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Petite fan-fic... o3o;


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28 réponses à ce sujet

#1
Fufunette

Fufunette
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Salut à tous.
 
Ça fait longtemps que j'ai envie d'écrire l'histoire de ma warden. Très très longtemps. Mais je n'ai jamais osé, ni pris le temps de le faire. Je ne suis pas particulièrement douée en écriture, et je suis loin de lire autant que je le devrais... ¬_¬
Donc il est probable, certain même, que ma fan fic ne soit pas très intéressante, ni même agréable à lire. Pour cela je m'en excuse d'avance..
Malgré cela, si il y en a encore qui ont la patience et le courage (et une infinie bonté) de me lire, surtout, ne vous retenez pas sur les critiques et conseils. Je ne suis pas du genre à me vexer, mais plutôt à prendre des notes. Donc allez-y lâchez vous ! (°ロ°)☝
 
Hm aussi comme j'aime bien (beaucoup) les cross-over, il est ... possible que j'utilise certains éléments d'autres univers dans mon histoire. Rien de trop grotesque hein. Je sais me tenir. Mais je préfère prévenir quand même.

Edit : J'ai oublié de préciser qu'il y aura pas mal de changements avec l'histoire principale. Pour le fun. :P
 
Aussi je sais que mon histoire ne prend pas place dans Inquisition, et n'a donc en fait strictement rien à faire ici. D'ailleurs j'avais à la base l'intention de la poster au bon endroit. Sauf que je me suis rendue compte que le forum des fan-arts de DAO est relativement... vide, depuis un bail. Je me permet donc de squatter celui d'Inquisition. Néanmoins, si nos magnifiques, adorables et si intelligents modérateurs préfèrent que je poste ma fic dans le forum de DAO, je le ferai ! ( ;´Д`)
Ai-je bien préciser combien nos modérateurs sont magnifiques ? Oui? Bah je le redis ! (☞゚∀゚)☞
 

 
Edit :

 

Je voulais faire une illustration par chapitre, mais ayant beaucoup (trop) d'activités, et les journées ne comportant pas suffisamment d'heures, je n'arrive pas à rester à jour. >.< Ça m'apprendra à avoir les yeux plus gros que le ventre!

Du coup je posterai quelques dessins, déjà pour présenter les protagonistes. Bon ceux du jeu c'est pas vraiment la peine, mais au moins les originaux.

Et des petites illustrations... Dès que je peux.

 

Personnages :

 

Flore

 

enfant                                                           apprentie

child_flore_by_fufunette-d96mizv.jpgflore_apprentice_by_fufunette-d96t8v6.jp

Garde des ombres

flore_grey_warden_by_fufunette-d96tkdu.j


  • Doloriss, The dead fish et Mirlina aiment ceci

#2
holly_lola

holly_lola
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Ca m'a mis les frissons à la fin :)
J'attends la suite !

#3
Mirlina

Mirlina
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Je ne peux que te conseiller de poursuivre, car cela donne envie.

ça pourrait me donner des envies d'écrire aussi sur cette saga...



#4
holly_lola

holly_lola
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Tu as rajouté le dessin ??
Je lui pas vu avant, il est superbe
/bave

#5
Fufunette

Fufunette
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Merci énormément pour vos encouragements ! :) Et oui, j'aimerais accompagner mes chapitres d'une petite illustration. En fait les chapitres 2 et 3 sont déjà écrits et corrigés. Mais je bute sur l'illustration du chap 2... >.<

J... J'ai jamais été douée pour dessiner des armures...



#6
Fufunette

Fufunette
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Chapitre 1

Requiem pour l'innocence : Partie 1

 

 

La journée était torride, même pour un été. Le chant des cigales raisonnait dans l'esprit du templier Greagoir, comme des coups de tonnerre qui amplifiaient son mal de crâne. Sur les traces d'un réseau de maléficiens opérant à la lisière des terres sauvages de Korcari, lui et son équipe suivaient les maigres traces qui n'avaient pas encore été effacées par le vent sec, ou quelque bête sauvage en quête de nourriture. Les restes d'un feu de camp et une maisonnette bandonnée, récemment investie d'un groupe d'individus, les conduisirent jusqu'à un village Chasind. Ce peuple se montrait particulièrement hostile envers toute forme d'autorité représentant la civilisation qu'ils se refusaient à adhérer. Outre la fournaise qui alourdissait leurs armures, ce qui en combat pouvait s'avérer relativement désavantageux, l'emblème de l'ordre que leurs plastrons arboraient fièrement, n'invitait pas à la coopération des autochtones.

 

Le chevalier-capitaine Iven ordonna au lieutenant Jarel de questionner les villageois. Malgré la méfiance que leur inspirait l'ordre, le lieutenant possédait des compétences sociales telles qu'il était capable d'arracher la vérité à un vieil obstiné d'un seul sourire. Son air innocent lui permis d'approcher un petit groupe de femmes attroupées sur la place du village. En dépit de leur inquiétude, elles se laissèrent séduire par les manières du beau et fringant soldat.

Pendant ce temps, le chevalier-capitaine et Greagoir  arpentèrent les quelques petites ruelles misérables du village. La nature y était partout incrustée, à telle point qu'ils s'attendaient à apercevoir des arbres poussant des maisons mêmes. La plupart des villageois les fuyaient, refermant sèchement les portes et volets sur leur passage. Les ruelles désertes et le vent sec ajoutaient au malaise ambiant.

 

Les templiers se retrouvèrent sur la place du village, quasiment vidée de ses habitants.

"Avez vous pu découvrir le moindre indice auprès de ces gens ?" Le ton du chevalier-capitaine trahissait son dégoût envers ce peuple qu'il qualifiait souvent de barbare, voire même de primitif.

"Pas vraiment, non. Mais quelque chose les effraie, je peux le sentir. Je ne saurais dire quoi en revanche." Le lieutenant répondit le regard perdu dans le vague, trop absorbé par la tâche qui lui avait été confiée, ne prêtant pas attention à l'aversion de son supérieur.

Greagoir profita d'un instant de silence pour intervenir. "Les ... Chasinds ont certaines affinités avec la magie. J'imagine donc que notre venue n'a rien de rassurant à leurs yeux." Le regard froid et sévère du chevalier-capitaine suffisait à le déstabiliser. Comme si la moindre mauvaise réponse pouvait conduire à son exécution en place publique.

"Non, il y a autre chose." Répondit presque instantanément le lieutenant, comme pour éviter qu'Iven n'abreuve Greagoir de sarcasmes. Il se retournât ensuite vers lui. "Devra-t-on passer la nuit ici ?"

"Il nous faut découvrir ce que ces gens cachent. Notre mission est bien trop importante, ne laissez aucun détail vous échapper. Usez de toute la ... diplomatie nécessaire." Il souligna sa pause d'un rictus qui en dit long sur ses arrières pensées.

"De mon côté, je vais continuer mes recherches auprès des dames de ce charmant village. L'une d'entre elles finira bien par craquer." Entre eux, l'air innocent du lieutenant laissait place à une espièglerie presque malsaine.



#7
MiSS Provencale

MiSS Provencale
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Tu as une très bonne plume!!! Continue comme ça on veut la suite ;) ;)



#8
Fufunette

Fufunette
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Merci beaucoup ça me fais vraiment plaisir de lire ça. ^^ Je suis désolée d'être aussi lente, mais comme j'ai très peu d'expérience en écriture, le moindre paragraphe me prend un temps fou à écrire. >.<

 

 

Chapitre 1

Requiem pour l'innocence : Partie 2

 

 

Le lieutenant Jarel rejoignit ses compagnons à la seule auberge du village afin de faire part de ses maigres découvertes. A peine eut-il traversé le pas de la porte que le chevalier-capitaine Iven s'enquerra de ses probables nouvelles informations.

"J'ai bien réussis à faire parler l'une d'entre elles. Mais tout ce que j'ai pu apprendre, c'est qu'il y a deux nuits, des cris ont été émis depuis une vielle bâtisse qui sert d’entrepôt, à la sortie Ouest du village. Mais... Personne n'a osé s'en approcher depuis." Le lieutenant marqua une pause, attendant que ses collègues ne révèlent à leur tour leurs découvertes du jour.

Greagoir prit alors la parole. "J'ai inspecté une maison en ruine en plein cœur du village. Elle était vide, mais il restait des marques d'activités récentes. Comme si ses occupants l'avaient abandonnée précipitamment. Je soupçonne cette ruine d'être une sorte de laboratoire de fortune."

"Pour des maléficiens ?" S'interrogea le lieutenant.

"Difficile à dire. Ce pourrait être pour de simples herboristes, autant que pour des maléficiens. Tout était vide et il n'y avait aucune trace de magie suspecte."

"Il est évident qu'un évènement majeur s'est produit ici." Commenta le chevalier-capitaine d'un air soucieux.

"Les habitants ne vous ont rien révélé à vous capitaine ?" Le lieutenant arborait un sourire malicieux tout en scrutant la réaction de son supérieur. De toute évidence, ces deux-là étaient suffisamment proches pour que le lieutenant puisse se permettre de plaisanter à son sujet, sans que celui-ci n'ait à craindre pour sa vie.

Le chevalier-capitaine répondit d'un grognement faussement menaçant, alors que le lieutenant se permit d'échanger un clin-d’œil avec Greagoir, en signe de complicité.

 

Iven coupa court à toute plaisanterie en rattachant son fourreau à sa ceinture. "Il n'y a pas de temps à perdre. Chaque minute de perdue ici nous éloigne encore un peu plus de nos cibles." Son regard brûlait de détermination. Ces longues années à traquer et combattre toutes sortes de mages et autres sorciers firent de lui un guerrier et un tacticien sans égal. Sa carrure imposante inspirait un respect naturel, presque instinctif, autant de la part de ses confrères que des étrangers à l'ordre.

"Hum, une nuit blanche supplémentaire. Quel régal!" Ponctua Jarel en haussant les épaules en direction de Greagoir, qui raccrochait ses gantelets.

 


Le village désert baignait dans les ténèbres, uniquement éclairé par les faibles rayons lunaires, qui peinaient à se frayer un passage à travers les nuages sombres. Le groupe de templiers traversa le village en direction de l'entrepôt qu'ils devraient inspecter.

A mesure qu'ils approchaient, la nature se faisait plus discrète. Les cigales  se turent, les oiseaux restèrent prostré dans des branches inanimées, les bêtes sauvages, d'ordinaire en quête perpétuelle de proies, n'osèrent répondre à leur instinct de chasseur. La chaleur de la journée avait laissé place à un froid glacial dont les brises étaient telles des coups de fouet.

 

Soudain Greagoir s'arrêta. Iven et Jarel se retournèrent vers lui, mais ils savaient intimement ce qui perturbait leur collègue templier. De faibles murmures coulaient à travers les spectres des gigantesques ifs, qui les surplombaient.

"N'y prêtes pas attention. C'est une ruse des démons pour t'attirer dans leur toile." La voix de Jarel résonnait, brisant le repos du bois qui les avait engloutis.

"Je sais" répondit Greagoir. "Mais il y a quelque chose d'autre."

"On nous observe" interrompit Iven. Ces brèves paroles les plongèrent dans une torpeur qui les immobilisa.

Le temps semblait figé. Le froid sec emplissait leurs poumons. Le feuillage touffu des ifs bloquait presque entièrement la lumière lunaire, plongeant le bois dans une pénombre  absolue. La torche que tenait Jarel menaçait de succomber à chaque courant d'air.

"Continuons, je n'ai aucune envie de m'attarder dans ce bois lugubre." Jarel peinait à dissimuler sa terreur. Les deux autres templiers acquiescèrent du regard, et reprirent leur route avec hâte.

 

Ils finirent par entrevoir une vielle bâtisse, cernée de ruines provenant d'un âge bien trop lointain pour clamer la propriété des lieux. Motivés par leur découverte, ils pressèrent le pas, quand Greagoir entendit une voix familière au loin. Il se retourna, mais ne pu contempler que le néant. Il hésita un moment avant de rejoindre ses compagnons. Toutefois, ceux-ci avaient disparu.

 

Les ténèbres l'engloutirent instantanément.  Aveugle et désorienté, il se mit à crier les noms de ses compagnons. Mais seul l'écho de sa voix lui répondit. Soudain, la silhouette d'une femme apparut. Ses long cheveux lévitaient, sa robe déchirée virevoltait, et ses bras pendaient le long de son corps. Elle avançait lentement, en exhalant d'étranges sons animaux.

 

A mesure qu'elle s'approchait, son visage se découvrit, permettant à Greagoir de la reconnaître. Les yeux écarquillés par la stupeur, les membres figés par l'effarement, il ne pu émettre le moindre son.  La silhouette étreignit l'armure du templier de ses bras frêles et translucides. Peu à peu, la pression qu'elle exerçait plongea son coeur dans une douleur ancienne.  La souffrance engendrée par la mort de la seule femme qu'il sut aimer. Les larmes commencèrent à couler le long de ses pommettes durcies par des années de tourments.

Un choix s'offrit spontanément dans l'esprit de Greagoir. Endurer sa peine de son vivant, ou bien se laisser bercer par la douceur du repos.

 


Les flammes de l'incendie se répandirent comme une traînée de poudre, dévorant tout sur leur passage.  Iven se tenait au centre de cette fournaise, cerné de cadavres rampant sur le sol. La main carbonisée d'une fillette agrippa un bout de sa toge en soie rouge. Il plongea ses yeux dans les siens, mais n’y vit se refléter que la mort.

 

Soudain, une silhouette lumineuse sortit des flammes et entonna une incantation en agitant ses bras dans les airs. Iven savait ce qui en résulterait. Son visage avait été marqué par les flammes il y a de nombreuses années de cela. Il n'eut aucun mal à reconnaître le maléficien qu'il poursuivit durant de longs mois, et qui causa la mort de son équipe, ainsi que la destruction d'un village tout entier. L'incantation propulsa une gigantesque boule de feu sur Iven, le plongeant dans des flammes d'une chaleur intense. La douleur était insoutenable. Hurlant de rage, il se lança alors vers la silhouette du mage, fondant de tout son poids sur lui. Ils atterrirent dans un étang qui soulagea Iven de son agonie. Il se releva tout en empoignant le col de la robe du mage, puis le roua de coups. Il expulsa toute sa rage à travers ses poings, hurlant les noms de toutes les victimes du maléficien, dont le crâne finit par se rompre. Le sang gicla sur le visage d'Iven, défiguré par les brûlures et la souffrance. La sensation de liquide chaud sur sa peau amoindrit alors sa rage. Il se tenait sur le corps inerte et translucide de ce mage, qu'il haïssait de tout son être. Les larmes du vieux templier se mêlèrent à l'eau et au sang, quand le cadavre tira un horrible sourire de satisfaction.


