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#26
Fufunette

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Chapitre 5

Les gardes des ombres  : Partie 1

 

L'orage qui avait éclaté déversait des trombes d'eau. Le vacarme assourdissant couvrait les pleurs de Flore qui rangeait ses affaires dans un grand sac en toile. Les souvenirs de cette longue journée repassaient en boucle dans son esprit. Son cœur la tourmentait chaque fois que la vision de Jowan couvert de sang rejaillissait. Comment avait-elle pu ne pas se rendre compte de ce qu'il était devenu ? Depuis quand avait-il changé ? Pourquoi s'était-il abandonné au pire pêché qu'un mage puisse commettre  ? Toutes ces questions fusaient et s'entrechoquaient dans sa tête comme le déluge qui frappait les vitres de la fenêtre. Elle s'assit péniblement sur le lit lorsqu'elle fut prise de vertiges. Elle plongea sa tête entre ses mains et tenta de regagner son calme.

«  Je vous dérange  ?  »

Flore tressaillit brusquement et se tourna vers la petite porte en bois grande ouverte. Cullen se tenait juste devant. Elle se mordit la lèvre pour s'empêcher de fondre en larme à nouveau. Elle tenta de répondre mais l'émotion la submergea et la plongea dans un sanglot convulsif. Cullen se rapprocha de Flore, s'assit juste à côté d'elle, et pausa une main sur son épaule recouverte de ses longues mèches blondes.

«  Tout est parti de travers aujourd'hui.  » la voix de Flore tremblait entre ses mains. Flore était incapable d'exprimer tout ce qu'elle ressentait. Ses émotions étaient si fortes et si nombreuses qu'elle se sentait sombrer.

Ils restèrent tous deux silencieux, bercés par les clapotis des gouttes contre les vitres. La flamme de la bougie sur la table de chevet virevoltait vivement, et les ombres dansaient sur les murs de l'étroite chambre.

« Je sais qu'il était votre ami. Je suis sincèrement désolé. » Cullen remarqua le sac rempli de vêtements sur le lit. « Vous... Allez quelque part ? » il réfléchit un instant puis réalisa. «  Oh non je sais. Les gardes...  »

« Je dois quitter le Cercle. Irving dit que je pourrais toujours revenir, mais je sais que c'est faux. » Flore se prostra, le regard perdu dans le vague débordant de larmes. « J'ai tout perdu. En une seule journée. »

Cullen glissa son bras autour de ses épaules et la tira délicatement contre le plastron de son armure. Le métal froid soulagea ses joues de la fièvre provoquée par le trop-plein d'émotions.


Duncan et Alistair attendaient devant la Grande-Porte de la tour, gardée par deux templiers. C'est les yeux gonflés et le visage écarlate que Flore les rejoignit, accompagnée par Cullen.

« Irving a dû s'absenter. Il a tenu à ce que je vous transmettre un message de sa part », dit Duncan d'un air navré. « Il s'excuse de ne pas avoir pu rester pour vous dire au revoir. Il tient à ce que vous sachiez que les portes du Cercle vous seront toujours grandes ouvertes. » Duncan réfléchit un instant avant d'ajouter. « Oh, et ceci. » Il lui tendit un petit pendentif taillé en spirale dans une rune d'un vert turquoise. « Il a dit que vous comprendriez. »

Flore refusa d'exprimer la moindre émotion devant eux, vexée qu'Irving ne soit resté, et ennuyée de devoir suivre les ordres d'un étranger. L'objet représentait l'aspect que Flore avait toujours eu du voile. Enfant, elle aimait le dessiner ainsi. Elle glissa son index le long de la spirale avant d'enfiler la cordelette autour de son cou.

« Prenez bien soin de vous. » dit Cullen lorsque Flore se retourna vers lui.

« Il y a une chose que je voudrais vous demander. Je sais que c'est interdit mais... » Flore tritura ses cheveux nerveusement avant de poursuivre. « Tous les soirs j'apportais à manger à Anders dans les cachots. »

« Oui je sais. » avoua Cullen en souriant tendrement.

« Vous saviez  ? »

« Votre excuse n'a marché qu'une fois. Les fois suivantes c'était beaucoup moins convaincant.  » Flore le fixa longuement sans oser poursuivre. « Ne vous inquiétez pas, je le préviendrai de votre départ. »

« Merci. » Flore le gratifia d'un sourire plein de reconnaissance et de sincérité qui plongea le cœur de Cullen dans une douce et amer agonie.

« Prenez bien soin de vous, garde des ombres. » Cullen salua Duncan et Alistair qui observaient la scène en silence avant de s'en aller.

Flore ressenti un certain malaise lorsqu'il l'appela ainsi. Cette situation lui paraissait encore irréel. Elle se retourna péniblement face à ses nouveaux compagnons, le regard chargé d'amertume et de regret. Les doubles portes immenses s'ouvrirent sur le lac Calenhad, dont les eaux imperturbables embrassaient le paysage montagneux.

« Nous partons pour Hautecime. Le iarl organise un tournoi en l'honneur de son fils », expliqua Duncan une fois embarqué sur le bateau de Kester. Flore écoutait à peine et fixait la tour dont l'ombre s'effaçait peu à peu.

L'orage s'était calmé malgré la bruine qui les arrosait. Ils traversèrent le lac en pleine nuit, éclairés uniquement par les faibles lueurs de la lune et de la petite lanterne suspendue sur un mâtereau.

« Vous allez recruter d'autres gardes ? » demanda Alistair.

« En effet. Nous ne seront jamais trop nombreux pour combattre l'engeance. »

« Combien y a-t-il de gardes en tout ? » Les yeux d'Alistair étaient animés d'une curiosité presque enfantine.

