugle calé à distance sur le sol parmi des détritus. Lord Randyll ne manifesta qu' indifférence à l' égard de ses résultats brillants, qu'il considérait comme une exigence. A 7 ans, Jaeghar reçut également son premier maître d'armes pour apprendre les rudiments du combat, de l'épée et du bouclier, et il se découvrit alors dès les premières joutes une nouvelle passion qui égalait l'intérêt des études. Bien qu'il n'y brilla pas autant que sa soeur Jaheira, de deux ans son aîné, et qui par ailleurs réussit aisément l'exploit de capter l'attention de leur père par son tempérament de feu, celle-ci littéralement devenue sa chouchoute en peu de temps. Admiratif et piqué d'une jalousie toute enfantine en même temps, Jaeghar n'aurait de cesse de s'entraîner pour veiller à la surpasser un jour.
 
De belles années d'innocence et de plénitude se succédèrent pour le futur inquisiteur, malgré les tensions autour de rivalités et les intrigues qu'il voyait bien se produire. De belles années qui le firent jouir d' une promesse de sécurité indestructible que plus jamais il ne ressentirait dans sa vie lorsque son père sourcilleux de l'endurcir et d'en faire un homme, un vrai, l'arracherait définitivement aux bras des femmes de sa vie sauf de sa mère à 9 ans. C'était à partir de là que Jaeghar apprendrait véritablement la place qui était la sienne et la leur en tant que servantes, les différences qui les séparaient et pourquoi son nom et son sang ne devaient jamais être pris à la légère et ne souffrir aucune insulte. 

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#5
MiSS Provencale

MiSS Provencale
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Impressionnant!!! Tu as une finesse dans ton écriture qui est incroyable!!! La suite!!!!


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#6
The dead fish

The dead fish
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@ Miss Provencale:  Merci ! C'est très gentil à toi ! 
 
 
9:25 à 9:27, 11/13 ans. 
 
 
Profondément marqué par la perte de ses trois premiers bambins sortis des entrailles de sa précédente femme morte en couche, Lord Randyll se focalisa de manière presque obsessionnelle sur les trois grands aînés de sa seconde épouse afin que ces derniers soient prêt, - à l'exception de sa fille Jaheira à l'âme guerrière qui avait réussi à s'offrir une place en son coeur de par l'ardeur de son tempérament -, le Bann prenant soin d'eux comme à la prunelle de ses yeux et n'ayant alors pour Jaeghar que peu d'égards au tout début de son existence. L'enfant venu après Jaheira ainsi presque ignoré, bon dernier par la naissance, pour l'héritage et les droits de succession au titre de Seigneur et Maître du domaine, moins considéré comme un fils à chérir que comme l'une des obligations pénibles à remplir pour son père. 
 
Sans aucun doute, dans l'esprit de tout un chacun, y compris dans le sien, le dernier rejeton de Lady Armanne n'aurait droit qu' aux miettes du gâteau : les privilèges de sa vie confortable, l' éducation aussi austère qu'appliquée, l'instruction religieuse suivie et la formation militaire inculquée avec rigueur. En vérité les plus beaux cadeaux que sa famille aurait pu offrir au garçon démuni de toute garantie financière ou terrienne pour le futur, à cette place ingrate qui était la sienne. Lui assurer une place à la chantrie ou l'unir à une famille décente d'hobereaux et bien d'autres projets encore, telles étaient les seules pensées que lui attachait alors le Bann qui ne le voyait pas pour ce qu'il était vraiment, son fils, fort préoccupé déjà par la politique et les intrigues de pouvoirs auxquelles il s'adonnait corps et âme, soucieux des intérêts prioritaires de son clan, tout ce qui subsistait de son attention déjà requise et submergée par les plus grands de ses enfants. 
 
Tout l'amour qui lui manquait de son père, Jaeghar le puîné fragile assoiffé d'affection et libre de ses faits et gestes, le reçut de sa mère et de celles qu'on appelait les bonnes garces ou les femmes de sa vie, comprenant sa chère nourrice et servantes en tout genres. Elles le sauvèrent d'un état régressif, car le garçon d'une vulnérabilité toute émotionnelle ne supportait pas la négligence sempiternelle dont il se sentait bel et bien la victime, bien qu'il n'osât jamais en manifester le moindre témoignage. Car Jaeghar que tout impressionnait à son âge était aussi bien fasciné que férocement intimidé par Lord Randyll, l'homme dur au regard de sombre métal, habité par une attitude farouche et glaçante qui ne le quittait que rarement. 
 
De tous ses frangins que rien ne semblait pouvoir séparer, Jaeghar n'eut jamais vraiment de grandes affinités qu'avec sa soeur Jaheira, proche de son âge, bien qu'il affectionnait un amour infini pour chacun d'entre eux pour ce qu'ils étaient de son sang et sorti du même ventre, la chair de la chair de Lady Armanne, et pour lesquels le brave petit Trevelyan n'hésiterait jamais à sacrifier sa vie si on le lui demandait. Car Jaeghar, tout comme son père et son grand-père avant lui, ainsi qu'il lui fut rigoureusement enseigné selon les valeurs de la famille, prenait très au sérieux l'autorité de son nom et la solidarité du clan. La défense de son honneur personnel, aussi inconsidérée fut la dispute viendrait aussi très vite s'ajouter à la liste de ses susceptibilités au fur et à mesure qu'il grandirait en intelligence et mûrirait en vigueur et en force. Susceptibilités capable dans un futur proche de le métamorphoser en homme des plus belliqueux et des plus mortels à l'instant même où les mots volontairement offensants avaient été prononcés.
 
A 11 printemps passés toutefois, Lord Randyll qui s'était soudain rappelé de son dernier fils pour ce qu'il servait soudain glorieusement ses intérêts et ceux de la famille, Jaeghar ainsi aux coeur de négociations juteuses pour le clan Trevelyan, vint lui annoncer avec Lady Armanne ce que personnellement le gamin considéra comme une funeste nouvelle. Le puîné des frangins allait être envoyé aux fins-fonds perdus d' une région d' Orlais, séparé définitivement des siens pour y être abandonné en tant que pupille à un vulgaire hobereau étranger, Baron orlésien insignifiant chez lui qui avait accepté de l'accueillir tout en poursuivant son éducation et surtout consenti à l'unir à sa fille promise lorsqu'ils atteindraient tous deux l'âge adulte tel que stipulé par les accords signés. Ainsi une véritable chance pour les Trevelyans de poser pied - comme cela arriva en Antiva et le Nevarra - dans ce grand et puissant empire fondé par l'Empereur Drakan, héraut de la foi andrastienne, père et créateur de la chantrie qu'ils servaient tous avec rigueur aujourd'hui dans les Marches libres. Pareille chance que ceux-ci n'auraient jamais pu laisser passer malgré tout l'amour possible qu'on aurait pu porter au mouflet. Car aussi piteuse fut l'évidence, Jaeghar bon dernier dans la ligne de succession de la branche d'Ostwick était aussi plus commodément sacrifiable et surtout moins estimable en valeur. Une telle opportunité, à nouveau, ne se présenterait pas de sitôt pour lui.
 
Un succès qui réjouit au plus haut point ses parents, - bien que Lady Armanne pleura de devoir s'arracher si brutalement de son fils dans le même temps, - car il n'était guère aisé de s'unir à ces arrogants orlésiens qui considéraient les marchéens comme des arriérés qui méritaient clairement à leur yeux d'être mis sous la tutelle de leur empire comme ce fut le cas par le passé, et jugeaient presque unanimement comme insultante toute offre de mariage de leur part. Jaeghar, en son for intérieur, n'en revint pas d'être livré ainsi telle une vulgaire marchandise en dépit de toutes les proclamations sur les devoirs et les sacrifices à accomplir pour le pouvoir et la gloire des Trevelyan qu'il avait dû subir dès le début des études sous l'égide de son maître. Voici que se concrétisait pour la première fois la dure réalité de ce que cela signifiait. Le devoir et le sacrifice au nom d'une maison n'étaient jamais choses à prendre à la légère. Le petit seigneur l'apprit brusquement à ses dépens. 
 
Loin de toute parentèle, exilé avec toutes les politesses familiales, le jeune garçon vécut alors deux années dans un territoire reculé d'une province totalement étrangère à lui, au sein d'un domaine seigneuriale qui bien que modeste, avait tous les atouts pour lui inculquer tout ce dont il avait besoin. Les Orlésiens tout comme ses parents ne rechignaient pas sur les moyens d'éduquer leur enfants. Aussi Jaeghar en cette période passa t-il du temps aux côtés de sa future épouse dans leur études et s'amusa toujours à son côté dans la cour. La jeune demoiselle ayant vu déjà défilé 14 printemps, de trois ans son aînée, était aussi insolente et maligne que prétentieuse et dévergondée. Laquelle prenant rapidement l'ascendance sur lui de par la maturité et la vivacité de son esprit, sa grâce et sa langue acérée, s'acharna à le traiter d'une condescendance sans pareille parce qu'il venait des Marches libres mais le tolérait volontiers parce qu'il deviendrait un jour son mari. Marie qu'elle s'appelait, Marie de Montesquin. Marie adorait jouer aux futur époux avec lui, et Jaeghar ne lui résistait jamais, sauf quand son honneur était piqué, ce qu'elle s'évertuait à pratiquer pour son plus grand amusement lorsqu'il la fâchait. La jeune fille si elle ne le traitait pas toujours bien, lui apprendrait bien des choses de l'amour et ce qu' exerçait dans la plus grande intimité les adultes entre eux, sans que jamais le Baron de Montesquin ne soit au courant de rien. Marie lui donnerait alors son premier baiser à 12 ans, et sa première expérience au lit à 13 ans dans le plus grand secret, le jeune Trevelyan totalement dominé par les désirs bestiaux de la demoiselle orlésienne aux appét*ts immenses et qui les poussèrent à recommencer plus d'une fois ensemble en divers endroits. L'expérience fort enrichissante et plaisante, le petit seigneur marchéen en ressortirait grandi. 
 