C'est alors que tout disparut. Iven se tenait devant du vide. Il n'était ni souillé par le sang, ni blessé par le feu. Il lui fallut un moment avant de réaliser que tout ceci n'avait été qu'une illusion. Une illusion pourtant si réelle. Il se tourna lentement vers la torche qui était couchée sur le sol. Sa lueur avait fortement faibli, accusant le temps qu'ils avaient passé prisonnier de ce tourment. Il aperçut alors Greagoir, recroquevillé sur lui même, le regard plongé dans le vague. Iven prit son temps pour se relever, et déglutit longuement avant de pouvoir émettre un son.

"Et Jarel?"

Greagoir leva les yeux vers lui lentement. Il lui fallut quelques minutes avant de répondre en secouant la tête. Tout ce qu'il restait de Jarel, c’était cette torche, sur le point de s'éteindre.

"Je n'avais jamais rien vécu de tel. Quelle sorte de démon pourrait..." Greagoir ne put terminer sa phrase.

"Lèves toi. Nous devons mettre un terme à toutes ces horreurs. Nous seuls en sommes capable."

"Que faisons nous pour Jarel?"

"Qu'il repose en paix auprès du Créateur."

Un courant d'air vint mettre un terme à l'agonie de la flamme, dont une légère fumée s'éleva dans les airs, avant de s'évaporer dans le plus grand silence.



#9
Fufunette

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Chapitre 1

Requiem pour l'innocence : Partie 3

 

 

Par chance, la végétation était beaucoup moins dense aux alentours des ruines. Les rayons de la lune suffisaient à éclairer le peu de route qu'il leur restait à parcourir. Les murmures avaient cessé, mais la nature restait coi. Ils arrivèrent devant la vielle bâtisse qui devait servir d'entrepôt. Une âcre odeur de fer s'en dégageait.

 

A l'intérieur, l'odeur se fît plus insoutenable encore. Ils enfilèrent leurs heaumes pour l'atténuer. Plus ils progressaient, plus l'odeur était irritante. Ils finirent alors par trouver des restes humains, éparpillés un peu partout, baignant dans de gigantesques flaques de sang. Les mouches et autres vermines régnaient dans cet enfer d'immondices. Les murs, parfois même les plafonds, étaient tâchés de sang et incrustés de restes indescriptibles.

"Par le Créateur..." souffla Greagoir à travers les fentes de son heaume.

Ils s'arrêtèrent devant un escalier.

"On se sépare. Toi en haut, moi je continue en bas."

Greagoir approuva d'un signe de tête ferme, quand Iven lui saisit l'épaule.

"Au moindre problème, tu cries. Je ne veux pas d'un mort pour héros."

"Je ne suis pas un héros."

Ils échangèrent un dernier regard avant de se séparer.

Greagoir devait se tenir à la rampe et au mur pour ne pas glisser sur le sang qui s'écoulait sur les marches de l'escalier. Une fois arrivé en haut, il sursauta en faisant soudainement face à un cadavre tordu d'une façon totalement improbable. D'aucun dirait que cette chose - qui fut autrefois sans doute un être humain ou un elfe - devait être invertébré pour avoir été plié ainsi. Il dû reprendre son souffle avant de pouvoir continuer ses recherches calmement.

Quant à Iven, c'est un tout autre spectacle qui s'offrit à lui. Alors qu'il pénétrait ce qui devait être le coeur de la bâtisse, il trouva une petite elfe assise au beau milieu de la pièce. Baignant dans le sang, entourée de cadavres horriblement mutilés, comme tous les autres. Celui d'une autre enfant gisait à ses pieds, intact mais inerte. La petite elfe ne portait qu'une tunique usée, trouée et tâchée. Elle fixait le cadavre de l'enfant d'un regard vitreux.

 

Iven s'avança prudemment, scrutant la pièce à la recherche du moindre piège. Chacun de ses pas l'éclaboussa, et le sang vint se répandre sur ses grèves et sur sa longue toge. L'enfant restait inexpressive, ne réagissant aucunement à la présence du templier. L'épée dégainée, il resta sur ses gardes, s'attendant à recevoir l'attaque d'un nouveau démon, ou d'un maléficien survivant. Il se pencha prudemment sur le cadavre de l'enfant, et la retourna doucement. C'était une elfe aussi. Malgré la crasse entassée sur la peau des petites, Iven comprit qu'il s'agissait là de soeurs jumelles.

"Je vois..." se dit-il, à l'affût du danger.

De légers murmures émergèrent des ténèbres, suivis de bruits de pas métalliques. C'était Greagoir qui revenait de son inspection.

"Il n'y a rien là haut, à part une réserve de fournitures. Je crois que..." Greagoir s'interrompit en apercevant la petite elfe derrière Iven. Il porta sa main au fourreau, et se mit en position de combat. "C'en est un ?"

"Aucune idée. Elle n'a pas réagi d'un pouce depuis mon arrivée."

"Ce qui pourrait être une ruse."

"Ou bien elle est simplement traumatisée."

"Ou alors c'est une abomination."

La tension était palpable. Les deux templiers se fixèrent un instant, campant sur leurs positions.

"Jarel s'est fait tuer par un démon. Elle aurait très bien pu l'avoir invoqué", dit Greagoir, brisant le silence pesant qui s'était installé.

"Je ne tuerais pas une enfant sur une supposition", grogna Iven.

"La chantrie la plus proche est à des semaines de marches. Nous n'avons strictement aucun moyen de nous assurer de son innocence."

Iven se leva soudainement pour faire face à son collègue. Il souffla un bon coup et se retourna vers la petite elfe, restée immobile et inexpressive. Il leva alors son épée au dessus d'elle et ajouta:

"Si elle en est une, elle se défendra. Sinon, son âme rejoindra le Créateur pour reposer en paix jusqu'à l'éternité."

La menace de mort imminente ne la fit pas réagir pour autant. Même lorsque l'épée du templier pourfendit l'air pour venir caresser le cou de l'enfant. Elle y perdit quelques mèches de cheveux, mais resta toujours éteinte.

C'est le souffle coupé que les deux hommes restèrent à la regarder, stupéfaits par son inertie.

"Bon, peut être est-elle innocente. Mais je ne serais pas rassuré tant qu'on ne l'aura pas faite examiner."

Iven rengaina son arme, détacha sa toge pour couvrir l'enfant et la prit dans ses bras.

"On rentre, notre quête est terminée."

Greagoir creusait une tombe pour la soeur, sous les premières lueur du soleil, tandis qu'Iven grattait la couche de crasse qui recouvrait le visage de l'enfant avec un bout de sa toge.

"Tient, mais on dirait qu'il y avait une petite fille là dessous. Je n'avais pas remarqué", chuchota-t-il. Elle ne réagit pas pour autant, mais la douceur et la chaleur l'envahit timidement. Elle ne comprenait pas les mots qui sortaient de sa bouche. Ce n'était que du bruit. Mais ce bruit ci était calme et rassurant.

 

Le chemin du retour fut plus serein. La nature semblait avoir repris ses droits, et les rayons du soleil venaient caresser leurs peaux pour les réchauffer, comme une récompense pour cette nuit de souffrances et de terreur. Iven tenait l'enfant au creux de ses bras, qui semblait hypnotisée par tout ce qui les entourait. Un moment, elle caressa les traces de brûlures qui défiguraient le visage de son porteur, de ses petits doigts fins et délicats. Elle semblait intriguée, pour peu qu'elle puisse exprimer de l'étonnement. Ses caresses lui arrachèrent un sourire timide. Malgré toute sa méfiance, Iven ne pu s'empêcher de s'attacher à cette adorable créature.

 

Une fois arrivé à l'auberge, il lui fit prendre un bain, et s'aperçut que le corps de la petite elfe était couvert de marques de coups, de violences. Témoignant de l'horreur qu'elle avait vécu jusqu'à ce jour. Iven l'habilla avec des vêtements récupérés auprès du tenancier de l'auberge.

"Là où l'on va t'amener, tu pourras vivre en paix. Je te le promet petite fille." Il lui frotta la tête pour la rassurer . A ce moment là, il aurait juré entrevoir un sourire.



#10
The dead fish

The dead fish
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J'ai trop de choses à faire en moment, mais je me garde ta fanfic pour un petit moment, un jour prochain. Ce sera alors très certainement encore plus étoffée. J'approuve la fanfic ! J'ai déjà pu lire l'introduction et je peux déjà dire que t'écris bien Fufunette ! Au moins je peux déjà contempler les beaux dessins !  :D



#11
Fufunette

Fufunette
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Merci beaucoup. ^^ Je serai très honorée d'avoir ton avis, vu comme ta fic est incroyablement bien écrite et passionnante ! ^^

 

- Mise à jour : J'ai fusionné les chapitres 2 et 3. Le chap 2 était trop court et il ne s'y passait pas grand chose (tellement que je ne trouvais rien à dessiner dessus.. xd). J'ai aussi ajouté les numéros des chapitres pour que ce soit plus clair. Même moi je commençais à m'y perdre sur google doc...



#12
Fufunette

Fufunette
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Voilà enfin la suite. Désolée pour le retard, mais mon ami-correcteur-conseiller-maître était malade cette semaine... >.<

 

 

Chapitre 2

Renouveau : partie 1

 

 

Le chevalier-capitaine Iven et le templier Greagoir escortèrent la petite elfe, à travers les terres sauvages de Korcari, jusqu'à la chantrie de Lothering. Le voyage dura deux semaines, durant lesquels Iven s'attacha plus encore à sa petite protégée. Il la portait sur ses épaules quand elle était trop épuisée pour marcher; lisait son livre à voix haute pour l'aider à trouver le sommeil, les nuits autour du feu de camp; lui apprenait des mots simples dans la langue de son futur royaume d'adoption, malgré qu'elle fut toujours muette. Greagoir quant à lui, n'accordait que très peu d'attention à l'enfant qu'il soupçonnait toujours comme étant une menace. Néanmoins, plus il passait de temps en sa compagnie, et plus il se laissait séduire par sa petite moue rosâtre. Ses tâches de rousseurs contrastaient avec sa peau pâle, ses cheveux dorés abîmés et emmêlés, laissaient parfois entrevoir de beaux yeux azurés en amande, dont il était impossible de détourner le regard.

 

Malgré qu'elle portait désormais une jolie petite robe de paysanne, fraîchement achetée au village Chasind, elle avait conservé la toge d'Iven, qui la recouvrait de la tête au pied. La toge était tellement longue, qu'elle semblait s'y noyer. Seul son visage, et le bout de ses doigts et de ses chaussures en dépassaient. Elle trébuchait régulièrement,et Iven ne pouvait s'empêcher d'éclater de rire devant la moue renfrognée de la petite elfe lorsqu'il faisait mine de la lui retirer. Même Greagoir, pourtant d'ordinaire taciturne, peinait à cacher son amusement devant une telle innocence. En dépit de la chaleur pesante qui s'abattait sur les immenses plaines féreldiennes*, elle semblait y être insensible toute emmitouflée qu'elle était.  

 

Les ruines alvars incrustées dans le paysage, marquaient la frontière entre les terres sauvages de Korcari et le royaume de Férelden. Le Sud était peu habité, car la nature y était encore bien trop hostile et le climat peu favorable aux cultures. De plus, les bois étaient fréquemment peuplés de tribus barbares, tels que les chasinds, les avars* et les dalatiens, Ainsi que des apostats et autres sorciers. Ainsi donc, les templiers ne relâchèrent leur attention qu'à la vue du modeste village de Lothering. C'était le premier signe de civilisation qu'ils aperçurent depuis des semaines, et c'est un sentiment de soulagement qui vint les envahir.

 

Les villageois étaient habitués aux allées et venues des templiers, et vaquaient donc à leurs occupations sans se soucier de leur arrivée. Ils longèrent la petite route de terre qui traversait le village, et durent se frayer un chemin à travers une foule de personnes, principalement des humains, parfois des elfes et plus rarement des nains. Les caravanes marchandes et les colporteurs, établis le long de la route, scandaient leurs slogans pour attirer les clients. Les odeurs d'épices se mêlaient entre elles et le vent les dispersaient un peu partout. Iven portait l'enfant dans ses bras afin de ne pas la perdre. Il la serra plus fermement encore, lorsqu'il sentit ses tremblements. Toutes ses odeurs, ses bruits et ses mouvements de foule la tétanisaient. Tout était trop nouveau, trop lumineux et trop violent pour l'enfant qui n'avait vécu que dans l'ombre et le silence.

 

Ils quittèrent la route de terre pour gagner la chantrie, qui se dressait fièrement au dessus d'une petite place. Deux templiers gardaient l'entrée de la cour, entourée d'un immense mur de pierre. Des soeurs récitaient religieusement le cantique de la lumière sur les marches de l'entrée de la chantrie, devant un petit public de villageois hypnotisé par ces saintes paroles.

 

A l'intérieur, le silence mit fin à l'agonie de l'enfant, qui cessa de trembler, et se retourna timidement pour observer. Iven la déposa à terre, tout en gardant sa petite main frêle et chaude dans la sienne. La toge qu'elle portait toujours, glissa légèrement de son crâne, et traînait sur le sol. Un nuage d'encens flottait dans l'air, et vint caresser ses narines. Elle se mit alors à renifler frénétiquement, dans l'espoir d'en inhaler un peu plus.

 

Ils entrèrent tous les trois dans le grand bureau de la révérende mère Victoria. Celle-ci était affairée avec un groupe de templiers à l'air soucieux. Ils se turent lorsqu'ils remarquèrent leurs confrères accompagnés de la petite elfe. Greagoir raconta alors les détails de leur mission. Leur traque à travers les terres sauvages, la mort de Jarel, et la découverte de l’enfant gisant dans les restes de ce qui fut un massacre. La révérende mère tenta de l’interroger sur son identité, en vain. Elle demeurait impassible, le regard plongé dans le vague.

 

Souvent, d’étranges formes glissaient dans le vide. Parfois même des sons, semblables à une mélopée sinistre, raisonnant au loin. C’était ce qu’elle percevait. Seulement, elle était la seule à y être réceptive. Quand cela arrivait, un froid insinue l’envahissait, et tout atour d’elle semblait lointain, comme un rêve éveillé. Ces chants lugubres emplissaient son esprit, l’isolant de son environnement, aussi bruyant fut-il. L’atmosphère s’alourdissait, quand un feu follet translucide s’approcha délicatement. La mélopée se mit alors à vibrer dans ses oreilles, entrecoupée de bruitages indescriptibles. Elle tenta de se concentrer afin de mieux les comprendre. A mesure qu’elle canalisait son esprit sur ces sons qu’exhalait le feu follet, une idée émergea. Simple et intuitive, cette idée s’imposa d’elle même.



