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Amis de la poésie, bonsoir !


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11 réponses à ce sujet

#1
Durmir

Durmir
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'sieurs-dames, ben l'bonsoir !

Avec une communauté qui met de façon générale (à part ce bon vieux a1ien1k bien sûr :D) l'accent sur le bon parler de notre chère langue, j'ai la surprise (que dis-je ? l'horreur !) de constater que nous n'avons même pas de lieu pour partager ensemble nos tissages de mots.

La prose... La prose, qui est un art assez formidable, remarquable par sa grande liberté, est un vivier d'inspiration. Mais souvent il en sort des pavés qui, s'ils sont passionnants aussi longtemps que Luthani3l (et sa lourdeur d'expression reconnue :devil:) n'en est pas l'auteur, sont un peu longs et plus adaptés à une dégustation papier qu'à une torture informatisée sur moniteur.

Je vous propose donc de s'appliquer ici à toute création, sur tout sujet, exposée en vers. Cela va de la poésie à la chanson, en passant par toute oeuvre plus ou moins personnalisée.

Bien sûr, tout le monde peut participer, et même si on n'est pas créateur soi-même, cela n'empêche pas d'être sensible aux beaux mots. Voilà pourquoi je vous propose autant de partager vos propres créations que de nous initier à des oeuvres d'un autre auteur mais ayant retenu votre affection.
J'aimerais ponctuer cette tirade par : bande de moules.

Ceci étant posé, je suis moi-même assez perplexe quant à la création de vers... A mon grand dam. Mais je m'applique, je continue à me morfondre dans un puits qui ne semble pas avoir de fond. Alors pourquoi pas, si des poètes daignent bien vouloir nous initier dans leur art, cela sera fortement apprécié. Afin de vous donner matière à vous foutre (encore) de ma gueule, je propose comme mise en bouche une des mes "oeuvres" les moins ratées, et qui pourtant est toujours aussi loin de me satisfaire. Preuve est donc avec ce qui suit que je ne suis pas doué pour les vers...
Bref, pour resituer, l'inspiration m'est venue en écoutant "Behind Blue Eyes" des Who (et celui qui ose faire référence à une reprise .erdique, je le suicide) :


Masque bleu


Un rai d’ombre noire caché derrière la lumière,
Et le ciel revêt son habit d’obscurité.
Une goutte de ténèbres dans la mer de gaieté,
Et les eaux se changent en un sombre mystère.

L’on croit que les larmes glacées sont de bonheur,
Celles des solitaires qui vivent dans la peur,
L’on croit que les rires sont d’aimer chaque jour,
Ceux des bannis à qui l’on refuse l’amour.

Il sourit, il rit, il fait des autres le bonheur,
Car on lui a dit que c’est ça d’aimer la vie.
Et personne ne sait ce qu’est d’être d’elle si haï.

Un masque de joie ne peut cacher la douleur,
Le tourment des yeux bleus qui vivent de tristesse,
Leur solitude de les croire ce qu’ils paraissent.



Voilà, vous pouvez donc me fustiger, de toute façon je suis le premier à ne pas être convaincu... A la limite, toute suggestion pouvant m'aider à comprendre pourquoi je suis fondamentalement mauvais avec les vers sera la bienvenue. Parce que bon, j'aimerais bien savoir faire... :pinched:

Modifié par Durmir, 07 février 2010 - 05:46 .


#2
Osiris49

Osiris49
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Ah, je sens que ce topic va me plaire. Ecrire quelques poèmes comme le faisait mon grand-père. Du reste, je vous propose de ne nous exprimer qu'en vers. Avis aux amateurs de la plume qui changent l'encre noire en lumière...

Le clochard de Notre Dame

Il était là, debout à côté d'un banc, nous tournant le dos
Au pied de Notre Dame, Ma Dame à mes côtés et lui quasimodo
Une véritable nuée de pigeons l'entouraient de toute part
Les miettes de pain virevoltaient sous Notre Dame et nos regards

Un tapis de plumes à ses pieds enveloppant quelques pépites d’or
Que les pigeons mangeaient formant une masse incolore
Ombre que tu étais, gisant sur le macadam
Toi l’inoubliable clochard de Notre Dame

Tu pris alors l’un de ces volatiles, peu farouche, ayant grand-faim
L’entourant de ton bras, donnant repas divin de ton autre main
Si ce pigeon avait été caméléon nul doute qu’il se serait paré d’arc-en-ciel
A l’ombre des jaloux s’abattant près de lui comme une pluie torrentielle

Chacun, de ce festin, réclamant sa part et toi qui faisais rempart
Un ballet au rythme effréné venait de s’ouvrir sous nos yeux hagards
De pigeons ils étaient devenus rapaces et toi, l’affamé parmi les nantis
Prenant ta revanche sur la vie et faisant fi, tu prenais soin de ton petit

Nous n’oublierons jamais ta mine renfrognée et tes vêtements sales
Moi et Mon Amie les biens nourris, à l’ombre de ce monument colossal
Que parmi tous ces gens, aveugles bien voyants et vulgaires quidams
Toi le clochard de Notre Dame aura su si bien illuminer notre âme

#3
hellodie

hellodie
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Point de mon âme sortirent ces vers, mais de poête il n'en est qu'un; seul dont j'ai retenu l'air, mais cet homme là était quelqu'un.
Bien qu'un brin super-dépressif. Celui qui devine qui c'est sans moteur de recherche gagne une gommette et une plume d'écrivain (à mettre dans le c** bien évidemment; qui écrit encore avec une plume de toutes façons?)