Jaeghar au cours de ce passage de sa vie put aussi apprécier et éprouver les talents, l'ardeur et la force guerrière de soldats orlésiens dans sa formation poursuivie en cette contrée qui lui plaisait de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passait, son mal du pays peu à peu dissipé. Et là-bas put-il avec complaisance admirer l'architecture extraordinaire, les moeurs, la mode orlésienne, faisant l'apprentissage de leur goût pour les piques, l'insulte et l'ironie, leur penchant pour la débauche et le lucre, le jeune garçon tout autant ensorcelé par la férocité de leur attitudes de manière générale. Une rudesse extérieure et un monde implacable qu'il découvrait brusquement, un univers bien plus sombre qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer à l'abri des épais remparts du domaine à Ostwick, aux creux des bras protecteurs de sa nourrice. Plus d'une fois le Baron de Montesquin l'avait mené au cours de sorties voir des exécutions publiques, que ce soit pour d'ignobles meurtriers, de vilains paysans s'étant rebellés contre leur seigneurs ou de grossiers elfes ayant assassinés leur maîtres. Le périple tourna court au témoignage de son treizième printemps néanmoins, l'aventure à Orlais brutalement achevée.
 
Si Lord Randyll avait jamais compté sur son fils pour qu'il se comporte de manière exemplaire et s'échine à faire fructifier l'accord, il déchanta terriblement lorsque le jeune garçon tout penaud et confus fut remis sans avertissement au pas de sa porte à Ostwick, le Baron orlésien ayant rompu les accords pour marier sa fille au profit d'une lignée certainement plus décente et plus respectueuse que la leur. Il semblait que Marie avait délibérément tout révélé à son père - et d'une façon fort avantageuse pour sa précieuse tête - sur les liaisons périodiques entre elle et Jaeghar dont elle s'était lassée, afin de se débarrasser de lui au profit d'un autre garçon mieux né duquel elle s'était éprise avec passion. Et le plan qu'elle imagina fonctionna à merveille. Le Baron plongé dans une folle déraison fut proche de donner une rude bastonnade au coupable avant que celui-ci ne tire soudain l'épée, la brandisse dangereusement et le menace lame au poing de manière équivoque à sa grande stupeur. Action qui bien qu' osée et surtout irréfléchie fit brusquement remémorer au noble orlésien qu'il ne s'agissait pas là d'un vulgaire elfe à son service, mais d'un fils de noble combien qu'il soit mineur et arriéré, son pupille sous sa tutelle et sous sa protection, et qu'il ne pouvait pas agir si inconsidérément. 
 
Une insulte, un désaveu et un échec durement vécus par les Trevelyan, Lord Randyll furieux contre son fils ayant apporté avec lui le déshonneur et peu ravi de le revoir parmi eux malgré les deux années d'exil. A l'opposé de sa femme qui ne reprocha jamais rien à son petit bout, l'ire de sa colère ciblant plutôt le Baron pour avoir brisé les accords en dépit de la consommation conjugale tout bonnement arrivée trop tôt, et Marie, la petite catin orlésienne pour avoir trahi son fils. La sentence de Lord Randyll était prononcée toutefois, et il ignora tout bonnement désormais ce bon à rien de fils, qu'il ne pouvait plus contempler malgré la franche désapprobation de Lady Armanne qui ferait tout pour que son fils trouve à nouveau grâce à ses yeux sans que cela n'ait le moindre effet. Une déception paternelle pour ce qu'il avait échoué et que Jaeghar, toujours obéissant ne jugeait pas mérité et qui le fit souffrir, malgré qu'il fut heureux au fond de lui d'être retourné parmi les siens. Il haïssait l' impitoyable Marie de Montesquin d' Orlais pour l'avoir dénoncé tout autant qu'il éprouvait une grandiose admiration pour la façon dont elle s'était si aisément débarrassée de lui, sans pitié, brutale, pas la moindre once d'hésitation quant à la manière de le sacrifier pour son bien personnel en dépit de tous leur bons moments passés. Jaeghar avait été un obstacle à ses ambitions et elle l'avait tout bonnement écarté par des machinations, et il n'avait rien vu. Une sérieuse leçon inculquée qu'il n'était pas près d'oublier. Mais force était d'avouer qu'il était pour le moins soulagé qu'elle l'ait forcé à revenir à la maison, car c'était à Ostwick que le petit bonhomme se sentait définitivement libre et chez soi.
 
Jaeghar était revenu. Mais il avait aussi changé, contrairement au domaine, immuable et comme dans ses souvenirs. Plus jeune, pour autant que d'aucuns se souvenaient, on l'avait fort apprécié pour ce qu'il était un enfant plus qu' adorable, d'une touchante délicatesse, toujours excité comme une puce. Si naïf et curieux à cette époque qui paraissait lointaine, recherchant désespérément l'affection de tous et constamment frappé d'incertitude, alors que de manière connue était ancré en lui une certaine fragilité émotionnelle capable de le plonger de temps à autre dans des crises d'angoisses. Son périple isolé des siens en Orlais joua un rôle dans l'influence de ses goûts et l'affermissement de sa personnalité. Désormais le puîné fragile se créerait sa proche chance, sur le modèle de Marie de Montesquin qui obtint exactement ce qu'elle désirait à ses dépens après quelques mois, et s'unit finalement avec le parti dont elle était tombée follement amoureuse, bien mieux né que l'arriéré marchéen auquel son père avait eu la folie de la lier. 
 
Jaeghar bien qu'il perdit toute son innocence en Orlais était aussi devenu plus ferme, plus assuré, plus calme, plus déterminé, plus dur, sans que nul ne l'ait encore remarqué sauf sa soeur Jaheira, autrefois très proche de lui, et qui constata immédiatement le changement notable avec le petit frère du passé. Elle cesserait très vite de le confondre avec l'inoffensif cadet de 11 ans d'une jalousie toute enfantine à son égard qui les avait quitté. Et sa bienveillante condescendance pour le bébé mignon viendrait aussi rapidement à se transformer en respect. 

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#7
Fufunette

Fufunette
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J'adore ton style d'écriture. Je suis admirative. =) Je veux connaître la suite !!!


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#8
The dead fish

The dead fish
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@ Fufunette ! Merci ! Merci ! Ca fait plaisir à lire !
 
 
9:28 : 14 ans. (1)
 
 
Jaeghar était de retour à la maison, à Ostwick. Et pourtant le sentiment d'exil forcé n'en continuait pas moins de le poursuivre bien malgré lui. Si le gamin avait espéré que tout rentrerait dans l'ordre et comme avant après quelques jours, il fut bien vite détrompé par la dureté des conséquences de sa pitoyable déconfiture au seuil du domaine seigneurial et du bide pathétique qui avait abouti, qu'il ne jugeait pas si terrible après tout. Un retentissement bien au delà de ce qu'il avait pu imaginé, encore bien naïf. Les Trevelyan d'une fierté sans commune mesure, douchés par le déshonneur rejailli sur leur famille faisaient grand cas, pour son plus grand malheur, de la cuisante rebuffade qu'ils avaient douloureusement essuyé. Le rejet brutal d'un de leur fils en vulgaire mal propre, même s'il était le dernier, jugé indigne, indécent et poussé par la petite porte comme on le ferait d'un clébard rempli de puces qu'on mettait dehors à coups de pied au cul, était un sale coups pour leur réputation si précieuse. Une réputation à la source de leur puissance et qui justifiait les plus grandes précautions.
 
Ce n'était pas ainsi qu'on traitait un Trevelyan ruminait souvent, à part lui, Lord Randyll d'un ton grinçant, comme s'il discutait en tête à tête avec lui-même, le regard des plus belliqueux parfois perdu dans le vague. Et le méchant bruit répandu autour de cet ahuri de Jaeghar fichtrement emberlificoté dans les ficelles des machinations de la sorcière orlésienne qui avait jeté sorts sur lui, faisant rire leur rivaux, n'avait rien fait pour les sortir de leur sinistres humeurs. Peu importe l'âge du garçon, ça les amusait tous, chez les autres. Les Trevelyan et leur arrogance rabaissés, une perle inestimable et plus qu'appréciable pour la plupart de leur principaux ennemis, qui adoraient se nourrir de leur embarras, ne leur pardonnant pas tous leur coups fourrés et leur ascendance gagné à coups d'intrigues et de violentes résolutions à leur dépens. Le mal était fait pour sûr et bigrement difficile à avaler. 
 