« En Ferelden nous ne sommes qu'une poignée. La plupart sont actuellement en mission, les autres attendent au comptoir de Denerim. » En tant que commandeur-garde, Duncan était habitué à expliquer le fonctionnement de l'Ordre à ses nouvelles recrues. Avec le temps, il avait parfois l'impression de réciter un texte qu'il aurait apprit par cœur. « L'Ordre a été banni du royaume par le roi Arland Theirin, après que des gardes aient fomenté une rébellion contre son règne. Deux cents ans plus ******, le roi Maric Theirin a autorisé la Garde à revenir en Ferelden. »

« N'avez-vous pas lu les grimoires sur la Garde des ombres lors de votre séjour au Cercle ? » interrogea Flore sèchement.

« Seulement un », avoua Alistair confus. « Et je n'ai pas eu le temps de le terminer. »

« Ça ne fait rien. Si vous avez la moindre question sur l'Ordre ou les engeances, je vous répondrai. Dans la mesure de mes connaissances. » Duncan tenta d'adoucir le climat de tension qui s'était soudainement installé entre ses deux recrues. Ils restèrent tous silencieux le temps de la traversée du lac. Lorsqu'ils accostèrent, Kester ancra son bateau au dock. Duncan les mena ensuite vers une modeste auberge. « Nous passerons la nuit ici et prendrons la route dès l'aube », soupira-t-il en prenant soin d'éviter le regard froid de Flore et l'air anxieux d'Alistair.

Ils dormirent dans une chambre unique à l'étage. Les meubles et les lits étaient tous usés et délabrés. L'air froid du brouillard s'incrustait à travers les fenêtres fatiguées par le temps, tiraillant les flammes des petites bougies. Duncan qui était habitué à dormir dans des lieux inhospitaliers, n'eut aucun mal à trouver le sommeil, et ses ronflements résonnaient allègrement. Flore somnola longtemps avant de céder à la fatigue, mais les événements de la journée ne cessaient de la tourmenter. Elle se réveilla plusieurs fois en larme et finit par se lever pour aller contempler la haute tour à travers les vitres ruisselantes. La fraîcheur de la nuit et l'humidité la firent frissonner. Elle croisa les bras dans l'espoir de conserver un peu de chaleur. Son souffle dessina une légère buée contre le verre qui s'estompa lentement.

Au levé du soleil, elle aperçu un groupe de templiers accompagnés d'un jeune garçon, se dirigeant vers la tour. Sans savoir pourquoi, elle quitta la chambre précipitamment et descendit les marches qui craquelaient sous son poids. Elle sortit de l'auberge et s'arrêta net sous la voûte en bois moisie d'où des gouttes de pluie vinrent s'écraser sur sa chevelure dorée. Elle contempla le groupe descendre la petite pente et rejoindre Kester qui démarrait son bateau. Les premières lueurs du soleil étaient partiellement dissimulées derrière l'imposante tour dont l'ombre recouvrait une grande partie du lac. Le vent frais du matin caressait sa peau et fit virevolter quelques mèches de cheveux. Elle resta ainsi immobile et les suivit du regard sans relâche.


« Où est-elle ? » Duncan bondit du lit et secoua vivement Alistair.

Il lâcha un gémissement plaintif en guise de réponse alors qu'il peinait à ouvrir ses yeux. « Quoi ? » soupira-t-il en grimaçant.

« Flore, où est-elle ? Elle n'est plus dans son lit. »

« Je sais pas... Je n'ai rien entendu. » Alistair se leva péniblement et observa le lit miteux mais vide juste à côté du sien. « Il y a encore son sac, elle ne doit pas être loin. »

Duncan n'attendit pas sa réponse et sortit brusquement. Il déboula les escaliers et traversa l'auberge vide de clients hormis quelques rares habitués qui ne prêtaient guère attention à ce qui les entourait. Il poussa la porte si brutalement qu'il manqua de l'emporter dans son élan. Affolé et le souffle coupé, il la chercha du regard et la vit au loin, assise sur le sable face à la tour.

« C'est magnifique n'est-ce pas ? » dit-il tandis qu'il avançait. Flore resta silencieuse, contemplant le levé du soleil derrière ce qui fut longtemps son foyer. Le ciel baignait dans une aquarelle de couleurs rosâtre et bleuté. Il s'assit près d'elle et contempla le paysage à ses côtés. « Je ne prends jamais le temps d'observer le ciel. Je suis toujours trop occupé pour cela. » Duncan sourit légèrement cherchant une quelconque réaction de sa part. « Je sais ce que vous ressentez. Moi même je ne voulais pas devenir garde. » Flore le dévisagea alors avec étonnement. Il rit d'amusement avant de poursuivre. « Je n'ai pas vraiment eu le choix. C'était ça ou... la mort. Le garde qui m'a recruté était une véritable brute. Et en toute franchise, je crois que je n'ai jamais eu aussi peur de quelqu'un de toute ma vie. »

« Même pas des engeances ? » demanda Flore qui peinait à dissimuler sa curiosité.

Duncan rit de nouveau. « Même pas non. Elle me traînait partout dans tout un tas d'ennuis et en plus elle n'avait pas le moindre sens de l'orientation. » son amusement se changea alors en une profonde nostalgie. « Mais elle m'a aussi beaucoup apprit. Notamment sur moi même. Avec les années, j'ai finis par ne plus lui en vouloir. Ce qui pour moi était un châtiment est finalement devenu une vocation. »

Flore le dévisageait encore quand Alistair les rejoignit. « Vous avez laissé toutes vos affaires dans la chambre. » leur dit-il en leur tendant leurs sacs. Duncan se releva et saisit le sien en le remerciant d'un air navré. Flore en revanche se perdit dans ses pensées quand Alistair tendit sa main vers elle. Elle l'examina un instant sans comprendre ce qu'il attendait d'elle. « Pour vous relever. » dit-il en souriant timidement.