#13
Fufunette

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Chapitre 2

Renouveau : partie 2

 

 

La petite elfe fut logée dans les quartiers des soeurs le temps que les templiers préparent le rituel qui leur permettrait de l'examiner. Elle restait toujours sous la garde d'au moins un templier par précaution, et ne pouvait quitter la chantrie. Néanmoins, cette interdiction ne la gênait en rien, puisqu'elle ne supportait pas le bruit de la civilisation. La plupart du temps, elle jouait dans la cour intérieure avec quelques galets, et une petite poupée en tissu usée qu'une des soeurs lui avait offerte. Lorsqu'elle en avait l'occasion, elle suivait Iven en silence, et observait le moindre de ses faits et gestes avec curiosité.


Le feu follet l'accompagnait partout et l'observait. Elle s'amusait à le regarder virevolter dans les airs.


Une semaine passa lorsque des templiers ramenèrent le lyrium, du cercle des mages, nécessaire au rituel, qu'ils versèrent dans une grande coupelle en verre, sertie de pierres runiques. Celle-ci était posée sur un piédestal orné de moulures à l'effigie de la Sainte Andrasté.

 


C'était au beau milieu de la nuit qu'Iven vint la tirer du lit. L'air était frais, et seuls les cris d'oiseaux nocturnes rompaient avec le silence qui régnait en ces lieux. Elle avait du mal à s'éveiller et se frottait les yeux machinalement pour apaiser les picotements qui la tiraillaient. Il la porta dans ses bras, sa tête posée sur son épaule. Elle somnola durant le court trajet les menant aux sous-sols, où une petite dizaine de templiers les y attendaient. Ils étaient tous équipés pour le combat, positionnés autour de la coupelle remplie de lyrium, et une chaise en bois placée juste à coté. Il l'y déposa, puis rejoignit ses confrères en enfilant son heaume, tout en prenant bien soin de ne pas croiser le regard inquiet de l'enfant.

 


L'un des templiers sortit du cercle qu'ils avaient formé autour d'elle. Il se déplaçait lentement et boitait quelque peu. Elle aperçut ses yeux à travers les fentes de son heaume qui étaient d'un blanc fantomatique. Son regard la terrifia et elle tenta de descendre de sa chaise pour se mettre quelque part à l'abri. Le templier saisit alors son bras d'un geste aussi vif que ferme, et la replaça sur sa chaise sans ménagement. Elle cherchait Iven du regard désespérément, et tendit le bras vers lui lorsqu'elle le reconnu. Elle voulait crier son nom, l'appeler pour qu'il la prenne à nouveau dans ses bras, mais aucun son n'émanait de sa bouche. Sa gorge en feu ne produisait que de faibles bruits. Le templier la maintenait d'une seule main contre le dossier de la chaise en faisant pression sur sa poitrine.  Les larmes commencèrent alors à ruisseler sur ses pommettes rosies par l'émotion. Malgré ses appels muets, Iven resta immobile et détourna le regard. Sans prêter attention à la terreur qui s'était emparée d'elle, le templier plongea sa main libre dans la coupelle de lyrium, puis traçât une rune sur son front en marmonnant une incantation.

 

Soudain, un froid glacial et pénétrant la paralysa. Son corps était lourd et son esprit baignait dans le vide. Tout autour d'elle devint flou, puis elle se revit dans la cave dans laquelle les maléficiens les enfermaient autrefois, sa soeur et elle. Elle dormait à même le sol, recroquevillée et grelottant de froid. La cave était plongée dans le noir. De faibles lueurs s'échappaient de l'entrebâillement de la porte. Quelques fois, des cris d'oiseaux, et des voix étouffées rompaient le silence lourd et pesant. Cela faisait des jours qu'elles n'avaient rien bu ni mangé. Le temps semblait éternel dans cette prison, d'où elles ne sortaient que pour subir plus d'expériences et de violences. Malgré qu'elles ne puissent parler, bien qu'elles ne soient pas réellement muettes, elles se comprenaient instinctivement l'une et l'autre, et partageaient leurs émotions et leurs pensées. Cela faisait des années qu'elles étaient prisonnières, et le souvenir de leur vie passée, de leurs parents, devenaient plus flou chaque jours.


La vision s'estompa progressivement jusqu'à disparaître totalement. Le retour à la réalité fut brutal, comme si on l'avait plongée dans une bassine d'eau glacée pour la réveiller. Le souffle haletant, elle contemplait les templiers qui se détournèrent d'elle pour se concerter. Ils semblaient agités, nerveux, voire même décontenancés. Elle aurait voulu comprendre, mais les mots et les gestes qu'elle observait n'avaient aucun sens à ses yeux. Soudain, tous se turent, et se tournèrent vers le vieux templier resté près de l'elfe. Une fois de plus, elle ne comprit pas le sens de ses paroles, mais un long silence pesant s'installa. L'inquiétude la gagnait, lorsqu'Iven  intervint provoquant la surprise chez ses confrères qui le dévisagèrent avec stupéfaction.


Iven était connu pour son pragmatisme et ses prouesses guerrières. Il était respecté de ses confrères templiers, pas seulement en tant que chasseur de mage, mais aussi en tant que chef et tacticien. Son corps et sa personnalité avaient été modelés par cette vie vouée à servir le Créateur et les innocents. Alors lorsqu'il prit la défense de cette enfant vraisemblablement possédée par un démon aussi bien redoutable que mystérieux, l'étonnement générale ne pouvait être qu'égale à sa réputation.


"Je l'ai personnellement escortée durant deux semaines. Je suis celui qui l’a découverte. Je l'ai étudiée et surveillée depuis ce jour. Jamais elle n'a manifesté la moindre hostilité." Iven s'avança méthodiquement vers le vieux templier, qui l'observait impassiblement. "De plus, a-t-on déjà vu une abomination si inoffensive, que la promesse même d'une mort certaine ne la ferait réagir ?" Son regard perçant et sa posture autoritaire leur intimaient d'écouter ses arguments. Même le vieux templier, dont l'expérience et l'âge faisaient de lui le plus respecté de tous, semblait soucieux de l'avis du chevalier-capitaine.


"Ou bien êtes-vous seulement influencé par l'apparence que cette abomination a choisit de prendre." La voix de Greagoir résonna dans toute la salle. Les templiers qui l'entouraient s'écartèrent, comme pour éviter les éventuelles représailles qu'Iven pourrait infliger à celui qui osait le défier. "Une petite fille, abritant une âme démoniaque."


"Elle n'a attaqué personne. Pas même lorsque je brandissais mon épée contre elle, ni lorsque nous étions vulnérables. Pas même maintenant, alors que tous pensent à la sacrifier sur un doute."


"Sauf Jarel."


"Les bois de Korcari sont peuplés d'être innommables depuis des temps immémoriaux."


"Vous porterez la responsabilité de ses victimes innocentes."

"Évidemment, puisque je suis votre chevalier-capitaine." Iven lâcha un rictus en clôturant cette bataille verbale par son rang et son autorité. Il marqua une pause et contempla le sentiment de défaite qui se lisait sur le visage de son adversaire. Même après toutes ces années, il en ressentait toujours une certaine satisfaction. "Ce pouvoir qui l'habite, aussi étrange soit-il, fait d'elle une mage. Elle sera donc envoyée au cercle, comme l'exigent nos lois."



#14
Fufunette

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Chapitre 2

Renouveau : Partie 3

 

 

Le voyage entre le village de Lothering et le lac de Calenhad, qui abritait en son sein la haute tour du cercle des mages, nécessitait presque un mois de marche. Malgré que cette expédition n'était qu'une simple formalité, Greagoir avait insisté pour que l'escorte soit plus importante qu'à l'accoutumée. Sa méfiance vis-à-vis de l'elfe camouflait à peine l'affront qu'il ressentait depuis son escarmouche avec Iven, et tenait à exprimer son désaccord par tous les moyens.

 

Au moment du départ, elle était en larme et refusait de quitter les bras de son bienfaiteur que le devoir retenait. Il déposa alors le livre qu'il lui lisait certains soirs, dans son sac en toile, rempli d'une couverture et de vêtements de rechange, ainsi que de la petite poupée de chiffon offerte par l'une des soeurs. Iven entrevit sa toge au fond du sac, celle avec laquelle il l'avait recouverte. Il était incapable d'exprimer l'émotion qui le gagnait peu à peu, son coeur était devenu dur et froid par ses années de rudes batailles et de profonde solitude. Néanmoins, le soulagement de l'envoyer à la tour des mages, où elle bénéficierait d'une éducation et de confort, atténuait la peine due à la séparation.

 

Il lui frotta la tête affectueusement avant de la livrer à son escorte qui observait la scène silencieusement. L'enfant les rejoignit avec réticence, agrippant son énorme sac qu'elle traînait péniblement. L'un des quatre templiers qui devaient l'escorter s'avança vers elle pour porter son bagage. Délivrée de son fardeau, elle se retourna timidement pour observer Iven, et le gratifier d'un regard plein de reconnaissance, avant de s'en aller.

 

 

La route entre Lothering et Calenhad était largement fréquentée par toutes sortes de marchands et autres voyageurs. Le danger était peu présent grâce aux patrouilles régulières des soldats du banneret.

Lorsqu'ils arrivèrent au dock du lac, un jeune homme plein d'enthousiasme vint à leur rencontre. Il était vêtu simplement et semblait de condition modeste, mais il s'exprimait avec entrain et n'était nullement intimidé par la présence des templiers. Il les salua, puis s'extasia devant la petite elfe assoupie dans les bras d'un des templiers.

"Kester c'est cela ?" coupa Greagoir, embarrassé par sa réaction excessive.

Le jeune homme se tourna vers lui instinctivement et acquiesça vivement.

"Nous sommes pressés et épuisés, conduisez nous à la tour au plus vite." Le ton sec que Greagoir employait estompa l'entrain du jeune homme, qui démarra le traversier avec hâte.

Greagoir et le templier qui portait l'enfant embarquèrent afin de gagner les rives de la tour du cercle des mages, pendant que leurs collègues restés à quais s'en allèrent à la taverne la plus proche. L'elfe se réveilla et se libéra des bras du templiers pour aller se pencher par dessus le bateau. Elle tenta de plonger sa main dans son reflet quand soudain, Kester l'éclaboussa avec l'une de ses rames. Il ria aux éclats lorsqu'elle lui adressa une moue renfrognée avant de se glisser en boule entre les bancs du bateau. Elle se frotta le visage pour essuyer les gouttes d'eau qui ruisselaient sur son visage. Le templier la contempla l'air amusé, puis se ravisa lorsqu'il remarqua l'air réprobateur de Greagoir.

 

Ils débarquèrent sur la rive vierge de toute nature. Stupéfaite et intimidée par l'imposante tour qui se dressait au dessus d'elle et les plongeait dans la pénombre, l'elfe ne prêta pas attention aux gesticulations de Kester pour la saluer. Les portes colossales s'ouvrirent alors, donnant sur un grand hall tout de pierres taillées et de marbres. Les murs étaient immenses, parsemés de gigantesques fenêtres vitrées, et de sublimes tableaux. Ils arpentèrent les longs couloirs de la tour, montèrent plusieurs étages et traversèrent plusieurs grandes salles remplies de bibliothèques abondantes de richesses et de trésors encore inconnus de l'enfant.

 

A mesure qu'ils avançaient, les pièces étaient de plus en plus peuplées et le brouhaha constant grandissait. La petite elfe était à la fois terrifiée et stupéfaite par tout ce qu'elle voyait. Elle qui n'avait jamais rien connu d'autre que l'ombre et l'insalubrité des caves dans lesquelles les maléficiens les enfermaient elle et sa soeur. Aujourd'hui, tout était radicalement différent.

Tous les observaient, épiant chacun de leurs mouvements, chuchotant sur leur passage.  Cette situation l'angoissait fortement. Chaque pas devenait laborieux, et cela ne faisait qu'aggraver les chuchotements autour d'elle. Le feu follet réapparu soudainement, comme si ses émotions l'avait invoqué. Elle s'immobilisa un moment pour l'observer. Sa présence la rassurait.

Cependant, un petit groupe de jeunes apprentis la raillèrent, aggravant son angoisse et sa gêne. Elle se mit en boule et couvrit ses longues oreilles pointues de ses petites mains. Greagoir observait la scène nerveusement. Il sentait instinctivement qu'un danger se profilait. Peu à peu, il remarqua les flammes des lampes à huile virevolter étrangement, malgré l'absence de courant d'air. Il avança lentement vers l'enfant recroquevillée sur elle même. Personne à part lui ne semblait se rendre compte de la menace. Les mages continuaient de chuchoter entre eux, partagés entre l'étonnement et la raillerie. Le templier qui les accompagnait tentait vainement de la relever. Soudain, Greagoir fut pris d'un tel malaise qu'il comprit qu'il était temps d'agir.

"Silence !" Hurla-t-il à l'assemblée de mages et apprentis attroupés tout autour.

Tous se turent, stupéfaits par la réaction du templier. Seul les sanglots de l'elfe résonnaient dans la grande salle. Greagoir saisit le poignet de l'elfe et la releva. Elle retrouva son calme peu à peu lorsqu'il la conduisit dans les quartiers du premier enchanteur.



#15
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Chapitre 3

Flore : Partie 1

 

Le premier enchanteur Irving était affairé dans ses immenses quartiers. Les murs étaient couverts d'imposantes bibliothèques, et toutes les tables croulaient sous le poids des livres et parchemins entassés. Un large bureau acajou dominait la pièce.

Il cessa toute activité lorsqu'il vit entrer les templiers et la petite elfe qui se remettait à peine de ses émotions.

"Premier enchanteur, nous vous livrons une mage." Annonça Greagoir solennellement. Irving acquiesça d'un sourire aussi paisible que celui d'un père retrouvant sa fille.

"Dis moi, comment t'appelles tu mon enfant ?"

"Elle a été découverte au cour d'une chasse dans les terres sauvages. Elle ne parle pas notre langue. Elle ne parle pas du tout d'ailleurs."

"Je vois." Affirma Irving en se relevant péniblement. Greagoir commença le récit des mésaventures qui les conduisirent à l'enfant.

"Je tiens à signaler que cette mage représente une menace."