Une averse de larmes amères pour Jaeghar après une semaine de froideur exemplaire et de regards sous entendus qu'on lui réservait quand le dernier rejeton exilé s'était attendu à un accueil pour le moins chaleureux. Les aînés de ses frères semblaient désormais le considérer comme un étranger et l'ignoraient tout bonnement à table. Seule Jaheira d'une farouche indépendance et solidaire lui témoigna la même attitude courante sans se laisser impressionner par la misère de son petit frère, railleuse et plutôt prompte à rire de sa mésaventure sans que cela n'aide à réconforter ce dernier. Des larmes de rage succédèrent ainsi aux premières. Le coupable venait seulement de saisir à quel point chaque notoriété ou discrédit, chaque action, chaque histoire détaillée, la plus infime soit-elle, au sein de sa famille, pouvait être cause de vie ou de mort, d'honneur ou de déshonneur, éclaboussant tout le clan. Que la moindre erreur quand bien même inoffensive ou anodine pouvait parfois être difficilement pardonné lorsqu'elle menait à tant de répercutions insoupçonnées. C'était évident, Marie de Montesquin avait fait de lui un poivrot, même si toutefois aucun de ceux qui se riaient de lui dans son dos n'avait jamais eu le cran ou la méchanceté de lui jeter salement cette vérité cruelle à la face. Il était clairement responsable à ses yeux, il aurait dû se montrer plus vigilant. Et Jaeghar souhaitait désormais n'être jamais retourné dans ces conditions à Ostwick. Il souhaitait n'avoir jamais quitté Orlais, le soulagement initial éprouvé malgré un retour peu glorieux disparu dans les méandres de l'effroi et le saisissement qui le glaçaient à présent. Nouveau sanglots alors, seul, à l'abri des regards, accoudé à la fenêtre de sa chambre en contemplant la cour du domaine, dans sa baignoire ou allongé sur son lit, là où personne ne le verrait empirer son cas en le découvrant embourbé dans une désolante défaillance émotionnelle et ne viendrait l'embêter tandis qu'il larmoyait en paix. 
 
La profonde et sérieuse discorde entre Lord Randyll et Lady Armanne dont il était pleinement la cause, ne fit rien pour lui remonter le moral. Le fossé entre ses parents se creusait pour la première fois. Lord Randyll prétendait en effet que le petit bonhomme n'existait pas et l'épouse aux griffes acérées sorties pour protéger son fils et d'habitude en parfaite harmonie avec ses positions les plus dures, supportait de moins en moins ce qu'elle jugeait comme une conduite aberrante de la part de son mari. Un comportement qu'elle dénonçait avec une virulence qu'on lui connaissait peu et qui ne faisait aucun bien à la famille prétendait-elle. La Dame d'Ostwick, comme en réaction, chérirait Jaeghar plus que n'importe quel autre de ses enfants, plus encore que par le passé, et ce jusque la fin de son existence. Lord Randyll pour la paix de son ménage assura avec fermeté à sa femme qu'il tâcherait de faire des efforts, mais personne n'était dupe. Tant que le Bann humilié n'y avait pas le coeur, rien ne changerait vraiment. Ses yeux étaient dénués de la moindre affection lorsqu'ils se posaient sur Jaeghar. Ils n'y voyaient qu'un échec, le déshonneur rejailli sur lui après le désastre de ses épousailles et de son retour inopportun, bien conscient toutefois en son for intérieur qu'il le condamnait, dans sa furie, peut-être un peu trop vite. Qu'il en soit ainsi. Il avait des aînés sur qui compter en tous les cas. Peu importait ce qu'il adviendrait de celui là, si vraiment il déraillait et se perdait en route. Le même destin qui avait alors naguère frappé son propre frère Lorell, mort dans le caniveau. Une déchéance et un sort qui l'avaient bien hanté autrefois. 
 
Remis du choc initial et soucieux de ne plus s'attirer le courroux de son père, d'éviter les conflits entre ses parents à cause de lui, ainsi que de se soustraire aux mauvaises langues, le jeune Trevelyan au caquet rabattu se fit plus discret que jamais, aussi effacé qu'un fantôme tandis qu'il se plongeait dans ses penchants favoris et n'en continuait pas moins de profiter impétueusement de ses privilèges. La chasse, la lecture, les joutes sur le terrain d'entraînement, les études auprès de ses différents mentors, l'apprentissage et la récitation des versets du cantique de la lumière devant soeur Ludivine, ses passes temps avec sa mère en délectant un bon vin de son pays natal, de laquelle il s'était rapproché si intensément durant sa pénitence que leur relations en étaient presque devenues fusionnelles. Ses merveilleux à moments lui, qui lui rappelait tout de même la chance qu'il avait en dépit de tout, en dépit de cette mauvaise fortune passagère, ces moments privilégiés que personne ne pouvait lui voler, pas même Lord Randyll. Et alors que lentement s'écoulait le temps et défilait plusieurs saisons, Jaeghar avait subi en silence sa sentence, sans jamais broncher. Persifleur sur sa situation cependant, résolu, patient. N'ayant rien perdu de l'admiration entêtée toute enfantine qu'il éprouvait pour son père, qu'il respectait plus que quiconque au monde, aussi dur envers lui-même que ne le fut le Bann à son égard, il acceptait son jugement implacable jusqu'à ce qu'un jour opportun, pour son plus grand espoir, celui-ci ne se découvre une nouvelle opinion à son encontre. Le jouvenceau avait jugé plus prudent de ne rien hâter avec des actions hasardeuses qui ne feraient qu'empirer les choses avec cet homme d'une rancune tenace et plus fier que le plus fier des étalons.  
 
Jaeghar durant des mois s'amusa en prenant soin de ne pas attirer la couverture à lui et commettre d'impairs. - Comme si la dernière fois qui ne lui avait pas très bien réussi, n'avait pas suffi... Jaeghar s'infligea une disciple martiale et collégiale. Pendant ainsi une année entière sans que sa condition ne se soit retournée le moins du monde, il n'était plus devenu qu'ombre active à l'apparence austère muni toutefois d'un sempiternel sourire sardonique aux lèvres, ayant presque développé un petit côté obscur et mystérieux. Le ténébreux et solitaire adolescent qui avait gagné en maturité, à l'identité réaffirmée, n'avait rien perdu de cette nouvelle assurance acquise après son exil forcé en Orlais ou l'ostracisme que lui faisait enduré son père, s'étant alors découvert après toutes ses mésaventures un penchant pour la dérision et l'humour noire. Il était aussi devenu plus circonspect, plus distant, plus hautain, plus inflexible que le jeune garçon incertain, innocent, naïf et curieux qu'il avait fort été par le passé. C'était que Jaeghar n'avait rien oublié du pouvoir qu'il était censé jouir grâce à son rang et son sang sur les gueux et tous ceux qui les servaient. Il était toujours le fils de Lord Randyll et de Lady Armanne, un Trevelyan ayant hérité d'un patrimoine aussi bien riche en histoire qu'en actes héroïques, et il ne souffrait jamais aucun relâchement quant au respect dû à son encontre. Si l'on comptait aussi sa démarche fière et féline, le buste raide et le menton levé dès lors qu'il se mouvait d'un point à un autre ou lorsqu'il s'adressait désormais à quelqu'un la voix distincte, presque impérieuse et d'une confiance troublante, il était évident que si le jouvenceau était décidé à se faire oublier, il ne s'en laisserait pas compter pour autant par ceux qui lui cherchaient querelle ou qu'il estimait moins né et en dessous de lui.
 
Le futur inquisiteur ayant soufflé ses quatorze bougies avec humilité, s'il pouvait se montrer sans concession parfois, s'illustrait par exemple avec une nature indulgente envers les domestiques, privilégiant toutefois sans vergogne ceux qu'il appréciait le plus, ou les plus compétents. Il témoignait volontiers une grande générosité, un amour infini et une profonde gratitude à ceux qui le servaient bien et l'affectionnaient, mais n'hésitait pas à se revancher sur ceux qui lui faisaient des difficultés ou se payaient sa tête avec une franche hostilité. Bien moins avancé en âge, l'adolescent était aussi bien moins délicat que ses aînés, quand il estimait que ça n'allait pas du tout, capable dans son courroux d'une sévérité exemplaire. Et s'il ressentait de la part de quiconque, quoi qu'il put être, le moindre écart important ou la moindre insolence qui lui déplaisait fortement, Jaeghar ne balançait pas quant à le remettre brutalement à sa place. Et cela amusait toujours sa soeur toujours d'humeur très légère de voir parfois son petit frère, sourcils froncés, corriger un sbire ou un fermier à l'intérieur de leur terres qui faisait deux ou trois fois son âge la tête basse et rougissante de culpabilité, mille mots d'excuses en bouche. Malgré sa jeunesse, nul parmi les domestiques et les gueux ne prenait le jeune seigneur à la légère, qui savait d'un naturel impressionnant à son âge inspirer crainte et autorité, presque né pour commander. 
 
Alors en pleine croissance, Jaeghar poussa aussi tel un champignon durant cette année là, quitte à brusquement dépasser sa mère en taille et de loin. Presque devenu homme à présent, son visage noiraud allongé, aminci, les traits orgueilleux affinés, son corps virile élargi, épaissi et dont les muscles - résultat de son entraînement et passes d'armes quotidiennes - s'étaient franchement développés ainsi que renforcés dans un physique fort avantageux, préservant une splendide minceur et sveltesse de fleuret. Ainsi entièrement dévolu à se perfectionner envers et contre tout chaque jour que le créateur faisait, le jeune loups plein de vigueur et plein de fougue, aussi vif qu'un serpent, était devenu une fine lame au cours de l'année. Il gagnait en force et en adresse sous l'égide du talentueux maître des armes du domaine, déjà persuadé à son âge qu'il pouvait défaire les plus grands de ses frères excepté Jaheira qui, d'un potentiel outrageant continuait jours et nuits à lui botter durement les fesses en duel ou à le démonter à cheval malgré tous ses efforts acharnés pour la surpasser.
 