Elle déposa une main frêle couverte de sable sur son gantelet, puis il la tira en avant d'un coup sec. Elle tituba légèrement puis saisit son sac. Flore contempla la tour une dernière fois avant de se mettre en route avec ses compagnons sous les cris des oiseaux qui tournoyaient au dessus de leurs têtes.



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Chapitre 5

Les gardes des ombres  : Partie 2

 

Ils traversèrent de petites collines et partirent en direction de la côte nord, à Hautecime. Duncan et Alistair marchaient aisément devant tandis que Flore peinait à les suivre. Son sac rempli de vêtements et d'effets personnels lui semblait peser de plus en plus lourd, et la chaleur du soleil commençait à l'épuiser. A bout de souffle et suintante de sueur, elle trébucha sur une pierre et s'étala de tout son long sur le chemin de terre. Duncan et Alistair se retournèrent lorsqu'ils l'entendirent gémir de douleur. Elle se releva péniblement en malaxant son nez en sang quand une faible lueur blanchâtre jaillit et soigna son mal.

« Peut-être devrions nous faire une pause  ? » proposa Alistair qui tentait de dissimuler son amusement.

Duncan acquiesça d'un soupir las et s'assit sous un arbre à l’abri du soleil. « J'oubliais que les mages n'étaient ... » il réfléchit afin de trouver le bon mot pour ne pas l'offenser. « Pas très endurants. » Il sortit une gourde d'eau en peau de chèvre et bu une bonne gorgée.

Alistair aida Flore à se relever en la tirant par le bras. Elle constata alors que sa robe était couverte de terre et de poussière, et que ses mèches de cheveux étaient trempées par la sueur.

« Je veux rentrer. » dit-elle désabusée.

« Déjà  ? » Alistair se risqua à un rire puis se ravisa lorsqu'elle le fixa aussi froidement qu'un loup devant sa proie. « Pitié ne me changez pas en crapaud. »

Elle lui jeta un regard noir puis rejoignit Duncan dans l'ombre du grand chêne. « Quand mangerons-nous  ? » l'interrogea-t-elle.

« Probablement cette nuit lorsque nous monterons le campement », répondit Duncan paisiblement.

Flore le fixa d'un air abattu et sidéré. « Mais... » elle commença à bégayer. « Mais le petit déjeuner ? Et le repas du midi ? Et le goûter ? » elle ne prêta pas attention à Alistair qui s'assit à côté d'elle et fouilla dans son sac pour en sortir un panier.

« Je crains que... Ce soit impossible. »

Cette révélation agit comme un coup de massue pour Flore qui ne vivait que pour cuisiner et surtout manger. « Je vais mourir de faim », dit-elle désespérément les yeux pleins de larmes, alors qu'Alistair extrayait un énorme morceau de pain de son panier.

Flore le reluqua tandis qu'il était occupé à garnir son pain de fromage et de tranches de jambon bien gras. Il sentit alors son regard avide et tressaillit légèrement. « Vous … Vous en voulez ? » balbutia Alistair mal à l'aise.

Elle ne voulait pas céder et pourtant elle ne cessait de lorgner sur sa nourriture. Flore ressentait un certain agacement envers Alistair qu'elle ne pouvait expliquer. Il empoigna chaque extrémité du morceau de pain et les sépara d'un coup sec. Il lui tendit le plus gros morceau qu'elle saisit, en évitant soigneusement son regard. Duncan soupira alors qu'il les observait manger dans un silence pesant.



Ils finirent par reprendre la route sous un soleil de plomb. L'air s'était raréfié et seul le chant des cigales résonnait. Flore qui était habituée à la fraîcheur et au confort de la tour ne cessait de geindre tandis que Duncan faisait de son mieux pour l'ignorer.

« J'ai chaud. Et j'ai très mal aux pieds et aux jambes. Mon sac et mon bâton sont trop lourds. » maugréa Flore qui était à la traîne derrière ses compagnons.

« Votre magie ne peut-elle donc pas vous porter secours ? » demanda Alistair un rictus au coin des lèvres. Elle souffla en signe de mécontentement en lui lançant des regards noirs. « On pourrait peut-être retourner à la tour et l'échanger avec un autre mage. Avec de la chance, ils ne feront pas la différence. » chuchota Alistair à Duncan qui soupira pour cacher son amusement.

« J'ai entendu. » s'exclama Flore indignée.

« Mes excuses ma dame, j'oubliais que les mages avaient l’ouï si fine. » railla Alistair.

Flore concentra sa volonté discrètement et lui gela les pieds sur place. Il s'effondra alors de tout son poids sur le sol tandis qu'elle le narguait lorsqu'elle le dépassa.

« Doux Créateur... Je vous en prie, j'aimerais atteindre Hautecime avant l'hiver... » grommela Duncan las de leurs chamailleries.



Ils montèrent un feu de camp à la tomber de la nuit dans une petite clairière traversée par une chute d'eau. Duncan ramenait du bois qu'il avait ramassé dans la forêt alentour.

« Laissez-moi faire vous allez tout cramer. » dit Flore sèchement en arrachant la cuillère des mains d'Alistair.

« Ce ne le sera jamais autant que ce pauvre cerf sur lequel vous vous êtes acharnée. » rétorqua Alistair narquoisement.

« Je n'en pouvais plus d'attendre que vous décochiez cette flèche. Je croyais qu'ils ne recrutaient que des guerriers de talents dans la Garde. » Flore remuait le ragoût qui mijotait dans une petite marmite suspendue au dessus du feu.