Irving prit soin d'afficher un ton concerné, alors qu'il peinait à dissimuler un léger rictus derrière sa barbe grise. En tant que premier enchanteur, il était fréquemment confronté aux "inquiétudes" des templiers. Malgré qu'il était conscient du danger que pouvait représenter un mage rebelle, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes sortes de plaisanteries à leur égard. Pour un homme ayant passé la majeure partie de sa vie enfermé et surveillé, c'était une délicieuse échappatoire.

"Je soupçonne cette mage d'être possédée par un démon. Et je vous prie de croire que je ne formule pas ce genre d'accusation à la légère."

"Et bien dans ce cas, que fait-elle ici ser templier ?"

"Greagoir."

Irving lui répondit d'un sourire faussement amical.

"Le chevalier-capitaine Iven, de la chantrie de Lothering, a décrété qu'elle était innocente", reprit Greagoir.

"Le problème est donc réglé."

"Je regrette, je ne souhaite nullement remettre en question l'avis du chevalier capitaine, cependant il est probable qu'il ait été sous l'influence de..."

"Malheureusement, je ne puis accéder à votre requête ser Greagoir." Interrompit Irving. Il ne prêta pas attention à la réaction abasourdie du templier et posa sa main sur l'épaule de l'enfant qui observait silencieusement la scène. Il lui fit signe de le suivre jusqu'à un fauteuil à coussin situé juste en face du bureau. Le vieil homme la saisit par les aisselles et la hissa sur l'assise du fauteuil. Il était si confortable, qu'à l'instant même elle se blottit contre le dossier comme si c'était un cocon. L'innocence qu'elle dégageait tira un sourire plein de tendresse du visage ridé et fatigué du premier enchanteur.

"Je vous remercie, vous pouvez disposez dès à présent." Annonça Irving aux templiers. Greagoir resta planté au beau milieu de la pièce alors que son collègue se retirait aussitôt.

"Je souhaite servir le cercle", annonça Greagoir fermement.

"Et garder un œil sur elle", rétorqua Irving d'un ton suspicieux.

"Je maintiens mes inquiétudes concernant cette mage. Je servirai l'ordre et les hommes en m'assurant qu'elle ne représente aucune menace pour quiconque."

Irving réfléchit durant quelques instants avant de répondre.

"Dans ce cas rendez-vous au près du chevalier-capitaine Lorence afin de lui soumettre votre requête."

Greagoir se retira sans demander son reste.



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Chapitre 3

Flore :  Partie 2

 

 

Les années passèrent, l'esclave elfe retrouvée par des templiers et amenée au cercle des mages devint la protégée du premier enchanteur Irving. Il lui donna le nom de Flore, en hommage à l'innocence et la douceur dont elle faisait preuve. Il lui apprit à parler, à lire et à écrire. Malgré son retard sur ses camarades, Flore se montra particulièrement assidue et talentueuse dans son apprentissage. Elle avait cependant toujours des difficultés à s'exprimer, ce qui ne facilitait guère son intégration auprès de ses congénères.

 

 

Le feu follet se manifestait de plus en plus régulièrement. Parfois sous l'influence de ses émotions, parfois sans raison apparente. Flore soupçonnait qu'il cherchait seulement à briser l'ennuie. Par moment, la cohabitation se faisait plus difficile, lorsqu'il s'amusait à tourner la page du livre qu'elle lisait, ou à renverser l'encrier par dessus le bureau sur lequel elle travaillait. Flore rouspétait alors, et ses camarades, qui ne pouvaient voir le feu follet, se mettaient à rire d'elle en la traitant de folle.

 

 

Seul un jeune garçon du nom de Jowan lui accorda le bénéfice du doute et lui adressa la parole. Il était plus grand que les garçons de son âge, et plus svelte que la plupart des filles. Ses cheveux noirs contrastaient avec le teint pâle de sa peau. Il n'était pas particulièrement beau, mais il avait une élocution parfaite et une voix singulière. Bien qu'il fut de quatre ans son aîné, il s'adressa à Flore avec spontanéité et simplicité. Au départ, leurs échanges n'étaient que purement cordiaux. A force d'essuyer toutes sortes de remarques et de moqueries, Flore fuyait toute forme de conversation. Cependant avec du temps et beaucoup de patience, le jeune apprenti finit par l'apprivoiser.

Malgré cette amitié naissante, Flore restait solitaire. Que ce soit en étude, dans l'immense salle à manger ou au dortoir, elle demeurait isolée sans prêter attention à ce qui se trouvait tout autour d'elle, concentrée sur sa tâche du moment. Bien que la vie au sein du Cercle soit plus simple et plus douce que ce qu'elle connaissait auparavant, cette solitude constante lui pesait, et finit par marquer son visage. Son regard était vide d'émotion, et personne ne l'avait jamais vu sourire. Elle était en permanence plongée dans ses études ou dans un livre, et seul l'appel de son ami Jowan -ou un bon repas- pouvait l'en tirer.

 

 

Années après années, Flore se prit de passion pour la nourriture. De ce fait, lorsqu'elle n'était pas assise sur son lit en train de lire, elle était aux cuisines parmi les apaisés. Cette particularité ne manqua pas d'attiser des railleries supplémentaires de la part des autres apprentis. Mais Flore s'en fichait, tant qu'elle pouvait cuisiner et surtout manger autant qu'elle le souhaitait.

 

 

Malgré cela, Flore faisait de plus en plus preuve de dons arcaniques hors du commun. Alors qu'Irving l'imaginait déjà prendre sa succession comme première enchanteresse, le nouveau chevalier-capitaine Greagoir, lui, ne relâcha jamais son attention sur elle. Il tenait un petit journal dans lequel il consignait tout ce qui lui paraissait anormal au sein du Cercle, et Flore y avait une place spéciale. De plus, tous les templiers du Cercle étaient tenus de rester vigilant lorsqu'il s'agissait de Flore.

 

 

Un jour, un incident se  produisit dans la grande salle à manger entre elle et un autre apprenti. En effet un jeune garçon s'amusait à la persécuter durant le repas. Alors qu'elle l'ignorait autant que possible, celui-ci renchérit en balançant son assiette contre le sol. La vue de la nourriture éparpillée parmi les bouts d'assiettes en céramique la plongea dans une véritable fureur. Alors que les templiers en garde arrivèrent pour vérifier que tout allait bien, la température de la salle chuta brutalement. Flore était debout penchée au-dessus du massacre alimentaire, comme tétanisée. Tous, mages comme apprentis, étaient tournés vers la jeune fille immobile. Personne n'osait dire un mot, et seul les bruits de pas métalliques des templiers résonnaient dans l'immense salle.

 

 

En voulant impressionner ses camarades, l'adolescent se moqua d'elle une fois de trop. Soudain, il fut prit de convulsion. Il agrippa sa gorge frénétiquement en crachant des cris de souffrance étouffés. Flore se retourna nonchalamment vers lui, et remarqua que le feu follet était de retour. Sauf que cette fois-ci, il était bien plus gros et bien plus lumineux, et il était en train de tuer une personne sous ses yeux.



#17
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Bon j'ai pris énormément d'avance dans l'écriture, mais j'ai pas le temps de dessiner en semaine. Du coup je ferai les illustrations plus ******... Désolée. >.<

 

Aussi je m'excuse si la forme des guillemets n'arrête pas de changer, mais mon logiciel a des bugs bizarres. n.n

 

Chapitre 3

Flore : Partie 3

 

 

Le cachot dans lequel Flore était enfermée se trouvait dans les étages supérieurs de la tour. Il s'agissait de petites cellules en pierre d'apparence ordinaire. Cependant, les murs et les portes étaient recouverts de symboles et de runes anti-magie dont les templiers avaient le secret. Une petite fente au bas de la porte permettait au geôlier d'y passer la nourriture, et une autre plus large au dessus, servait à communiquer malgré les larges barreaux qui annihilaient tout espoir d'évasion.

Flore était alors âgée d'une quinzaine d'années, lorsqu'elle retrouva les ténèbres et la solitude pesante de l'emprisonnement. Le temps semblait s'être de nouveau arrêté alors qu'elle demeurait recroquevillée au pied de ce qui lui servait de lit. La tête posée contre le mur froid et humide, les bras ballants et le regard perdu dans le vague. Elle ne réagit pas lorsque le geôlier glissa le plateau de nourriture à travers la petite fente au bas de la porte. Comme elle n'avait pas réagit les jours précédents, et ceux d''avant non plus, lorsque le geôlier en eut assez d'attendre qu'elle ne bouge, et sachant qu'elle ne le ferait pas, il finit par retirer le plateau et referma la fente d'un coup sec en grognant.

Ses bruits de pas métalliques résonnaient dans tout le cachot. Il marcha vers la cellule juste à coté, et accompli le même rituel.

 

Les jours passaient inlassablement, la fatigue dû à la faim et à la soif se faisait plus pesante encore. Elle n'eut bientôt plus la force de se lever. Soudain une voix s'éleva de derrière le large mur de pierre.

« Hey, tu dors ? » Chuchota la voix.

Flore se réveilla péniblement. La tête toujours collée contre le mur, ses yeux étaient cernés et ses globes oculaires rouges de fatigue. La voix reprit alors.

« S'il te plaît, ça fait des semaines que je n'ai pas parlé à un être humain... »

Flore était trop épuisée et déprimée pour répondre.  

Le jour suivant, le geôlier exécuta le même rituel qu'à l'accoutumée. Lorsqu'il s'éloigna après avoir servi tous les prisonniers, la voix retenta de communiquer.

« Pourquoi tu ne manges pas ? Tu sais que tu peux en mourir n'est-ce pas ? »

Flore lâcha un faible « Oui » dans un soupir blasé.

« Aha ! Je savais bien qu'il y avait quelqu'un juste à coté ! » s'exclama la voix, à laquelle Flore ne répondit pas.

« Très bien je vois que j'ai à faire à un timide ! Pourtant tu ne devrais pas te laisser dépérir. » Il baissa la voix et se mit alors à chuchoter : « Vois-tu, j'ai un plan pour m'évader d'ici... Mais je dois d'abord être sûr que tu es digne de confiance avant de pouvoir le partager avec toi. »

Un silence s'installa puis Flore répondit enfin.

« Alors tant pis... »

« Et c'est tout ? Je t'annonce que j'ai un plan d'évasion et c'est tout ce que ça te fais ? On est mal parti... »

« Je... Je n'ai nul part ailleurs où aller », dit Flore la voix tremblotante.

« Faux ! »

« Quoi ? »

« On pourra aller n'importe où ! Enfin là où il n'y aura pas de templiers. »

Flore hésita un moment avant de répondre. « On ? »

« Bien sur, je ne vais pas te laisser dans cet enfer. D'ailleurs, comment t'appelles-tu ? »

« Flore. »

« Ah oui, tu es ce garçon bizarre qui se plaignait toujours quand on sortait courir ? Enfin par bizarre je voulais dire, un peu différent... » La voix se mit alors à rire nerveusement.

« Non. »

« Oh tu es cette fille qui reste toujours toute seule c'est bien cela ? » Demanda la voix pour briser le silence gênant.

« Oui... C'est moi. » Flore eut du mal à déglutir à ce moment là. Avouer sa solitude à voix haute la fit souffrir plus qu'elle ne l'aurait cru. « Toi qui es-tu ? » Demanda-t-elle pour changer de sujet.

« Ho, moi tout le monde m'appelle Anders. Je suis séquestré dans cette tour depuis que j'ai douze ans, et depuis je ne cesse de m'enfuir. »

« Pourquoi t'ont-ils enfermé ? »

« Bah, par ce que je suis un mage tiens. Quelle question ! Je terrifies les jouvencelles et je mange des chatons. » Dit Anders en s'esclaffant .

« Non, je voulais dire ici, en prison. »

« Et bien, j'en suis déjà à ma sixième évasion. Mais les templiers finissent toujours par me rattraper. Et ensuite ils me jettent aux cachots. Comme si ça allait me faire mieux apprécier la vie dans cette fichue tour ! Mais … Le temps que je passe en prison est chaque fois plus long. J'imagine qu'un jour ils en auront assez et finiront par décréter que je suis un maléficien. Alors ils m'exécuteront...»

« Moui... Je suis surprise qu'ils ne l'aient pas déjà fait. »

« Sympa. Tout d'un coup j'ai beaucoup moins envie de t'emmener avec moi. »

« Si c'est pour me faire attraper puis jeter aux cachots, non merci. »

Anders pouffa avant d'ajouter : « Hey ! Mais c'est qu'on a de l'humour dis-moi ! »

Flore sourit timidement. Cela ne lui était pas arrivée depuis si longtemps qu'elle en eut mal à la mâchoire.

Soudain, Flore perçut des miaulements plaintifs. C'est alors qu'Anders s'exclama : « Glyphe ! Mon ami ! »

« Qui est-ce ? », s'interrogea Flore.

« Je ne t'ai pas encore parlé de mon chat Glyphe ? » Répondit Anders.

« Ils mettent aussi les chats en prison ? »



#18
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 1


Flore resta deux semaines en prison, durant lesquelles Irving avait tout tenté pour convaincre le chevalier-capitaine Greagoir de l'en faire sortir. Lorsque le garçon se réveilla de son traumatisme, les templiers lui firent avouer qu'il était responsable de l'incident, ce qui permit de la libérer. Cependant, en plus d'être isolée, Flore était désormais crainte de ses camarades apprentis, ainsi que des mages. Elle n'était plus seulement la folle qui parlait seule, mais aussi celle qui avait quasiment tué une personne sans utiliser le moindre sort, ni lancer la moindre incantation.

Après avoir repris des forces, Flore fut invitée dans le bureau d'Irving. Elle connaissait le chemin par cœur. Cela faisait maintenant sept années qu'elle s'y rendait régulièrement pour y suivre son enseignement. Durant toutes ces années, son mentor était devenu comme un père à ses yeux. Il lui avait tout appris, l'avait accompagnée dans sa nouvelle vie et l'avait acceptée telle qu'elle était. Elle savait qu'être liée à un esprit n'avait rien de commun même parmi les mages, et que dans ce milieu très fermé sous l'influence religieuse andrastienne, elle aurait pu finir apaisée voire même exécutée pour ce qu'elle était. Et elle n'ignorait pas quel rôle il avait joué pour défendre ses intérêts.

En arrivant devant son bureau, elle entendit des échos de voix familières. C'étaient celles d'Irving et de Greagoir.

«  J'ai déjà pris ma décision, elle sera apaisée dans la semaine. Il est hors de question que je me laisse manipuler une fois de plus. Un apprenti a failli mourir à cause d'elle. Et devant tous les habitants de cette tour qui plus est  !  » hurlait Greagoir, semble-t-il fou de rage.