El Desdichado
Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Modifié par hellodie, 07 février 2010 - 07:19 .


#4
Luthani3l

Luthani3l
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Mon verbiage se pose au titre de la prose
Car nul rythme n'impose, sur nulle forme ne repose.
       (raté)
Pour mon esprit morose, que ce manque indispose,
Le mieux qui se propose est garder porte close.


Vaut mieux ouais... 5 "pose" sur 8 quand même, la richesse de la répétitivité.
Vive la forme, aux chiottes le contenu ! mouhahaha.

Modifié par Luthani3l, 07 février 2010 - 08:11 .


#5
Osiris49

Osiris49
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Petit d'exersexe d'écriture
Rimes en esse, rimes en ure
Histoire de fesses, histoire impure

Elle entreprenait d’explorer mon corps telle une doctoresse
Foin de maladresse pour d’expertes caresses pleines de tendresse
Un léger sourire à mon adresse m’emplit d’allégresse
La divine enchanteresse mit tous mes sens en détresse

Ses lèvres parcoururent mon corps trouvant sexe qui se dresse
Ma gourmande maîtresse me happa telle une ogresse
Qu’à cela ne tienne ; ma langue se fit vengeresse
Et j’explorais son antre, sa forteresse sans aucune paresse

Ma grande prêtresse se mua alors en tigresse
Me fixa intensément de ses yeux de pécheresse
Le souffle court de sa gorge en pleine sécheresse
Il n’était plus temps qu’elle se fasse demanderesse…

Elle se rapprochait alors de moi me balayant de sa chevelure
Ondoyait sur mon corps ; faisant grimper mon mercure
Déesse de la cambrure à l’alléchante allure
Ses yeux dessinaient l’épure d’une prochaine luxure

Sans plus de procédure elle enfourcha ma queue dure
Mes mains sillonnaient ses courbures jusqu’à son encolure
Je m’appliquais alors à prodiguer la plus douce des piqûres
J’étais le mât elle la voilure et la tempête du désir notre parure

Je sentais tout contre moi le va et vient de sa douce fourrure
Elle se mordit les lèvres faisant naître une troublante commissure
Ma jouissance montait en moi comme une douce brûlure
Elle s’abandonna sentant en elle le doux flot d’une éclaboussure…

Modifié par Osiris49, 08 février 2010 - 12:26 .


#6
Durmir

Durmir
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En tout cas, je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il existe deux écoles distinctes dans le tissage de vers (héhé, j'adore ce jeu de mots :P) :
- Osiris, qui écrit des vers de façon très libre, apparemment la seule contrainte qu'il se donne est de faire des rimes
- les autres, qui tentent d'approcher (voire d'atteindre sans vergogne dans le cas du sonnet présenté par Hellodie) l'art de la poésie.

Et pour illustrer mon propos (encore de moi) :


Propagande

D’où viennent donc les rêves, est-ce d’un pays lointain ?
D’où vient l’inspiration, est-ce donc du lendemain ?
Une beauté sans trêve, un amour assouvi,
Une telle consécration, un espoir pour la vie.

D’où viennent nos angoisses, est-ce donc de ces gens ?
D’où vient donc notre peur, est-ce du jour présent ?
Tant de fleurs qui s’effacent, tant de gloires qui s’écartent,
Tant de paix qui se meurent, tant de haines qui ne partent.

Bientôt s’enfuit le temps sous l’aile des oiseaux,
Qui chantent dans le vent de n’aimer laid ni beau
Car il est une terre où plus rien ne flétrit

Et c’est de là que tous, tout un jour vient à naître,
En même fumier tout pousse, sans ni loyaux ni traîtres,
Les rivages de ces mers, il s’agit de l’esprit.

Modifié par Durmir, 08 février 2010 - 11:22 .


#7
Osiris49

Osiris49
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Durmir wrote...
- Osiris, qui écrit des vers de façon très libre, apparemment la seule contrainte qu'il se donne est de faire des rimes
- les autres, qui tentent d'approcher (voire d'atteindre sans vergogne dans le cas du sonnet présenté par Hellodie) l'art de la poésie.

Qu'elle est l'utilité ou la justification de ce propos inutilement réducteur ?