« De la part de quelqu'un qui ne peut pas marcher plus d'une heure sans faire de pause c'est assez ironique. »

Flore lui jeta un regard noir tandis qu'elle servait le ragoût dans des petits bols en porcelaine, qu'elle distribua ensuite à ses compagnons. Ils dégustèrent leur repas avec appétit autour du feu sous un ciel étoilé quand Flore se tourna alors vers Duncan. « Je … n'ai pas pensé à emporter de tente. » dit-elle avec embarras.

« Vous utiliserez celle d'Alistair. Il prendra la mienne lorsque je monterai la garde. »

Flore zieuta dans sa direction pour observer sa réaction, puis se ravisa lorsqu'il croisa son regard.

« Elle est un peu usée, j'espère qu'elle siéra à ma dame. »

Cette fois elle ignora son sarcasme et se tourna à nouveau vers Duncan. « Devrais-je aussi monter la garde ? »

« Pas encore. Demain nous aurons une longue route et nous devrons rattraper le retard accumulé. Aussi, je tiens à ce que vous soyez en pleine possession de vos moyens en cas d'affrontement. La volonté d'un mage dépendant en grande partie de sa force mentale et de sa concentration, une trop grande fatigue vous serait néfaste. »

« J'ignorais que vous en saviez autant sur la magie », s'étonna Flore.

« Oui, j'ai plusieurs fois eu l'occasion de la côtoyer », répondit Duncan d'un sourire plein de nostalgie.

« Est-ce qu'il y a beaucoup de gardes mages ? » demanda Alistair entre deux bouchées.

« Officiellement, nous sommes autorisés à recruter seulement un mage par Cercle. Flore sera donc la seule en Ferelden si... » Duncan s'interrompit brusquement.

« Si ? » interrogea Flore intriguée par le soudain silence du commandeur.

« Rien d'important. » il sourit d'un sourire faussement rassurant puis poursuivit son repas sans prêter attention à ses recrues déconcertées.

« Pourquoi 'officiellement' ? » demanda Alistair également intrigué.

« L'Ordre n'est pas vraiment regardant sur le passé ou la nature de ses recrues. Tout ce qui importe est de combattre l'engeance, quel qu’en soit le prix »

« Quitte à recruter des apostats ? » ayant reçu une éducation strictement religieuse et une formation de templier, Alistair éprouvait une certaine méfiance envers tout ce qui était contraire aux préceptes de la chantrie.

« Ça arrive. »

« Des maléficiens aussi ? » s'inquiéta Flore qui avait toujours éprouvé une certaine aversion pour cette catégorie de mages illégaux.

« Il y en a eu. » avoua-t-il tout en sachant parfaitement ce qu'ils pouvaient en penser, l'un comme l'autre. « Croyez-moi, lorsque vous combattrez l'engeance, vous comprendrez pourquoi nous devons employer des mesures aussi radicales. »

Ils restèrent silencieux jusqu'à la fin du repas, perdus dans leurs pensées. Assommées par l'épuisement, Flore les laissa entre eux et se retira dans la tente. Elle sombra peu à peu dans le sommeil, bercée par les voix de ses compagnons qui discutaient encore autour du feu.



#28
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Chapitre 5

Les gardes des ombres : Partie 3

 

Ils traversèrent de nombreuses plaines de verdures et de champs de plantations durant plus d'une semaine avant d'atteindre les terres de Hautecime, fief du tiern Cousland. Le château dominait une colline, cerné d'un côté par la mer d'écume, de l'autre par un vaste bourg. Les habitants étaient tous en fête dans les rues. Les marchands qui étaient en nombres peuplaient chaque parcelle de terre libre et scandaient leurs slogans allègrement. Les enfants dansaient sous les chants des bardes tandis que les hommes buvaient sans retenue.

« Hâtons-nous ! » cria Duncan à ses compagnons pour couvrir le vacarme. «  Je ne souhaite pas manquer le début du tournoi.  »

Ils arrivèrent devant le pont abaissé et traversèrent la barbacane pour pénétrer le château fort. Les soldats en garde et en patrouille y étaient plus présents. Ils suivirent les longues routes dallées couvertes par des arcades en pierres taillées.

La Grande place était déjà surpeuplée et se déplacer à travers la foule devenait difficile. Ils se dirigèrent vers la tribune des nobles où le tiern et sa famille surplombaient l'assemblée. Ce dernier se leva interrompant son banquet, et se fraya un chemin vers Duncan.

« Enfin, je commençais à me demander si vous arriveriez un jour », s'exclama le tiern avec entrain.

« Nous avons eu quelques … contretemps. » Duncan se tourna légèrement vers Flore qui était bien trop absorbée par le bruit et la foule tout autour.

« Ça ne fait rien. Au moins vous êtes là pour assister aux festivités. Venez, prenez place auprès des miens. » Il leur fit signe de s'asseoir aux côtés de sa famille. « Laissez moi vous présenter ma femme Eleanor. » Elle s'inclina délicatement en signe de respect et les gratifia d'un sourire aussi élégant que distingué. « Mon fils Fergus. » Il l'empoigna par l'épaule et le tira des bras de sa femme enceinte.

« Enchanté. » dit-il d'un air pleinement détaché.

« Pourquoi tout le monde est-il aussi excité ? » chuchota Flore à Alistair qui observait Duncan avec intérêt.

« Vous n'organisiez jamais de fêtes au Cercle ? »

« Oui mais pas comme ça. Et à vrai dire j'évitais de m'en mêler. J'étais bien trop occupée en cuisine. »

« Je n'en doute pas. » répondit Alistair qui devinait aisément lorsqu'elle était honnête ou non.