Flore se glissa discrètement à coté du pas de la porte pour écouter.

«  Vous n'avez jamais cessé de tenter de la faire apaiser. En sept années, il n'y a jamais eu le moindre incident. Malgré toutes vos surveillances et vos rapports envoyés à la Grande Divine, vous n'êtes pas en mesure de prendre cette décision tout seul. J'ai encore voix au chapitre que je sache!  » Malgré son âge avancé, Irving élevait la voix suffisamment haut pour rivaliser avec son adversaire dans ce duel verbal.

«  Bon sang mais vous êtes tous sous l'influence de ce monstre  !  »

Le cœur de Flore se serra en entendant ce mot si souvent proféré à son encontre.

«  Je ne vous permet pas  !  » riposta Irving.

«  Vous aurez beau l'appeler comme vous le voudrez, ce ne sera jamais rien de plus qu'un démon. Une abomination. Elle a déjà causé la mort d'un templier par le passé, elle a tenté de tuer un apprenti cette fois-ci. Que vous faut-il de plus  ? Un génocide?  »

Flore qui écoutait toujours, commençait peu à peu à sombrer dans une profonde tristesse quand une voix étrangère s'éleva timidement. Elle ne la remarqua pas immédiatement, à moitié plongée dans ses pensés et concentrée sur les hurlements qui s'échappaient du bureau. Lorsqu'elle regarda en direction de la voix, elle vit un jeune templier qu'elle ne reconnue pas. Il était plutôt grand, les cheveux blonds courts et ondulés, et semblait intimidé.

«  Pardonnez-moi de vous déranger, mais je dois voir le chevalier-capitaine Greagoir, et  les templiers de la grande porte m'ont dit que j'aurais des chances de le trouver ici.  »

Flore acquiesça d'un hochement de tête. Le jeune templier s'adossa contre le mur à coté d'elle en se raclant la gorge, alors que les hurlements se poursuivaient. Ils scrutèrent tous deux le couloir vide silencieusement. Le jeune templier tenta alors d'amorcer une discussion pour briser la glace.

«  Alors, comme ça vous êtes une mage  ?  » demanda-t-il maladroitement.

Flore le fixa un instant avant de hocher la tête de nouveau en signe d'acquiescement.

«  Moi je viens tout juste de prononcer mes vœux. Ah oui, je m'appelle Cullen.  »

«  D'accord.  » répondit Flore placidement.

Cullen ria nerveusement avant de demander: « Ah hum et vous comment vous appelez vous?  »

Soudain Greagoir sortit brutalement puis s'arrêta net devant les deux jeunes gens qui le fixaient d'un air anxieux. Il lança un regard noir en direction de Flore avant de décamper en grognant. Flore l'observa s'éloigner avant de tourner son regard vers Cullen.

« C'était lui. »

Cullen resta coi un instant avant de reprendre ses esprits. Il remercia Flore puis partit à la poursuite de Greagoir.

Irving semblait épuisé par sa joute verbale. Il salua Flore aussi chaleureusement que possible en lui faisant signe de s'asseoir sur le fauteuil à coussin en face de son large bureau en acajou. Flore pensa que rien n'avait changé depuis son arrivée. Il s'assit sur le rebord de son bureau pour lui faire face, puis se ravisa lorsqu'il sentit une vive douleur dans le bas du dos. Il se relava alors en appuyant sa main contre son bassin. Flore se leva à son tour et l'agrippa par le bras pour l'inciter à prendre sa place dans le fauteuil. Une fois installé face-à-face, Irving démarra la discussion.

« Je dois discuter avec toi d'un sujet délicat mais néanmoins nécessaire pour ton avenir... » Irving s'interrompit un instant pour réfléchir à la manière dont il pourrait formuler sa prochaine phrase.

« Je vais être apaisée ? » coupa Flore.

« Évidemment tu n'as pas pu t'empêcher d'écouter. » soupira Irving.

« Même sans le vouloir j'aurais quand même tout entendu. » comme à son habitude, Flore fixait son interlocuteur d'un regard perçant à la fois magnétique et déstabilisant. Ses yeux bleus d'une clarté presque cristalline accentuaient la froideur qu'elle dégageait.

« En effet... » avoua Irving. « Cependant, je ne puis me résoudre à les laisser gâcher ce don que le Créateur t'a confié. Tu es jeune. Trop jeune sûrement. Malgré cela, tu es bien plus talentueuse que tes aînés. Mais c'est surtout cette affinité que tu possèdes avec cet esprit... »

« Feu Follet ? » coupa de nouveau Flore.

« Oui... Je me suis permis d'effectuer des recherches. Il s'agit d'un sujet tabou parmi les mages des cercles. Cependant j'ai lu que dans la culture dalatienne -ou plutôt ce qu'il en reste- il est fait mention de mages capables de communiquer avec les esprits. »

« Comme moi ? » s'enthousiasma Flore. Irving lui sourit tendrement avant de reprendre.

« J'ai notamment pu lire un passage malheureusement assez vague sur une race de mage capable de se déplacer librement dans l'immatériel. Flore comprends-tu ce que j'essaie de t'expliquer ? »

« Je ne suis plus seule ? » les yeux de Flore se remplirent de larmes qu'elle tentait de dissimuler en les clignant frénétiquement.

« Ton don mérite d'être employé pour faire le bien. Mais pas ici. L'humanité est encore bien trop jeune et craintive pour apprécier ce que tu as à lui offrir. »

« Que souhaitez-vous que je fasse ? »

Irving soupira en secouant la tête. « Ce que j'essaie de te dire c'est que... » il marqua une légère pause avant de poursuivre. « Je me fais vieux Flore. Je n'aurai bientôt plus la force de te défendre comme je le faisais avant. » il saisit sa main et la serra entre les siennes. « Je vais me battre une dernière fois afin que tu puisses passer ta confrontation. Je ferai tout pour que tu puisses le faire. Tu seras certainement la plus jeune mage de l'histoire à subir cette épreuve, mais je n'ai aucun doute sur tes compétences, et sur le soutien de ton allié. »

« Mais Greagoir ? » l'interrogea-t-elle nerveusement.

« Je m'en charge. De ton coté, je veux que tu restes patiente et que tu évites les ennuies. Et surtout, quand le moment viendra, tu devras accepter de prendre ton envol. »

Flore était confuse mais cette fois-ci, elle resta silencieuse et se contenta d'acquiescer d'un hochement de tête.



#19
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement   : Partie 2


L'année passa rapidement. Lorsqu'elle n'étudiait pas Flore s'occupait en cuisine. Le soir quand les couloirs étaient déserts, elle se faufilait dans les étages supérieurs pour entrer dans les cachots. Elle tenait un plateau chargé de nourriture et d'une chope d'eau fraîche, ou de jus de fruit, fermement entre ses mains. Lorsque le geôlier n'était pas distrait par une quelconque occupation, Flore appelait Feu Follet à la rescousse. Le petit esprit invisible se déplaçait librement dans les airs à la recherche d'un leurre pour distraire le templier. Lorsque celui-ci s'était suffisamment éloigné, elle s'infiltra jusqu'à la cellule d'Anders. Elle glissait alors le plateau, ainsi que la chope, dans la petite fente du bas. Alors qu'il mangeait d'un appétit d'ogre, Flore s'asseyait dos contre la porte et lui racontait les ragots qu'elle avait entendu dans les couloirs, pendant que Feu Follet montait la garde. C'était un rituel quotidien qui s'était installé entre eux. Elle était en quelque sorte devenue accro à leurs petites discussions, et lui à sa cuisine. Parfois, lorsque le geôlier faignantait et que le risque de se faire prendre était moindre, elle lui demandait de lui raconter ses aventures hors de la tour. Ce qu'il ne manquait pas de faire, en y ajoutant un peu d'humour.

Lorsqu'il avait finit de manger, et qu'ils étaient trop épuisés pour continuer de discuter, elle se faufilait hors des cachots, toujours avec l'aide de Feu Follet, et ramenait le plateau et la chope vide en cuisine. Puis elle serpentait dans les couloirs, vide d'apprentis et de mages, mais toujours gardés par les templiers, en direction du dortoir.

Un soir, elle fut surprise par un templier alors qu'elle sortait des cuisines.

« Cullen ? » tressaillit Flore.

« Que faites-vous encore debout à cette heure ? »

Flore hésita un moment avant de répondre. « J.. Je... J'avais faim ! » Balbutia-t-elle.

« Vous savez qu'il est interdit de se promener dans les couloirs pendant la nuit. » soupira Cullen. « Je suis tenu d'en informer le chevalier-capitaine. » Cullen devînt perplexe devant la moue angoissée de Flore. Il aurait aussi menti en niant qu'il éprouvait une certaine attirance pour elle, ce qui était bien évidemment formellement défendu. « Enfin, j'imagine que ce n'est pas si grave que ça. Disons que je ferai comme si je n'avais rien vu. Pour cette fois seulement ! »

« Merci. »

Le cœur de Cullen s'emballa légèrement devant le visage rasséréné qu'elle affichait. Elle commençait à repartir lorsqu'il l'appela.

« Flore ? »

Elle se retourna et le fixa en attendant qu'il s'exprime.

« Rien, laissez tomber. » dit Cullen un sourire amer aux lèvres. « Faites attention. »

« Promis » répondit-elle avant de s'en aller.


L'épreuve de la confrontation se déroulerait en pleine nuit, dans une salle spécialement prévue à cet effet, qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion de découvrir. Elle connaissait la date et l'heure, mais ignorait tout de l'épreuve en elle-même. La rumeur se répandit comme une traînée de poudre dans les couloirs de la tour. Une apprentie aussi jeune et déséquilibrée n'aurait d'ordinaire aucune chance d'y prétendre. Aussi beaucoup suspectaient à raison son mentor d'en être l'élément déclencheur.

Flore, qui était d'une nature posée, n'avait aucune inquiétude concernant ce qui l'attendait. Bien qu'elle fut dans le flou le plus total, elle poursuivit ses petites habitudes jusqu'à la date fatidique.

Elle attendait assise sur son lit dans le dortoir des apprentis, alors que tous dormaient. Ses affaires étaient rangées, son linge plié et son lit impeccable. Un templier arriva alors pour la conduire dans la mystérieuse salle de la confrontation, là où beaucoup d'apprentis se rendaient au bout de leurs études, et d'où certains ne revenaient jamais.

La tour était silencieuse. Ils durent monter plusieurs étages avant d'arriver dans une immense salle, certainement sous les fondations. Lorsque les portes géantes s'ouvrirent, Flore constata que les templiers en rang n'attendaient plus qu'elle. Tous étaient des visages familiers dont ceux de Greagoir et le jeune Cullen. Son mentor Irving, qui se tenait aux cotés du chevalier-capitaine, peinait à dissimuler son anxiété.

Derrière tout ce monde, Flore aperçut un autel surplombé d'une coupelle remplie de lyrium, semblable à celle utilisée lors du rituel servant à évaluer son lien avec l'immatériel, durant son séjour à Lothering. Tous étaient équipés pour le combat, et la dévisageaient, comme s'ils s'attendaient à ce qu'elle se transforme en monstre à tout moment.

Flore s'avança vers Irving qui lui fit signe en direction de la coupelle de lyrium.

« Cela t'aidera à te rendre dans l'immatériel. Tu devras y dénicher un démon et le combattre. Je sais que tu en as les capacités. Cependant prends bien garde. Le démon tentera de t'amadouer afin de prendre possession de ton corps pour investir ce monde. Refuses toutes négociations. » expliqua Irving en toute hâte. Greagoir le coupa alors.

« Les apprentis doivent surmonter cette épreuve seul Iving ! » il fit signe à son tour en direction de la coupelle de lyrium. « Il est temps. »

Flore hésita un instant avant de s'avancer. Elle plongea ses mains dans le lyrium. La substance bleue visqueuse recouvra ses mains, puis une sensation de froid intense l'envahit jusqu'à la plonger dans le coma.



#20
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 3


L'immatériel, domaine des rêves et des esprits, était enveloppé d'un fin brouillard. L'environnement était semblable à la tour du cercle dans laquelle Flore avait grandi. Les mêmes murs immenses, les mêmes bibliothèques imposantes, les mêmes vitraux opaques. Cependant, tout était morcelé. Les fragments de pièces lévitaient dans un vide dont on ne voyait le fond. Les structures étaient chaotiques et le toit, parsemé de fissures improbables, donnait sur un ciel dépourvu de soleil et d'étoiles. Il n'y avait ni jour, ni nuit. Seul le voile du brouillard nourrissait les rayons d'une lumière blafarde.

Lorsque Flore s'éveilla, elle n'était plus tout à fait elle-même. Feu Follet avait investit son corps. Ses yeux bleus clairs avaient laissés place à un vert acide. Les veines de son visage étaient devenues apparentes et semblaient battre sous sa peau blême. Sa conscience devait désormais cohabiter pleinement avec celle de l'esprit dans un même corps. Pour Flore, c'était une sensation étrange. Ses pensés se mêlaient naturellement aux siennes. Sa vision était absolue. Ses sens décuplés. Mais c'était surtout ses émotions qui la perturbaient. Elle n'en avait plus aucune. Ou plutôt, n'en ressentait plus. C'était une sensation de plénitude qu'elle n'avait jusqu'alors jamais expérimenté. Et quelque part, cela lui convenait.

Ils avancèrent dans le domaine sans heurt. Au détour d'un couloir, des esprits s'affolèrent à leur arrivée. Flore n'eut aucun mal à les reconnaître. Elle en côtoyait chaque nuit en rêve, alors qu'elle naviguait de domaine en domaine. Soudain, ils se retrouvèrent devant un démon mineur. Elle comprit sa nature au premier regard. Celui-ci hésita à les attaquer, ne sachant à quoi il avait à faire. Flore et Feu Follet avancèrent stoïques. Le démon semblait paniqué mais n'attaqua pas pour autant, les laissant traverser un portail les menant dans une partie différente du domaine.

Une étrange créature les accueillit. Elle avait la forme d'une petite souris, mais parlait comme un être humain.

« Voilà une nouvelle victime jetée en pâture aux démons. Les templiers n'ont-ils donc aucune pitié ? » s'exclama la souris.

Flore et Feu Follet observaient la créature d'un silence religieux.

« Vous êtes une apprentie envoyée dans cet enfer pour effectuer sa confrontation n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas la première, et pourtant, vous semblez différente. »

Flore ne parvenait pas à déterminer de quelle nature elle était. Était-ce un esprit ? Un démon ? Autre  chose ? Cependant elle sentait Feu Follet méfiant, voire même soupçonneux. Elle voulu interroger la créature mais ne put exprimer le moindre mot. Soudain, la créature changea de ton.