Sa formation intense et ses passes d'armes quotidiennes auprès de soldats orlésiens d'une merveilleuse compétence avaient d'ailleurs grandement contribué à améliorer la technique et la discipline du combat de Jaeghar, indispensable aux plus habiles bretteurs. En vérité ses lacunes devenues son meilleur avantage sur sa soeur qui comptait plus sur son étonnante agilité assimilable à celle d'un chat, la promptitude et la rapidité impressionnante de ses mouvements hachés, forcée de prendre le cadet très sérieux désormais lorsqu'elle croisait le fer avec lui, chacun de ses coups portés plus précis et plus dangereux les uns que les autres. Plus rien avoir avec le passé où tout ne lui semblait qu' un jeu d'enfant tandis que le cadet s'échinait vaille que vaille à rivaliser sans succès avec elle, naguère d'une écrasante supériorité. L'un favorisait l'épée et le bouclier, l'autre privilégiait le style duelliste d'une courte lame dans chaque main. Jaeghar pouvait aussi compter sur sa force grandissante qui venait à surpasser celle de Jaheira quand son aîné avait pour elle le secret de son intuition qui lui faisait entrevoir à la seconde les actions les plus propices à mener pour surprendre et défaire son adversaire. 
 
Jaheira savait instinctivement quand il fallait attaquer et quand il fallait battre en retraite, aussi inaccessible qu'une souris en fuite et presque toujours hors d'atteinte, habitée d'une faculté incroyable à anticiper ou deviner les intentions de ses opposants. Elle était d'une astuce redoutable et naturellement douée pour les assauts avec ses deux lames, ses feintes osées immédiatement suivies de ses attaques vicieuses à craindre au plus haut point. Jaeghar de son côté très endurant et misant sur une excellente défense avant tout, savait aussi merveilleusement économiser ses forces, avait l'oeil pour repérer les failles de son compétiteur, et toute attaque trop téméraire ou défense trop molle pouvait être immédiatement fatale tandis qu'il en profitait pour frapper là où ça faisait mal. Droit au but, sans fioriture, meurtrier. Il ne baissait jamais la garde de son bouclier derrière lequel il s'abritait érigé en véritable rempart, d'où il était sacrément difficile de l'atteindre. L'aînée était des plus difficiles à maîtriser, disparaissant pour réapparaître et frapper soudain ailleurs, là où on s'y attendait le moins. Mais le cadet était aussi des plus ardus à dominer derrière son bouclier et ses contre-attaques mordantes aussi vives que mortelles. Jaheira avait pour elle l'ardeur de son tempérament, une impétuosité indomptable, Jaeghar la force de sa rigueur et sa résolution implacable. Ils se battirent jours et nuits, apprirent de l'un de l'autre. Ils rivalisèrent avec fracas dans la cour, aux écuries, dans les jardins et les champs, sur les remparts et sous les yeux intéressés de la garde, dans les escaliers, un peu partout. Avec épées lorsque c'était autorisé, sinon avec bâtons et fourches. Et Jaheira dans leur assauts et contre-assauts était incessamment victorieuse, goguenarde et fiérote.
 
La féroce rivalité et la touchante fraternité des deux puînés croisant le fer dans leur joutes quotidiennes sous la vigilance de leur maître des armes qui entrait aussi parfois dans le jeu en les astreignant à l'unisson à le combattre à deux contre un, les amenèrent fabuleusement à outrepasser les limites de leur capacités d'apprentis-bretteurs en herbe, d'une manière qui dépassait l'entendement. Capacités dangereusement affûtées fort de l'expérience acquise et des conseils techniques, autres rugueuses exhortations et réprimandes mémorisées, nourries et renforcées par une discipline martiale. De nouveaux talents aguerris qui allaient être mis à rude épreuve au cours d'une curieuse mésaventure. Car un événement marquant survint lors du nouveau printemps naissant, au mois de Drakonis, proche du jour où le messager d'Andrasté était venu au monde et qui signifierait son quinzième anniversaire. Un incident mineur qui allait changer le cours des choses pour Jaeghar.

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#9
The dead fish

The dead fish
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Jaeghar, le brave tromp'la mort ! (2)
 
 
L'histoire avait perduré jusqu'à notre époque contemporaine, rebattue encore et encore aux oreilles des plus jeunes et contant guère plus qu'un incident mineur ayant drôlement mal tourné. Une escarmouche rien moins qu'ordinaire pourtant, comme on en voyait souvent par les chemins périlleux des Marches Libres que bien des voyageurs isolés avaient dû endurés. Un récit largement enflé par le temps et les ragots qui était fort apprécié dans le fief des Trevelyan et qui faisait l'orgueil de la famille et de tous ceux qui les servaient le plus farouchement, dont la mémoire n'avait pas flanché et qui se rappelaient aussi bien que leur seigneurs et maîtres. Un engouement qui n'était guère étonnant car d'aucuns prétendaient que c'était à ce moment là qu'était né la légende des deux enfants chéris du domaine seigneurial à Ostwick. Jaheira et Jaeghar, les plus vieux vétérans souriant encore quand leur noms étaient évoqués. Aussi admirés que redoutés, les deux plus fines lames de la cité marchéenne affirmeraient-ils tous sans aucun doute, les plus dangereux et mortels des Trevelyan sous la coupe de Lord Randyll et Lady Armanne qui les employèrent sans le moindre scrupule chaque fois qu'un de leur coups fourrés requérait des prouesses martiales au nom des intérêts de leur famille et contre les dangereuses actions de la part de leur rivaux les plus implacables.
 
Mais celui qui dépassait, de manière unanime, en renom tous les autres, - cousins éloignés chez les Templiers compris -, c'était assurément Jaeghar, et ce bien longtemps avant qu'Andrasté ne le choisisse pour remplir le rôle de messager en la quarante et unième année de la neuvième ère du dragon. A 15 ans révolus déjà, en réponse à ses actions et conséquences survenues, on le revêtait fièrement du surnom de Jaeghar le brave tromp' la mort, puis quelques années plus t*rd, de celui de Jaeghar l'effronté, ou encore dès après, et toujours en tant que jeune pousse, Jaeghar le revanchard impitoyable. Aucun enfant Trevelyan, sous la gouvernance de Lord Randyll, en bien ou en mal, n'avait plus marqué les esprits que le Messager d'Andrasté durant ces années, - qui dans sa splendide verdeur et loin des inquiétudes concernant le sort de Thedas face à Corypheus fut aussi présomptueux qu'il était enflammé, et qu'on retrouvait presque toujours au coeur des histoires les plus rocambolesques, les plus fameuses et les plus saisissantes.
 
Pour en revenir à cet épisode qui défrayait la chronique à l'époque, là où tout prenait forme, on dit que le combat fut épique, le résultat magnifique. Et que les assaillants terrassés qui avaient prétendu s'en prendre à eux, selon la chantrie, avaient subi la sentence immédiate du Créateur qui les avait foudroyé sur le champs pour leur mauvais esprit et tous leur pêchés. Face aux louables Trevelyan qui s'en étaient remis depuis longtemps entre ses mains, au sein de la lumière, tous évidemment fidèles à l'institution religieuse. Bien sûr la réalité était toute autre. C'était bel et bien la clameur de l'acier et le fil de l'épée qui avaient résolu l'affaire, quand bien même le tout-puissant avait pu apporté son soutien dans son omniscience. Et même Lord Randyll dans ses vieux jours, radouci et le plus fier de tous les pères, aimait raconter à ses bannerets ou autres invités à sa table comment ses deux enfants favoris bien que les derniers de ses progénitures et dont il s'était follement épris au fur et à mesure des années passées, avaient mis à mort tout une bande de crapules à seulement deux contre une quinzaine. Et plus que toute autre chose, c'était la bravoure et l'ardeur de Jaeghar qu'il louait et chantait avec insistance. Jaeghar qui n'avait plus jamais démérité à ses yeux dès après l'escarmouche, quelque action qu'il put commettre dans le futur, toujours vent débout contre l'adversité. Jaeghar, définitivement le fils et l'héritier qu'il avait toujours rêvé de posséder, un fils qui, ayant vu venir sa fin en plein combat, avait soudain gueulé son nom métamorphosé en un vaillant cri de guerre. Un acte qui avait touché si personnellement le seigneur son père à l'époque et ce au plus profond de lui, éveillant chez lui un amour très fort qu'il n'avait jamais éprouvé auparavant depuis sa naissance et qui continuait à le remuer aujourd'hui.
 