« C'est vrai ! » Flore haussa soudainement le ton, interrompant les mondanités du tiern et de son invité. Alistair étouffa un rire alors que Duncan se retourna pour leur faire signe d'être discret, tandis que le fils du tiern et son épouse la toisèrent avec dédain. « Pardon », marmonna-t-elle avec embarras.

Ils s'assirent dans la tribune, Duncan aux côtés du tiern et de sa famille, Flore et Alistair juste derrière eux. Elle zieuta les plats qui ornaient la table de la famille tiernir et chuchota en direction d'Alistair « Ça à l'air bon ».

« Évitez seulement de le crier cette fois. »

« Je ne cris jamais », marmonna-t-elle d'un air grognon. Elle manqua alors un sourire affectueux qu'il lui adressait furtivement.



Les trompettes retentirent brusquement, indiquant l'ouverture du tournoi. Un annonciateur s'avança galamment au centre de l'arène puis s'inclina devant la noblesse. Il porta son poing contre sa poitrine puis tendit le bras vers le ciel et aspira une longue bouffée d'air avant de s'exclamer « En l'honneur de ses seigneuries le tiern Fergus Cousland et de sa bien aimée épouse Oriana Cousland de Calabria. » Il s'inclina de nouveau puis se retira sous le chant des trompettes.

Un jeune elf leur servit plusieurs assiettes de mets raffinés lorsque le premier duel débuta sous les applaudissements et les hurlements d'excitation du public. Alistair observait le duel avec intérêt, analysant chacun de leurs mouvements, chacune de leurs positions. Quant à Flore, elle se désintéressa de l’événement, dévorant son plat avec voracité. Duncan lui, scrutait les concurrents dans l'espoir de dénicher un combattant suffisamment doué pour intégrer l'Ordre.

Les affrontements se succédèrent, et seul un combattant se distingua parmi les autres. Il n'était pas le plus fort, ni le plus rapide. Cependant il démontrait une prudence et une habilité remarquable. Duncan estimait qu'un bon garde, était un garde capable à la fois de porter un coup juste, et de préserver sa sécurité ainsi que celle de ses compagnons d'arme.

« Comment se nomme ce guerrier ? » demanda Duncan en pointant le vainqueur du duel qui venait de s'achever.

Le tiern se tourna vers son servant qui murmura dans son oreille. « Il s'agit de ser, Jory. » Duncan acquiesça d'un hochement de tête. « Je connais ce regard Duncan », ajouta-t-il, un rictus malicieux au coin des lèvres.

« Il semble être un jeune homme des plus honorables », répondit Duncan avec humilité.

« Allons pas de ça avec moi. »

Le chevalier essoufflé se tourna vers la noblesse et s'inclina avant de se retirer.

Les duels se poursuivirent le reste de la journée et Duncan remarqua plusieurs recrues potentielles. A la fin du tournoi, il se retira en compagnie du tiern pour féliciter les participants et rencontrer ceux qui avaient suscité son intérêt.

Flore descendit de la tribune et se précipita à travers la foule lorsqu' Alistair avait le dos tourné.

Elle quitta le château fort puis se dirigea vers la place marchande. Bien qu'à ses yeux toutes les rues se ressemblaient, et que de part sa nature d'elfe, elle était bien plus petite que tous les humains qui les peuplaient, elle se repéra grâce aux odeurs que le vent transportait. C'était une parade d'échoppes collées les unes contre les aux autres devant lesquelles s'attroupait le peuple. Les marchands scandaient leurs prix et vantaient la qualité de leurs produits dans une lutte verbale acharnée. Flore se fraya un chemin dans un amas d'humains qui la toisaient avec dégoût et désintérêt. Elle atterrit devant une échoppe à l'étalage débordant de viandes tout juste grillées à la broche, dont l'odeur se mêlait aux friandises fruitées. Son cœur palpitait d'excitation et sa bouche salivait de gourmandise. Elle fixa le marchand et pointa la viande du doigt.

« Je veux ça ! » s'exclama-t-elle de toutes ses forces.

« T'as l'sous ? » fulmina le marchand le visage grimaçant. Flore secoua sa tête craintivement. « Alors dégages, j'veux pas d'oreille pointues d'vant mon commerce ! » il se détourna de Flore qui le fixait mortifiée.

La haine et le mépris des humains envers sa race n'était pas un secret pour Flore, qui en avait quelque fois fait l'expérience au Cercle. Cependant cela remontait à de nombreuses années et ne c'était plus reproduit depuis. Soudain, son foyer lui manqua à nouveau, et un sentiment de nostalgie l'envahit, la plongeant dans une profonde tristesse.

Elle tenta de retrouver son chemin à travers les rues étroites du bourg, mais se perdit. Elle dériva dans des ruelles loin de la place marchande et du fort dont les hauts murs se perdaient derrière les maisonnettes. Elle observait avec curiosité des artisans absorbés par leur travail. Du forgeron frappant le fer devant une étuve de fournaise, à la tisseuse brodant des linges de soie et de laine. La clameur de la foule était désormais lointaine et les ruelles étroites baignaient dans un silence reposant, dans lequel un écho résonnait quelques fois. Pour la première fois depuis son départ de la tour, Flore se sentit détendue. Elle s'assit sur une marche d'un petit escalier de pierre vétuste et humide, à l'ombre d'une modeste maisonnette, et profita de la quiétude ambiante. Elle s'assoupit alors la tête posée contre le mur.