#8
Durmir

Durmir
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Je ne comprends pas ta remarque.
Comme je l'ai dit dans le premier post, dans cette partie on expose toute production en vers, quelle qu'elle soit. Je n'ai donc à aucun moment cherché à être réducteur, je n'ai fait qu'une observation purement objective sur des styles différents. Tu as ton style, les autres ont le leur, je n'ai rien dit d'autre. Je suis désolé si cela t'a paru réducteur, ce n'est pas du tout mon intention, et tes productions ont autant leur place ici que celles des autres. Keep going ! ;)

EDIT : je crois que je viens de comprendre ce qui t'a déplu. Ca doit être la remarque sur la poésie. Ce n'était pas péjoratif ni réducteur, c'était purement objectif, et ça se voulait comme tel. Je rappelle la définition de la poésie selon wikipédia (je sais, ce n'est pas une source fiable, m'enfin sur ce coup on peut lui accorder du crédit :P) :
"La poésie est un genre littéraire très ancien aux formes variées, écrites généralement en vers (il existe cependant des poèmes en prose), dans lequel l’importance dominante est accordée à la forme, c’est-à-dire au signifiant. La poésie est un art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue."
Bref, la poésie, ce n'est pas juste faire des rimes (et même pas toujours).
Cela étant posé, les chansons ne sont pas de la poésie et ont leur place ici, autant que des productions littéraires plus libres comme les tiennes, il est hors de question de toute façon d'établir un "classement" quelconque, ce topic se veut plus une exposition en vrac qu'une recherche élitiste vers un idéal quelconque (quel qu'il soit), sinon de toute façon je n'aurais jamais moi-même posté :P

Modifié par Durmir, 08 février 2010 - 11:04 .


#9
Durmir

Durmir
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D'ailleurs, pour les amoureux des mots (j'ai posté la chanson dans le topic consacré), je vous (re)propose cette superbe production, écrite par Léo Ferré :

Des armes

Des armes, des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes

Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère

Des armes au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
des qui vous font rêver très ****** dans les lectures
et qui mettent la poésie dans les discours

Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français... brillant comme une larme


On admirera l'intensité (très bien retranscrite dans la reprise de Noir Désir) de la sublimation du thème qui, vous l'aurez compris, est justement les mots. Ou comment joindre le fond et la forme autour du même thème, dans une envolée poétique assez extraordinaire (enfin je trouve :P).

Modifié par Durmir, 08 février 2010 - 11:15 .


#10
Osiris49

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A mon Fils quand il avait 3 ans (il aura bientôt 9 ans)

Toi qui rêve de devenir grand

Tu es, à n'en pas douter, le plus sage de nous deux. Tu possèdes encore ce don rare et précieux. Une chose que j'ai dû perdre sur le chemin de ma vie.

Toucher, goûter, sentir, entendre et voir. Le monde qui t'entoure est encore sensation. Ne sois pas trop prompt à vouloir tout expliquer ni à grandir trop vite et peut-être, comprenant cela, tu écriras toi aussi un jour à ton enfant...

J'invente des histoires certains soir pour t'endormir. Des histoires dans lesquelles tu es le héros. La plupart du temps un chevalier brave et habile au maniement de l'épée qui porte ton prénom. Je sais parfaitement que tu ne comprends pas tout de ce que je raconte. Ce n'est pas le plus important. Ce sont des moments privilégiés dont, je l'espère, tu te souviendras un jour comme je me souviens des histoires que me racontait mon grand-père.

Tu n'es pas un enfant roi même si tu es unique et les frustrations de ton enfance deviendront un jour les garde-fous de ta vie d'homme. Mon devoir de père n'est pas de te façonner à mon image et crois moi, c'est une leçon qu'il est difficile d'apprendre. Je te promets de faire du mieux que je peux. Ne pas te donner les réponses mais te permettre d'apprendre à trouver les tiennes.

Un jour tu comprendras que je ne suis ni un héros ni un dieu. Juste un homme et un père parmi tant d'autres.....à ceci près que je resterai le tien comme tu resteras mon fils. Tu aboieras timidement pour me montrer qui tu es mais je saurai encore rugir pour te montrer qu'il n'est pas encore temps pour toi de "tuer le père".

On dit de moi que je me suis assagi en grandissant mais tu es, à n'en pas douter, le plus sage de nous deux. Tu possèdes encore ce don rare et précieux. Une chose que j'ai dû perdre sur le chemin de ma vie :

L'innocence de l'enfance...

Modifié par Osiris49, 09 février 2010 - 12:27 .


#11
Durmir

Durmir
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Sur le même thème, un sonnet (encore) en alexandrins (encore :P) :


Bel âge

Ami, te souviens-tu de ces lointaines années,
De ce temps jadis, de nos rêves oubliés,
Te souviens-tu donc de cette époque surannée,
Où nos désirs et notre vie étaient liés ?

Nous étions jeunes, dans la force de l’insouciance,
Rien n’était plus cher que nos jeux et le présent
Je rêvais poésie et tu rêvais confiance
Toi tu pensais ta vie, moi je pensais absent.

Le soleil, les fous rires étaient notre crédo,
Un chocolat, une fleur sentaient le plus haut
On croyait que cette époque ne pouvait finir.

Hélas à l’horizon déjà tout s’enfuyait,
Notre enfance dura ce que dure l’été,
Balayée par une folie : nous voulions grandir.

Modifié par Durmir, 09 février 2010 - 09:00 .


#12
Osiris49

Osiris49
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Toujours sur le même thème. Pas de moi cette fois mais de Monsieur Rudyard Kipling. Superbe poème je trouve.

Si...

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard Kipling