Telle fut la nature et la véracité des faits. Aussi brefs furent-ils.
________
 
Tout avait bien commencé. Une pluie fine leur avait dénoncé le début de la saison des pluies au mois survenu de Drakonis, celui qui avait accueilli la naissance du dernier et le moins considéré des Trevelyan, au cours même d'un orage. Le cortège avançait au trot sur leur gigantesques montures, sous la bannière de leur Seigneurs, un fier étalon nébuleux couronné sur champs gris émaillé de fleurs, qui ondoyait paresseusement au vent. La promenade au coeur des bois et en dehors du château avait été fameuse, promenade dont ils revenaient à présent, escortés de quelques gardes aussi enchantés que leur jeunes maîtres de la splendide journée malgré un temps pour le moins mauvais. Jaheira et Jaeghar, copains comme cochons au delà des liens du sang, ne se quittaient alors plus d'une semelle. Et en vérité les meilleurs amis quand Jaeghar ne jouait pas les loups solitaires, ils pratiquaient bien souvent la chasse, de longues promenades et bien d'autres activités ensemble hors du domaine, comme c'était le cas ce jour-ci. Et comme à leur habitude, empressés de se faire la course à un moment ou un autre, les deux adolescents abandonnèrent la route pour s'enfoncer côte à côte dans le taillis en poussant leur montures, suivis évidemment par leur vigilant maître des armes chargé de veiller sur eux en l'absence du Lord, tandis que le reste de la troupe familiarisée depuis longtemps avec leur jeux enfantins, s'attardait au loin entrain de badiner. Comme à l'ordinaire certes, mais pour une fois, bévue qui avait failli coûté chère. 
 
La splendeur soudaine du temps, le calme apaisant, l'arôme des feuilles tout n'avait été que faux semblant, tel un décor illusoire en trompe l'oeil. Aussi éloignés que se permirent les Trevelyan d'aller et venir, le piège aussi bien que la forêt toute muette et perfide s'étaient refermés autour d'eux. La flèche avait surgi de nulle part et frappé le chevalier formateur du fief à la cuisse, heureusement cuirassé, lui arrachant un cri tout de même tandis que le hongre sous lui emprunté pour la promenade s'arc-boutait brusquement et menaçait de le faire tomber. Un violent basculement d'une démesure incroyable qui avait pétrifié Jaheira et Jaeghar, leur yeux grands ouverts, étranglés de peur face à leur soudaine tourmente, les jeunes nobliaux faisant incessamment pivoter sur place et en tout sens leur palefrois agités. Entendant enfin le froissement des feuilles qui présageait leur survenue soudaine, des hommes en loques émergèrent successivement de tous les côtés de la forêt pour leur plus grand affolement. Un, deux, puis cinq,- oh, Andrasté protège nous -, une dizaine, une douzaine, puis une quinzaine, et tous armés. Parmi eux, l'homme éborgné aussi maigre qu'une trique qui avait tiré la flèche, le seul archer de la bande. 
 
Un simple coups d'oeil avait suffi à Jaeghar qui maîtrisait désormais son sujet pour s'apercevoir qu'il ne s'agissait ni de mercenaires, ni de chevaliers, mais sûrement de pillards ou de brigands, et il prit brusquement conscience du luxe vestimentaire que constituaient sa tunique grise sombre flambant neuve, sanglé d'un juste-corps de cuir clouté pardessus, sa pelisse à tête de renards sur ses épaules, ses anneaux et sa chevalière autour de ses doigts, ses bottes et ses gants du plus bel effet. Les hommes dangereux qui leur faisaient face et ceux auxquels dans son malaise ils ne pouvaient que tourner le dos se rapprochèrent dangereusement. Ils portaient des vêtements crasseux, grossièrement rapiécés, et le noir fustigeait leur hardes quand à leur début elles avaient sûrement dû briller d'une couleur plus avenante, plus propre. Sous leur haillons crasseux toutefois, on distinguait parfois l'éclat du métal, des tuniques de mailles, et le fer rouillé qui leur pendait dénudé au côté semblait cependant suffisamment entretenu pour trancher la vie de n'importe qui...
 
Leur Maître d'armes pourtant blessé, impressionnant de calme et de hauteur, avait rapidement pris les choses en main et donner de la voix, aussi rugueuse que puissante, clamant haut et fort les intentions pacifiques de leur groupe et une vive volonté de passer leur chemin en toute tranquillité ainsi bien sûr qu'en bonne amitié. Mais c'était comme pisser dans un violon. Les hommes armés de courtes lames, de piques et de haches d'un tranchant douteux toutefois ne pipaient mots, et le cercle enfin refermé sur eux, leur yeux railleurs remplis de cupidité se contentaient de fixer leur proies et futures victimes avec immobilité. Devant leur silence obstiné et moqueur, Ser Harald Fell, avait pris un ton plus rude, présentant la fille et le fils de son Seigneur, tous deux glacés et paralysés de saisissement devant ce qui leur tombait dessus et les menaçait, les enfants très attentifs, tantôt fascinés par les brigands, tantôt épouvantés. La première fois que le danger véritable venait à leur rencontre, qu'ils entrevoyaient les ténèbres et la mort prête à les cueillir. Un terrible choc, un éveil brutal à la rudesse du monde qui avait pouvoir de régenter leur univers et leur existence, un petit aperçu seulement de ce qui existait hors des remparts protecteurs du domaine de leur parents. 
 
Les Seigneurs Trevelyan étaient puissants, s'en prendre aux rejetons du Bann promettait inexorablement souffrances indicibles et mort à quiconque avait la folie de s'y laisser prendre. Bougrement remonté, le chevalier avait désespérément tenté d'expliquer à ces couillons pourquoi ils feraient mieux de rebrousser chemin ou de les laisser passer s'ils tenaient à leur têtes. Mais ceux-ci se contentèrent de cracher au sol après la fin de son discours, sans que les menaces de Ser Harald affaibli par la flèche en travers de sa cuisse et ne donnant pas vraiment la meilleure impression quant à la force qu'il était censé représenter... n'aient eu un quelconque effet. Ou peut être que si. Jaeghar eut bien l'impression que les visages étaient devenus un peu plus haineux encore.
 
Les autres en étaient venus à la même conclusion, car Jaheira avait laissé retombé sa main près de son fourreau au côté de son cheval tandis que le visage fermé et la mâchoire active, Ser Harald s'était nourri alors d'une intense réflexion, avant de reprendre brusquement la parole. Le chevalier formateur avait bien compris qu'il lui fallait éviter toute incartade s'il voulait sauver la vie des enfants de ses seigneurs qu'il avait juré de servir au mieux, envers et contre tout. Malheureusement il pouvait à peine se défendre lui-même, blessé, à quinze contre un. Jouer les héros ne mènerait qu'à une mort inutile. La négociation était de loin la seule solution, en dépit des sales conditions, la seule capable de remplir présentement cette promesse de protéger la famille de Lord Randyll. Mais lorsque le maître d'armes avait demandé le prix de ce fol espoir de résolution pacifique, tels furent les propos du chef de la bande, un efflanqué roux barbu, dans son exactitude :
 
" La ferme, trou de mon cul! Tu sais c'que tu vas faire eh l'abruti?" "T'vas t'casser d'ton putain d'cheval, t'foutre à poil, toi et tes putain'd gosses et on embarque l'tout, et 'core, 'n'est g'néreux, certains ont pas gardé l'vie... Trevelyan ou quéquette qu'tu t'appel', rien à branler! A poil j't'dis! "
 
" - Eh Syril, s'en fout d'son p'tain d'ch'val d'mes deux, dit z-y plutôt qu'on l'y garde sa pouliche, au monstre, m'a tout l'air bien plus tentante à monter la coquine! Faut juste lui r'tirer c'te foutu truc qu'elle porte salement! "
 
Deux-trois rires vis à vis de Jaheira étaient partis, vite répercutés de loin en loin, comme en écho, par tous les brigands. Jaeghar avait alors senti une fureur grandissante l'envahir sous les exclamations hilares. Il observa attentivement ces brigands se crisper sur leurs armes après leur exigences transmises, sans qu'il n'y ait la moindre peur, la moindre hésitation dans leur yeux et leur comportements quant aux avertissements de Ser Harald. Ils étaient déterminés et prêt à tous les crever si nécessaire, il lui suffisait de lire dans les yeux morbides du chef pour s'en convaincre. Le dernier-né de Lady Armanne comprit lui aussi que la seule option avisée était d'obéir et ne pas faire d'histoire. Mais son coeur ne pouvait s'y résoudre. C'était trop tôt, c'était trop.
 
Et quand sans lambiner ser Harald avait jeté son propre manteau à terre pour s'en débarrasser, s'était retourné et leur avait ordonné d'un ton sans réplique d'obéir et de s'exécuter dans l'immédiat, Jaeghar avait senti ses cheveux se dresser sur sa tête, son coeur tambouriner follement dans sa poitrine et l'angoisse se répandre en lui comme le feu sur la paille. Subir un nouveau camouflet seulement un an après, pire encore que le premier enduré suite au retour d'Orlais, pour revenir à nouveau défait et la queue entre les jambes auprès du Bann comme la première fois, paraissait le tétaniser. Un avenir qu'il redoutait plus encore que la vision proche de son trépas. Se voir irrémédiablement honni et conspué par le seigneur son père, cruellement dépouillé de ce qui lui restait d'honneur après sa mésaventure, et ternir - encore - l'histoire et la renommée des Trevelyan était pour lui imbuvable, inconcevable, inacceptable. Plutôt mourir que subir un tel affront, une telle réalité. Zéro indulgence, folie que ceci, nulle compromission si répugnante avec l'ennemi ! Le visage noiraud du fier puîné se rembrunit plus encore. Il avait fait son choix, il ne souffrirait plus sans coups férir de telles humiliations. Jaeghar le regard dénué de la moindre expression, ainsi en paix avec lui-même et la décision qu'il avait prise, abandonna très lentement son premier bien, en signe de soumission, comme l'exigeait celui qu'il avait respecté depuis ses 7 ans, subissant dès lors son premier jour d'apprentissage à son côté, un homme aguerri qui l'avait superbement formé avec le caractère bienveillant d'un oncle. Ce bien, cette pelisse à têtes de renards qui lui embarrassait les épaules, en réponse à la demande faite, qu'il jeta finalement au sol d'une curieuse absence, l'esprit déjà tourné vers un objectif qui se voulait aussi bien mémorable que le dernier et qu'aucun de ceux qui le dévisageaient dès à présent n'aurait jamais pu deviner. 
 