Soudain, un aboiement la tira de sa sieste. Elle se demanda combien temps elle avait pu dormir ainsi alors qu'elle se relevait péniblement. D'autres aboiements résonnèrent d'une ruelle proche. Elle suivit les échos jusqu'à une petite bâtisse d'où s'échappait une odeur âcre. Elle entra prudemment, examinant l'intérieur avec la diligence d'un chercheur, et se dirigea vers une petite porte en bois entrouverte, usées et cabossées. Elle découvrit alors une suite de compartiments dans lesquels vivaient d'imposants chiens. Un jeune elf était accroupit au fond et disposait des carcasses de viande et de gros bols d'eau devant chaque compartiment.

« Qu'est-ce que c'est ? » interrogea Flore intriguée.

Le jeune garçon sursauta. « Je ne vous avais pas entendu entrer. » il se frotta le nez machinalement, se tartinant de graisse. « Ce sont des mabaris pur race ! » répondit-il fièrement.

« Quelle différence ? »

Il ricana et afficha un air consterné. « Quoi vous ne connaissez pas les mabaris ? »

« J'ai lu quelque chose à leur sujet dans un livre une fois, mais c'était plutôt succin. »

L'un des chiens se dressa sur ses pattes et aboya gaiement tandis que les autres dévoraient leur repas.

« Le mabari est la race de chien la plus noble et la plus intelligente qui existe ! Et ceux-là ont été spécialement sélectionnés pour servir dans l'armée du roi. »

« Les chiens peuvent devenir des soldats ? » demanda-t-elle perplexe.

« Mais non ne dites pas n'importe quoi. Ils vont faire équipe avec des maîtres-chien qui les dresseront pour devenir de puissants guerriers ! » expliqua-t-il ardemment, les yeux pétillants.

« Comme des soldats ? »

« Vous le faites exprès ? »

« Je peux les toucher ? »

« Seulement celui qui a finit de manger. Comme ils ne sont pas encore dressés, ils pourraient facilement vous mordre pour défendre leur gamelle. Et ils seraient capables de vous arracher le bras. » il affichait un sourire malicieux puis ajouta « Mais en fait, même quand ils sont dressés, je crois qu'ils n'apprécient pas qu'on s'approche de leur repas. »

« Je peux comprendre ça. » Flore approcha le mabari qui se grattait le crâne avec sa pâte arrière. Elle se pencha et tendit une main vers lui. Il la renifla puis se laissa caresser sans bouger.

« On dirait qu'il vous aime bien. Vous devez avoir un bon fond. »

« C'est tout doux. » commenta Flore qui caressait joyeusement la bête, dont la langue pendait mollement.

« Vous n'en aviez jamais vu avant ? Vous sortez d'où ? »

« Du Cercle des mages, à Kinloch. Mais maintenant je dois accompagner les gardes des ombres. »

« Waw... » lâcha le garçon abasourdi.

« D'ailleurs, je me suis perdue. Je voulais goûter aux bonnes nourritures de la grande place, mais je me suis faite crier dessus. Ensuite j'ai voulu retourner auprès de mes compagnons, et … je me suis retrouvée ici. »

« Et ils sont où au juste ? »

Flore réfléchit longuement les yeux levés vers le ciel. « Hmm... Là où il y avait des combats, je crois. »

« Vous parlez du tournoi ? » Il éclata de rire avant de poursuivre. « Vous vous êtes vraiment perdu ! Ici on est complètement à l'opposé du fort. » Flore se sentit de plus en plus accablée tandis qu'elle s'assit contre le chien en le caressant encore. « Bon d'accord, je veux bien vous guider mais en échange je veux que vous m'aidiez. »

« A faire quoi ? »

« Vous êtes une mage non ? Alors vous pouvez guérir ma sœur. »

« Qu'a-t-elle ? »

« Une maladie. Il y a quelques mois, nous vivions dans un petit village perdu dans les montagnes. Nos parents sont morts dans une épidémie et depuis je veille sur elle. Un jour, elle est tombée gravement malade et le seigneur chez qui nous servions nous a mis à la porte, comme si elle allait le contaminer ! » s'exclama-t-il. « Enfin bref, on est venu ici et depuis je travaille dur mais... Je n'ai pas encore réuni suffisamment de souverains pour pouvoir lui payer un alchimiste. »

« Je dois la voir. Mais j'ignore si je pourrai la guérir. »

« Pourquoi ? Les mages peuvent tout faire non ? » questionna le jeune garçon.

« Non pas tout. »

« Alors... C'est fichu... ? » il s'effondra sur ses jambes le visage fendu par le désespoir.

« Je n'ai pas dis ça non plus. Je dois la voir pour le savoir. »

Soudain il se releva brusquement, le visage emplit d'espoir. « On y va ! » il se précipita hors de la bâtisse et pénétra dans un petit commerce juste en face. « Grand père, faut qu'j'parte ! Surveilles les ! » un vieil elf austère plongé dans la pénombre et accoudé à un présentoir hocha brièvement la tête. « Venez, c'est pas loin ! » cria le jeune garçon à Flore. « Au fait, moi c'est Erin. Et ma sœur s'appelle Talia. » dit-il en courant juste devant Flore, qui peinait à le suivre le dos chargé de son long bâton de magie et de son sac.

Ils arrivèrent essoufflés devant une masure recouverte de moisissures.

« Flore... » souffla-t-elle haletante, le dos courbé d'épuisement.

Ils entrèrent et longèrent de longs et étroits couloirs délabrés et insalubres. Leur chambre se situait à l'étage. Erin poussa la vieille porte en bois détérioré par le temps et l'usure. Une vieille femme elfe était assise sur une chaise-berçante décrépite aux côtés d'une petite fille elfe alitée. Elle avait la peau blême et les yeux cernés. Ses longs cheveux roux était abîmés et sales, tout comme la couverture qui la recouvrait.