« La limite entre vos deux esprits semblent être plus fine qu'elle n'en a l'air. » la souris se mua en un amas de chair difforme dans un halo de lumière. Flore tenta à nouveau de s'exprimer sans aucun succès. Sa voix refusait d'émettre le moindre son. De puissants maux de tête vinrent la frapper tels des coups de fouet. Elle se courba sous le poids de la douleur alors que la créature qui lui faisait face grandissait à vue d'oeil. La chair prit la forme d'un démon de colère immense. Sa peau recouverte de lave dégoulinait sur le sol. « Les êtres de votre espèce sont rares et pourtant si délicieux. » la voix du démon était devenue grave et puissante. « Je me délecterai de votre volonté, m'approprierai vos songes et investirai votre enveloppe charnelle. Je pourrai ainsi voir le monde à travers vos yeux, goûter à une liberté qui ne m'a été que trop longtemps refusée. » la taille du démon ne cessait de s'accroître alors que Flore se tordait de douleur. Elle sentait ses forces la quitter alors que Feu Follet devenait plus pesant. « Mais surtout, j’acquerrai vos pouvoirs et briserai le voile. »

Utilisant ses dernières forces, Flore lança une incantation qui gela le démon instantanément. La puissance de sa magie s'était décuplée de manière exponentielle sous l'influence de l'esprit qui habitait son corps. Alors que le démon paralysé par le froid commençait à s'effriter dans les airs, Flore tomba de nouveau dans le coma.



#21
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 4

 

Flore se réveilla dans le dortoir des apprentis. Pour la première fois, elle appréciait d'entendre de nouveau ce brouhaha constant dans lequel le dortoir baignait sans cesse.

« Enfin debout ? »

Flore eut du mal à rouvrir totalement les yeux. Se relever lui fut encore plus pénible. Elle malaxa son crâne afin d'atténuer les maux de têtes qui la faisait encore souffrir.

« Jowan s'il te plaît, je suis épuisée. »

« Bien sûr, on dit qu'il n'y a rien de plus fatigant que la Confrontation. Enfin, c'est seulement ce que j'ai entendu, puisque je n'ai toujours pas le droit de faire la mienne ! »

« Oui... » soupira Flore qui espérait vainement que sa réponse puisse le contenter.

« C'est incroyable, tu es plus jeune que moi, tu es arrivée après moi, et tu passes ta Confrontation avant moi ! »

« Oui... » soupira de nouveau Flore désespérément.

« Comment c'était ? » interrogea Jowan soudainement plus calme. Flore l'observa un instant avant de lui répondre.

« Tu sais que je n'ai pas le droit de t'en parler. »

« Évidemment. Qu'est-ce que l'amitié face au devoir ? Ne surtout pas trahir le Cercle, obéir aveuglément aux templiers. Tu t'es très bien adaptée dis moi. »

Flore expira longuement en signe de lamentation.

« D'ailleurs, Irving voulait te voir. J'imagine que c'est pour te féliciter. Tu vas déménager dans les quartiers des mages, avoir ta propre chambre, ton propre bâton ! Et moi je vais croupir ici en attendant qu'ils se décident à m'apaiser. » la voix de Jowan trahissait un certain affolement.

« Ils n'ont aucune raison de faire cela. »

« Alors expliques moi pourquoi suis-je toujours un apprenti ? »

« Tu ne dois pas encore être prêt. »

« Je suis prêt. Depuis longtemps. » Flore resta muette alors qu'elle le fixait d'un air exaspéré. « Mais je te fais perdre ton temps. Les mages sont toujours tellement occupés. » grogna Jowan.

Flore se leva de son lit avec difficulté. Elle remercia Jowan puis marcha en direction du bureau d'Irving. Elle avançait lentement en titubant. Sa tête était toujours lourde et elle se sentait incommodée. Elle regrettait de ne pas avoir été plus compréhensive envers Jowan. Lui qui avait été son seul ami pendant si longtemps. Qui avait fait fi de son étrangeté et l'avait acceptée avec tous ses défauts. Elle se dit qu'elle lui présenterai ses excuses plus ******, lorsqu'elle en aurait fini avec Irving, et qu'elle se sentirait moins mal.

Elle passa devant Cullen, en garde dans le couloir -comme la plupart des nouveaux templiers-, et le salua d'un hochement de tête incertain.

« Vous allez bien ? » demanda Cullen inquiet.

« Pas vraiment. »

« Je suis soulagé que votre confrontation ce soit bien passée. D'après les autres templiers, c'était la plus rapide et la plus nette qu'ils n'aient jamais vu. Enfin vous semblez tout de même épuisée. »

« C'était assez étrange... » dit Flore qui se perdit dans ses pensés.

« Hum... Je suis vraiment heureux que je n'ai pas eu à... » Cullen s'interrompit et réfléchit aux mots qu'il pourrait employer. « Enfin vous n'avez pas ... » bégaya-t-il. Flore le fixait placidement en songeant à l'abandonner pour partir s'écrouler dans un lit, n'importe lequel. « Ce que je voulais dire c'est que c'était moi qui était désigné pour … Porter le coup de grâce. Au cas où vous... Enfin vous savez. » bredouilla Cullen à la fois soulagé et paniqué. « Mais je n'ai pas eu à le faire, fort heureusement », soupira-t-il, exténué par ses palpitations cardiaques affolées.

Flore le fixait encore, cherchant une réponse intelligente à lui fournir.

« L'auriez-vous fait ? » 'pas si intelligente que ça' pensa-t-elle.

« Oui. C'est mon devoir et j'ai fais vœu de loyauté envers l'Ordre. » affirma Cullen fermement. « Cependant, j'aurais vraiment été très affecté. » il affichait un air sincèrement désolé.

Flore comprenait et partageait ce raisonnement. Sa loyauté envers le Cercle était probablement égale à celle de Cullen envers l'Ordre des templiers.

« Je dois voir Irving. » annonça-t-elle.

« Je comprends. N'hésitez pas à venir me voir si vous en avez envie. Nos discussions sont toujours très divertissantes. Non pas que vous me dérangiez dans mon travail. Ce n'était pas ce que j'insinuais... » Cullen bégaya de nouveau.

« Je sais. » dit Flore d'un sourire chaleureux.

C'était probablement la première fois en un an qu'il la voyait sourire ainsi. Il n'en revenait pas de ce qu'il voyait et paniqua derechef.

« A bientôt. Si vous repassez. Enfin, vous repasserez sûrement. Ah hum bref... » il se frotta le front en détournant le regard, trop gêné de croiser le sien.

Flore ne prêta pas attention à son émoi et repris sa route en direction du bureau d'Irving, d'où des hurlements s'échappaient. C'était à présent une habitude d'entendre Greagoir s'égosiller. Particulièrement auprès d'Irving qui lui tenait tête presque quotidiennement. Elle avait coutume de se poser dans un coin de la pièce à attendre qu'ils remarquent sa présence. Parfois, Greagoir calmait ses ardeurs et se résignait à partir. Parfois seulement.

« C'est hors de question. Je m'y oppose catégoriquement ! » rugit Greagoir.

'Pour changer' pensa Flore en entrant dans le bureau. Elle remarqua la présence d'un troisième homme qu'elle n'avait encore jamais vu. Il était plutôt âgé, mais moins qu'Irving. Grand, la peau mâte, de longs cheveux noirs et une barbe hirsute. Il semblait rompu au combat et portait une armure dont l'écusson arborait un emblème qu'elle avait déjà vu quelque part auparavant. Sûrement dans un livre.

« Cette fois vous ne pourrez pas l'en empêcher Greagoir. » rétorqua Irving, décidément toujours très en forme malgré son âge, pour riposter.

Le troisième homme, resté silencieux jusque-là, les coupa d'un éclaircissement de voix. « Veuillez m'excuser messieurs, mais je crois qu'il y a ici une personne qui souhaite vous voir Irving. »

Ils se tournèrent vers Flore qui s'était adossée contre le mur du fond pour les observer.

« Je ne voulais pas déranger. » s'excusa Flore gênée.

« Non tu ne nous dérange absolument pas mon enfant. Approches donc. » rassura Irving de son chaleureux sourire.

« C'est elle ? » chuchota le troisième homme à Irving qui acquiesça d'un hochement de tête.

« Bien, puisque vous semblez occupé je vais vous laisser. Mais nous n'en avons pas fini Irving ! » informa Greagoir avant de tourner les talons, plus furieux encore.

« Mais oui. Flore je voulais tout d'abord te féliciter pour ta Confrontation. Tu t'en es très bien sortie. » Irving tendit alors un pendentif frappé du sceau du Cercle et un long bâton en bois de chêne, à l'embout enroulé en spirale. « Voici ton bâton et ton insigne. Tu es désormais une mage du Cercle confirmée. Tes affaires ont d'ailleurs déjà été transférées dans tes nouveaux quartiers. »

« Je vous remercie. » répondit Flore solennellement.

Irving se tourna brièvement vers le troisième homme qui observait la scène au garde-à-vous. « Aussi, je souhaiterai te présenter un vieil ami. Voici Duncan, il est le commandeur de la Garde des ombres en Ferelden. »

'C'est donc cela' pensa Flore en zieutant l'écusson de Duncan qui l'honorait d'un signe de tête.

« Duncan est ici pour recruter un mage pour la Garde. » expliqua Irving.

« Nous avons tout particulièrement besoin de mages pour contrer les émissaires des engences. » confirma le garde.

« Flore mon enfant, aurais-tu la bonté de conduire Duncan jusqu'aux quartiers des invités ? Je dois encore m'acquitter de certaines tâches, et je gage que la route a dû être longue et éreintante depuis Denerim. »

« Oui Irving. » Flore n'aurait jamais osé refuser une demande directe ou non de la part de son mentor.

Elle s'exécuta sans discuter et escorta le garde des ombres à travers les longs couloirs de la tour. Ils restèrent silencieux toute la route durant. Arrivée devant les quartiers des invités, Flore peinait à dissimuler son épuisement. Duncan qui la suivait, tentait de réduire sa cadence afin de ne pas l'offenser. A mesure qu'ils avançaient, Flore se sentit de plus en plus mal. Sa vue se troubla et ses mouvements décélérèrent. Elle manqua de heurter le sol lorsque Duncan la rattrapa juste à temps.



#22
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 5


Le chant des merles sur le rebord de la fenêtre réveilla Flore de son profond sommeil. Elle ne reconnue pas la chambre dans laquelle elle se trouvait. Le lit dans lequel elle était étendue était large et sentait la fraîcheur d'un nettoyage récent. Lorsqu'elle se releva, elle remarqua que ses affaires avaient été posées sur un bureau placé contre un mur juste en face.

Flore ignorait combien de temps elle avait pu dormir ainsi. Elle se traîna jusqu'à la fenêtre entrouverte d'où les merles s'échappèrent soudainement. La tiédeur du vent d'été caressa son visage alors qu'elle se penchait pour admirer le lac et la verdure environnante. Le soleil culminait dans le ciel et ses rayons l'aveuglèrent quelques instants, avant que ses yeux ne s'en accommodent. Elle profita ainsi de la brise et de la beauté du paysage semblable à une peinture durant un long moment, s'imprégnant de la plénitude ambiante.

Peu à peu, elle put de nouveau percevoir le doux chant qui raisonnait depuis toujours dans son esprit. Elle ferma les yeux pour mieux l'apprécier, et sentit alors une présence familière auprès d'elle.

"Feu Follet", murmura-t-elle. Immobile, elle tourna sa tête posément en direction de l'esprit qui planait dans le vide. Celui-ci répondit à son appel et vînt se frotter contre sa joue couverte de tâches de rousseur, alors qu'elle lui souriait tendrement.

Elle était capable de comprendre ce qu'il pensait et ressentait. Leurs consciences étaient pour ainsi dire comme connectées l'une à l'autre. Elle ignorait tout de ce lien. Pourquoi était-elle la seule mage en mesure de le voir et de le comprendre ? La seule chose qu'elle savait intimement, c'est que Feu Follet était l'esprit de sa défunte soeur. Très tôt, cette révélation lui était apparue comme une évidence. Elle ignorait comment et pourquoi l'esprit de sa soeur s'était attaché à elle. Néanmoins, leur cohabitation et leur compréhension mutuelles s'étaient nettement améliorées au fil des ans.

Lorsque Flore eut recouvert ses forces, elle décida de se rendre dans le bureau d'Irving. C'était avec une certaine satisfaction qu'elle constata que la tour était restée intacte durant son sommeil. Les apprentis en groupe buvaient les paroles de l'enchanteur chargé de les instruire, pendant que les mages s'affairaient à leurs recherches. D'une pièce à l'autre, le brouhaha laissait place à l'écho des pages des livres et des plumes sur des parchemins, résonnant dans le silence religieux de l'étude. En chemin, elle croisa la route de Jowan qui semblait plus inquiet que jamais.

"Tu as fini par reprendre conscience! Tu tombes bien il faut absolument que je te parle de quelque chose d'important", déclara-t-il en hâte.

"Combien de jours ai-je dormi?" ânonna Flore qui était légèrement somnolante. La vivacité de son ami l'épuisa plus encore.

"Ho ça...? Seulement deux jours. Suis-moi, je dois te présenter quelqu'un!" il agrippa sa main sans prêter attention à son ahurissement. Lorsqu'ils entrèrent en contact, Flore ressentit une profonde répulsion et retira sa main sèchement. "Que t'arrive-t-il?" demanda Jowan interloqué.

"Je l'ignore", avoua-t-elle tout en frictionnant sa main.

"S'il te plaît, j'ai réellement besoin de ton aide maintenant. Je sais que tu es épuisée depuis ta confrontation. Et tu dois sans doute avoir des tas de choses à faire. Mais je suis ton ami!"

"Oui. Pardonnes moi Jowan. Je vais te suivre."


Jowan la conduisit jusqu'à la chapelle de la chantrie où une jeune initiée était assise sur l'un des bancs devant l'autel d'Andraste. Elle se leva lorsqu'elle perçut leur arrivée et salua Jowan d'un doux et chaleureux sourire.

"Voilà, cela fait un moment que je t'ai parlé d'une fille que je fréquente. Voici Lily." annonça-t-il.

"Jowan..."

"Je sais, c'est interdit. Et pourtant nos sentiments l'un pour l'autre sont bien réels ! Mais là n'est pas le problème."

"Parce qu'il y a pire encore ?" s'inquiéta Flore.

"L'autre jour, lorsque je suis venu te voir après ta confrontation, je t'ai dit que je les soupçonnais de vouloir m'apaiser. Et bien j'en ai maintenant la preuve."