Puis sans prévenir Jaeghar tira brusquement l'épée au bas côté de sa monture, prenant tout le monde par surprise, en toute désobéissance de son mentor pour qui il éprouvait un immense respect mais férocement en désaccord avec sa résolution du conflit, et peut être aussi au détriment de la menace qui pesait sur les autres et dont il n'avait cure sur le moment en vérité. Eperonnant le cheval qui piqua soudain des deux, il clama, lame au poing et d'une voix forte : << POUR LORD RANDYLL ! >>, l'insensé intrépide déterminé à périr sans honte. Mais pas avant d'avoir emporté le plus de belligérants avec lui d'abord.

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#10
The dead fish

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Nul ne l'avait vu venir, tous focalisés sur celui qu'ils avaient cru sans aucun doute la plus grande menace, quand le chevalier en armure blessé était le plus censé, le moins à même d'entreprendre des actes stupides. En fait le plus paisible et le plus inoffensif. S'ils avaient su les pauvres... Le jeune garçon dont pourtant rien n'indiquait la moindre émotion démente sur le moment, c'était lui le danger. Assoiffé d'honneur et de respect après nombre d'humiliations à peine digérées et surtout bouffi de fierté, le blanc-bec noiraud des Trevelyan fut en réalité le plus périlleux du groupe, le plus intraitable, ou simplement le plus fou. Celui dont ils auraient dû se méfier.
 
Le palefroi hargneux passa sur le corps des deux premiers brigands proches de lui qui, foudroyés par la violente charge du cheval de guerre s'affalèrent au sol écrabouillés. Le chemin ouvert, la bête sous l'impulsion acharnée de son cavalier poussa la bousculade au plus loin, piétina férocement de ses sabots le pied d'un autre assaillant qui hurla de manière abominable en s'effondrant à son tour, Jaeghar presque couché sur son destrier taillant de droite et de gauche, l'éclair de sa lame éclaboussée d'écarlate pourfendant successivement d'une ardeur et d'une précision terrible deux ennemis dénudés à la tête. Sa furieuse course faisant brutalement se retourner la boue et se soulever les feuilles alla s'achever sur l'archer responsable de la blessure de son maître d'armes et si goguenard vis à vis de Jaheira, celle qu'il avait appelé la " pouliche " et laquelle il "montrait" bien après lui avoir retiré son juste-corps de cuir et ses vêtements. Le malheureux étranglé de surprise titubant à la reculade, s'essaya à décocher une autre flèche, mais mal lui en prit à si courte distance. L'impressionnante lame seigneuriale assoiffée de chair et de sang, aussi affûtée qu'un fil de rasoir, lui cingla violemment la figure, lui écrabouillant les pommettes et le nez dans un geyser vermeille.
 
Jaeghar poussé par une folie meurtrière insoupçonnée au travers de l' effrayante froideur de ses actes, et du sang-froid de son attitude, n'avait sans aucun doute hésité. Et le glas avait sonné pour le pauvre bougre sous les yeux interdits de ses pairs. Une fin peu enviable, même pour un pillard implacable et sans pitié. Déjà le sol par delà les éclaboussures qui se déversaient des corps ballants se teignait de rouge dans le courant de l'action qui à peine seulement, en quelques secondes, avait ouvert le bal, annonçant la prochaine danse plus terrible encore.
 
Jaheira médusée comme tout le reste et comme elle ne ne le fut jamais durant toute son existence, avait été cependant la première à se ressaisir, ayant tiré sa propre lame au bas côté de sa propre monture de guerre. De cette astuce au combat qui la régissait instinctivement, elle en avait profité pour bousculer à son tour avec son palefroi d'autres bandits dont l'attention avait été détournée par l'incrédulité et le jeune freluquet, les poussant à fuir la bête furieuse, - qui à son tour ruait et mordait - ou l'esquiver de justesse dans une confusion mémorable. La cavalière et son cheval, en un duo mortel, brisèrent ce qui restait du cercle autour d'eux au travers d'os douloureusement brisés. Et suite à ça la jeune femme indomptable abattit sauvagement deux idiots effrayés qui lui avaient sottement découvert leur dos dans leur course éperdue maladroite. Tout alors explosa et vola en éclats, la violence vomie dans toute la zone concernée.
 
<< SUS ! SUS A L'ENNEMI ! >> tonna de nouveau Jaeghar après avoir détaché son épée de sa victime inerte, tournant bride sans perdre de temps en direction du reste éparpillé par Jaheira, sa monture aussitôt jetée dans une nouvelle course aussi prompte qu'impétueuse à telle courte distance. Des cris de rage répondirent à ses vociférations. L'ennemi reprenait ses esprit, nullement impressionné malgré les premières pertes. Et pour cause, la sentence et la conséquence quant au refus d'obéir, pour l'action inconsidérée du jeune Trevelyan et le meurtre des leurs, fut immédiate et implacable. Les hommes les plus proches de lui mus par la vengeance et la colère se déchaînèrent en nombre et à l'unisson sur Ser Harald, qui blessé sur sa monture à l'arrêt, encerclé sans qu'il n'ait rien eu le temps de manoeuvrer ou moins encore d'exécuter, se retrouva le premier condamné. Jeté violemment au sol comme un vulgaire mal-propre du cheval nerveux, il fut la première victime. Les dagues et les piques de la bande en loques tout autour de lui se levèrent alors et retombèrent ensemble pour une véritable boucherie, le chevalier au service des Trevelyan transpercé de part en part.
 
Et cependant qu'il agonisait affreusement, un peu plus loin Jaheira et Jaeghar croisant leur courses et faisant tournoyer vivement leur montures, quitte à faire déguerpir de l'un de l'autre les plus audacieux qui tentaient de les piquer sur leur arrières, continuaient dans une chevauchée désordonnée et un chaos épouvantable leur massacre. L'ennemi alors en surnombre bousculé, malmené, précipité par la rapidité du temps et la menace à chaque seconde de la fatalité qui les concernaient tous, pour peu qu'ils commettent une erreur, et surtout bien en peine d'arrêter les riches freluquets agités. La charge d'une cavalerie était une épreuve terrible pour un fantassin, oh ça oui ! Sans expérience du vrai combat sur un champs de bataille, les brigands venaient cruellement de l'apprendre à leur dépens. Une leçon qu'ils n'étaient pas près d'oublier pour leur prochaines embuscades et qu'ils accueillirent par une nouvelle orageuse mélodie de grognements haineux.
 
La bande de voyous réussit enfin toutefois à se réorganiser, ayant finalement encerclé les deux gamins entêtés et brisé définitivement leur élan. Or une monture à l'arrêt était tout bonnement inutile. Et les deux chenapans unis en un qui se consultèrent à peine du regard, animés par une compréhension mutuelle et tout à fait conscients du désavantage à demeurer en selle, démontèrent ensemble, sans lambiner et lame au poing, prêt à défendre chèrement leur vies. Les chevaux ayant rempli leur rôle, livrés désormais à eux-mêmes, abandonnèrent immédiatement leur maîtres qui se tenaient prêt à accueillir dignement leur opposants. 
 
Si les brigands avaient espéré que leur mise à pied forcée mettrait un terme au péril que ceux-ci représentaient, ils déchantèrent bien vite, stupéfaits. Tombés à bas des montures côte à côte et flanc contre flanc sur le sol, le duo Trevelyan impitoyable repoussa tous les assauts, sans jamais se laisser encercler, la danse macabre poursuivie sur tout l'étendu du terrain qu'ils mettaient à leur profit, s'abritant un à un derrière chaque arbre pour se protéger d'un énième coups lancé dans la plus grande rage. Les assaillants encore debout et indemnes carrément réduits de moitié étaient encore soutenus par les bienfaits du nombre cependant, mais il n'étaient clairement pas des soldats, n'avaient guère pour habitude de rencontrer si farouche résistance ni celle de batailler ensemble avec discipline. Fichtrement incapable de profiter de leur avantage au final. Leur jeunes adversaires entraînés depuis l'enfance par l'élite désarmaient sans peine les plus audacieux et les plus imprudents en les privant d'une main, ou vidaient de leur entrailles les plus paralysés de peur en leur ouvrant le ventre d'une seule et profonde estafilade. Un combat extraordinaire !
 