« Talia ! J'ai trouvé quelqu'un qui peut t'aider ! » s'exclama-t-il en se ruant au pied du lit. La vieille femme le contemplait sans bouger d'un pouce.

Flore s'assit sur le lit près de l'enfant et porta sa main sur son front. Elle était brûlante, suintante de fièvre et respirait difficilement. Elle gémit faiblement en sentant une brise glacée s'échapper de sa main. Flore transmis sa volonté à Feu Follet grâce à ses pensés. L'esprit se déversa alors sur l'enfant et se fondit en elle. Peu à peu, une aura blanche verdâtre se libéra en flux continu. Talia inspira une grande bouffée d'air alors qu'elle ouvrait les yeux.

« Erin... » murmura-t-elle un léger sourire aux lèvres. Elle contempla le visage de Flore un instant, puis chercha son frère du regard. Ce dernier se précipita sur elle et agrippa sa main, les yeux pleins de larmes.

« Petite sœur... » sa voix tremblait d'émotions. Il fondit en larme tandis qu'il serra sa main dans les siennes. « Merci... » dit-il en sanglotant.

Feu Follet se dégagea lentement du corps de l'enfant qui se releva doucement et s'adossa contre le mur fissuré.

« Je ne souffre plus. » elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait mais était bien trop soulagée pour questionner sa sauveuse.

« Vous devrez vous reposer encore une semaine, voire même peut-être deux. » expliqua Flore.

« Merci. » Talia la gratifia d'un large sourire aussi doux que sincère.

Flore était bien trop gênée pour répondre et se retira timidement. Erin la rattrapa en courant alors qu'elle s'apprêtait à quittant la masure.

« Pourquoi vous partez ? Je devais vous guider jusqu'au fort en échange de votre aide ! »

Flore le fixa un moment puis répondit naturellement « J'avais oublié. ».

Erin pouffa de rire. « Vous êtes vraiment étrange. Mais je vous serez éternellement reconnaissant d'avoir sauver ma p'tite soeur ! Venez, on a une longue route. » Il avança d'un pas vif et décidé sans prêter attention à la mine embarrassée qu'arborait Flore sous les derniers rayons du soleil couchant.



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Fufunette

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Chapitre 5

Les gardes des ombres : Partie 4

 

« Où étiez vous ? Ça fait des heures que je vous cherche partout ! » s'écria Alistair paniqué et haletant.

Flore haussa les épaules nonchalamment.

« Bon ben on est arrivé. » dit Erin gaiement. « Je vous laisse. Merci pour tout Flore. J'espère qu'on se reverra un jour. » il rebroussa chemin en la saluant vivement.

Flore le salua de la main en retour tandis qu'Alistair la dévisageait, blasé, le visage ruisselant de sueur. Elle se retourna insouciante vers son compagnon et lui demanda : « On va manger ? »

« Certainement pas non. » grogna Alistair qui se cabra en croisant ses bras contre son torse. « Duncan attend pour présenter les nouvelles recrues. Et inutile de faire ses yeux là, ça ne prend pas. » Flore le fixait d'un air triste, les yeux mouillés. Il se retourna en soupirant et parti en direction du château, suivit par Flore qui grommelait entre ses dents.

Ils arrivèrent dans un grand hall de pierres blanches soigneusement taillées, sur lesquelles reposaient de somptueux tableaux à l'effigie de la noble lignée des Cousland. Les crépitements du feu ancré dans le mur du fond résonnaient dans toute la pièce et l'illuminaient presque comme en plein jour. De longs et larges escaliers cernaient la grande porte et menaient à l'étage supérieur. Duncan était assis sur l'un des canapés placés tout autour du grand feu.

« Je l'ai retrouvée. » soupira Alistair en arrivant aux cotés du commandeur pratiquement assoupi, la tête posée contre son poing.

Il tressaillit et se racla la gorge en hochant brièvement la tête en signe d'acquiescement. « Alistair veux-tu bien les ramener s'il te plaît. Je vais parler avec Flore. » Flore avait déjà constaté combien ils étaient devenus proche en si peu de temps. Elle en était d'ailleurs secrètement un peu jalouse.

Elle s'assit à ses cotés tandis qu'Alistair se retira et monta les escaliers menant à l'étage.

« Par où commencer... ? » Duncan s'adressa à lui-même avant de se tourner vers Flore qui le fixait d'un air inquiet. « J'ai connu Irving il y a longtemps et je pense ne pas me tromper en affirmant qu'il a … un don, pour discerner le cœur des gens. C'est pourquoi, lorsqu'il m'a envoyé cette lettre pour me parler d'une apprentie dont il avait la charge, et qui selon ses dires, avait le potentiel et le talent nécessaire pour intégrer la Garde, je l'ai cru sur parole. Même lorsqu'il m'a décrit le lien qui vous lie à cet esprit. » Flore sursauta de stupeur et le fixa les yeux écarquillés. « Je suis au courant. Je sais aussi que vous n'êtes pas à l'aise avec les gens. Et comme la plupart des mages des Cercles, le monde extérieur vous est inconnu, voire même déconcertant. » il réfléchit un instant puis poursuivit « Je sais que vous étiez très attachée à votre mentor. Je sais que vous lui étiez d'une loyauté sans faille et je sais aussi qu'au fond de vous, vous m'en voulez de vous avoir recrutée. » Elle sourcilla et baissa les yeux, sans oser répondre. « Mais, j'ai promis à Irving de veiller sur vous. » Elle le dévisagea le visage stupéfait. Duncan étouffa un rire et répliqua « Mais j'aurais du mal à le faire si vous disparaissez sans cesse sans même nous avertir. »

« Je me suis perdue. » rétorqua Flore l'air faussement navré.