"J'ai surpris un document sur le bureau du chevalier-capitaine confirmant la décision d'apaiser Jowan. Et le premier-enchanteur aurait donné son accord." expliqua Lily.

"Tu comprends? Ils vont faire de moi un apaiser ! Je vais perdre tout ce qu'il y a de plus précieux au monde. Ma volonté, mes rêves et surtout mon amour pour Lily", s'alarma Jowan tout en gesticulant.

"Mais tu ne ressentiras plus rien", rétorqua Flore froidement.

"N'est-ce pas ce qu'il y a de plus triste ? Ne pas se rendre compte de tout ce que l'on a perdu", répondit Lily bouleversée.

"Je ne serai plus qu'une coquille vide comme tous les autres. Destiné à vendre des runes et des baguettes ou à laver les sols. Je n'aurai plus jamais la moindre émotion. Je refuse de les laisser faire !"

"Si c'est ce qu'ils ont décidé..."

"Flore, tu aurais dû être apaisée toi aussi. Je sais que Greagoir en a fait la demande plusieurs fois ! Et chaque fois, Irving s'y est opposé parce que tu étais son apprentie. Tu n'as pas le devoir de m'aider seulement parce qu'on est ami, mais par solidarité aussi."

Flore hésita un moment avant de répondre. Elle savait que tout ce que Jowan disait était vrai. Sans Irving, elle serait déjà apaisée depuis longtemps. Non pas qu'elle n'appréciait pas leur compagnie, mais l'idée de perdre tout ce qui faisait d'elle un être pensant et vivant la terrifiait. Malgré tout, trahir le Cercle, et surtout Irving, lui paraissait insensé.

"Que dois-je faire?" Demanda Flore gravement.

Jowan expira un long soupire de soulagement, comme s'il s'attendait à un refus de sa part. "Merci, je suis soulagé de pouvoir compter sur toi."

"Oui, merci à vous." Lily gratifia Flore d'un sourire rayonnant qui la perturba légèrement.

"Voilà le plan. Pour échapper à l'apaisement je vais devoir fuir la tour. Seulement, les templiers finiront toujours par me retrouver à cause de mon phylactère. Pour cela on devra donc s'introduire dans le reliquarium. Sauf qu'il est protégé par deux portes magiques. Pour la première, Lily connaît le moyen de passer. Mais pour la seconde, il faut que tu ailles voir Owain à la réserve pour obtenir un sceptre de feu. Avec ça, on pourra faire fondre la serrure et avancer sans mal. Évidemment comme de nous trois tu es la seule mage du Cercle, il n'y a que toi qui puisse te charger de cette tâche."

Flore le fixa un moment avant d'accepter. Ce plan ne lui plaisait pas du tout. Non seulement il s'agissait de se rendre dans une zone de la tour qui leur était formellement interdite, mais aussi de l'aider à s'évader en détruisant son phylactère. Alors qu'elle longeait les couloirs en direction de la réserve, Flore réfléchit à la décision qu'elle devrait prendre. Elle traversa une immense bibliothèque et alla se poser dans un coin peu fréquenté. Elle s'assit par terre et s'adossa péniblement contre les imposants grimoires. Les lueurs des lampes à huile ne couvraient pas cette partie de la bibliothèque, qui ne disposait pas d'ouvrages suffisamment intéressants pour les recherches que menaient les mages du Cercle. Alors qu'elle commençait  à se perdre dans une intense réflexion, la voix d'un jeune homme vint l'en tirer.

"Veuillez m'excuser, peut-être pourriez vous me renseigner ? Savez-vous où se trouve les ouvrages sur la Garde des ombres ?"

Il était âgé d'à peine quelques années de plus que Flore. Des cheveux courts châtains clairs avec une légère frange élevée, soigneusement coiffée. Il portait une armure très différente de celles des templiers, et pourtant son plastron arborait le blason de l'Ordre. Ce détail la perturba, la plongeant de nouveau dans ses pensées.

"Je ne voulais pas vous déranger ..."  Il se détourna et scruta les grimoires le visage renfermé.

"Non. J'étais seulement surprise de voir le blason de l'Ordre sur votre armure. Vous ne ressemblez pas aux templiers du Cercle."

"A vrai dire je n'ai pas encore prononcé mes voeux. Et d'ailleurs je ne les prononcerai jamais. Je m'appelle Alistair. J'accompagne Duncan le garde des ombres."

"Irving disait qu'il voulait recruter un mage..." murmura Flore l'air songeur.

Alistair rit doucement avant d'expliquer: "Non. J'étais un templier novice à la chantrie de Bournshire. C'est là qu'il m'a recruté. Ou dirais-je plutôt qu'il m'a sauvé." Alistair afficha un doux sourire chargé de gratitude alors qu'il croisait ses bras.

"Vous étiez en danger?"

"Pas vraiment non." il ria de nouveau et ajouta : "Je n'étais simplement pas à ma place." il marqua une courte pause durant laquelle ses yeux se perdirent dans le vague. "Je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps... " il attendit un instant que Flore ne lui révèle son nom. Elle le fixa longuement sans vraiment comprendre ce qu'il attendait d'elle avant qu'il ne se résigne à le lui demander. "Comment vous appelez-vous?"

"Flore."

Alistair se cabra légèrement. "Vous êtes..." il réfléchit un instant. "Ah. Je ... Je vois."

La jeune mage le dévisagea d'un air consterné.

"Ne vous méprenez pas. J'ai simplement entendu votre nom à plusieurs reprises." le visage de Flore devint soudainement plus soucieux. "En bien je vous assure." Ajouta-t-il précipitamment.

"Qui vous a parlé de moi?" Flore affichait un air à la fois inquiet et intrigué.

"Le premier enchanteur, lorsqu'il discutait avec Duncan. Enfin je n'insinuais pas qu'ils parlaient de vous en particulier." Bredouilla Alistair.

Soudain, le visage de Flore s'éclaircit comme si elle avait eu une révélation. Elle bondit sur ses pieds et manqua de heurter le jeune homme surprit de sa réaction. Elle fît quelques pas puis se retourna vers Alistair.

"Les ouvrages sur la Garde des ombres sont tous ici." Elle pointa une vieille bibliothèque croulant sous le poids des livres et grimoires.

Alistair détacha ses yeux des siens avec peine avant de contempler les monstrueux grimoires usés et abîmés par le temps. "Merci", dit-il en se retournant avant de constater qu'elle était déjà partie.



#23
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 6


Il était rare que le bureau d'Irving soit calme. Aussi en avait-il profité pour se plonger dans ses propres travaux. Il était assis derrière son bureau en acajou, une plume d'encre à la main. Flore entra sans bruit, tenant un parchemin entre ses longs doigts fins. Il ne remarqua sa présence que lorsqu'elle s'arrêta juste devant lui. Il leva la tête et sa concentration se changea en ravissement.

« Flore ! Je suis soulagé, tu as l'air d'aller beaucoup mieux. » Irving avait posé sa plume dans son encrier et se releva tout doucement pour pouvoir la rejoindre.

« Je suis désolée de vous avoir causé tous ces soucis. »

« Non il n'y a pas de mal. C'est moi qui aurais dû te ménager. La Confrontation est une épreuve difficile et éprouvante. Tu méritais un peu de repos. »

« Irving j'ai... » Flore hésita avant de poursuivre. Elle sentit une certaine appréhension. L'envie de tout divulguer la tenaillait, tandis qu'elle craignait de regretter son acte plus ******.

« Qui a-t-il mon enfant ? Tu sais que tu peux tout me dire. » la rassura-t-il en pausant sa main sur son épaule frêle.

« Je crois que... Que Jowan a l'intention de fuir le Cercle. » elle serra son parchemin entre ses doigts sous le poids du doute.

« C'est une sérieuse accusation... En as-tu la preuve ? » le ton d'Irving devint subitement grave.

« Oui. Il me l'a avoué directement. Il m'a dit qu'il savait que vous aviez donné votre autorisation pour procéder au rituel de l'apaisement sur lui. »

« Comment l'a-t-il apprit ? » demanda Irving suspicieux.

« C'est Lily qui l'a découvert et qui le lui a dit. »

« Ah oui, la petite initiée qu'il voit en secret... » Irving ne semblait pas être surprit de cette révélation.

« Mais alors c'est vrai ? Vous allez vraiment faire de Jowan un apaisé ? » S'affola Flore.

« Je sais qu'il est ton ami. Mais cela fait longtemps que nous nourrissons quelques soupçons à son égard. »

« Je comprends que ce qu'il fasse soit punissable. Mais n'est-ce pas une sentence trop dure ? »

« Écoutes moi. Même si ma décision te paraît absurde maintenant, tu dois me faire confiance. » Irving tenait ses petites mains entre les siennes. Flore aimait cette sensation de chaleur qui l'envahissait à chaque fois. Cela la rassurait.

« Oui. »

« T'a-t-il dit autre chose ? »

« Oui. Il compte détruire son phylactère. Il m'a demandé de récupérer un sceptre de feu à la réserve pour pouvoir passer la porte du reliquarium. »

Irving afficha un léger rictus en coin qu'il tenta de dissimuler d'un hochement de tête. « Seulement ça ne marchera pas. Le reliquarium est protégé par deux portes scellées. La première nécessite un mot de passe qui n'est connu que des templiers. »

« Je crois que Lily la découvert. » coupa Flore.

Irving sembla désemparé pendant un court instant, puis il se ressaisit sans mal. « Dans ce cas, c'est la deuxième porte qui vous bloquera. Elle est protégée par de puissantes runes anti-magie. Ni toi ni le sceptre ne pourront les contrer. »

« Dans ce cas tout son plan est voué à l'échec. » souffla Flore presque rassurée.

« Non. Il y a une porte un peu plus loin qui mène aux fondations de la tour. C'est un léger détour qui vous conduira aux reliquarium. Là, tu pourras utiliser ton fameux sceptre sur un amplificateur arcanique tevintide pour percer l'un des murs. »

« Vous voulez quand même que je les aide ? » demanda Flore déboussolée.

« Je veux qu'ils soient tous les deux pris sur les faits. Et je ne veux pas que Jowan soit le seul à payer. » il contempla le visage de Flore qui était encore hésitante. « Tu ne risqueras rien puisque tu seras en mission pour le Cercle. Tu seras sous ma protection. »

« Il me faut la signature d'un enchanteur de rang pour pouvoir obtenir le sceptre. » Flore lui tendit le parchemin froissé. Il le saisit et le signa sans même le lire.

« Informes moi lorsque vous vous rendrez dans les sous-sols. Et tâchez d'être discrets. »

« Bien Irving. »


Une fois qu'elle eut récupéré le sceptre, Flore retourna dans la chapelle de la chantrie. Jowan et Lily s'étaient réfugiés dans une petite pièce derrière l'imposant orgue, où était entreposé tout ce qui servait aux cérémonies.

« Tu en as mis du temps ! Pourquoi était-ce si long ? » l'interpella Jowan complètement paniqué.

« Il me fallait l'accord d'un enchanteur de rang pour le sceptre. »

« Et tu l'as eu ? »

Flore dégaina le sceptre et l'agita sous ses yeux. Elle gardait un air impassible afin de ne pas attiser la suspicion de la part de son vieil ami.

« Tu vois Jowan, je t'avais bien dis de garder la foi. » l'encouragea Lily.

« En effet. J'avoue qu'il m'arrive d'être parfois trop dramatique. J'ai tout appris de Flore. » il ricana nerveusement, tentant d'apaiser sa tension. Flore resta cependant insensible à son humour.

« Nous devrions tenter notre chance ce soir à l'heure du repas, quand tous serons réunis dans la grande salle. La nuit, les rondes des templiers sont beaucoup trop courtes. » dit Lily à la fois excitée par leur petite aventure et terrifiée par les conséquences qu'elle engendrerait.

« Donnons-nous rendez-vous devant le portail du sous-sol. » annonça Jowan. Ils acquiescèrent tous d'un hochement de tête avant de se séparer.


Flore patienta le reste de la journée dans les cuisines. Les événements de la journée repassaient en boucle dans sa mémoire. Jowan paniqué lui demandant son aide, son plan, celui d'Irving et lorsqu'elle trahit la confiance de son ami en divulguant l'heure de leur rendez-vous. Elle soupira lourdement alors qu'elle pétrissait la pâte de la tourte aux saumons et aux épinards prévue pour le repas du soir.

« Quelque chose ne va pas Flore ? » demanda placidement Anna, l'une des apaisés.

« J'ai trahis mon ami pour servir le Cercle. Mais j'ai peur de faire une erreur. » avoua Flore les mains toujours empêtrées dans la pâte.

« Ne voyez là aucune trahison lorsque vous accomplissez votre devoir de mage du Cercle. » la voix d'Anna restait ainsi toujours monotone. C'était une particularité des apaisés. Leur lien avec l'immatériel ayant été rompu, ils étaient tous dépourvus d'émotions.

« Il va grandement souffrir à cause de moi. » Sa poitrine se serra si fort qu'elle provoqua une intense douleur qui marqua son visage.

« Ce sont ses propres actes qui entraîneront cette souffrance. »

Flore se rappela alors les mots d'Irving. Elle ne comprenait pas pourquoi il tenait tant à ce qu'ils soient ainsi punis. Certes leur relation était défendue, mais la réaction d'Irving lui semblait démesurée.

L'heure du rendez-vous approchant, Flore se lava les mains dans une bassine, rangea son tablier dans un panier posé juste à côté et parti.



#24
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 7


Les couloirs étaient déserts. Tous les mages et apprentis étaient réunis dans la grande salle à manger. Des templiers ne restaient que quelques uns chargés d'effectuer des rondes de surveillance. Lorsque Flore arriva devant le portail du sous-sol, Jowan et Lily l'attendaient déjà. Ils sortirent de leur modeste cachette et s’engouffrèrent sans attendre à travers les robustes portes. Lily expliqua qu'elle avait soutiré la clé à un templier trop naïf, alors qu'ils avançaient sans mal vers la première porte scellée.

« Je dois d'abord prononcer un mot de passe qui désactivera les protections. Ensuite, un mage doit la caresser de sa magie afin d'actionner ses mécanismes d'ouverture. »

« Ce templier doit vraiment en pincer pour toi pour te livrer autant d'informations. » commenta Jowan quelque peu jaloux.

« Il ne m'a pas tout avoué d'un coup bien sûr. Il m'a fallu du temps pour gagner sa confiance. »

« Une confiance bien placée. » ironisa Flore qui pensa en même temps qu'elle ne valait guère mieux.