Les hommes dans un fracas étourdissant avaient beau bondir, ruer et tournoyer autour des deux adolescents, faisant pleuvoir leur coups en désordre, gaspillant énormément d'énergie, Jaeghar et Jaheira toujours maîtres d'eux mêmes ne s'en laissaient jamais compter. Un assaut de pillards désorganisés, que dans leur habitude de jouter à l'unisson contre le maître d'armes, ils déjouèrent avec une telle méthode, une telle efficacité, que Jaheira prise de fièvre, ne put se retenir d'éclater de rire en plein milieu du combat. Momentanément libre de tout autre opposant, elle se retrouva soudain confrontée au chef de la bande, Syril, armée d'une pique. Elle parait toujours aisément ses coups malhabiles, une fois, deux fois, trois fois, en détournant la pointe de sa lance. Puis l'esquivant soudain d'un bon d'entrechat, elle se jeta aussitôt sur lui pour frapper son flanc découvert alors que le grand barbu déséquilibré par sa position chancelante en surextension, blessé par son redoutable adversaire, affalait un genoux au sol. Jaheira sans attendre lui planta profondément sa dague brusquement sortie de sa hanche en pleine bouche. Ce fut alors la fin de tout.
 
Conscients de leur désavantage flagrant au combat contre ces gamins dignes des plus grands chevaliers, puis surtout ébranlés par la mort de Syril, la terreur s'empara des derniers bandits. Ils n'avaient pas à faire à des gosses, mais à des démons. Sans peur, sans failles, bien plus endurants qu'eux, valant à eux seuls toute une armée, plus effroyables que la mort elle-même. Ainsi, sans demander leur restes, les derniers des brigands tournèrent les talons, se débandèrent au plus vite.

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#11
The dead fish

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Ainsi se déroulèrent les faits. Telle est la retranscription la plus fidèle de ce qui s'était déroulée ce jour là. /
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Quoi qu'il en soit, cet incident marqua le retour en grâce de Jaeghar auprès de son père affamé des plus infimes détails sur l'escarmouche, Lord Randyll ayant appris comme tout le monde ses exploits. Exploits qui marquèrent la renaissance de son fils, ou plutôt sa seconde et véritable naissance sous le regard paternel. Car le noble voyait le dernier de ses rejetons pour la première fois depuis presque 15 ans, l'année où l'inquisiteur était venu au monde. Lord Randyll souriait alors, s'épanchait en compliments et félicitations, mais aussi en prières à l'égard du créateur, le remerciant sans fin ni cesse d'avoir sauvé ses dernier nés et de les avoir laissé grandir afin qu'ils fassent la preuve de leur valeur, comme il l'avait tant désiré, et comme cela avait pu finalement arrivé au retour de leur longue promenade. Le seigneur et maître du fief n'avait jamais semblé si heureux que durant ces jours-ci. Lord Randyll paraissait presque exalté. Honteux d'avoir traité son fils comme le pire des chiens, le Bann ne s'y laisserait jamais prendre à nouveau, soutenant toujours son fils envers et contre tout, quoi qu'il put commettre, en bien ou en mal. Ainsi était Lord Randyll, jamais de demi-mesure dans ce qu'il pouvait ressentir, que ce soit l'amour, le mépris, la gratitude, la fierté ou la haine. 
 
Jaheira et Jaeghar furent ainsi accueillis en héros, tous les soldats et le personnel domestique du domaine les acclamèrent bruyamment, de l'intendant à la lavandière, une grande fête leur fit place ! Grande tante Lucille et bien d'autres firent même le déplacement pour les voir et les complimenter. Jamais le sourire n'avait si facilement paru chez les Trevelyan. Les deux jouvenceaux à respectivement seize et quatorze ans avaient fait la fierté et l'honneur du clan, ils avaient démontré selon les plus grandiloquents des leurs, qu'un Trevelyan avait la peau dure et que nul ne pouvait s'en prendre à eux sans le regretter chèrement. 
 
L'événement mit un terme à l'ostracisme de Jaeghar, qui avait duré un an, et tous finirent par éprouver un sacré respect pour lui.Tous les cousins qui aspiraient à devenir templier le révérèrent et le félicitèrent. Oublié le désastre de ses épousailles, son retour pitoyable d'Orlais, et les moqueries derrière son dos. Le fossé entre Lord Randyll et Lady Armanne fut comblé également, le couple ayant retrouvé son harmonie coutumière, ce passé honteux définitivement derrière eux. Les frères et soeurs aînés aussi enthousiastes que tous les autres devant la prouesse martiale accomplie, unanimement unis autour des derniers nés qui les impressionnèrent. Sans la moindre jalousie, avec un véritable esprit fraternel, ce qui n'était jamais arrivé par le passé. Cette même fraternité dont l'esprit avait triomphé sur l'adversité dans la forêt, et la famille victorieuse sur les conflits internes, qui définitivement ressoudée, ne se laisserait plus éparpillée par quelconque autre infortune. La solidarité devait primer sur tout le reste. 
 
On retrouva les brigands ayant survécu au massacre et ceux en fuite, pourchassés avec détermination par les troupes du Bann. Ils furent dénudés, fouettés jusqu'à ce que la chair ait entièrement disparu de leur dos, et tous furent pendus personnellement par Lord Randyll qui fit ensuite mettre leur têtes sur des piques au-dessus des remparts du domaine. Un avertissement à ses ennemis et rivaux, mais aussi à tous ceux qui oseraient s'en prendre à leur famille. Dans le même temps le Bann fit renvoyer les quelques soldats et le maître d'armes pour ce qu'ils avaient échoué à protéger ses enfants, sous l'instance de Lady Armanne qui, venimeuse à leur propos, s'offusquait rageusement de cette faute incroyable. Le maître d'armes aussi y compris, oui, Ser Harald, ayant miraculeusement survécu grâce à sa côte de maille sous lui et les armes rouillés de leur ennemi. Un chevalier fidèle qui fut pourtant la victime de l'action inconsidérée de Jaeghar, un homme qui avait surtout pensé à sauver les enfants, dans des conditions extrêmement difficiles. Mais cette loyale pensée ne lui fit aucun bien et n'influa d'aucune manière sur la décision du seigneur et maître du domaine. Lord Randyll ne lui pardonnait guère d'avoir laissé ses gosses se défendre seul, désarmé et tombé comme une fillette sans même prendre part au combat. Il n'avait plus confiance en ce chevalier déchu. C'était fini pour lui. Il serait remplacé.
 
Les 15 ans fêtés de Jaeghar seulement quelques jours plus t*rd au mois de Drakonis furent les plus chaleureux qu'il ait jamais vécu, après l'incident. Et à table, au détour d'un grand rassemblement de la famille et des serviteurs, alors que l'alcool s'écoulait à flot, que les joues rougissaient de plaisir et que les visages rayonnaient, Jaheira s'était mise debout et placée au centre du monde massée entre les grands murs, dans le silence soudain, pour porter un toast à son frère.
 
<< Bon anniversaire petit frère ! T'es un homme fait maintenant ! >>
 
 Et comme pour se moquer, hilare et pompette, Jaheira l'enfant chérie de son père leva haut son verre et cria à la cantonade :
 
<< A Jaeghar, le brav'tromp la mort ! >>  Et tous éclatèrent de rire, tandis que le concerné rougissait comme une pucelle, la grande salle festive retentissant d'un tonnerre d'applaudissements, de clameurs appréciateurs, de couverts qu'on faisait tinter contre les verres et de bottes qui frappaient durement le sol à répétition.
 
Et Lord Randyll. Oui y compris Lord Randyll éclata de rire, un rire si franc et si fort, qu'il couvrit tous ceux de toutes les personnes ici présentes. 

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#12
The dead fish

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9:29 à 9:32, 15/18 ans. 
 
 
Après le désastre de ses épousailles, et l'année qui suivit, son exploit guerrier ainsi que l'audace de son courage qui lui permirent un retour en grâce auprès de Lord Randyll, tandis que son étoile brillait soudain et que tous le traitaient avec bienveillance au domaine seigneurial, les quelques années qui se succédèrent furent des plus sereines pour Jaeghar le brav'tromp la mort. La vie chez les Trevelyan après le brusque déferlement de joie et de fierté avait peu à peu repris son cours, même si certaines choses avaient définitivement changé pour l'adolescent. Il épousait pleinement désormais, épée au côté, sa nouvelle place admise aux conseils de son père auprès de ses aînés, se mêlait joyeusement et passionnément aux intrigues et coups tordus de sa mère, jouissait pleinement de ses privilèges, sans jamais délaisser ses études qu'il cultivait avec la plus grande rigueur. Le jeune noble arpentait également très souvent les couloirs de la chantrie d'Ostwick seul à seul avec son père dont les relations avec lui s'étaient singulièrement améliorées, pour venir en écouter les prêches et se recueillir devant la statue d'Andrasté, rencontrer ses cousins et cousines parmi les frères et les soeurs ou alors apprentis-templiers. 
 
Et quelle vie que la sienne en effet ! Des plus banales et des plus aventureuses en même temps, des plus douces et des plus piquantes pour le jeune garçon devenu un homme fait à la taille imposante et aux membres déliés durant cette période. Jaeghar plein de fougue et de présomption, dévoré d'une passion brûlante derrière ses atours de fausse réserve et ce sempiternel sourire sardonique aux lèvres dont il avait le secret, sous ce regard sombre intense, confiant, et calme qu'il vous lançait avec presque impertinence. Un mâle aux nouvelles hormones qui explosèrent dans toute leur intensité, celles-ci comme vengeresses d'avoir été si longtemps ignorées et refoulées après la trahison de Marie de Montesquin, les yeux du jeune Trevelyan soudain ouverts sur son environnement, et les trésors qu'il recelait. Servantes, lavandières, filles des cuisines, filles de l'intendant, de paysans ou celles des invités de haut rang de père et mère; Jaeghar ne jurait désormais que par les femmes, se retrouvant parfois dans les situations les plus rocambolesques.
 