« Vous avez aussi fait faux bond à Alistair, alors que je lui avais demandé de garder un œil sur vous, le temps que je m'entretienne avec le tiern. » dit-il d'un ton réprobateur devant lequel elle se résigna.

Alistair revint accompagné par deux jeunes hommes. L'un avait le visage bouffi et le crâne dégarni, l'autre avait un visage plus fin, de longs cheveux roux et une tresse sur le côté.

« Je te remercie. » dit Duncan à Alistair tout en se relevant. « Bien, maintenant que nous sommes tous réunis, laissez moi faire les présentations. Alistair, Flore, voici ser Jory, chevalier de Golefalois. »

« Enchanté. » l'homme au crâne dégarni s'inclina légèrement puis examina Flore avec défiance.

« Et voici ser Gilmore, chevalier au service du tiern Cousland. » dit Duncan en décalant son bras en direction du jeune homme à la tresse.

Il s'inclina à son tour puis les observa avec malice « C'est un honneur de faire votre connaissance. » il décocha un séduisant sourire à l'intention de Flore qui, à l'évidence, ne comprit pas le message.

« Profitez bien de votre nuit, nous partirons à l'aube. » Duncan hocha vivement la tête en signe de salue puis ils se retirèrent tous.

Flore les suivit de loin et contempla Alistair qui parlait avec Duncan, tout en repensant à la discussion qu'elle venait d'avoir et au visage paniqué qu'il arborait lorsqu'il l'avait retrouvé. Elle culpabilisa légèrement, avant de se rappeler combien son attitude pouvait parfois l'agacer.



« Levez-vous ! » une voix résonna dans le domaine que Flore arpentait en rêve en compagnie de Feu Follet. Tout devint subitement flou alors qu'elle sentit de légères secousses. « Nan... Sommeil... » marmonna-t-elle à moitié assoupie et jetant son bras contre la source de nuisance qui dérangeait son repos.

« Vous allez me rendre fou... » soupira Alistair en parant son attaque. Il la secoua à nouveau et haussa d'un ton pour tenter de la tirer de sa léthargie « On doit retrouver Duncan et les autres pour reprendre la route ! »

Elle grimaça puis marmonna à nouveau « Veux plus dormir dans la tente. Chuis mieux ici. » elle serra son coussin contre sa poitrine et se rendormit aussitôt.

Alistair se redressa brusquement et soupira harassé. « Je vous paierai ce que vous voudrez si vous vous levez maintenant. » grogna Alistair en se malaxant le front.

Elle ouvrit un œil et se tourna légèrement vers lui « Des gâteaux ? »

« Oui... » soupira-t-il las.

Elle se releva indolemment et s'assit au bord du lit, face à Alistair qui se décala de quelques pas. Le clappement de son armure retentit dans le silence de la petite et coquette chambre baignant dans les premières lueurs du matin. Flore se frotta les yeux tandis que ses cheveux ébouriffés dégringolaient sur ses frêles épaules.

« Je vous laisse vous préparez. Je vous attends en bas dans le hall. » dit-il avant de quitter la chambre.

Elle souffla d'ennui lorsqu'il referma la porte derrière lui. Feu Follet renversa les bougies de la table de chevet sous l'influence de ses émotions.



Alistair contemplait un portrait du roi Maric Theirin dans le grand hall du château, lorsque Flore le rejoignit. Il se retourna en entendant l'écho de ses semelles sur les dalles du planché et sursauta brièvement.

« Qui y a t-il ? » interrogea Flore défiante.

« Ho rien. Je suis seulement surpris que vous ayez omis d'arranger vos cheveux. Vous qui êtes si soigneuse. » il étouffa un rire moqueur et fit mine de l'examiner, un rictus narquois au coin des lèvres, puis il avança sans attendre qu'elle ne réponde.

« C'est à cause de l'humidité. » rétorqua Flore agacée qui se précipita pour le rattraper.

« La tour n'était-elle pas située en plein milieu d'un lac ? »

« J'avais une lotion qui les évitait de boucler. Mais je n'ai pas réussi à trouver les ingrédients sur la route. » Flore arbora une expression digne afin de dissimuler son embarras.

« Ah oui. La vie sauvage n'est pas toujours aisée pour une dame de votre rang. » ironisa Alistair en tenant l'une des grandes portes du hall pour la laisser passer.

Elle souffla puis avança dans la ruelle dallée sans l'attendre.

« Flore ? »

« Je ne vous écoute plus. » grommela-t-elle entre ses dents en poursuivant sa route.

« D'accord mais vous vous trompez de chemin. » Elle se retourna et le dévisagea d'un air inquiet. Il pointa la pente juste derrière lui et ajouta « C'est par là pour sortir du fort. »

Elle le fixa longuement sans savoir quoi répondre puis se dirigea vers lui, aussi placidement que possible, malgré ses joues rosies par la honte. « Je le savais. » maugréa-t-elle en évitant son regard.

« C'est évident. » rétorqua Alistair en gaussant, auquel Flore répondit par son habituel regard noir et glacé.

Ils quittèrent le fort et traversèrent une longue rue pavée cernée par deux ruisseaux parallèles. Le bourg s'éveillait peu à peu et les premiers échos de civilisations avec. Le ciel était dégagé et resplendissait des douces nuances de l'aube. Une brise fraîche et légère vinrent les chatoyer alors qu'ils rejoignirent Duncan accompagné par Jory et Gilmore.

« Désolé du retard, on a eu un réveil difficile... » annonça Alistair à Duncan en zieutant Flore qui dévorait une brioche au citron recouverte d'une couche de miel.

« Ce n'est rien. Partons sans perdre de temps. » Duncan ouvrit la marche suivi de près par ses recrues.