« Oui bien, si nous continuons ? » Lily se plaça devant l'immense porte et récita le mot de passe : «Épée du Créateur, larmes de l'immatériel.». Un cliquetis retentit du mécanisme. « Allez-y », dit-elle à Flore qui invoqua une petite boule d'énergie entre ses mains, avant de la libérer sur la porte. Le mécanisme s'actionna soudainement affranchissant la porte de ses sceaux. « Plus qu'une à passer ! » Annonça Lily plein d'enthousiasme.

« Utilises le sceptre de feu sur la serrure. » Dit Jowan inquiet et pressé.

Flore dégaina le sceptre et le brandit devant la porte scellée. Elle attendit un moment ainsi alors que rien ne se produisit.

« Pourquoi ça ne fonctionne pas ? » Paniqua Jowan.

Flore haussa les épaules sans répondre.

« Mais bien sûr. Comment empêcher un mage d'avancer ? En l'empêchant d'utiliser ses pouvoirs ! Cette porte doit être couverte de runes qui bloquent la magie. J'en ai déjà entendu parler... » Déclara Lily.

« Tout est perdu. Nous ne pourrons jamais atteindre la salle des phylactères. » Jowan commença à perdre espoir lorsque Flore intervint.

« Et cette porte là bas ? » Elle pointait du doigt une porte tout au fond du couloir.

« Avec un peu de chance, celle-ci ne sera pas protégée par des runes. Allons voir ! » Lily entraîna Jowan par le bras qui se laissa faire, tandis que Flore les suivait de loin calmement. Elle brandit le sceptre de nouveau. Une longue flamme en jaillit et fit fondre la serrure.

Au moment où ils poussèrent la porte, deux armures décoratives prirent vie et les attaquèrent.

« Lily mets toi à couvert ! » Jowan commença à marmonner une incantation en concentrant toute sa volonté. Il lança une vague de feu sur les armures qui s'enflammèrent instantanément. La chaleur intense les subjugua peu à peu alors qu'elles s'effondrèrent lourdement sur le sol.

« Des démons ici ? » demanda Lily paniquée.

« Non. De simples entités. Elles ont dû s'imprégner de la volonté des templiers qui ont traversé ces couloirs durant tout ce temps. » expliqua Flore placidement.

« Tu ne crois tout de même pas qu'il y en aura d'autre ? » s'inquiéta Jowan.

« Possible. » Flore ressentait leur présence. En concentrant toute son attention sur eux, elle serait même capable de les visualiser, comme elle pouvait voir Feu Follet.

« Ne traînons pas. Plus nous perdrons de temps, et plus notre absence risquera de se faire remarquer », ajouta Jowan qui franchit la porte précipitamment.

Ils longèrent les longs couloirs humides et délabrés des fondations de la tour. Ils affrontèrent plusieurs autres entités et autres rats géants sans mal. A chaque combat, Flore observait Jowan lancer ses incantations avec curiosité.

« La puissance de tes sorts est impressionnante Jowan. Surtout sans bâton. »

« Quand je t'ai dis que j'étais prêt à passer ma Confrontation, ce n'était pas exagéré. » répondit Jowan tout en descendant les marches menant au Reliquarium.

C'était une large salle remplie d’artefacts et de reliques ayant appartenu à des peuples depuis longtemps éteints.

« C'est incroyable. » s'enthousiasma Jowan. J'ai déjà vu tous ces artefacts en livre. La plupart ont des pouvoirs étonnants. » Il se précipita vers une statue de femme. « Je me souviens de ça... Elle était entreposée dans la salle d'étude pendant des années, jusqu'à ce que les templiers décident de l'en retirer. Je me suis toujours demandé ce qu'ils en avaient fait. »

« Bonjour Jowan. » dit la statue d'une voix grave et monotone.

« Cette chose parle ? »Lily était aussi surprise que terrifiée.

« Ce n'est pas une chose. J'adorais l'écouter me raconter ses histoires lorsque j'étais enfant. »

« Je suis Eleni Zinovia, prophétesse autrefois concubine et conseillère de l'archonte Valerius. » ainsi se présenta la statue.

« Vous étiez vivante ? » interrogea Flore curieuse.

« Lorsque j'eus rêvé qu'il n'acquiert pouvoir et richesses, il me couvrit d'or. Mais lorsque j'eus prédit sa chute, il lia mon esprit à une statue de pierre pour l'éternité. Il me fit déplacer devant sa forteresse pour délivrer mes mensonges aux passants. Mais un jour, ma prophétie se réalisa. »

« C'est horrible... » commenta Flore bouleversée par l'histoire que la statue avait narré.

« Sèches tes larmes mon enfant. De pierre je fus faite, de pierre je suis. Éternelle et insensible. Je devrais l'endurer jusqu'à ce que le Créateur ne vienne rallumer la flamme. »

« Moui... Ce qu'elle raconte n'a pas toujours de sens. » répliqua Jowan las.

« Au revoir Jowan. L'innocent dévoyé. » la statue devînt alors comme éteinte.

« Qu'est ce que cela signifie ? » demanda Lily désorientée.

« Absolument rien. Elle ne s'exprime que par des métaphores transposées. Moi aussi je peux le faire : 'Voici teindre le jour, mais regardez comme il fait sombre !'. » Jowan agita ses bras au dessus de sa tête pour rassurer Lily, qui couva sa bouche pour étouffer un rire.

« C'est certainement ce qu'a dû dire l'archonte avant sa chute. » commenta Flore d'un ton sarcastique.

Jowan lui lança un regard noir avant de se retourner pour fouiller la salle. Il s'arrêta devant une petite bibliothèque usée. « Là derrière. » dit-il en la pointant du doigt. « Je crois bien que le mur est suffisamment fragile pour être abattu. Si tu utilisais le sceptre sur cet artefact ? Il me semble qu'il s'agit d'un amplificateur de magie non ? » Flore acquiesça d'un hochement de tête. Jowan se colla contre la bibliothèque et la déplaça sur le côté.         « Voilà. Utilises le contre ce mur. » Elle pointa le sceptre contre l'artefact. Une vague de flamme colossale en jaillit et dévora le mur en quelques secondes.



De l'autre côté se trouvait une petite pièce baignant dans une lumière bleutée. Un étrange brouillard planait juste au dessus du sol.

« C'est ici ? La salle des phylactères... » Jowan était à la fois excité et impatient. Il se précipita vers un escalier en colimaçon. Flore et Lily l'observèrent d'en bas. Il avança vers un étalage de fioles de sang, toutes ornées d'une petite carte sur laquelle était inscrit un nom. Jowan chercha la sienne méthodiquement. « La voilà... » il tendit son bras tandis que la tension et l'excitation le rendaient fébrile. Il la saisit fermement et l'observa avec intérêt. « Dire que c'est cette petite chose qui me sépare de la liberté... » il la laissa glisser et tomber. Jowan esquissa un large sourire de satisfaction lorsqu'elle heurta le sol et qu'elle se brisa en morceaux. Le sang se déversa et éclaboussa ses chaussures et le bas de sa robe. Il se tourna vers le balconnet et se pencha pour que Flore et Lily puissent bien le voir et leur dit :  « Je suis libre. ». Lily se réjouit de cette victoire alors que Flore, elle, commença à appréhender la suite.

Jowan redescendit rieur et couru vers Lily pour l'embrasser.

« Jowan... » interrompit Flore le cœur serré.

« Quoi mon amie ? »

« Il y a quelque chose que je dois t'avouer. » Son ventre se serra à son tour, provoquant une douleur insoutenable. Son air grave inquiéta Jowan qui se détacha lentement de Lily. « J'ai tout dis à Irving. »

« Quoi ? » Jowan ne pouvait croire ce qu'il entendait.

« J'ai révélé tout ton plan à Irving. Il est dehors avec Greagoir et un contingent de templiers », annonça-t-elle la voix tremblante.

« Tu plaisantes ? Tu n'as pas fais ça... » dit Jowan le souffle court.

« Je... Je suis désolée. » Les larmes débordaient de ses yeux pendant que son cœur la faisait souffrir le martyr.

« Je dois rêver... Tu m'as livré aux templiers ? » Jowan se mit à hurler sur Flore quand Lily l'agrippa par le bras.

« Nous avons peut être encore le temps de fuir. » coupa Lily d'une voix calme et rassurante. Les deux amants s'enfuirent laissant Flore seule dans le brouillard.



#25
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Chapitre 4

Épreuves et recrutement : Partie 8



Flore courra pour les rattraper. Lorsqu'elle arriva en bas de l'escalier menant à la tour, elle entendit un hurlement. Elle monta les marches à toute allure puis se jeta de tout son poids sur la lourde porte pour l'ouvrir. Jowan se tenait là, devant elle, les mains en sangs. Irving, Greagoir et les templiers étaient tous à terre inconscients.

« Ne t'approches pas de moi traîtresse ! » grogna Jowan furieux. Il joignit ses mains l'une contre l'autre et propulsa une vague ensanglantée contre Flore qui se recroquevilla sur elle même. Une barrière spirituelle se dressa tout autour d'elle et bloqua une parti de la vague. Cependant, Flore fut tout de même blessée dans l'attaque. Ses bras et ses hanches commencèrent à saigner sous sa robe. Alors qu'elle gémissait de douleur, Feu Follet intervint pour soigner ses blessures. Jowan prit la fuite lorsqu'il remarqua l'arrivée des deux gardes des ombres.

Quand Flore fut rétablie, elle accouru auprès d'Irving pour soigner ses plaies. Il revînt peu à peu à lui, mais soufra tout de même du choc. Elle l'aida à se relever puis soigna Greagoir et les autres templiers chacun leur tour.

« C'est un véritable fiasco ! » rugis Greagoir à Irving qui était encore trop sonné pour riposter.

« Jowan s'est enfuit. » marmonna Flore qui soignait l'un des templiers encore à terre.

« Évidemment qu'il s'est enfuit, et ce grâce à vous pauvre idiote ! » il la pointait du doigt avec véhémence et Flore lui répondit d'un regard noir et grave.

« Elle n'y est pour rien Greagoir. » intervint Irving encore à bout de souffle. « C'est moi qui lui ai ordonné de l'accompagner, pour m'assurer qu'ils soient prit sur le fait. »

Greagoir exhala un rire gras et narquois. « Et quelle réussite !»

« Il a aussi détruit son phylactère. » ajouta Flore qui prenait un plaisir malsain à le voir fou de rage. Au fond d'elle, Flore désirait être blâmée. Elle voulait qu'il lui hurle dessus comme il l'avait toujours fait. Elle le méritait bien. Cependant, il resta coi et la fixa d'un regard chargé de haine et de rancœur. Toute sa gestuelle lui criait 'Je le savais.'. Flore s'inclina et fît mine de s'occuper des templiers.

« Où est l'initiée ? »

« Je suis là ser, Greagoir. » Lily, qui était restée cachée dans un coin, répondit si timidement qu'elle était à peine perceptible. Elle s'avança craintivement, tête baissée. Greagoir l'examina froidement puis se retourna vers Irving.

« Elle est sous le choc, mais en pleine possession de ses moyens. » Irving approuva d'un signe de tête que Greagoir ignora. Il se retourna alors vers Lily. « J'espère que tu as conscience de tes actes ? Tu t'es rendue complice d'un mage du sang ! »

« Je... J'ignorais qu'il en était un. Je suis tellement désolée. » Lily tremblait et fondit en larme. « J'accepte ma sentence. Même Aeonar... »

« Bien. » répondit Greagoir sèchement avant de se retourner vers Flore qui en avait finit de guérir les blessés. « Quant à toi... A peine élevée au rang de mage, tu enfreins déjà les règles du Cercle ! »

« J'obéissais à mon maître. » répondit Flore amèrement.

« C'est la vérité Greagoir. Depuis le début elle m'a avoué ce qu'elle savait de Jowan, et a exécuté chacun de mes ordres. »

« Vous n'êtes pas omniscient Irving. Vous auriez du m'en parler avant. C'est ainsi que cela fonctionne. »

« J'avais mes raisons. » Irving se braqua.

« Des raisons qui ont conduit à la fuite d'un maléficien et à la destruction de son phylactère ! J'espère qu'elles en valaient la peine ces raisons ! » Greagoir hurla de nouveau, le visage écarlate. « Le reliquarium est interdit à tous sauf à vous et moi, et ce pour une bonne raison ! Rien ne vous autorisait à les laisser entrer pour assouvir vos machinations stupides ! Dorénavant, nous feront respecter les règles du Cercle selon les principes de l'Ordre. D'ailleurs, je veux que cette mage soit emprisonnée pour une durée indéterminée. Nous déciderons de son sort plus ******. »

Le cœur de Flore s'arrêta net lorsque Duncan intervint.

« J'aurais peut être une autre solution. » il s'avança vers eux sans prêter attention au regard noir que lui lançait Greagoir. « La Garde des ombres a grand besoin de mages aussi talentueux que loyaux. Nous avons besoin de cette mage. »

« Vous voulez l’enrôler ? Hors de question ! »

« Greagoir, ne récompenserions nous pas sa loyauté ? N'a-t-elle donc pas prouvé qu'elle était digne de son rang de mage ? » dit Irving paisiblement.

« Il y a des dangers pires encore que la magie du sang, vous le savez bien. » ajouta Duncan pour appuyer l'argument d'Irving.

« Moi vivant, je n'accorderai jamais la liberté à cette mage. » répondit Greagoir d'un ton définitif.

« Je vois. Vous ne me laissez donc pas d'autre choix que d'invoquer le droit de conscription », rétorqua Duncan aussi déterminé.

Greagoir laissa échapper un rire grinçant quand Flore intervint.

« Je ne veux pas partir », dit Flore le regard plein d'inquiétude. « Je ne veux pas devenir une garde des ombres, ni partir loin de la tour. C'est ici chez moi. »

C'est alors qu'Irving l'agrippa par l'épaule et la retourna vers lui. « Flore, rappelles toi la conversation que nous avons eu il y a longtemps. Ta place n'est pas ici. Les dons que tu possèdes t'ont été accordés pour accomplir de grandes choses. »

« Mais alors vous voulez que je parte ? »

« Je veux que tu prennes ton envol mon enfant. Tu seras toujours une mage du Cercle. Ce n'est pas un adieu. Seulement un au revoir. »

Flore renifla légèrement dans une tentative de retenir ses larmes. « Je vais préparer mes affaires. » Elle se retira dans ses quartiers sans se retourner. Cullen et d'autres templiers retenaient la foule de mages curieux, attirés par les cris. Il l'observa se frayer un chemin parmi la foule et remarqua les larmes qui perlaient sur ses joues.