Jaeghar avait mûri, Jaeghar était devenu un fier guerrier dont la réputation naissante n'avait pu que le grandir aux yeux des minettes qui lui faisaient les yeux doux en riant quand elle le croisaient dans les couloirs. Et lorsque Jaeghar se retournait tout en affectant une fausse réserve pour les contempler et leur sourire, celles-ci rougissaient et se remettaient à rire entre elles. Jaeghar, le faux timide audacieux et charmeur qui n'avait plu jamais entretenu de liaison toute affective ou charnelle depuis ses treize ans, s'autorisait désormais à prendre son pied au lit, et pas toujours en respectant les conventions sociales. Il ne demandait pas forcément l'autorisation aux parents qui servaient le seigneur son père. A dire vrai il ne s'en était jamais soucié. 
 
Ce fut bel et bien la période de l'insouciance, pleine et entière, des amourettes, du libertinage pour le jeune homme, ô doux seigneur amant, ô combien aventureux. Tout petit on se souvient qu'il en redemandait en câlins et poutounes auprès des bonnes garces et sa nourrice, il semblait être revenu aux sources de son comportement enfantin, si toutefois l'innocence avait bel et bien disparu. Bien souvent, de sous les draps, une présence féminine nue se révélait et se découvrait lentement pour s'agenouiller sur le lit et atterrir tout juste derrière lui, s'appuyant sur son dos, la tête s'y logeant également, pour l'envelopper tendrement de ses bras. Jaeghar se retournait alors, souriant affectueusement, les yeux emplis de malice et traversé d'un éclair de complicité. Bien des servantes avaient été au delà de leur condition, - avec l'indulgence parentale - traitées comme des princesses, et uniquement parce qu'elles avaient plu au petit seigneur et qu'il les affectionnait.
 
Un nouveau monde s'ouvrit aussi au jeune Trevelyan à cette période de son existence, un peu moins léger et inoffensif que le printemps de l'amour et les jouissances du plaisir charnel. Il s'agissait de l'univers implacable de sa mère, la dame d'Ostwick qui tint à éduquer le jeune homme sur la façon de vaincre ses ennemis à coups de paroles, par la sournoiserie et la subtilité, grâce au charisme et à grand renfort de séduction, avec l'esprit le moins scrupuleux et le plus fin possible. Et tout de go, épris de de ce nouveau domaine qu'il trouvait aussi raffiné qu'amusant, pas moins dangereux qu'un combat sur un champs de bataille, Jaeghar se forma à l'art de la courtisanerie au travers de bals organisés, de participation directe aux négociations d'affaires aux côtés de Lady Armanne, de contributions aux colloques politiques ou aux dîners importants avec seigneurs et dames, bannerets et rivaux. Il fut même présenté au Tyern, maître d'Ostwick, lequel les Trevelyan avaient juré de servir en tant que banns sous son autorité.
 
Grandement influencé par sa mère et son ordinaire, Jaeghar gagna ainsi en finesse, en férocité pour ses ennemis et rivaux, aussi impitoyable envers ceux qui se mettraient en travers de son chemin. Il saurait en outre user sans vergogne de calcul si cela pouvait servir ses intérêts opportunistes et ses ambitions les plus secrètes. Une dimension et une préférence chez Lady Armanne directement transmises à son dernier fils qu'elle chérissait plus que tout autre de ses enfants, usages qui seraient bien utile au messager d'Andrasté lorsqu'il mènerait l'inquisition face à l'adversité. Mais le trait de caractère le plus tranchant qui s'affirma fortement chez Jaeghar, fut sans conteste l''accomplissement du devoir et l'exigence de la discipline, quelque soit les sacrifices, qu'il prenait toujours très au sérieux. Il était aussi dur envers lui même qu'à l'égard des autres sur ce point. Pour Jaeghar, dont la philosophie était toute simple, il fallait tout autant profiter au suprême degré de sa chance, des privilèges et des plaisirs divers permis à chacun que tout donner de soi lorsqu'il s'agissait de mettre la main à la pâte. Il revêtait toujours alors une dureté exemplaire quand indéniablement les sujets concernaient les affaires les plus difficiles, non sans que cela soit pimenté de temps à autre de cet humour noir qui ne le quittait jamais vraiment. 
 
Toutes ces activités et ces distractions ne le détournèrent pas du plus important à ses yeux cependant. Jaeghar poursuivit plus que jamais une formation des plus martiales et des plus assidus. Un entraînement quotidien plus ardu encore, plus rigide, plus développé, plus perfectionné, plus technique que par le passé. Tout ça sous l'égide de son nouveau maître d'armes d'une sévérité presque sadique, offert en récompense à ses prouesses contre les bandits aux côtés de sa soeur. Jaheira que d'ailleurs dans sa soif d'apprendre et sa soif de la dépasser le jeune loup vainquit finalement au cours d'un combat mémorable, prenant définitivement l'ascendant sur elle. Mais cela ne suffisait pas aux yeux de l'insatiable et du présomptueux, brûlant d'un feu que rien ne pouvait plus apaiser depuis qu'il s'était découvert en progression constante, avec des résultats percutants. Jaeghar se voulait plus fort que tout le monde, de manière incontesté. Il n'avait qu'un rêve, qu'un but, un espoir, devenir la plus fine lame du fief du seigneur son père. Et en cela la nouvelle raison de son acharnement à la discipline des armes fut le propre capitaine de la garde personnelle de Lord Randyll. Son meilleur et son plus dangereux combattant, Ilda Hulgaard, monstruosité de hauteur, au physique aussi impressionnant qu'effrayant, tout en muscles et en cicatrices, équipé d'un immense estramaçon que tous ceux qui osaient s'opposer à elle redoutaient par dessus tout. 
 
Et ils n''étaient pas nombreux à vouloir affronter cette femme qui n'avait de sympathie ni d'amour pour personne, soucieuse seulement de son précieux honneur, quitte à ce que cela puisse la mener à tuer délibérément, car elle était d'une susceptibilité toute mortelle. Nul ne serait assez fou pour se risquer à l'offenser cependant sauf si le malheureux tenait seulement à quitter cette terre. Elle ne respectait que le courage et les prouesses au combat. Ilda était aussi dure et violente, qu'endurante et dotée d'une force presque abominable. Pour cette ancienne mercenaire fereldienne farouchement loyale à Lord Randyll, chaque joute était un combat à mort, et s'entraîner avec elle revenait souvent à finir avec quelques os brisés ou devenir estropié, destin funeste qui avait durement achevé la carrière de certains. Peu de compassion pour les faibles, pour les gens qui se plaignaient, pour tous ceux qui ne pouvaient pas lui résister plus de quelques secondes, quitte à ce que plus personne ne veuille s'entraîner avec cette brute malgré ses féroces demandes répétées. Telle était la géante Hulgaard. Jaeghar lui aussi en avait peur, et c'était justement ce qui le motivait à vouloir la défier, - à la grande hilarité de Jaheira qui le prenait pour un fou - ça et le danger qu'il l'attirait toujours mystérieusement, ainsi que la gloire qui en résulterait. Car vaincre cette montagne que d'aucuns prétendaient presque invincible signifiait qu'il pourrait atteindre des hauteurs jamais atteintes.
 
Et il avait pour l'aider à accomplir son projet fou et son ambition démesurée, son nouveau maître d'armes, François de Circey, recommandé personnellement par un ami, intrépide guerrier en son temps, de Lord Randyll. Celui qui avait remplacé le bon et pauvre Ser Harald. François de Circey alors ancien chevalier orlésien déserteur ayant participé aux campagnes fereldiennes, vainqueur du Grand Tourney des marches libres en son temps. Un homme qui faisait la preuve d'une technique sans faille, visant toujours sans aucun souci de l'honneur au plus efficace sur ses adversaires, précis et avare dans ses gestes, l'oeil si aigu pour repérer et piquer immédiatement toute faiblesse dans une armure. Le vieux lion peu impressionnable et des plus humbles connaissait l'entraînement et la discipline des chevaliers d'Orlais, les meilleurs fantassins du monde. Il les avait éprouvé durant sa jeunesse. Sans souci aucun du secret professionnel pour la faction à laquelle il avait jadis appartenu et qu'il en était venu à haïr à cause de leur actions qu'il considérait douteuses, immorales et parfois même criminelles, le chevalier déchu s'échinerait à appliquer rigoureusement et au plus proche possible le même entrainement aux deux derniers nés de Lord Randyll.  Les enfants dignes de son attention, le logement confortable et la paye excellente, il leur enseignerait tous les secrets de ses techniques apprises auprès de la formation la plus redoutée et la plus célèbre du continent. 
 
Ce nouveau maître d'armes acquis, peu connu et d'origine obscure y serait alors pour beaucoup quant au passage important de Jaeghar, d'excellent compétiteur à bretteur hors-pair en duel et spécialiste du combat au bouclier dans la mêlée générale, ce dernier monstrueusement endurci, aux talents plus perfectionnés encore, par les plus merveilleuses et cruelles leçons du chevalier déchu. 

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